Le quartier de la gare était déjà sinistre. L’agence de location était au bout du monde et j’ai remonté l’avenue en tirant ma valise. Au volant d’une Kangoo pourrave, je me suis perdue dans des quartiers lugubres, avant d’atterrir dans une zone industrielle déserte. On ne m’a même pas offert un café. Les problèmes techniques se sont enchaînés, le déjeuner dans un hôtel Campanile fut excitant au possible et la journée s’est étirée à n’en plus finir dans un bureau trop sombre, entourée de 4 femmes aussi sinistres que le paysage.
Le soir, j’ai eu envie de marcher un peu. J’ai repéré sur internet une avenue qui comptait de nombreux restaurants. J’avais oublié certains paramètres : une ville ouvrière sinistrée en province, un lundi soir de février. Les restaurants montraient porte close, je n’ai croisé qu’un chat, une mobylette pétaradante et trois voitures pendant cette demi-heure. En redescendant vers mon hôtel, je chantonne « Je marche seule, dans les rues sans personne … »
J’ai rebroussé chemin et dans un restaurant décoré de stuc, j’avale un potage aux cinq légumes et une omelette à la ciboulette. Deux hommes sont entrés, l’un d’eux m’a fait un signe de tête qui pouvait vouloir dire « bon appétit ». Je me suis fait la remarque qu’il ressemblait au chanteur de l’ex-groupe de mon frère, avec 10 ans de plus mais il est espagnol.
Dans ce décor surréaliste, « Femmes » de Jean-Luc Lahaye résonne et me projette des années en arrière. J’ai onze ans, je suis en pension au lycée français de Baden-Baden et le soir venu, dès extinction des feux, le walkman sur les oreilles, j‘exécute avec mes copines, dans les toilettes où les « grandes » fument, des chorégraphies ridicules.
J’aime bien ma nouvelle vie. C’est vrai, en plus. Je voyage, seule, dans des villes que je ne connais pas, je savoure les spécialités locales et je travaille, chaque semaine, avec des gens que je ne reverrai jamais.