24.11.2009

Un tour de manège et ... feu d'artifice!

Où comment "les déprimes me réussissent plutôt bien", dixit Oh!91 (le titre, résumé festif de ma soirée d'hier, est aussi de lui)

Hier, 16h30, le jour décline et mon irritation monte. Le soleil du matin a vite laissé place à la grisaille et un vent mauvais éparpille les feuilles mortes. Je n'ai rien fait ce week end, à part du sport, un magret de canard trop cuit et me siffler une bouteille de Beaujolais samedi soir avec un blogueur ami. J'aurais bien aimé voir un peu de monde, quand même.

J'en suis là de mes pensées grises lorsque sur msn, un vague inconnu demande comment je vais. "Bof", répondis-je. "Bon, on va boire un café". Je suis tellement motivée que je brave une ligne de métro fermée et traverse tout Paris pour le retrouver dans un bar. Je bois un grog, deux. Il est drôle et nos considérations sur la génération bousillée que nous sommes nous fait rire. Il parvient presque même à me convaincre de me laisser draguer par des petits jeunots de 15 ans de moins que moi.

A la sortie du bar, les 2 grogs sur mon estomac vide commençant à avoir des effets pervers. Il faut que je mange. J'appelle un ami, hilare "J'suis pompète, tu veux bien me faire des pâtes ? J'arrive!". Mes talons encore vaillants attaquent les marches métalliques d'une passerelle qui surplombe le canal. J'arrive chez mon ami à 23h05. Ptain, qu'est ce que c'est bon un plat de penne à la sauce ricotta tomates de chez Monoprix Gourmet ! A 23h15, découragée par le trajet à faire dans l'autre sens, je décide de finir la soirée en beauté et de m'offrir un petit tour de manège. J'appelle un moto-taxi. Ben oui, ça y est, chuis accro, Paris la nuit sur une moto, c'est trop beau.

Mon chauffeur me propose des gants que j'enfile, prudente. Celui-là n'a pas de micro sur ses casques et je le charrie "Ah, vous avez fait exprès en fait, vous vous êtes dit : comme ça, elle me fera pas chier à papoter, hé ben, raté, ce soir, j'ai envie de parler, moi!" Il rigole et on discute tout le long de la route. De mon boulot, du sien qui est désormais rendu encore plus difficile par un tout récent décret leur interdisant de stationner aux aéroports et gares sans être munis d'une réservation. Nous longeons le parvis de Notre-Dame, remontons la rue Saint-Jacques. Moins de 20 minutes après avoir quitté mon ami et pour le prix d'un restaurant, sans répercussions sur mes poignées d'amour, je suis chez moi.

A 0h08, un SMS : "Tu dors"?.

Un dimanche de déprime et 4 hommes pour mettre un sourire sur mes lèvres, elle est pas belle la vie ?

14.10.2009

Toute l'eau du ciel sur Bruxelles

Des trombes d’eau se déversent sur les pavés de la Grand’Place quand j’y débouche, cherchant mes amis. Mon béret « so chic » et le léger manteau de mamie Coco sont trempés en moins de deux. Eux sont déjà là, serrés l’un contre l’autre et hilares, sous un porche. « Fait beau dans votre contrée ! », je lance.

Sous une pluie battante, Mlle Cigue conduit jusqu’à Ixelles. Le tunnel que nous empruntons passe sous le parc du Cinquantenaire aux imposantes arcades. En descendant de voiture, Filaplomb met le pied dans une flaque.

« On t’emmène dans un resto qu’on aime bien. Ca s’appelle l’Apocalypse ».

Tout à fait de circonstance. D’humeur bucolique, Monsieur Poireau croque une fleur. Si, c’est vrai, j’ai une photo, tiens :

Photo220[1].jpg

« Paraît que c’est votre anniversaire ? » demande le serveur.

Prenant la confiance, comme dirait l’autre, j’essaie de négocier un strip-tease mais il fuit lâchement. Petit joueur.

PS : Une belle soirée, au chaud. Merci encore à Monsieur Poireau, Filaplomb et la ravissante mlle Cigue.

23.09.2009

Méditation des heures de pointe

9h00 dans une des gares les plus saturées de Paris. Je zigzague entre les gens pour atteindre mon quai. Le train, proche du départ, est bondé et nous sommes tous écrasés les uns contre les autres. Le quotidien du bétail francilien, quoi.

Je saisis une barre métallique et le train s’ébranle. Je sens que la femme à ma gauche, contre le strapontin, à laquelle mon bras tendu barre le passage, est agacée (comme nous tous). Elle souffle et soupire, moi je surveille mes arrières, lestée de chaque côté de ma sacoche d'ordinateur qui pèse une tonne et de mon sac à main qui glisse de mon épaule.

Après quelques minutes, la femme dit « excusez-moi » d’un ton excédé et fait un geste me signifiant que je ne lui laisse pas d’espace. J’hausse un sourcil méprisant genre « qu’est ce qui t’arrives, ma grande, tu débarques de la planète Mars ? ». Du coup, elle boude et sortant un bouquin de son sac, nous tourne le dos pour le lire. Ah ben oui, la pauvre chérie, c’était donc ça ! Elle ne pouvait pas lire son livre ! Ça m’hallucine toujours, moi, les gens qui s’entêtent à lire dans les transports en commun bondés. Le pire étant ceux déplient leur journal sur le visage des autres voyageurs, alors qu’il n’y a pas 5 centimètres de distance entre eux, comme s’ils étaient dans leur salon.

Là, par curiosité, j’en profite pour lire le titre de son livre, par-dessus son épaule : « Méditer pour ne plus déprimer ».

Je comprends mieux.

04.09.2009

Voir le KB et mourir

J'ai rendez-vous à la Comète, au Kremlin-Bicêtre. Je pensais finir vers 17h mais mes clients sont adorables et nous nous quittons à 19h. Tout juste si on va pas boire un apéro au bistrot du coin. Ils n'ont pas entendu mon soupir de soulagement quand nous avons éteint les PC, ne savent pas que je stresse depuis la mi-juillet à la perspective de cette semaine avec euxj, ni qu'ils ont été les cobayes de ma première formation sur ce nouvel outil que j'ai découvert un mois avant eux. Dans le taxi qui roule sur le périphl, je reçois des sms d'un collègue et de mon commercial qui me félicitent. Putain de semaine !

Hier soir, j'ai commencé à me détendre à Paris Carnet avec Boug'Oh!91, Igor et Deftones que j'ai récupéré devant la FNAC de Saint-Lazare. Ce mec me fait mourir de rire. Que du bonheur que d'écouter ses histoires de petites culottes en bouffant des lasagnes. 

Ce soir, je papote 5 bonnes minutes des ravages de l'alcool avec le taxi qui me dépose devant la Comète. "Ca va picoler ce soir, alors?" dit-il en rédigeant ma note. "Non, non, pensez-vous", je réponds. A l'heure qu'il est, j'ai 2 demis, 1 marsala, une bouteille de rouge (à 3) et 2 amaretti dans le cerveau. En terrasse, je retrouve la nouvelle coupe de cheveux new wave de Nicolas (on dirait le chanteur de A-HA, "Take on me", vous vous souvenez?), Tonnegrande et une inconnue. C'est Christine du blog Alluvions, de passage à Paris. On discute, on rigole, je reluque le nouveau serveur de la Comète, décidément top canon et Tonnegrande pique une crise de jalousie. Trop mignon. Il embrouille gentiment le serveur et comme celui-ci ne comprend pas le soudain cynisme de notre gentleman guyanais, je balance. "Il est jaloux parce que vous êtes jeune et beau et qu'il est vieux et ... usé". Quand je règle une tournée, il glisse "On aura l'occasion de se revoir". je fais croire à Nicolas et Tonnegrande que j'ai pécho son numéro de portable. Ils marchent à fond, j'adore.

C'est l'heure de notre restau en amoureux et je pars bras dessus-bras dessous avec Nicolas tandis que Tonnegrande nous sourit, du trottoir opposé. Nous entrons au Fratello's, un restaurant italien sur la N7. Je mange très rarement dans des restaurants italiens. C'est comme les chinois, peu de bons pour beaucoup de médicocres. Mais le Fratello's, j'aime beaucoup. Le service y est discret et parfait, la musique jazzy de qualité et la nourriture raffinée. Je dîne à côté de Nicolas et face à Tonnegrande. Je vais pas vous raconter nos conversations, l'alcool nous rend ridiculement émotifs.

Il est minuit quand je me retrouve à l'arrêt de bus. "7 minutes d'attente" affiche lle panonceau. J'envoie un sms à Nicolas, pour le rassurer. J'appelle un ami qui fait le Ramadan et erre dans les rues de Paris, complètement décalqué. Je monte dans le bus désert, le conducteur me balance un grand "bonsoir" et je m'assied à l'avant. Une jeune fille blonde, en jeans et baskets, est debout à côté du conducteur. A sa façon à lui de faire le kéké au volant de son bus et sa façon à elle de basculer d'une hanche sur l'autre, je devine qu'ils ssont amoureux. Il boit à la bouteille qu'elle lui tend. J'imagine que si je n'étais pas là, ils se feraient des bisous aux feux rouges. Je l'envie un instant et m'imagine amoureuse d'un chauffeur de bus. Je ferais le tour de Paris avec lui, la nuit. Ca me met de bonne humeur.  

Convention-Jaurés. 2 stations de métro parisiennes à l'opposé l'une de l'autre. On s'attarde à des détails à la con quand on est un peu gaie.

Le conducteur croise un de ses collègues et s'arête quelques instants, pour échanger des balivernes. "T'es au courant, y'a eu un suicide sur la 7, à Pierre et Marie Curie. Allez, bonne soirée, ma poule!".

Je suis toujours seule dans le bus. 7 minutes après mon départ du KB, il me dépose près de chez moi.  En descendant, je lance "Merci, bonsoir" mais les amoureux s'en foutent. Moi aussi, d'ailleurs, j'ai une méchante envie de pisser.

10.06.2009

Béziers - Lens - Alès

Y’a eu Béziers, qui vit naître Paul Riquet, constructeur du Canal du Midi, mais aussi Jean Moulin. On se demande pourquoi son hôtel Imperator a encore 3 étoiles, il est vieillot et ses murs sont fins comme du papier. Pourvu, me suis-je dit en me couchant le premier soir, que mes voisins aient la libido au point mort. Ils l'avaient (au point mort). Le petit déjeuner y est aussi appétissant que le dentier de ma grand-mère (et ce constat vaut pour 99% des hôtels dans lesquels je séjourne chaque semaine).

A Béziers, il y a eu aussi Fiso en perdition le premier jour, autour des allées, j’en ai fait 3 fois le tour avant de repérer l’entrée du parking de l’hôtel. Les allées de Béziers, désormais, je te les prends les yeux fermés. Le seul avantage de l’Imperator, c’est qu’il est situé en plein centre, et qu’un soir, je me suis perdue dans ses rues étroites jusqu’à la place de la Révolution, d’où je contemplai le panorama et l’Orb, en contrebas.

Et à Béziers, il y a eu aussi ce déjeuner au Café de Plaisance, une guinguette au bord du canal du Midi, avec un blogueur rencontré quelques jours plus tôt. Le monde est petit, décidément … Après quelques tartines au camembert, je salivais déjà à l’idée de la seiche grillée mais dus me rabattre sur un curry de poulet. N’empêche, la beauté de l’endroit, l’atmosphère bucolique et la sympathie de mon compagnon m’ont donné envie de faire l’école buissonnière. J’y retourne en septembre, et là, je l’aurai ma seiche, je l’aurai !

Après Béziers, on m'a catapultée à Lens. Rien à en dire, si ce n'est que le Pain à la Bouche, un estaminet à deux pas de la gare, s'est spécialisé dans la faluche gratinée qui déchire. Par pitié pour mes stagiaires, j'ai zappé la faluche aux 4 fromages qui puent mais je n'ai pas résisté à une salade aux tartines de Maroilles et andouille d'Arras. Et je vous le dis, ça tient au corps. L'après-midi fut long. Comment ça vous savez pas ce que c'est, une faluche ?

Et cette semaine, je suis à Alès, dans la seule région de France, paraît-il, où il n’a pas plu aujourd’hui. Je confirme, ce soir après un jogging autour du stade nautique, j’ai dîné en terrasse. Demain, après un plongeon dans ledit stade nautique, direction Anduze !

28.05.2009

Fiso chez Georges

C’était l’été dernier sur la route des vacances, quelque part entre Rocamadour et Vaison la Romaine. Lassés des CD que nous écoutions en boucle, chacun y allait de sa chansonnette. Un ami entonna alors la « Supplique pour être enterré sur la plage de Sète » et je me promis d’y aller un jour.

J’ai une tendresse particulière pour le moustachu, amoureux des chats, dont les balades accompagnèrent mon enfance et qui vécut dans ce quartier du 15ème arrondissement où un parc porte son nom, et où j’ai moi-même passé une bonne partie de mon adolescence.

Cette semaine donc, lorsqu’inspectant la carte de la région où je me trouve, je constatai que Sète n’était qu’à une quarantaine de kms de Béziers (dont je parlerai bientôt), je décidai d’y passer une soirée, après Béziers et Port-la-Nouvelle. Mon boulot m’envoie rarement dans le sud, à mon plus grand regret, et le temps s’y prête, alors je me balade.

A la sortie de Béziers, je longe le canal du Midi où joggeurs et cyclistes se croisent. A Agde déjà, la grande bleue apparaît. A l’approche de Sète, je roule sur la bande étroite du lido, peuplé de nombreux promeneurs et quelques baigneurs.

Allongée sur la plage où les grains de sable me fouettent le visage et s’engouffrent dans mon décolleté, j’envoie un MMS à cet ami « Si je te dis que je comprends enfin pourquoi il suppliait qu’on l’enterre sur cette plage, tu devineras où je me trouve. Comme j’aurais aimé que tu sois là pour boire l’apéro sous le soleil ! »

Plus tard, sur les recommandations d’un enfant du pays, je contourne la colline par la gauche et face à l’espace Georges Brassens, je me heurte à la porte close du cimetière où le troubadour repose. Pas grave, de toute façon je ne suis pas adepte des cimetières.

Je reprends la voiture et me dirige vers le centre ville, le long de la corniche que surplombe le cimetière marin. Je déboule sur le port de Sète et je tombe instantanément sous le charme. Je largue ma voiture devant les halles et descend sur les quais. Au cours de mes 2 heures de flânerie en ville, j’apprends par exemple que Sète s’appela Cette jusqu’en 1928.

100_3362.JPG
100_3365.JPG

Comme je n’ai pas eu le temps de consulter les critiques des restaurants sétois sur internet, il est plus de 21 heures quand je m’attable, sceptique, dans un restaurant « à touristes » qui confirme mes craintes. La nourriture est médiocre et le serveur, charmant avec les autres clients, se révèle odieux envers le couple d’allemands, derrière moi, qui aligne difficilement quelques phrases en français : « Vous avez choisi ? Pas encore ? Bon, allez, je reviens, moi j’ai pas le temps, on y est encore demain à ce rythme là… » C’était à « La calanque » où je ne retournerai pas. Mais j’ai bien l’intention de revenir à Sète.

Horaires de travail obligent, j’ai raté l’exposition « Barbara-Brassens, de Bobino à Sète ». Mais peut-être reviendrai-je cet été, pour un des nombreux festivals, dont le worldwide festival de Gilles Peterson, en juillet ?

07.05.2009

Entre luz y sombra

Est-ce parce que la lumière est aveuglante que je me tourne vers l'ombre, parce que la musique est lancinante que ma douleur l'est aussi, parce que le livre que je lis parle d'un être coupé en deux, parce que mon amie est triste que je n'arrive pas à être gaie, et que je n'essaie même pas, parce que c'est à un cow-boy solitaire que je pense, quand la part de masculin l'emporte sur le féminin, quand je suis un autre, et qu'au feuillage des orangers je préfère les paysages désertiques et escarpés de la Sierra Nevada.

J'ai quand même embrassé Jésus, hier, et on a échangé quelques mots autour de tapas, et puis, ce soir, je vais fêter la journée de la femme avec Pepito, à Malaga, et je pourrais bien le croquer, j'ai envie de chocolat. En parlant de chocolat, il était bon hier, à Séville, mais les churros avaient un goût aigre, pas ce à quoi je m'attendais, tout comme la ville.

Séville, je m'en faisais une joie, la faute à Carmen, tant pis, pour les émotions fortes, il faudra retourner à Istanbul, ou ailleurs si quelqu'un a une idée.

22.03.2009

Le coeur est un muscle et votre masse musculaire est en train de fondre (1)

Pourquoi l’homme et la femme ont-ils besoin de "toujours", de "jamais" ? Pourquoi les mots d’amour, conjugués au présent, sont presque immanquablement entendus comme un serment ?

C’était un de ces instants où l'on frissonne, où des soupirs involontaires s’échappent, où les peaux se parlent, où il n’est pas besoin – surtout pas- de mots.

Pourtant, il demande « Tu ne me quitteras jamais, hein ? »

Et elle, avec cette sincérité dont elle a fait une vertu, répond « On ne sait pas de quoi est fait demain ».

« Tu ne peux pas mentir, juste pour me faire plaisir ? »

Elle l’a fixé, incrédule, affligée. Quelle désolation. Les films d’amour abrutissent même les hommes, désormais.  Elle est devenue triste, distante. Elle a repensé à ces mots lus ailleurs, qui l’avaient émue.

« Il sait mes silences, il sait mes angoisses, il sait même mes mensonges. Et il les respecte. Il m’emmène sans m’emporter, il me tient sans me prendre, il m’aime sans me vouloir. »

Ces mots qu’elle aimerait prononcer un jour, était-elle condamnée à ne les conjuguer qu’au conditionnel ?  

02.03.2009

Pas facile de vivre à Paris avec le SMIC de l'amour

C'est une brasserie parisienne, à l'heure du déjeuner. La journée est froide mais le soleil radieux.

Des couples, des enfants, du bruit, celui des conversations, des couverts qui s'entrechoquent, de la machine à café qui brassent des espressos crémeux (espressis mais ça sonne bizarre, non ?). Sur une table minuscule cerclée de fer, une jeune femme lit le Parisien.

Une bonne demi-heure plus tard, elle est rejointe par une brune aux cheveux auburn, bouclés. Celle-ci porte un manteau couleur crème et des gants assortis à son écharpe mauve. Elles s'embrassent et se racontent leur semaine. Au fur et à mesure que les banalités font place aux confidences, elles baissent le ton. A une table voisine, une autre jeune femme a déplié le journal délaissé. Elle ne peut s'empêcher de tendre l'oreille, intriguée par les chuchotements et les éclats de rire.

"Hier soir, j'ai regardé "Sex & the city"

"J'adore la blonde, Samantha, elle me fait mourir de rire"

"Moi aussi"

"Tu sais ce que j'ai répondu cette année quand on m'a demandé ce qu'on pouvait me souhaiter pour 2009 ? Un appartement plus grand ? Une augmentation ? Non. J'ai répondu « Un bon coup de bite, ça me ferait du bien".

Sa copine éclate de rire. Elles rient un long moment et s'essuient même les yeux.

La brune continue :

"Cette année, faut que ça bouge. J'ai 30 balais, bordel ! Il faut que ce soit moi qui provoque les choses, sinon ma vie va stagner. Les hommes me matent mais pas plus que ça. Je dois dégager un truc qui empêche les hommes de m'aborder. Je dois leur mettre des vents involontairement".

Sa copine acquiesce. "Faut faire comme la blonde de Sex & the City. Y aller franco. Arrêter de jouer les mijaurées. De quoi tu as peur en fait?"

"Je crois que j'ai peur de me prendre un râteau."

Elle parle de ce type qu'elle croisait dans le bus, régulièrement. Ils se regardaient par dessus leur bouquin. Un soir, il est descendu à la même station de bus qu'elle. Il l'a doublée, s'est arrêté à un distributeur en regardant derrière lui. Elle a senti qu'il l'attendait mais en passant à côté de lui, elle a regardé dans la direction opposée et continué son chemin, espérant qu’il la suive et l’aborde. Elle l'a guetté les jours suivants mais ne l'a jamais revu.

Le ton de son amie se fait plus sérieux, et même affirmé :

"Et alors ? Même si tu prends un râteau, est-ce que tu vas en mourir ? C'est le quotidien des hommes, de se prendre des râteaux. Ils y sont résignés depuis leur enfance, est-ce que ça les empêche de continuer à essayer ? Et nous, on est là à minauder "Heu, peut-être, je vais réfléchir ».

Mets-toi à leur place. Les mecs en ont marre de toujours devoir faire le premier pas face à des mijaurées qui regardent ailleurs genre « je t'ai pas vu » alors que ça fait un quart d'heure qu'elles rougissent dès que leurs regards se croisent. Ils se prennent pas la tête, les mecs. Tu veux pas ? Et ta copine, elle veut peut-être » ?

La brune est devenue pensive.

"T’as raison. J'ai repéré des chacals au boulot. Des mecs qui tirent des nanas. Faut que j'attaque. Soit je continue à vivre avec mon auréole sur la tête, soit je deviens visible."

Les éclats de rire continuent.

Elle soupire "Ça me pompe l'air. Je sais pas minauder. C'est pas moi, ça. Mais c'est ce qu'il faut que je fasse. Je suis chaude comme la braise, en ce moment. C'est quand même trop con, je prends soin de mon corps, je fais des massages et personne n’en profite. Je vais mettre un jean ultra moulant, battre des cils et apprendre à tortiller du cul dans les couloirs. J’en vois pleins qui font ça et ça marche".

Sa copine dit "Faut laisser parler notre côté masculin. Tu vois, entre nous, on le fait et ça nous fait rire. Ben il faut l'assumer avec les hommes ».

La brune continue :

"Cette nuit, j'ai entendu ma voisine baiser à 2 heures du matin. Ahhh, ahhhh ... je me suis dit "Putain, je suis cernée, quel cauchemar". J'ai failli crier "Ta gueule, salope!".

Elles rient de plus belle. Le temps d’un café, d’une bise au patron et les voilà parties.  

La jeune femme à la table voisine replie son journal et réfléchit quelques instants avant de se lever à son tour. Que peut-on faire d’autre que d’écouter les conversations alentour lorsqu’on déjeune seule ?

09.02.2009

A 2h40 de Paris

Le quartier de la gare était déjà sinistre. L’agence de location était au bout du monde et j’ai remonté l’avenue en tirant ma valise. Au volant d’une Kangoo pourrave, je me suis perdue dans des quartiers lugubres, avant d’atterrir dans une zone industrielle déserte. On ne m’a même pas offert un café. Les problèmes techniques se sont enchaînés, le déjeuner dans un hôtel Campanile fut excitant au possible  et la journée s’est étirée à n’en plus finir dans un bureau trop sombre, entourée de 4 femmes aussi sinistres que le paysage.

Le soir, j’ai eu envie de marcher un peu. J’ai repéré sur internet une avenue qui comptait de nombreux restaurants. J’avais oublié certains paramètres : une ville ouvrière sinistrée en province, un lundi soir de février. Les restaurants montraient porte close, je n’ai croisé qu’un chat, une mobylette pétaradante et trois voitures pendant cette demi-heure. En redescendant vers mon hôtel, je chantonne « Je marche seule, dans les rues sans personne … »

J’ai rebroussé chemin et dans un restaurant décoré de stuc, j’avale un potage aux cinq légumes et une omelette à la ciboulette. Deux hommes sont entrés, l’un d’eux m’a fait un signe de tête qui pouvait vouloir dire « bon appétit ». Je me suis fait la remarque qu’il ressemblait au chanteur de l’ex-groupe de mon frère, avec 10 ans de plus mais il est espagnol.

Dans ce décor surréaliste, « Femmes » de Jean-Luc Lahaye résonne et me projette des années en arrière. J’ai onze ans, je suis en pension au lycée français de Baden-Baden et le soir venu, dès extinction des feux, le walkman sur les oreilles, j‘exécute avec mes copines, dans les toilettes où les « grandes » fument, des chorégraphies ridicules.

 J’aime bien ma nouvelle vie. C’est vrai, en plus. Je voyage, seule, dans des villes que je ne connais pas, je savoure les spécialités locales et je travaille, chaque semaine, avec des gens que je ne reverrai jamais.    

Toutes les notes