10/04/2013
Mission parfum
Ça m'a prise comme une envie de pisser, comme dirait l'autre. Il y a quelques semaines, une envie de parfum, sans doute initiée par ma nouvelle coupe courte qui réclame, par ailleurs, de mettre l'accent sur ma féminité. Les parfums et moi, c'est comme les sites de rencontre : des périodes on mais surtout des périodes off. Depuis des mois, je n'en portais plus, ou épisodiquement, sans passion.
Mon tout premier parfum, ça a été "Panthère" de Cartier. J'aimais son nom plus que son odeur. Puis un jour à Roissy, séduite par le sillage d'une très élégante brune, j'ai porté "L'air du temps" de Nina Ricci. Mais je n'étais pas une brune d'âge mûr.
La vingtaine toute fraîche, je suis tombée totalement dingue du parfum d'un de mes collègues, charmant de surcroît, et j'ai commencé à porter des parfums d'homme. C'était "Le 3ème homme de Caron" et si j'ai trouvé sa lavande trop fraiche pour moi, je le reconnais instantanément sur un homme et alors ... je lui saute au cou. J'affectionne les parfums Caron et ai offert autrefois le très bel "Anarchiste", aux notes boisées et musquées, à mon petit frère.
En Irlande, j'ai porté "Angel", assez longtemps d'ailleurs, et puis j'en ai eu marre de le sentir sur tout le monde.
Ensuite j'ai eu une brève aventure avec l'Eau des Merveilles d'Hermès.
Avec l'âge, je suis devenue plus fidèle et j'ai acheté plusieurs flacons d'Amour de Kenzo. Et je suis revenue à mes amours masculines avec la Cologne de Mugler dont j'aimais la fraîcheur acidulée.J'ai navigué de l'un à l'autre au fil des humeurs.
Mon amie Esperanza avait suggéré le musc pour rappeler aux hommes qui verraient ma nuque courte que je suis une femme. J'ai ainsi testé "Musc" de Narciso Rodriguez mais n'ai pas été convaincue. J'ai donc profité de mes dernières vacances pour me donner une nouvelle mission : me trouver un parfum, et si possible LE parfum. Pour m'aider, j'ai fait plusieurs tests sur internet qui tous ont amené à la même famille : les orientaux ambrés, et une liste impressionnante de parfums correspondants. Munie de celle-ci, j'allais donc hanter les Marionnaud, Séphora et autres temples olfactifs pour parfumer chaque jour ma peau jusqu'à ce que j'aie un coup de coeur.
A Barcelone, j'ai profité des temps morts dans le duty-free pour sentir Poison de Dior (et toute la symphonie des Poison) et Opium d'YSL : trop forts pour moi.
A Saint-Lazare, j'ai essayé Ange ou Démon de Givenchy, au nom si séduisant qui m'allait déjà comme un gant : beaucoup trop sucré. Loverdose de Diesel: il porte bien son nom, en ce qui me concerne.
Sur le départ pour mon weekend pascal, je me suis arrêtée dans une parfumerie où craignant une mauvaise surprise de Tocade de Rochas, j'ai laissé la vendeuse me parfumer de Coco Noir de Chanel. La garce m'a littéralement arrosée de parfum, me faisant voyager dans un halo beaucoup trop capiteux et surtout la honte d'empester mes voisins. Si j'avais pu voyager sur le toit du train, je l'aurais fait.
Cette expérience m'a confirmé que vraiment, je n'accroche pas avec les parfums Chanel et Dior. En revanche, j'ai été séduite par le doux Tocade sur mon poignet gauche.
Mardi, j'ai déposé au creux de mon décolleté, sur les poignets et derrière mes oreilles le sublime Ambre Sultan de Serge Lutens, que j'avais déjà approché. Le genre de fragrance androgyne dont je rêve, chaude et totalement addictive. J'ai passé le reste de la journée à flairer mes poignets.
Le lendemain, sans complexes, j'ai attaqué les parfums rares (et chers). Au Printemps Haussmann, je suis allée me perdre dans les corners exclusifs et la vendeuse m'a parfumée de L'Eau d'Ambre Extrême
d'Artisan Parfumeur. Vanillé, c'est le plus doux et classique des 3.
Au comptoir de la maison Francis Kurkdjian, en petite joueuse j'ai laissé la vendeuse asperger une mouillette de papier de l'eau de parfum Absolue pour le soir, fragrance convoitée autant que crainte, dont j'avais lu qu'elle "sentait le cul". A défaut d'animalité, je lui ai surtout trouvé une forte odeur de sainteté avec l'encens, surprenant et mystérieux. Il faudra que je le laisse s'épanouir sur ma peau, pour vérifier s'il y est aussi présent. J'aime ce parfum mais je crains d'incomoder mon entourage.
Elle a aussi vaporisé la cologne d'Absolue, beaucoup plus doux et rond, qui me rappelle tout à fait les notes cuirées d'Habanita de Molinard, le parfum de Mamie Coco, dont je possède un flacon.
Derrière un bloc noir se cachait une charmante blonde aux cheveux courts qui m'a fait une présentation passionnante des parfums Serge Lutens. Je me souviens de Gi profitant d'une visite parisienne pour aller se perdre dans sa maison, au jardin du Palais Royal. Enfin j'allais pouvoir flairer Muscs de Koublai Khan, parfum inspiré de ce tyran raffiné. "C'est un parfum animal, vous sentez la civette ?". Oh oui, je la sens !
Elle m'aiguille aussi vers un autre parfum qui pourrait satisfaire mon désir d'ambre : Chergui, du nom de ce vent chaud marocain, une sublime liqueur d'un rouge grenat, plus sucré au prime abord. Je repars avec un échantillon pour le tester in vivo.
Enfin, je pénètre dans le corner Hermès car il est un parfum qu'on ne trouve pas dans les parfumeries classiques : Ambre Narguilé, lui aussi sur la liste des parfums à tester. Elle en vaporise un lien de coton qu'elle noue autour de mon poignet. Fruité, la cannelle y est très présente et je le raye illico presto de mes rêves; pas question d'léoigner de moi ma Boug' qui déteste la cannelle. Elle me conseille aussi d'essayer le récent Ambre des Merveilles. Et puis, au fil des heures, le piquant de la cannelle d'Ambre Narguilé s'estompe et laisse la place à une odeur suave et douce. Ambre Narguilé est un parfum féminin mais aussi surprenant, dans un autre registre, que l'est Ambre Sultan. Il faudra que je l'essaie sur ma peau.
Une amie doit me faire profiter d'une visite à la boutique Guerlain pour tester Instant Magic et Cuir Béluga, dont je crains la vanille, et aussi deux parfums masculins : Arsène Lupin Dandy et Arsène Lupin Voyou. Je n'ai pas l'odorat très perspicace, semble-t-il, mais je m'amuse bien de ces explorations sensorielles. Le site Olfathèque détaille avec simplicité et précision les familles olfactives et matières premières en notes de tête, coeur et fond de quantité de parfums, actuels et disparus. Et son moteur de recherche avancée permet de rechercher, par exemple, les parfums d'une marque donnée contenant une matière première donnée.
Et vous, vous portez quoi ?
01:05 Publié dans Pensée du jour, Shopping | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note
03/04/2013
Parles à mon cul
Par le hasard des rebonds d'un commentaire à un autre, j'ai admiré cette photo postée sur la page Facebook d'une jeune femme que je ne connais pas.
Curieuse de savoir si ce sublime verso était le sien, j'ai lu les commentaires. La demoiselle a quelques soucis de placement des virgules et du répondant. Elle s'appelle Sophie et elle n'a pas froid aux yeux mais ceux qui me connaissent le savent : je ne suis pas brune ;)
Lui : Ca me dit quelque chose...
Sophie : Pffff
Lui : Visiblement, me suis gouré de porte. Je ne fais que passer et veux pas déranger.
Sophie : t'as essayé celle d'à coté?
Lui : Je dois avouer que j'ouvre pas mal de portes.
Sophie : et tu ramones les cheminées aussi ? une spécialité non ?
Lui : Certaines n'ont pas besoin, elles tirent parfaitement bien.
Lui : Sophie, faut-il aller sur ce terrain et gâcher l'idée de cette superbe photo?...
Sophie :mon commentaire rebondissait sur le tien ,à l'image de ce fessier ,la boucle est bouclée.
Lui : Cette culotte mériterait de tomber à terre...
Sophie : M'en fous c'est pas la mienne !!!
Lui : Tu portes la culotte d'une autre?
Sophie : non c'est pas moi ,comme quoi tu reconnais que dalle!!!
Lui : En tout cas, c'est très ressemblant.
Sophie : bah non....
Lui : Ceci dit, ça commence à dater...
Sophie : ceci dit, c'est pas plus mal!
Lui : Charmant!
Sophie : that's life ,dear.
Lui : En tout cas, je vous adresse mon meilleur souvenir ému.
Sophie : Meilleur? rires.
Lui : Je dirais même, "mes meilleurs".
Sophie : et modeste avec ça...
Lui : Je disais que vous me laissez un bon souvenir. Il ne s'agit pas de moi, mais de vous, là.
Sophie : Comme quoi selon la place ou on se trouve on n'a pas le même ressenti, mais bon .... je vous souhaite bonne continuation et une bonne nuit (c'est votre heure il me semble )
Lui : En effet, suis un couche tôt, un bonnet de nuit. Bonne nuit, Sophie. Et bravo pour ce galbe fort ressemblant.
23:01 Publié dans Pensée du jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27/01/2013
2013
2012 fut vraiment pour moi une année de merde. Des pépins de santé, tenaces mais heureusement éliminés, une dégradation de nos conditions de formation et de l'ambiance dans ma boîte, et des renoncements affectifs, difficiles mais nécessaires.
Mais aussi, puisqu'il faut contre-balancer avec du positif, la mise à profit de ma solitude pour m'offrir du repos, de la réflexion. Laurent et Quine m'ont apporté quelques réponses, ont soulevé quelques questions aussi. Et mes ami(e)s ne m'ont pas lâchée.
Et puis une année avec mon frère, revenu à Paris, et des amitiés nouvelles au travail, et des liens renforcés. La décision de quelqu'un que j'aime profondément de prendre enfin soin de lui. Et un baiser inoubliable sous la pluie.
Et pour 2013, qui a démarré avec un méga coup de blues, l'application d'une étude réalisée par mon amie Quine, ne plus souhaiter mais agir : balancer des CV, prendre des cours de chant et des cours d'allemand. J'ai repris le sport, abandonné depuis mai dernier : piscine et corde à sauter.
En 2013, il faut que ça dépote !
14:50 Publié dans Pensée du jour | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
05/01/2013
Bribes d'entretiens avec Laurent
Si j'avais des doutes sur la prise de conscience qu'ont provoqué deux entretiens avec Laurent, en début d'année, j'ai l'intuition, ce soir, que j'ai progressé un peu.
Je viens de relire ces entretiens et je retrouve un passage qui m'avait marquée. Laurent nous proposait une autre lecture d'une expression bien connue :
cellule familiale = prison
(ça calme)
Puis il continuait ainsi :
En Occident, les relations avec les parents sont des relations d'exclusivité. Si tu fugues, les flics te cherchent et te ramènent dans ta famille. Pour un enfant, il n'existe aucune solution comportementale. Il est soumis et n'a pas d'autre choix que de se réfugier dans l'abstrait (en se créant un égo) ou de se détruire.
23:38 Publié dans Pensée du jour | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
18/11/2012
La communication non-violente : je m'accroche !
Il y a quelques jours, j'ai été invitée à une soirée d'anniversaire dans un pub irlandais à Châtelet. La personne qui fêtait son anniversaire, que j'appellera ici "mon pote", a volontairement omis de me prévenir de la présence d'une femme (que j'appellerai la lionne) qui me déteste historiquement, bien que je ne l'aie jamais rencontrée.
Heureusement, dans le groupe, il y a le petit frère que j'aime beaucoup et un de ses amis, un type assez bluffant qui a déclenché chez la lionne au moins autant d'hostilité que moi. Comme elle n'a pas osé s'attaquer frontalement à moi, il a morflé pour nous deux.
Je ne suis pas très à l'aise devant ma pinte de Guinesse, c'est un fait, car la lionne, assise en face de moi, en fait des tonnes. A six autour d'une table, difficile de faire abstraction de sa présence d'autant plus qu'elle parle trop et trop fort, et rit trop et trop fort. J'observe mon pote en me disant que décidément, on a les amours qu'on mérite.
Comme elle a visiblement de la hargne à évacuer, elle s'attaque à mon voisin de droite (le type bluffant), un Congolais qui se fait traiter en moins de cinq minutes de faux africain vendu aux "babtous" (suivez mon regard). Il se marre et la laisse libre de lui coller les étiquettes qu'elle veut. J'admire son stoïcisme. Le pote qui fête son anniversaire proteste et s'offusque qu'on utilise le terme "babtou" devant moi. Je le tranquillise : ça me passe au-dessus.
Je me fais royalement chier, le mot est faible, et puisque la courtoisie n'est plus de mise, je décide d'ignorer la lionne, bien que je n'ai qu'une envie : lui demander de fermer sa grande gueule. Elle continue de me provoquer par des allusions à peine masquées. En apparence impassible, je garde l'oeil rivé sur l'écran, face à moi, qui retransmet un match de foot.
Mon apparent détachement agace, il faut croire. La meilleure amie de la lionne, sous prétexte de vouloir entrer en contact avec moi, me pose une question tout à fait inopportune et voulue déstabilisante. Elle rebondit contre le mur que je suis devenue et se fait mal. Après l'angélisme, elle revient à la charge et tente la culpabilisation pour obtenir une autre réponse que celle que je lui ai donnée. Elle m'accuse de lui avoir prêté de mauvaises intentions et d'avoir fermé la porte au dialogue.
"Si j'avais été fermée, je t'aurais dit d'aller te faire foutre.
- Non, tu ne m'aurais pas dit ça parce que tu ne me connais pas.
- Ah si je t'assure. Ne pas te connaître n'est pas le genre de choses qui m'arrête, bien au contraire. Si tu veux dialoguer, poses-moi n'importe quelle autre question, j'y répondrai. Ou pas."
En fin de soirée et malgré ma faim, je décide de ne pas les suivre au restaurant. Les meilleures plaisanteries sont aussi les plus courtes, surtout lorsqu'elles ne font rire personne. La meilleure amie de la lionne, déjà mise à mal par mes réponses, se prend, en privé, une leçon de morale par mon pote et finit en larmes.
Ils me déposent chez moi et je remercie le pote du frère d'avoir été mon allié mental, ce qui le fait rire. J'ai tenu le coup mais une fois la porte fermée, éprouvée par la méchanceté gratuite et les tensions que j'ai vécues, les larmes ne sont pas loin.
Le lendemain matin, je me réveille tôt, toujours contrariée, me rejouant la soirée en boucle. Seul mon frère, passé prendre un café, me permettra de mettre des mots sur mes sentiments. La colère envers le pote qui m'a mise dans cette situation inconfortable se mélange à une colère contre moi-même. La bouille de mon petit plumeau atomique, que je garde pour la journée, et un déjeuner avec un ami cher achèveront de me changer les idées.
Depuis, j'ai réfléchi à cette désagréable expérience. Cette soirée catastrophique ne m'a rien apporté, sinon l'occasion d'éprouver ma capacité à ne pas réagir, ce qui représente un gros effort pour moi. Seule l'amie a essuyé quelques plâtres mais elle l'avait bien cherché.
Pourtant, si j'ai opté pour le silence afin d'éviter la confrontation qui aurait été violente, je n'ai pas pratiqué la communication non-violente : tout dans mon attitude était message de fermeture. Dans ce bras de fer avec la lionne, qui m'a fait rester un temps qui me semblait suffisant pour que l'honneur soit sauf, j'ai oublié de me poser la question qui devrait rythmer mes choix désormais et m'éviter bien des souffrances : est-ce que j'ai envie de vivre ça ?
Il faudra que je réfléchisse sérieusement, un de ces jours, à la raison qui me pousse à m'infliger de telles épreuves alors que ma liberté me permet de me lever, de saluer l'assemblée et de rentrer chez moi.
17:16 Publié dans Pensée du jour | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : cnv
04/11/2012
Je t'aimais, je t'aime et je t'aimerai (part I)
Elle s'était garée sur la place du château et l'avait appelé pour qu'il la guide jusqu'à lui. Rejouant la chasse au trésor de son enfance, elle hélait les rares passants. Aucun ne situait le bar "que tout le monde connait"et dans son oreille, il riait de son euphorie surjouée. Dévalant d'un pas vif les escaliers qui plongeaient dans le ventre de la ville, elle balayait d'un regard distrait les toits de tuile couvrant la marmite humaine.
Elle était joyeuse et nerveuse à la fois, partagée entre la joie de retrouver un être cher et la crainte de ne pouvoir réprimer un élan vers lui, si proche et pourtant si lointain. Le souvenir de leurs dernières retrouvailles obscurcirait-il par instants cette soirée qui se voulait enjouée ?
Assis à une terrasse, il la regarde s'avancer vers lui, un sourire aux lèvres. Elle frissonne sous son regard magnétique, dans lequel, aujourd'hui encore, elle croit déceler une lueur d'admiration.
Cet homme sombre et lumineux, qui l'attend à quelques pas, c'est l'un des points d'interrogation de sa vie, son dernier chagrin, sa fracture ouverte.
Maintenant à ses côtés, elle se détend peu à peu, heureuse que leur inoffensive conversation, entre confidences et taquineries, réaffirme leur complicité passée. Elle n'est venue que pour ça, pour qu'il comprenne qu'elle ne lui en veut pas. Elle a accepté ce qu'il est et ce qui ne sera pas.
20:16 Publié dans Pensée du jour | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
28/10/2012
Mais c'est déjà pas mal
Au comptoir d'un café parisien, il lui demande :
- Tu es heureuse ?
Désarmée, elle acquiesce, regard fuyant, sourire forcé.
Dans un autre contexte, elle aurait répondu non. Le bonheur, ça n'est pas l'absence de malheur.
18:54 Publié dans Pensée du jour | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
20/06/2012
Georges
J’ai de nouveau sollicité les services d’un taxi-moto. Ca faisait longtemps.
Lundi matin, mes contacts habituels n’étant pas disponibles, c’est un nouveau qui fumait sa clope en m’attendant en bas de chez moi. Et tandis qu’il nouait le lien de mon casque et remontait le zip de la parka, j’ai pensé « Dans ma vie, j’ai raté un truc : sortir avec un motard ».
Georges, puisque c’est son prénom, est très sympa, comme les 2 pilotes que j’ai rencontrés jusque là. On a profité des bouchons pour faire connaissance et parler un peu boulot, un peu perso. Je l'ai charrié le premier soir : "Y'a pas de chocolat pour la route ?"
Il a répondu "On peut faire".
Et hier soir, pour notre dernier trajet ensemble, il a ouvert son top case et m’a tendu un paquet de Bounty. Le kif.
23:38 Publié dans Gens (d'ici et d'ailleurs), Pensée du jour | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
03/06/2012
Un changement s'opère
Selon un vieux conte japonais, un jour un samouraï belliqueux somma un maître zen de lui expliquer ce qu'étaient le paradis et l'enfer. Le moine lui répondit avec mépris :
- Tu n'es qu'un rustre, je n'ai pas de temps à perdre avec des gens de ton espèce.
Se sentant insulté, le samouraï devint furieux et tirant son épée, s'écria :
- Je pourrais te tuer pour ton impertinence.
- Voilà ce qu'est l'enfer, répliqua le moine calmement.
Surpris par la vérité de ses paroles, le samouraï se calma, rengaina son épée, salua le maître et le remercia de l'avoir éclairé.
- Et voilà le paradis, ajouta celui-ci.
Dans le train vers Montpellier, j'ai occupé mes 5 heures de trajet à lire. Des livres apaisants et empreints de la sagesse dont j'ai besoin actuellement, des esquisses de billets, initiées sur des pensées. J'en ai retrouvé un où je décrivais une femme appartenant à mon groupe de théâtre. Elle me sortait par les yeux, cette femme. Mon ton alors était moqueur et méprisant. J'ai réécrit le billet en adoptant un angle différent.
Je ne sais si cela ressort de mon blog. Peut-être retient-on plutôt ma bonne humeur, pourtant je suis une personne qui se met souvent en colère. Et rarement pour des rasions valables, à supposer qu'il y en ait. Mon existence alterne entre des moments où j'aime profondément les êtres que je croise et des moments où je les déteste, avec une intensité au moins aussi forte. Ma colère nait souvent de révoltes contre le manque de respect, la moquerie ou la méchanceté gratuite et encore plus souvent de messages implicites que je leur attribue et dont je suis pourtant l'unique créatrice.
Depuis quelques jours pourtant, mes lectures me font penser que je pourrais m'abandonner de moins en moins souvent à ce sentiment épuisant et stérile.
" La colère est le mouvement de l'âme le plus difficile à maîtriser. Elle est en effet la plus séduisante des émotions négatives; le monologue intérieur qui la déclenche fournit à l'esprit les arguments les plus convaincants. A l'inverse de la tristesse, la colère procure de l'énergie, voire de l'euphorie.
Puisque la colère trouve son origine dans la réaction de préparation au combat, son détonateur est le sentiment d'être menacé, le plus souvent de façon symbolique, par une menace pesant sur son amour-propre ou sa dignité : le fait d'être traité injustement ou avec brutalité, d'être insulté ou humilié, d'être contrecarré lorsqu'on poursuit un but important.
Cette perception a un double effet sur le cerveau. D'une part, il libère de la catécholamine, génératrice d'un afflux d'énergie brusque et passager, préparant le corps à combattre ou à fuir, selon la façon dont le cerveau évaluera les forces de l'adversaire.
D'autre part, une autre onde issue de l'amygdale dispose également à l'action en procurant une tonicité de fond, qui perdure bien plus longtemps que le coup de fouet de la catécholamine. Cette excitation peut se prolonger pendant des heures, voire des jours, maintenant le cerveau émotionnel en état d'alerte et fournissant la base à partir de laquelle d'autres réactions pourront se développer avec une rapidité particulière. Cet état d'instabilité explique que les gens voient rouge si aisément lorsqu'ils ont déjà été provoqués ou irrités par autre chose. Des tensions de toutes sortes déclenchent cette excitation et abaissent par là-même le seuil à partir duquel une "agression" provoque la colère.
Apaiser la colère
L'un des moyens d'intervention possibles consiste à désamorcer la colère en contestant les pensées qui déclenchent sa montée en puissance. En d'autres mots, visualiser la situation en adoptant un point de vue différent amoindrit instantanément la colère.
[NDLR : On a tous un exemple d'un de ces instants où on s'est énervé avant de se rendre compte, un peu honteux, que l'objet de notre courroux était absolument innocent, voire en difficulté. Un ralentissement soudain sur le quai du métro qui nous fait trépigner d'impatience jusqu'à ce que nous apercevions une mémé qui avance péniblement sur sa canne. Ou encore un automobiliste qui roule lentement et contre lequel nous actionnons klaxon et appels de phares, avant de réaliser qu'il arbore une plaque d'immatriculation étrangère et est complètement paniqué, au volant de sa voiture.]
La seconde méhode permettant de provoquer la décrue de la colère est de se calmer physiologiquement en laissant passer la poussée d'adranaline dans un cadre propice. La distraction est un procédé extrêmement efficace pour modifier son humeur, et ce pour une raison simple : il est difficile de rester en colère lorsqu'on prend du bon temps.
[Extrait de "L'intelligence émotionnelle" de Daniel Goleman]
[NDLR : La musique a cet effet sur mes humeurs. J'ai, par exemple, cessé d'écouter du rap en voiture lorsque je me suis aperçue que cela me rendait agressive. Et si l'écoute de mélodies mélancoliques n'altère en rien ma gaieté, elle renforce mon désarroi si je suis en proie à la tristesse. En revanche, aucune colère ne résiste à "Let's get it on" de Marvin Gaye.]
Depuis quelques jours, je mets en pratique mes lectures et m'amuse, lorsque je sens poindre une irritation, à envisager mon ressenti d'une agression sous un autre angle. Ça fonctionne plutôt bien et je suis beaucoup plus sereine.
Ainsi, un sms au ton allumeur reçu de quelqu'un qui a déclenché de la souffrance en moi a transformé l'ébauche de la pensée "Il va falloir qu'il arrête de se foutre de ma gueule" en "Cet homme a peur de la solitude et recherche l'amour en suscitant le désir".
Un autre sms transforme un "Putain qu'est-ce qu'elle me veut encore ?" en un "Elle est malheureuse et espère que je vais atténuer sa souffrance".
Ces changements de perspectives ne m'obligent pas à répondre à ces sollicitations. En tout cas pas d'une façon qui rendraient ces personnes - et moi - plus malheureuses encore. Elles me permettent d'être plus sereine, de couper à la racine tout ressentiment et c'est tout ce dont j'ai besoin actuellement : m'apaiser.
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08/05/2012
Thérapie (1)
J'ai ouvert le placard et sorti les boîtes en carton que j'y ai oubliées il y a des années. J'ai lu des lettres qu'on m'a envoyées, il y a longtemps, quand communiquer ne pouvait se faire que dans la réflexion, seul face à soi-même et une page blanche. Des lettres de ma mère, de ma soeur, de ma confidente d'alors partie vivre en Afrique, de l'homme au profil d'aigle qui a disparu et qui me manque toujours, 15 ans après. Je l'ai cherché sur ces réseaux qui flattent notre narcissisme et nos angoisses, en vain. Il me parle de solitude et de son amour pour moi, lui le garçon qui désirait des hommes, et emploie des mots qui feraient sourire ceux qui n'ont rien compris. J'aimerais savoir à quels maux de moi son émouvante missive répondait alors.
J'ai sorti de leur pochette Kodak bleue chacune des centaines de photos qui représentent mon passé. Les regarder me rendait triste, avant. En fait, c'est mon regard, là, sur le papier glacé, qui provoque de la tristesse en moi. Et ça, ça ne part pas. Pas encore. Je suis restée pensive devant ces images de moi, cheveux longs ou en brosse. Je ne me reconnais pas, c'est étrange. J'ai aussi contemplé les visages de gens et bambins sur lesquels je n'ai pas su mettre un prénom.
J'ai mis de côté les photos qui représentent d'autres personnes, ma soeur, mon frère, ma copine Claire, nos souvenirs de vacances à la Barbade et à Los Angeles, où nous posions dos à dos dans le même bikini Tommy Hilfiger, rouge pour moi, bleu pour elle, mon ami Salim et sa drôle de coupe de cheveux de l'époque, Blaithin avant qu'elle ne devienne mère de famille, les enfants de Jean-Marc, sa photo de mariage, les miennes où posent déjà ceux qui m'entourent encore aujourd'hui, Bibiche, Amel, Jean-Marc, Salim encore, Armando exilé au Danemark et les amis de mon frère, mes petits-frères, Fred, Chrif. Pour les scanner et les leur envoyer.
Et j'ai jeté les centaines de photos.
19:51 Publié dans Pensée du jour | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note

