02.04.2008

Rencontre avec B.

Il avait répondu juste à la plupart des questions de mon test de compatibilité. En tout cas, il était passé à travers les questions éliminatoires. J’avais répondu à son test, moi aussi, et il m’avait envoyé un mail en me disant que je m’en étais plutôt bien sortie. Pas de photo sur son profil mais sa description physique et celle de son style de vie me convenaient. Dans son mail, il précisait, sans doute à cause de mon goût des voyages, qu’il était prof d’anglais.

Un soir, nous avons chatté très cordialement une quinzaine de minutes puis il a proposé de s’appeler. On est restés 4 heures au téléphone, je crois que ça ne m’est jamais arrivé de ma vie, et à plus forte raison avec un inconnu.

Le courant passait étonnamment bien, on a parlé couple, boulot, famille etc. Il a vécu 8 ans avec une femme qui est partie avec un de ses potes. S’intéresse à plein de choses, fait du sport et de la moto. On convient de se retrouver 2 jours plus tard pour boire un verre. Il propose de m’envoyer sa photo mais je préfère laisser le charme agir.

Le choix de la tenue à porter, avant chaque premier rendez-vous avec un homme, est toujours un petit casse-tête. Féminine sans être aguicheuse, basique sans être stricte. J’opte pour ma petite robe fétiche en laine verte. Un col roulé aurait pourtant été plus approprié, avec la satanée grippe qui m’est tombée dessus samedi.

Rendez-vous est pris à la porte d’Italie, à mi-chemin entre chez lui et chez moi. J’arrive avec 20 minutes d’avance, un exploit pour ceux qui me connaissent … Il faut dire que j’étais assez pressée de le rencontrer, mon rencart brun aux yeux verts.

Je patiente et me marre intérieurement en me surprenant à guetter le moindre type qui semble attendre quelqu’un. Justement, j’en repère un qui fait les 100 pas, visiblement nerveux, et je me dis « Pourvu que ce ne soit pas lui… ». J’appelle B. pour voir si le type en question répond au téléphone, ce n’est pas le cas. Ouf.

Quelques instants plus tard, un beau brun se dirige vers moi et là, je pense « Mmmm, ce serait bien que ce soit celui-là … » mais non, il s’engouffre dans le métro.

En attendant B., j’envoie des sms à mon pote JM dont les réponses me font littéralement éclater de rire. Il est marié depuis plus de 10 ans et mes anecdotes de célibataire, que je lui raconte au cours de nos dîners mensuels, l’amusent beaucoup. Finalement, un type se dirige vers moi avec un sourire, c’est l’homme avec lequel j’ai rendez-vous. Bon, à priori, pas le genre de mec qui me fait flasher. Habillé sans recherche, il lui manque cet air délicieusement carnassier qui fait frémir l’échine des gazelles de mon espèce.

On s’attable autour d’un verre au Spoutnik, le bar où je viens habituellement avec mon pote Dyvyne. D’ailleurs, ça me fait penser que ça fait un bail qu’on ne s’est pas fait une de nos soirées festives, lui et moi. On s’est ratés plusieurs fois, il faut que je le relance …

La conversation avec B. démarre un peu laborieusement.

Par moments, B. me parle en regardant par-dessus ses lunettes, comme le faisait mon grand-père. C'est pas le tic le plus sexy pour un homme encore jeune. La musique latina est remplacée par du ragga un peu trop bruyant et on émigre au Merle Moqueur. De toute façon, vu que j’ai le nez complètement bouché, je pourrais tout aussi bien boire de l’eau. Là, plus au calme, on arrive mieux à discuter. Il a le même humour cru que mon pote Dyvyne, j’aime bien.  Me raconte ses quelques rencontres l’année dernière, dont une femme qui disait avoir quelques kilos de trop et en avait plusieurs dizaines en superflu. Les femmes s’enlèvent souvent des kilos si elles sont dans la catégorie « rondes et plus » et les petits hommes ajoutent des centimètres à leur taille. Les deux n’hésitent pas à publier des photos datant de 10 ans pour se rajeunir.  

Finalement, je l’emmène au Papagallo, dans la rue des Cinq Diamants. Faudra que j’arrête de prendre des moules chez eux, elles ne sont vraiment pas terribles.

Nous nous séparons dans le métro. J’espère qu’il n’a pas flashé non plus et qu’on deviendra amis. Sur le chemin du retour, j’envoie un sms à mon pote Oh!91 : « Pas flashé mais sympa. Vivement l’astre lumineux. »

27.03.2008

Feargus, my dearest Irish friend

free music

I miss you so much. I’ve been looking for you all these years and sending mails but G. told me that you could hardly read now. I keep faith, however. I don’t know if you stayed in England , returned to Ireland or moved to the country of your loved one. One day, in Dublin , I hope I’ll bump into you. Tears will then fall down my eyes. We’ll go for a pint in an old and dark pub along the Liffey. Will you see my tears of joy or will the disease have won and made you a blind man?

I never realized how much I cared for you until I lost your trace. You moved me like very few people do. I miss your soft and calm voice, your accent as clear as crystal. I miss the diluted blue of your eyes and the way you looked at things. I remember that wonderful evening when we shared an Indian meal in my apartment. You were sitting on the floor and you started talking about Irish history. You told the british colonization, the brutal oppression of your justice and language, the fight for independence, and all of us were quiet and listening to you. You were speaking slowly to make sure my brother and sister would understand everything, and they did. They were “drinking your words”. I loved the pride that you had about your country and people. I miss your free spirit, your wisdom and your delightful humour.

That evening, you told us why your local pub was called “The Hole in the wall”.  Since then, I’ve been waiting for the day when you’ll take me there and we’ll talk for hours while sipping the black stuff. Like in the old days.

 

16.12.2007

Biscuits de Noël en Allemagne

baba2f6257640e7f2c4a74f348f18e44.jpgBien que je rentre des tropiques et ai du mal à réaliser que c'est bientôt Noel, n'empêche, samedi prochain, je pars le fêter en famille. Nous avons discuté hier soir avec Igor et O. des traditions de Noel. Igor pense que nous n'avons pas de traditions en France, or dans le Nord et l'Est, on fête la Saint-Nicolas et en Provence, il y a les santons et les treize desserts. Si je connais assez bien l'Est et le Nord, la Provence, je n'y connais rien ! En Hongrie, Noel est différent apparemment mais j'ai pas trop compris en quoi, à part une histoire de soupe de poissons à 16h. En Allemagne ou j'ai grandi, la tradition veut qu'on confectionne plein de biscuits à l'approche de Noel. Ma mère a conservé cette tradition et chaque année, nous vidons ses boîtes en fer blanc avec une gourmandise non dissimulée. Moi je prépare chaque année des ginger breads que j'offre à mes amis. Ferez-vous partie des chanceux qui en dégusteront ? Sinon, en voici la recette :

Pour 50 gâteaux environ
Préparation 20 minutes
; Cuisson 1/4 d'heure
Eléments de base : (l'unité de mesure est la tasse à café)
2 tasses à kfé de sirop de sucre de canne - 2,5 tasses de sucre semoule - 8 tasses de farine - 2 tasses de beurre en pommade - 1 tasse de crème fraîche - 2 cuillerées à kfé de gingembre en poudre - 2 cuillerées à kfé de canelle - 2 clous de girofle
Mélanger le sirop de sucre de canne, le sucre en poudre, la farine tamisée, le beurre fondu, la crème fraîche, le gingembre, la canelle et les clous de girofle (qui seront retirés avant cuisson).
Travailler la pâte et la laisser reposer une journée au frais.
Le lendemain, étendre la pâte au rouleau puis la découper à l'aide de moules de diverses formes.
Déposer les biscuits bien espacés sur une plaque farinée et cuire de 12 à 15 minutes à 230°C, th. 7.
Ces biscuits refroidis se conservent plusieurs jours dans une jolie boîte hermétique.

J'ai également trouvé une multitude de recettes sur ce site.

28.11.2007

Stéphane

Il s’appelle Stéphane, il a 41 ans aujourd'hui.

Dimanche, je sortais d’un brunch gargantuesque avec un ami quand il s’est écroulé devant nous, sur le boulevard Saint-Germain.

Sa main tremblait, j’ai d’abord cru à une crise d’épilepsie. Quand je me suis agenouillée, il a refusé que j’appelle les secours. Il a ouvert les yeux et chuchoté « Non, n’appelez pas, je veux juste parler, s’il vous plaît ».

Il est resté allongé un moment, pour reprendre des forces, tandis qu’une jeune femme courait lui acheter à manger et à boire (merci à elle). Puis, nous l’avons aidé à s’asseoir. Il était épuisé par le manque de sommeil et la faim, tout ce qu'il répétait, c'était : "Je veux juste parler, s'il vous plaît, quelques minutes." . Stéphane n’est pas encore abîmé. Il précise mais je l’ai compris, qu’il ne boit pas. Je lui demande de tenir aussi longtemps que possible, de ne pas tomber dans l’alcool parce qu’alors, c’est la fin. L’alcool fait oublier le froid et l’indifférence alentour et un matin, on ne se réveille pas. Stéphane répond à mes questions mais ses réponses, je les connais déjà. Pas de centres d’hébergement parce qu’on le tabasse et lui pique ses affaires. Pas de potes dans la rue pour ne pas tomber dans la picole et les embrouilles. Pas d’aides des assoc’, parce qu’il n’est pas « prioritaire ». Prioritaire, c’est sans doute quand tu es devenu un animal, à l’article de la mort, plus assez conscient pour réfléchir. Putain, comment ça te fout les boules de regarder dans les yeux un homme qui essaie de ne pas sombrer, qui pourrait être ton frère. Stéphane, lui, il n’a plus de sœur, elle est morte avec ses parents dans un accident de voiture il y a 15 ans. Comment le 5ème pays le plus riche du monde peut laisser faire ça ?

Sur ce bout de trottoir, il n’y avait plus que nous 3. Stéphane posait des questions sur nos boulots, nos vies. Il a voulu nous raconter comment il était arrivé là.

Il y a encore un an, Stéphane avait un appart’, une femme et un boulot. Il était commercial indépendant et passait son temps en bagnole. Jusqu’au jour où son crédit de points est arrivé à zéro et où il a perdu son permis. Plus de permis, plus de boulot. Indépendant donc pas de droit au chômage. Sa femme le quitte, il ne peut plus payer les traites de son crédit auto, on le saisit et c’est la rue. Quand je dis « Ca va vite, on est pas à l’abri », il me répond « Les gens ne savent pas ». Moi je sais, et Nicolas aussi. Stéphane dit que ça lui ferait plaisir qu'on aille boire un café ensemble. Il a une bonne bouille, Stéphane, il sourit encore. Nous avons passé près de 2 heures avec lui, à parler de choses et d’autres, à rire aussi.

Ne jamais oublier. L’autre, c’est moi.

 

18.11.2007

Tornade hivernale

Conversation sur MSN hier vers 19h, avec une amie :

C. dit : Je mets ma robe à pois ! Celle en laine, il faut vraiment pas de petit bidon !!

C. dit : Reste à trouver les chaussures, et pour moi, ce n'est pas une mince affaire !!!

C. dit : Quoi que ça fait un peut sérieux...

C. dit : La dernière fois que je l'ai mise, c'était pour un séminaire.... Hummm... J'hésite.... Mais il faut que je parte dans 20 mn !

Fiso dit : lol

Fiso dit : je peux pas t'aider ma biche, sauf si t'as une webcam lol

C. dit : Ouais, je sais bien ! La webcam, elle est pas installée pour le moment...

Aaahhh, horreur, malheur ! J'ai du poil aux pattes !

Fiso dit : mdr

tu t'en fous tu mets un collant non ?

C. dit : Et mon collant vient de se filer...

C. dit : Je repars à la pêche aux collants noir 25 deniers !!

Fiso dit : tu m'éclates !

C. dit : Oui mais il faut les bottes pour cacher les oilps !
Alors j'ai un collant "control top" : horrible, ça gaine...Sinon, j'ai que du marron, du gris ou du chataigne !!! Arrrgggghhhh...........
Faut pas que les bas me lâchent !
Imagine, les bottes, elles me déchirent les bas, et je me retrouve sans collants, avec mes poils aux pattes !
Parce qu'elles ont une fermeture éclair, et parfois,; ça nique les collants ! Si si !!!
Je vous le donne en mille; elle s'est pointée en pantalon noir. Je l'ai rencontrée très récemment, ma copine C. J'aime son côté bourgeoise délurée et gaffeuse, sa façon de bondir sur la piste de danse, avec moi. Hier soir, elle m'avait invitée à la soirée d'anniversaire d'un couple qu'elle a rencontré cet été et pas revus depuis. Elle a fait très fort, comme d'hab.
Un garçon jovial lui saute dessus : "C. ! Ah ben t'es là ! Cool de te voir !"
Elle: "Ben oui, c'est R. qui m'a invitée !
Lui : "R. ? Lequel ?
C. : "Ben R. ! C'est son anniversaire, ce soir !" 
Lui : "Ben ... c'est moi ! Ah, tu ne m'as pas reconnu? "
Je vous le dis, cette fille, c'est de la bombe !

Couleur aubergine

Elle aparaît au coin de ma rue, appuyée sur une canne. Silhouette voûtée mais digne. Je m'amuse de ses brindilles arquées, habillées de chaussettes hautes couleur aubergine d'ou jaillissent des genoux pointus. J'aime bien les petites mémés. Je leur trouve souvent une élégance qui manque aux femmes plus jeunes. Celle-ci vient à ma rencontre et je pressens déjà que nous allons nous parler. C'est un phénomène dont je n'ai pris conscience que récemment mais auquel je m'abandonne à chaque fois avec délice. Comme si j'étais une sorte d'aimant à la fois apaisant et vivifiant qui fait du bien aux gens. Un puits de vie, comme l'a si joliment écrit Olivier.

Parvenue à ma hauteur, elle ralentit et s'exclame:"Ah! J'ai eu une frayeur un instant, je me demandais ou était passée ma canne". Je m'arrête et laisse échapper un rire attendri tout en l'observant avec un intérêt non dissimulé.

Sa peau distendue tombe sur ses joues et de fins cheveux grisonnants s'échappent de la toque en fourrure enfoncée sur son crâne. Son maigre cou de volatile dégarni est couvert d'une écharpe en laine jaune. Du tricoté main sans doute.

Encouragée par mon sourire, elle continue "C'est pareil des fois avec mes lunettes, je les cherche alors que je les ai sur le nez!"

Je débite des niaiseries "Ben oui, c'est drôle". "C'est pas facile vous savez!" dit-elle en souriant. "En tout cas, lui dis-je, vous êtes très élégante". "C'est vrai ?, minaude-t-elle comme une adolescente. J'ai 82 ans, ma chérie! "

"Et bien vous êtes une très belle femme".

" Vous aussi, vous êtes très mignonne".

Un silence gêné a suivi. Instant furtif et magique de tendresse entre deux inconnues que 46 années séparent. J'ai eu envie de lui proposer un chocolat chaud dans un café proche. Je l'ai sentie hésitante aussi, comme me quittant à regrets, prisonnières de nos pudeurs respectives.

En la regardant s'éloigner d'un pas mal assuré dans la lumière blafarde des lampadaires, seule et vulnérable, j'ai aimé penser qu'elle avait moins froid.

 

17.10.2007

Poésie du ch'Nord

Un mec à la tronche amochée, rencontre un copain à lui.

-   Qu’o qui t’arrive à tyzote, te n’a eune gueule toute abimée !

-   Ch’est m’femme qui m’avot mis eun coup d’gigot congelé dans m’geule …

Ch’étot hier, m’femme elle étot lô en minijupe, et elle s’pinche dans l’congélateur pour prinde quequecosse.

Alors myzote ch’sais pô c’qui m’ô pris, j’onno pô pu résister et vla ti pô que j’lô prise par derrière … Elle gueulot, elle gueulot comme une vaque, alors myzote j’continuô toudis eud plus belle.

Et pis elle attrape eun gigot congelé et vlà ti pô que cteu folle dingue là, elle m’colle un coup sur m’gueule avec.

-   Bah brun alors, elle aime pô l’sexe t’femme ?

-    Si mais pô à Auchan …

PS : On attend la version bretonne de Nicolas chez Leclerc …

01.09.2007

Mon amie

J'ai peu d'amies. A., dont le prénom signifie "espoir" et que j'ai connue au lycée. On avait 17 ans et on a mis longtemps à s'apprivoiser. On se croyais différentes mais au fond on était pareilles. La colère a construit notre indépendance. Je ne parle pas souvent d'elle parce qu'elle lit mon blog et qu'elle est pudique.

Mon autre amie, celle dont j'ai envie de parler ce soir parce que je viens de passer une heure avec elle au téléphone, je l'ai rencontrée il y a presque 4 ans. A un moment ou j'étais en pleine détresse, devenue une étrangère pour moi-même. Incapable d'afronter les questions, peur d'être jugée, mes amis n'ont parlé qu'à mon répondeur pendant un an. Mes parents étaient loin, heureusement, et ma fratrie me laissait tranquille. On a toujours été pudique dans la famille. J'aurais voulu hiberner dans un trou et je n'arrivais même pas à faire une nuit complète. L'hiver 2003, je ne l'oublierai jamais. C'est l'hiver ou j'ai eu le plus froid de ma vie.

Dans ce brouillard, I. croise ma route. Derrière la battante, je découvre une sensibilité exacerbée et un sens de l'écoute immense. Petit à petit, elle me raconte son histoire, similaire à la mienne, et ses blessures : manque de confiance, peur de l'abandon, sacrifices. Et puis la révolte, violente, inattendue. Le remords, comme un couteau qu'on s'enfonce et qu'on remue dans la plaie. Cette blessure là, il fallait être une femme et l'avoir vécu pour la comprendre. Alors pour la première fois, je me confie à une femme. On pleure ensemble sur nos questions sans réponse. Et puis, après de longs mois, les larmes commencent à laisser la place aux rires, au fur et à mesure qu'on se pardonne nos fautes imaginaires.

Aujourd'hui, I. cherche toujours l'amour. J'ai souvent du mal à comprendre pourquoi ses rapports avec les hommes sont si passionnels. Notre différence, c'est qu'elle en a peur. Moi, je me nourris d'eux. Je vois ce qui nous rapproche, pas ce qui nous éloigne. Ils ont les valeurs que je ne trouve pas chez mes soeurs et qui sont miennes : la fraternité et la loyauté. Mais y'a toujours une exception à la règle. La mienne s'appelle Isabelle.

 

19.08.2007

Chez Tonnégrande

Tonnégrande nous attendait hier, dans sa jolie maison au sud de Paris. Idir et Karim, les gentils patron de l'Aéro, m'ont invitée à laisser mon vélo dans l'arrière-salle de leur bar ou je retrouvais le groupe et nous avons pris le bus tous ensemble. Il y avait Deblais, Jim qui sortait d'une soirée et n'avait pas dormi de la nuit (et pourtant rayonnant dans sa veste blanche), le vieux Jacques, Nicolas, Eric de CDLM, tout aminci, et une nouvelle très sympa, Marie, amie de Deblais.

A l'arrivée chez Tonnégrande, nous avons installé tables et tréteaux dans le jardin. Sur la table, nous avons disposé les nombreux plats et marmites. Tonnégrande, visiblement très heureux de nous faire découvrir la cuisine de chez lui (et il y a de quoi), nous expliqua la composition de chaque plat, un à un. En attendant qu'il en fasse un bel exposé sur son blog ressucité, je vais tâcher de retranscrire ce que j'ai appris hier. Découvrir la cuisine et la culture d'un pays inconnu est toujours une fête pour moi. Je suis très attachée aux traditions et au savoir qu'on se transmet de génération en génération.

Nous avons commencé par deux belles salades.  Une de poulet boucané à la sauce chien, agrémentée de gombos, tomates et oignons blancs : .

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La même au poisson boucané :

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Nous avons siroté les 3 sortes de rhums que Tonnégrande avait rapporté de son voyage : la belle Cabresse, la Cayennaise et le Coeur de Chauffe.  Tonnégrande nous a appris que l'usage voulait qu'on n'utilise qu'une cuillère pour mélanger rhum et sirop arrangé, et qu'on se la passe de convive en convive, ce que nous avons fait. Ci-dessous une vue plongeante sur le sirop arrangé, saupoudré d'anis étoilé et canelle.

 

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Admirez l'attention de l'assemblée à la présentation faite par Tonnégrande. Ca c'est avant l'apéro ... après ça se gâte.

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Devant nos airs interrogatifs, Tonnégrande nous a expliqué comment manger la kassave et le kwak, tous deux issus du manioc. La kassave, qui est une galette de manioc, se réhydrate en versant un peu d'eau dessus. On s'en sert pour saisir entre ses doigts poisson et poulet boucanés. Le kwak qui ressemble à une semoule grossière d'un beau jaune se réhydrate également à l'eau. Tonnégrande m'a suggéré d'écraser un avocat et de le mélanger au kwak. Cela fait une belle pâte que l'on relève d'un peu de piment et on dépose la salade de boucané dessus. C'est tout bonnement délicieux !

Nous avons ensuite soulevé le couvercle des grosses marmites qui trônaient sur la table. J'ai servi l'assemblée : riz blanc et colombo de porc nappé d'une belle sauce crémeuse aux pommes de terre, aubergines, concombre piquant, oignons et tomates. Djibril nous avait rejoints et nous avons dégusté les punchs ramenés spécialement pour l'occasion : punch coco licoreux (merci la belle-maman de Tonnégrande), punch comou (c'est un fruit du palmier) et punch cachuète. Marie et moi sommes tombées d'accord pour attribuer la palme d'or au punch comou.

Nous avons parlé de gastronomie et de Guyane, bien sûr.

Tonnégrande nous a ainsi appris qu' être invité à déguster un bouillon d'awara est une grande marque d'estime. Ce plat, traditionnellement préparé à Pâques, est une sorte de pot au feu qui mijote dans un bouillon coloré constitué de la pâte d'awara, un fruit du palmier. Si vous voulez suivre en images la confection de ce plat qui semble délicieux, c'est ici. Il y a aussi plusieurs recettes guyanaises  (au passage, j'ai noté une fricassée de lézard). A noter aussi : les accras sont antillais, en Guyane, on appelle normalement ces beignets des marinades.

Tonnégrande n'était pas retourné en Guyane depuis son départ, il y a 7 ans. Beaucoup de choses ont changé et pas en mieux, semble-t-il. L'exploitation de gisements d'or, découverts en 1992, une catastrophe écologique pour les belles forêts guyanaises. Le déversement de mercure dans ces chantiers à ceil ouvert provoque désormais de terribles malformations chez les nouveaux-nés des peuples vivant aux embouchures des fleuves. Cette ruée vers l'or a amené une immigration massive de Brésiliens et Haitiens, ce qui pose beaucoup de problèmes en termes de sécurité. L'instauration de frontières ne respecte pas la culture ancestrale de ces peuples qui ont toujours eu l'habitude de naviguer d'une rive à l'autre, en fonction des ressources naturelles. Les amérindiens sont devenus des clowns pour touristes. Le seul peuple guyanais qui, selon Tonnégrande, a réussi à préserver sa culture, est le peuple Noir-Marron. Ces descendants d'esclaves ont reconstitué leur mode de vie africain sur le fleuve Maroni et ses affluents.

Claude, merci encore pour ce moment de partage et de convivialité. Je sais que tu as passé de nombreuses heures derrière les fourneaux pour nous et je t'en remercie. J'espère que nous avons fait honneur à ton hospitalité. Quand à moi, je vais me remettre en contact avec Laura, repartie en Guyane il y a peu, et tâcher de programmer un voyage là-bas pas plus tard que l'année prochaine !  

A la tienne, Claude !

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12.08.2007

La vie de Gandhi

a5f6308d2548dc90ac03fc5da1d63ec1.jpgCe soir, si vous vous trouvez devant votre poste de télé, je vous encourage à regarder le très beau film "Gandhi" de Richard Attenborough. A l'occasion de l'anniversaire de l'indépendance de l'Inde, le 15 août (1947), le Nouvel Obs consacre un dossier spécial au Mahatma, dans lequel la parole a été donnée à sa famille et les témoins de sa vie.

Adolescente, j'avais été bouleversée à la lecture de sa biographie, par la vie, la résistance de ce petit homme et son assassinat. A sa mort, Einstein dit de lui "que les générations futures auront du mal à croire qu'un tel homme de chair et de sang ait réellement existé".

Le témoignage du petit-fils et des proches de Gandhi m'apprit plusieurs choses sur l'homme.

Marié à 12 ans, il n'a jamais pardonné à son père de lui avoir imposé un mariage si jeune et n'a eu de cesse de dénoncer les unions enfantines.

A 19 ans, il partit étudier à Londres, ce qui lui valut d'être exclu de sa caste. C'est là qu'il découvre le christianisme. Fasciné par la figure du Christ, qui n'a pas d'équivalent dans l'hindouisme, il lit la Bible et se rend beaucoup plus souvent dans une église que dans un temple hindou. Il cherche sa voie spirituelle. Plus tard, en Afrique du Sud, il lit Léon Tolstoi et est bouleversé par son "Royaume des Cieux est en vous". Il se posera longtemps la question de sa conversion au christianisme, mais s'y refusera pour deux raisons. La première, c'est qu'il refuse de croire que Jésus est le seul enfant de Dieu. La seconde, c'est parce qu'il faudrait alors se défaire de l'hindouisme, et donc d'une partie de lui-même.

J'avais oublié qu'il avait vécu 20 ans en Afrique du Sud. Confronté au racisme anti-indiens, Gandhi se lance d'abord dans la défense des indiens au sein du système. Infirmier au sein de l'armée anglaise qui se bat contre les zoulous, témoin de viols et d'atrocités, c'est là que sur le champ de bataille, il a l'Illumination et découvre sa mission : "propager la vérité et la non-violence". Dans la foulée, il fait voeu de chasteté et de pauvreté, pour "être totalement libre".

Le peu de goût de Gandhi pour le sexe est dû au fait qu'il associa très tôt le sexe à la mort. Alors que, jeune marié, il veillait son père gravement malade depuis plusieurs jours, Gandhi rejoignit sa jolie épouse, quelques heures, pour faire l'amour. Au sortir de ces ébats, il apprit que son père venait de mourir, seul. Plus tard, Gandhi écrira "les femmes sont la source de tous les maux".

De la même façon, Gandhi renonce aux joies du palais. La nourriture devait être saine mais sans goût et strictement végétarienne. Il interdisait également le sel et les épices, qui "éveillaient les sens".

Gandhi se soucie peu de sa famille. Rien ne compte vraiment en dehors de la libération de son pays par la non-violence. Son fils aîné souffrira particulièrement de la vie de pauvreté que Gandhi leur impose, du jour au lendemain. Il se mettra à boire et à jouer, et mourra dans la déchéance et la misère, cinqu mois après son père.

Un des préceptes de Gandhi a particulièrement résonné en moi, en ces temps ou les lois les plus injustes, la violence et le mépris de l'être humain ne rencontrent plus guère que passivité et soumission. C'est le concept de "désobéissance civile". Très inspiré par l'écrivain américain David Thoreau, inventeur de ce concept, Gandhi estime que les citoyens ont le droit et le devoir de désobéir aux lois immorales. Il estime aussi que ce qui serait acquis par la violence ne pourrait être maintenu que par la violence.

J'appris aussi que Churchill vouait une haine féroce à Gandhi. Quand il l'enferme en 42 et que Gandhi entame une grève de la faim, il ne le libère que parce qu'un médecin lui assure que Gandhi est sur le point de mourir et qu'il vaudrait mieux qu'il s'éteigne en dehors de la prison, pour ne pas déclencher d'incidents. Libéré, le Mahatma survit et reprend la lutte. Churchill est furieux.

Les prises de position de Gandhi envers Israel et les juifs ont fait l'objet d'une forte controverse. Pendant la seconde guerre mondiale, ils les exhortent à s'opposer aux crimes nazis par la non-violence et à "accepter la souffrance, voire le massacre". Dans le même article, il dénonce violemment le sionisme. Cela lui vaudra d'être accusé par le philosophe Martin Buber de chercher à tout prix à préserver "l'unité hindo-musulmane", ce que Gandhi démentira. Après la guerre, il continuera à s'opposer publiquement à la création de l'état d'Israel.

Lorsque l'indépendance tant attendue est proclamée en 1947, Gandhi ne se réjouit pas. Désespéré par la création du Pakistan, les massacres qu'elle provoque et qu'il ne parvient pas à stopper malgré ses supplications, il déclare avoir changé et semble ne plus croire en la non-violence. Ses propositions dérangeantes, notamment ses déclarations en faveur d'une femme intouchable comme présidente de l'Inde, en ont fait un personnage gênant qui sera éliminé un an après l'indépendance de l'Inde. Reste la principale figure morale du 20ème siècle, qui inspira Martin Luther King, Lech Walesa et Nelson Mandela.

A lire :

"Autobiographie ou mes expérience de vérité" par Gandhi (PUF, 2003)

"Résistance non-violente" par Gandhi (Buchet-Chastel, 2007)

"Cette nuit la liberté", par Dominique Lapierre et Larry Collins (Pocket, 1975)

(L'épopée de l'indépendance de l'Inde).

 

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