19/05/2013

Voyage dans le ventre de Paris

je vous ai croisé,louchébem,restaurants,paolaHier, vers 15h30, j'ai retrouvé ma petite Colombienne, Paola, au pied de l'église Saint-Eustache, pour un déjeuner quelque peu tardif. Elle avait envie de viande, je l'ai donc emmenée au Louchébem, restaurant boucher des Halles depuis 1878. Ne commencez pas à saliver, le propos de ce billet n'est pas le contenu de mon assiette, même si je vous défie d'avoir encore de la place pour une deuxième assiette du rôtisseur (jambon rôti, cuisse de boeuf et gigot d'agneau, 22€90, à volonté) servi avec 3 sauces et une savoureuse purée maison, elle aussi à volonté. Bon, je vois déjà Phil faire la moue, ok une petite photo, mais elle n'est pas de moi :

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Paola a vite calé et le serveur, habillé en garçon boucher, lui a gentiment emballé le reste de son assiette de viandes pour qu'elle puisse le savourer à la maison; attention assez rare à Paris pour être soulignée.

La salle étant quasi-vide, j'ai discuté un peu avec le serveur, m'enquérant de l'activité du restaurant : le mois de mai est une catastrophe, m'a t-il dit. Un peu plus tard, j'explique à Paola la signification du mot louchébem, qui signifie "boucher" en argomuche, langage inventé par les bouchers du quartier, à l'époque où les Halles n'était pas un centre commercial mais véritablement des halles maraîchères, le fameux "ventre de Paris". Ces halles étaient fournies par les abattoirs de Paris, ceux de la Villette et aussi ceux de Vaugirard, une de mes balades préférées. Je pointe du doigt, par la fenêtre, la facade en boiseries du restaurant "Chez Denise" autre institution du quartier, et en profite pour glisser sur la magnifique et toute proche tour Saint-Jacques, dernier vestige de l'église Saint-Jacques de la Boucherie, où les découpeurs de viande venaient prier.

M'aidant d'internet, je lui révèle aussi la présence d'un immense charnier humain, le cimetière des Innocents, à l'emplacement de la fontaine du même nom, dont les ossements furent déplacés dans les catacombes lorsque les fosses commencèrent à s'écrouler sous le poids des squelettes qu'elles contenaient. En y réfléchissant, c'est peut-être ce qui a coupé l'appétit de ma jolie Colombienne, qui en redemandait pourtant et m'écoutait en ouvrant de grands yeux. Je prends à partie le serveur, qui s'ennuyait ferme à quelques pas, pour qu'il complète mes propos. Il nous invite à regarder les nombreuses photos, de l'époque du "ventre de Paris" qui ornent les murs du restaurant, en bas, dans l'escalier et à l'étage.

Après le dessert où Paola suit mes conseils et déguste un Paris-Brest, l'occasion pour elle autant que moi de découvrir (merci Internet), l'origine du nom de cette pâtisserie, tout en picorant les desserts de mon café gourmand (que chevere ! el arroz con leche de mi mama ! s'écrie-t-elle en dégustant une cuillerée de mon riz au lait à la cannelle), nous partons en exploration dans le restaurant.

Un autre serveur, plus âgé que le précédent, nous rejoint et fournit les légendes des photos. Il montre celle d'un type rougeaud, coiffé de gigantesques oreilles de porc, verre à la main. "C'est ce qu'on appelait un fort des Halles, dit-il. Ce sont les types qui portait des quartiers de viande entiers sur leurs épaules, à l'époque. Ce monsieur est venu il y encore 5 ans, c'était un colosse, plus grand que moi. Ils portaient le chapeau qui est dans l'escalier." Accroché au mur, il y a un chapeau à larges bords ronds, une sorte de sombrero. Après recherches, il s'agit du coltin, un chapeau muni d'un disque de plomb. Un site rend un fort bel hommage aux forts des Halles, et en musique, ici. Je pique une photo :

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Didier, puisque c'est son prénom, complète ma mémoire défaillante en donnant les dates de la destruction des Halles.

"C'était l'équivalent des Halles de Rungis d'aujourd'hui, n'est ce pas ? demandai-je. On vendait tous les produits frais, ici, pas seulement la viande ?"
Didier confirme et pointe le doigt : " Du côté de la bourse du Commerce, ancienne halle aux blés, c'était le marché aux volailles. Au pied de Saint-Eustache, le marché de la viande."

Je l'interromps : "Vous avez connu les Halles de l'époque, on dirait ?"

- Oui, j'étais tout gamin et j'accompagnais mon père qui venait au cul des camions aider au déchargement, pour gagner un peu d'argent avant de partir travailler. Moi je l'attendais dans la voiture mais je m'en souviens bien."

Quelle chance de rencontrer quelqu'un qui qui n'est pas là par hasard mais véritable contributeur de la mémoire du quartier. Un griot des Halles !

Paola est aussi ravie que moi de ce déjeuner très culturel. Didier nous entraîne jusqu'à l'écran LCD, à l'entrée du restaurant, qui diffuse des images de l'époque, qu'ils ont eu quelque mal à retrouver. On y voit une photo de la facade du restaurant, à l'époque, lorsque son entrée se trouvait dans l'angle.

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" Vous trouverez toutes les infos sur le site internet du restaurant " précise Didier. Moi, je crois que je ne vais pas tarder à me programmer une balade-reportage dans ce quartier, un must pour la gourmande que je suis, non ?

Si l'histoire du restaurant et du quartier vous intéresse, cliquez sur l'onglet Historique, . Pour des photos d'époque, c'est ici. Si vous êtes tombée amoureuse d'un boucher qui le parle ou que vous voulez juste faire le malin au prochain dîner avec vos potes en parlant l'argomuche, cliquez . Et surtout, ne manquez pas d'aller vous taper un morceau de la savoureuse barbaque du Louchébem, où les serveurs sont si sympas (parce que ce sont de vrais Parisiens, eux ! )

Le Louchébem au 31 rue Berger, Paris 1er (Tel 01.42.33.12.99)

18/05/2013

Les fous du roi

index.jpgIl n'y a pas de crise du leadership. Il n'y a que des leaders en crise.

Pourquoi ai-je sorti de mes étagères ce livre prêté il y a plusieurs années par mon ami JM et que je n'avais jamais lu ? Sans doute parce qu'aujourd'hui, après 4 années dans une PME détenue par un financier, éviedemment principal actionnaire, je suis à même de comprendre le sens du discours de son auteur, Rémi Tremblay, alors PDG de la filiale canadienne d'Adecco.

4ème de couverture :

Les patrons sont les nouveaux fous du roi. Leur souverain ? L'actionnaire, cet être inconscient et cupide qui exige que ses actions montent en flèche. Pour le satisfaire, les fous licencient, fusionnent, rationalisent, centralisent et décentralisent (...)

Dans les fous du roi, Rémi Tremblay lance un cri du coeur. Ses cibles : la tyrannie de l'actionnaire, le manque d'éthique, les patrons qui se servent au lieu de servir. Son rêve : éveiller les consciences, rétablir la confiance, rapprocher les leaders de leurs valeurs profondes.

Réflexion sur le pouvoir, cet ouvrage troublant place le lecteur face à ses propres comportements. Après tout, nous sommes tous les fous d'un roi. Que seriez-vous prêts à faire pour un bon mot de votre patron, de vos parents, de votre professeur ? Lire ce livre, c'est prendre un risque, celui d'affronter ses peurs pour tenter de s'en libérer.

Imaginez le carnage quand votre patron est en plus actionnaire ... En écoutant mon nouveau PDG cette semaine, la raison évidente de la mort annoncée de mon ex-société (que je sens venir depuis janvier 2012 très exactement) m'est apparue comme une évidence : comment une société dont le coeur de métier est l'humain (gestion des RH) peut-elle être détenue par un financier dont la seule préoccupation est de faire de l'argent ? Comment ses salariés, majoritairement animés par le sens du service client, peuvent-ils s'épanouir et être heureux dans un tel climat, où leurs préoccupations sont à l'opposé de celles de leur PDG ?

J'ai relévé, dans le livre de Rémi Tremblay, quelques passages qui ont fait cruellement écho :

"C'est fou ce qu'on tolère. Les jeux de pouvoir, notamment. On commence par les tolérer, puis on finit par y participer. Parce qu'on veut se protéger. Chose certaine, l'effritement de la confiance s'opère graduellement, insensiblement. Je l'ai observé dans mon organisation. J'ai vu les employés se protéger toujours davantage les uns des autres. Pour moi, le plus bel exemple de méfiance, ce sont les copies conformes, que je déteste souverainement (...) Pourquoi me mêler à cela ? La réponse est simple : parce que celui qui envoie le courriel n'a pas confiance en celui à qui il l'adresse. ET parce qu'il veut lui faire peur en m'informant de leur échange."

Dans mon ex-société, ma boss refusait que nous la mettions en copie de nos échanges avec d'autres services. Certains d'entre nous insistions, voulant l'obliger à jouer son rôle : être au courant de ce qu'on nous demandait de faire, à nous ses collaborateurs. Et surtout intervenir lorsque la teneur ou le ton des échanges était inappropriés et/ou irrespectueux. Ce n'était même pas une question de confiance; c'était, en ce qui me concerne, un refus de recevoir des ordres d'autres qu'elle, et surtout de cette façon-là. Quand j'étais manager, je n'ai jamais accepté que qui que ce soit d'autre que mes responsables donne des consignes à mes collaborateurs. Et de la même façon, je respecte ma hiérarchie et je ne double pas par la droite (référence au billet à venir).

" A l'été 99, j'étais en détresse. Cette détresse n'a pas débuté du jour au lendemain. Elle s'est installée petit à petit. J'ai commencé par ressentir de moins en moins de plaisir. Un conquérant, d'ailleurs, ne connaît que le plaisir, jamais le bonheur. Le plaisir, c'est physique, c'est instinctif. Tromper sa femme procure du plaisir, pas du bonheur. Obtenir une promotion en écrabouillant un collègue procure du plaisir, pas du bonheur. Atteindre des objectifs financiers en licenciant des employés procure du plaisir, pas du bonheur."

Je suis certaine que mes copains adultères ou repentis pourraient témoigner de la misère morale et affective dans laquelle ils se trouvent ou se sont trouvés. En écrabouillant un collègue ou en tentant de le faire, on n'est même pas garantis d'obtenir la promotion recherchée. En revanche, je sais ce qu'on y perd : le respect des autres, ceux qui n'ont pas de pouvoir mais des valeurs et de la lucidité. Quand aux licenciements pour obtenir des résultats financiers, mes ex-collègues sont hélas en plein dedans : 6 licenciements annoncés il y a 15 jours, dont 1 qui est un pur règlement de compte, et l'annonce récente d'une baisse des salaires décidée de façon unilaterale et à durée illimitée. Les salariés paient les erreurs de gestion et de stratégie de leur dirigeants. En revanche, la femme du PDG, elle, emploi fictif notoire et un des meilleurs salaires de la boîte, fait toujours partie des effectifs ... Et j'entend des gens essayer de me convaincre que c'est normal. On marche sur la tête.

" Une amie m'a raconté que dans son entreprise, la DRH conseille aux gestionnaires de congédier un employé en cinq minutes, le vendredi à 17h. On appelle ça "terminer un employé". Quelle expression épouvantable !

Pensez un peu à la douleur de ces personnes à qui on cache les véritables raisons de leur départ, ou encore à qui on ne dit rien. A qui on montre simplement la porte, par manque de courage."

J'ai vécu ça, en live, dans le groupe de grande distribution dans lequel j'ai travailé pendant 6 ans. J'ai vu, outre des assistantes en larmes et des patrons qui se mettaient la loi Evin au cul et fumaient sous le nez de ces mêmes assistantes, parfois enceintes, des responsables de service hagards et incrédules, escortés par la sécurité jusqu'à leur voiture. L'un d'entre eux, avec lequel je m'étais liée d'amitié, a fini en dépression nerveuse après s'être fait chasser de cette façon et n'a plus répondu à mes mails.

Pour aller plus loin :

Des interviews de Rémi Tremblay dans les magazines Le Manager Urbain, En Quête

13/05/2013

Kiwi(s) !

Le samedi 4 mai, c'était ma dernière balade bénévole pour Parisien d'Un Jour. N'ayant pas réussi à honorer, en 2012, les 6 balades annuelles minimum demandées, j'ai préféré arrêter. Difficile de sacrifier une demi-journée de son précieux weekend quand, en déplacement chaque semaine ou presque, c'est le seul moment que l'on peut consacrer à ses amis. Et encore plus à l'arrivée des beaux jours, où mes envies de weekends au vert sont aussi fréquentes que les mails de PDJ.

Et puis j'ai un autre projet de bénévolat dont j'espère vous parler bientôt, quand ma candidature sera acceptée. Un projet très enthousiasmant, en parfaite cohérence avec mes valeurs et mon parcours professionnel.

N'empêche, être guide bénévole pour Parisien d'Un Jour a été une belle expérience. J'ai rejoint l'association en septembre 2011 pour d'une part, contribuer à donner une meilleure image des habitants de ma jungle urbaine et d'autre part, multiplier les occasions - trop rares - de converser en anglais. J'ose croire que j'ai rempli ma mission. De son côté, PDJ a exaucé mes voeux en ne m'envoyant que des visiteurs anglophones, à l'exception de Paola, ma petite Colombienne.

Le 4 mai, donc, je suis passée chercher Angie et Stan, un couple de fermiers néo-zélandais, dans leur joli hôtel La Maison Favart (A), du côté de Richelieu-Drouot. Du coup, nous avons fait ma balade, qui devait partir de la place de la Concorde, à l'envers. J'ai fait un démarrage en beauté en partant dans la direction opposée de celle souhaitée, ce dont je me suis rendu compte en arrivant à l'angle des rues Lafayette et de Châteaudun. "Ce n'est pas grave, Sophie, a dit Angie, nous on est contents de visiter Paris".

Du coup, comme on repassait du côté de Richelieu-Drouot et que je leur parlais des passages parisiens, nous avons fait un détour par le passage Jouffroy (B) et celui des Panoramas (C).

De là, nous prenons la rue Vivienne et comme je ne suis pas encore dans un de "mes quartiers", je marque un rapide arrêt pour m'asssurer, plan à la main, que celle-ci débouche bien sur le Palais-Royal. Deux hommes s'arrêtent successivement pour proposer leur aide. "Arrêtez, je suis censée être guide touristique, dis-je en rigolant".

Nous longeons la place de la Bourse (D), que Stan prend en photo pour un de ses fils qui travaille à la bourse d'Auckland. La rue Vivienne est quasi déserte par cette première belle journée ensoleillée qui a favorisé une fuite des Parisiens. Cette parenthèse silencieuse est bien agréable entre le vacarme du boulevard Montmartre que nous venons de quitter et celui de la rue de Rivoli qui nous attend.

Mes fermiers néo-zélandais ont l'air plutôt sereins dans ma jungle urbaine, eux qui vivent en plein centre de l'île avec leurs moutons et pas grand-monde à la ronde. Angie a une maison d'hôtes et m'invite à y séjourner. "Si vous avez des moutons, vous faites des barbecues", demandai-je à Stan. "Oh oui !" Cet argument, couplé à l'alléchante description du pain maison d'Angie, visiblement fort apprécié de ses visiteurs, et une vieille envie de visiter la Nouvelle-Zélande me séduisent. En plus, Stan tond lui-même ses moutons et même s'il n'est pas galbé comme Luke O'Neill dans "Les oiseaux se cachent pour mourir ", ça doit valoir le spectacle.

Nous voici dans la rue de Beaujolais, au charme rétro avec son escalier en pierre et nous entrons dans le jardin du Palais-Royal (E) où Parisiens et touristes se rafraîchissent au bord de fontaines. Le temps d'une pause photo sous les roses, je découvre qu'en Nouvelle-Zélande, on ne dit pas "Cheese" pour garantir un sourire photogénique mais "Kiwi". Je raconte à mes compagnons l'anecdote du petit canon du Palais-Royal et profite de ce détour pour entraîner Angie dans la boutique de Serge Lutens. Elle aimerait dénicher une tenue pour le mariage d'un de ses fils, je propose donc de terminer la promenade aux Grands Magasins du boulevard Haussmann, où elle devrait trouver son bonheur.

Pour l'heure nous traversons le parterre de colonnes de Buren pour rejoindre la place Colette, jeter un oeil à la Comédie Française et rejoindre le Louvre et sa pyramide de verre, que Stan n'a jamais vue. Je laisse le choix à mes visiteurs de l'axe pour rejoindre la place de la Concorde, soit le jardin des Tuileries, soit la rue de Rivoli. Ils choisissent le jardin (G), que je n'ai pas traversé depuis une bonne dizaine d'années ! C'est l'occasion pour moi de découvrir que la superbe arche qui fait face au Louvre rend hommage à Napoléon.

Nous voici place de la Concorde (H) où avant l'obélisque trônait une autre curiosité qui fit perdre la tête, au sens propre, à Marie-Antoinette, Danton, Charlotte Corday et plus de 1000 guillotinés en un an. J'aime bien amener les touristes sur cette place majestueuse qui a résonné, autrefois, des cris de l'hystérie collective. Mes Néo-Zélandais, comme beaucoup d'autres, pensaient que la guillotine se trouvait place de la Bastille; c'est qu'elle a pas mal voyagé, la Veuve ...

De la place de la Concorde nous rejoignons la rue de Castiglione qui, comme nombre de rues alentour, célèbre une victoire napoléonienne et aussi, mais il faut avoir de bons yeux pour la débusquer, la mémoire de l'ambassade du Texas, dont la France fut le seul pays à reconnaître l'indépendance, pendant les 9 années où, libéré du Mexique, il n'était pas encore tombé aux mains des Américians.

Nous débouchons place Vendôme dont la colonne de bronze, inspirée de celle de Trojan à Rome, fut érigée en fondant les canons pris aux Russes et Autrichiens. Pour l'anecdote, sous la seconde guerre mondiale, les nazis élurentt domicile ici, au Ritz, tandis qu'à leur nez et barbe, au n°15, s'installait le réseau de résistants Saint-Jacques, dirigé par Maurice Duclos.

Angie et Stan ont soif et envie de m'offrir un verre, je les emmène donc place du Marché Saint Honoré (I), histoire de profiter d'une terrasse sans circulation automobile. Je bois du cidre tandis que Stan paie 7€ pour un verre de vin. Avoir soif coûte la peau du cul, place du marché Saint Honoré ... Je montre à mes compagnons le chemin parcouru, pour qu'Angie puisse en retrouver les étapes dans son guide touristique. Et je leur conseille vivement, le lendemain matin, de profiter de leurs dernières heures parisiennes pour se balader dans Montmartre plutôt que sur les Champs-Elysées.

La balade touche à sa fin. Cette pause nous a un peu coupé les jambes et je propose de remonter jusqu'aux grands magasins en bus, que nous prenons avenue de l'Opéra (J).

A 19 heures, j'abandonne Stan et Angie dans l'effervescence du Printemps Haussmann, les embrasse et leur fait promettre de me raconter la suite de leur séjour parisien. Nous avons passé 4 heures à marcher et parcouru pas loin de 5 kilomètres, je suis éreintée, retour maison pour un samedi soir sur mon canapé, avec un bon verre de rhum.

 
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12/04/2013

Un café au marché Notre-Dame de Poitiers

Après avoir déposé le petit pétard atomique à l’école, je décide de profiter d’une accalmie pour me promener un peu dans le centre de Poitiers. Depuis mon arrivée, 2 jours plus tôt, il pleut sans discontinuer. Tata Sophie n'a pas beaucoup vu le soleil penant ces 15 jours de pré-transition professionnelle ... En revanche j'ai eu ma dose de câlins et de bisous, et j'ai été réveillée ce matin par un ange à la chevelure mousseuse, penché sur mon sommeil.

Je remonte l’étroite Grand Rue jusqu’à la Grange à Pain, place Charles de Gaulle, où j’achète 2 broyés poitevins (frère jumeau de la galette charentaise) et un étui de macarons (4€50 les 10, on est loin des tarifs parisiens !). Je m’apprête à redescendre vers la cathédrale lorsque je suis attirée par l’effervescence autour de l’église. Mais oui, c’est vrai, le marché Notre-Dame a lieu tous les jours ! Voilà une bonne occasion de tâter le pouls de la ville et de me rincer l’œil avant de reprendre le train.

La halle est assez déserte en ce vendredi. Au fond, poissonniers et bouchers exhibent la fraîcheur de leurs produits. Les paupiettes de veau aux cèpes et griottes de la boucherie Point me font de l’œil. Ce n’est pas que je sois friande des paupiettes mais la farce de celles-ci m’intrigue. J’en prends 4, puis rassurée par le boucher qui m’assure que tout est fait maison (sauf le pâté de Pâques, que je ne mange que chez mère Mi de toute façon), je repars aussi avec  des saucisses de veau aux herbes et au fromage. Près de la caisse enregistreuse, des employés parent et ficellent à tout va.

Après un détour par le fromager qui lève un sourcil dubitatif lorsque je lui demande s’il vend des vœux du Poitou, je décide de lui emboîter le pas pour boire un café à la paillote qui trône entre odeurs marines et caprines.  Ils sont là, entre copains, attendant le chaland : le poissonnier, reconnaissable à son tablier bleu plastifié, le fromager et quelques autres.

Vous, vous me connaissez ; je ne suis venue là que pour tailler la bavette avec des gens du coin, en fait. J’amorce la conversation avec le fromager, sur le thème du Vœu du Poitou dont il n’a jamais entendu parler. Il faut dire que j'ai découvert ce crémeux fromage sur un étal de mon marché local et jamais revu ailleurs. Le fait qu’il soit parsemé de sarriette, herbe typiquement provençale, fait douter Didier le fromager de ses origines poitevines.

Stéphane le poissonnier dégaine son téléphone avant moi et confirme : le Vœu du Poitou est un fromage de chèvre à pâte molle de la région Charente-Poitou.

Je fais mon petit effet ... Intrigués par cette Parisienne qui sourit et en connaît un petit rayon côté frometons, nous discutons pendant une vingtaine de minutes, rejoints par un ex parisien qu'est d'min coin.

Lorsque je sors à l’air libre, un peu soleil éclabousse les pavés, j’envoie un baiser au petit pétard atomique qui doit être en train de jouer avec ses copines et redescends jusqu’au baptistère, levant le nez au passage sur les nombreux édifices historiques qui jalonnent mon parcours, comme la Maison des Trois Clous, qui date du 15ème siècle. Vous les voyez, là, au-dessus de la dernière ouverture, entre les deux gargouilles ?

maison des trois clous.jpg

Il faudra que je revienne quand il fera beau, pour visiter enfin cette ville que je ne connais pas, le baptistère qui abrite une piscine octogonale où l’on procédait au baptême par immersion, et qui serait, d’après le taxi qui me conduisit de la gare à mon point de chute, le plus ancien édifice religieux d’Europe.

25/03/2013

Dernière soirée à Lleida

Ce soir, j’ai salué pour la dernière fois José, le patron de la bodegueta. Je suis heureuse de savoir que bientôt, c’est ma chouch’ adorée qui va reprendre mes formations ici et manger dans les endroits que j’ai aimés. Nous nous sommes assis, avec Cesc, devant un tonneau de bois. J’ai commandé los anchoas del cantabrico et ils étaient dodus à souhait. Avec le jambon de Bellota, on nou a servi de belles tranches de pain frotté à la tomate et imbibés d’huile d’olive fruitée. Et nous nous sommes rafraîchi les gencives en croquant la belle salade de la maison. En dessert, une assiettes de gambas odorantes.

« Il y a les gens qui mangent la tête et ceux qui la laissent, a dit Cesc.

- Et d’après toi, je suis dans quelle catégorie, moi ? ai-je demandé.

- Toi, tu la manges. »

Des hommes sont entrés, beaucoup, je n’avais jamais vu autant de monde dans la bodegueta, pourtant le match de foot France-Espagne n’est que demain. Un habitué est entré et je l’ai salué. Et puis vers 22h, Manuel, avec lequel j’avais rendez-vous ce soir, est entré. Il a d’abord cru que Cesc, que j’ai présenté comme étant mon collègue, était français. Je lui ai dit que j’avais mangé la tête de mouton. Lui et Cesc étaient morts de rire de savoir que j’avais passé la sécurité de l’aéroport de Barcelona avec ma tête de mouton sous-vide. Et j’ai appris que les yeux, c’était super bon, mais ça, franchement, avec toutes les cojones dont je suis lotie, je suis pas sûre que je pourrais ….

Manuel a proposé de nous emmener boire un verre ailleurs après notre repas. Cesc a dit "C'est elle qui commande, je suis". Après 3 verres de vin, j’avais chaud aux étiquettes, mais c’était ma dernière soirée à Lleida, merde …   Nous sommes donc montés dans la Mégane de Manuel (je leur ai appris qu’on disait UNE Mégane et pas un Mégane) et nous nous sommes arrêtés devant la Nuba African Tavern, un pub à la déco africaine et un énorme rhino qui trône à l’entrée. Là on a bu (encore) et discuté. J'ai enfin cessé de dire que j'avais été alcachofa (artichaut) et mémorisé le mot alzafata (hôtesse de l'air).

Manuel est très cultivé et a répondu à mes questions, à savoir pourquoi il y a tant d’africains à Lleida. 22% de population d’origine étrangère, majoritairement des Roumains, Maghrébins, et Africains sub-sahariens venus à l’époque ou Lleida, ville agricole, avait besoin de beaucoup de main d’œuvre.

Il a dit de belles choses Manuel. Que ce qui compte, plus que ce qu’on mange, ce sont les gens avec lesquels on mange. Que les meilleurs repas seuls ne valent pas un repas médiocre avec des amis. Il a déclamé des poésies et des proverbes que je n’ai pas toujours compris, mais c’était beau. Il aime la musique, les villes chaotiques et Gilbert Bécaud. Et il a profité que Cesc s’absente quelques minutes pour me draguer effrontément. Ma dernière soirée a Lleida a été une bien belle soirée.  

La Bodegueta, calle Alcalde Costa, Lleida.

23/10/2012

Un petit-déj au marché central d'El Puerto de Santa Maria

Ce matin, nous avons mis le réveil à 8h30 car avant de prendre le bateau pour Cadiz, nous voulons petit-déjeuner, visiter la iglesia Mayor Prioral, aperçue  la veille en rentrant à notre maison d'hôtes et le Castillo de San Marcos. Là comme dans la plupart des villes, la mosquée a été remplacée, après la Reconquista, par une cathédrale.

Un superbe soleil baigne l'imposante église Mayor Prioral qui écrase la plaza de España. Si son retable en argent ne m'impressionne pas (je le trouve même d'assez mauvais goût), les petites chapelles qui bordent la nef centrale sont assez étonnantes. Chacune d'elles met en scène un saint ou la vierge de façon assez théâtrale, impression encore renforcée par les velours chatoyants et les coiffes dorées. La patronne de la ville d'El Pueblo Santa Maria, la Virgen de los Milagros (Vierge des Miracles), verse de lourdes larmes. De vieilles femmes font leur petit tour, saluant dévotement les uns et les autres.

La plaza de España est plutôt calme et pas de café qui nous inspire, je demande à deux petits vieux qui me reluquent où l'on peut trouver des churros. Ils m'indiquent le bout de la rue.

Dans un angle du mercado central, une viellle femme aux paupères fardées de bleu nous accueille. Saro est très fière de ses churros, elle nous montre une photo en noir et blanc d'elle petite fille dans la boutique avec son père, et une autre où elle pose avec un acteur.

"Ça fait 59 ans que je suis dans ma churreria" dit-elle. Elle et son fils forment un couplé gagnant : il cuit une spirale de pâte qu'elle découpe et enveloppe dans un cornet de papier. Saro est une vieille dame pleine d'humour et de vivacité :

"J'ai 70 ans, et je n'ai pas besoin de crème hydratante pour rester jeune, l'huile des churros c'est très bien !"

Nous entrons dans le marché. Pour une fois, il est vivant, il faut dire qu'habituellement nous nous y promenons en fin de matinée. Les étals exhibent de beaux poissons et fruits de mer, des chocos charnus et brillants, des coquinas écarlates, des tronçons de poissons à la chair nacrée.

Nous nous installons à la terrasse du bar Vicente où, à défaut d'un chocolat bien épais dans lequel tremper les churros croustillants de Saro, nous observons les habitants qui se promènent et palabrent. Il faut dire qu'il règne une sacrée animation aux abords du marché. Les femmes à la table voisine engagent la conversation, la soeur de la plus jeune vit à Vannes.

Nous repartons en direction du bord de mer, hélas la femme de l'office du tourisme nous apprend que la visite du Castillo de San Marcos se fait à 13h30 uniquement. Dommage, l'édifice est tentant, nous nous contentons d'en faire le tour et d'admirer une copie de la première carte des Amériques dessinée par Juan de la Cosa. Car c'est ici, dans ce château, que Christophe Colomb a attendu son départ pour les Indes.

Le prochain départ pour Cadiz est à 12h30, il nous reste plus d'1 heure, cela nous laisse le temps de visiter la plaza de toros de la ville. Construite en 1880 par Thomas Osbourne, propriétaire de la célèbre bodega dont le symbole est un taureau de métal, elle serait la plus grande d'Espagne (elle peut contenir 12.000 personnes).
Nous achetons nos billets pour Cadiz (2€40 l'aller) et nous installons au bar-restaurant La Dorada, où nous buvons un tinto de verano et profitons d'un réseau wifi inespéré dans un endroit si simple.
A 12h45, nous voguons sous le soleil. Cadiz, me voilà !

21/10/2012

Une soirée à Jerez avec JuanJo, sa femme et 8/9

Ca ne vous aura pas échappé, je blogue très peu. C'est parce que je suis en vacances et que j'ai besoin de vivre pleinement cette pause ô combien attendue.
D'habitude, je me couche très très tard pour immortaliser ici les souvenirs qui réchaufferont les journées moins gaies. Le retour à Grenade, dont j'ai déjà abondamment vanté les beautés, m'a permis cette fois de me soustraire à l'obligation de tout consigner.
Mais depuis mon arrivée sur la Costa de la Luz, qui s'étend de Sanlucar de Barrameda à Algeciras, la tentation m'a reprise. Alors je comence ma narration au beau milieu du voyage. Je vous parlerai plus tard d'Antequeira, Lucena, Montilla et Osuna. Et je mettrai en forme plus tard aussi les très belles photos.

L'année dernière, à la faveur de mes toutes premières formations en espagnol, j'avais passé 4 jours dans la superbe ville de Jerez de la Frontera, séjour qui, parce que professionnel, m'avait laissée passablement frustrée. J'avais depuis nourri l'espoir de revenir à Jerez et puisque nous avions finalement rayé Seville de notre parcours, je l'avais de facto remplacée par une nuit à Jerez.
Quelques semaines avant le départ, j'avais envoyé un mail à un de mes stagiaires de l'année dernière, qui avait eu la gentillesse de m'emmener dîner un soir avec sa femme, et il avait répondu qu'ils seraient ravis de dîner avec nous.

Après une pause qui s'est un peu prolongée dans la très jolie ville d'Osuna, nous atteignons les faubourgs de Jerez vers 18h, le dimanche soir. Comme souvent, le premier contact avec les villes andalouses se fait à travers des zones industrielles. Et puis, on entre dans Jerez et je reconnais les larges avenues sur lesquelles je faisais mon jogging l'année dernière.
Comme à chaque fois, j'ai compté sur ma chance et dédaigné le parking payant de l'hôtel. Je me gare au pied de la plaza de toros et nous rejoignons l'hotel Los Jandalos. Trop fort, il fait face à un pub irlandais, j'aurais voulu le faire exprès que je n'aurais pas fait mieux.

Dès que je capte le wifi, je découvre un mail de la femme de JuanJo qui propose de nous retrouver pour dîner vers 21h. Je réponds en donnant le n° de l'hôtel et de la chambre, JuanJo appelle et me prévient que sa femme a un peu changé : elle est enceinte de 8 mois et c'est leur premier enfant !
A 21 heures précises, leurs grands sourires nous accueillent à la réception, lui toujours aussi sympathique, elle radieuse.
A la cervecería Altos Ibericos, nous nous attablons et laissons JuanJo choisir nos mets : surtido ibérico de charcuteries, puntillitas, ortiguillas (mais elles sont moins bonnes que dans mon souvenir car ce n'est pas la saison). Boug' commande un tinto de verano et converse avec mes amis sans aucune difficulté. Elle m'épate. Moi je continue au Ribera. Nous passons une très agréable soirée, parlons très très peu de boulot, racontons notre périple, écoutons leurs conseils et évoquons une visite à Paris, qu'ils ne connaissent pas. A la fin du repas, le patron nous offre un shot de licor de hierbas, délicieux breuvage que j'ai bu souvent avec Kique et Cesc à Lleida.
Nous nous quittons peu après minuit, avec promesse de se lier via Facebook pour partager les photos prises et de garder contact. En fait, JuanJo et sa femme sont mes seuls amis espagnols.

Un déjeuner à Osuna

C'est sous la pluie, discontiunue depuis jeudi soir, que nous quittons Grenade et le chevalier au bouclier vert.
Sur ses conseils, j'ai programmé mon GPS pour Osuna, où nous déjeunerons, à mi-chemin entre Grenade et Jerez de la Frontera, notre destination.


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Après la reconquête chrétienne, Osuna tomba sous le commandement des ducs d'Osuna. Ceux-ci firent sa prospérité, dont les nombreux édifices de styles Renaissance et Baroque témoignent.
En ce dimanche après-midi, la ville semble assoupie. La première personne que nous croisons est un peintre, devant l'église Notre Dame de l'Assomption. Nous nous engageons dans une rue au hasard, dans l'espoir d'y trouver une terrasse accueillante (car la pluie a disparu).

Inspirée par l'animation qui règne à l'extérieur et à l'intérieur du restaurant Torres Vera, nous y entrons. En Espagne, j'aime m'installer au coeur de l'action : au comptoir, là où je peux assister, amusée, à la prestation comico-théâtrale des serveurs, assistés des cuisiniers. Au Torres Vera, on va être servies. Le serveur le plus âgé ne tarde pas à satisfaire sa curiosité et désigne son collègue, un grand brun à la mine renfrognée, qui parlerait français. J'aime bien les mines renfrognées et Manuel confirmera vite mon a priori.
Mais pour l'heure, un cuissot séché sous le nez, un verre de tinto verano dans la main, nous nous penchons sur la carte des tapas. Faire un choix est un déchirement tant elle est est founie et alléchante : poissons, charcuterie, viandes ou légumes, le gourmand est comblé ici et nous, on va goûter à autant que possible.  
Manuel s'est enfin intéressé à nous et à ma demande, nous fait ses suggestions.
Nous commençons par de superbes calamars frits au beurre et persil. S'ensuit un solomillo con yucca, guacamole y reduccion de vino tinto (filet mignon de porc recouvert de guacamole et saupoudré de copeaux de manioc, en réduction de vin rouge). Un plat haut en couleurs où le mélange des textures, entre crémeux et fermeté, et celui des saveurs sucrées et acidulées promettent une belle expérience gustative.
Mises en appétit par ces premiers échantillons, nous poursuivons avec une assiette de bacalaillas fritas (1€30), gobées par Boug' à la manière des harengs hollandais.  Nous terminerons cette dégustation avec un lomo con salsa verde (1€20), des croquetas caseras (1€20), désormais un rituel Bougrenettiste, un chipiron a la plancha (1€50) et une calabacin relleno (1€20). Un festin qui nous aura coûté moins de 10€ à deux.

osuna, andalousie, torres vera

C'est l'heure du café, que Boug' commande. "Viens le faire toi-même" répond Manuel, qui sait parler aux femmes. Qu'à cela ne tienne, Boug' passe derrière le comptoir, sous le regard amusé des clients. Entourée des deux serveurs, je me demande si je vais la récupérer .. surtout que Manuel commence à lui faire des bises. Ils prennent la pose tous deux, pour une photo souvenir où mon amie rayonne. Ah on peut dire qu'elle s'est bien intégrée en Andalousie, la Boug' !

La pause qui se voulait courte a mis à mal notre timing (comme d'habitude mais c'est bien ça les vacances : ne pas regarder la montre). Lorsque nous quittons Torres Vera, le soleil a disparu et le ciel est d'un blanc cendré. Nous n'avons malheureusement pas le temps de partir à la découverte des nombreux joyaux architecturaux de la ville mais nous rejoignons la voiture en passant par la rue San Pedro, où une façade avait attiré notre attention, un peu plus tôt.

Le Palais du Marquis de la Gomera, édifice baroque du 18ème siècle, aujourd'hui un hôtel http://www.hotelpalaciodelmarques.es/, arbore le blanc et ocre qu'on retrouve souvent en Andalousie. La réceptionniste nous autorise à pénétrer dans le patio de l'hôtel où la chapelle privée a été conservée. Tout à côté, la Cilla del Cabildo, de la même époque, arbore sur sa façade une tour blanche qui m'intrigue : une représentation de la Giralda de Séville.

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Il est presque 17 heures lorsque nous quittons Osuna. Avec Montilla, elle est une de nos pauses éclair qui aurait mérité plus de temps. Et le déjeuner à Torres Vera restera, pour moi, un des plus beaux souvenirs gastronomiques et humains de ce voyage.

Torres Vera
27, calle Alfonso XII
Tel : 955 820 855

25/09/2012

Je me suis fait un nouveau voisin !

En cette fin d'été, perdue dans mes pensées, j'arrive au terme de mon voyage métropolitain quand une voix chaude me tire de mes rêveries. Je tourne la tête, croise son regard, mon rayon de soleil souterrain est là, guitare en main. Une après-midi déjà, je l'avais aperçu, sur le quai opposé, grattant les cordes avec des frères de couleur.

Terminus, le wagon se vide, je m'attarde, le hèle par son prénom africain, qu'il a remplacé par un pseudo d'artiste plus anglophone. Nous cheminons ensemble en bavardant. Peu de concerts à venir, la gloire annoncée se fait désirer et la carrière d'Oumar semble avoir raté son prometteur envol. Je demande pourquoi Oumar est devenu Kinsy, il s'enquièrt de ma préférence : j'ai toujours aimé l'authenticité.  

La présence d'Oumar en bout de ligne s'explique : il habite mon quartier et effectue régulièrement le voyage en chantant. Chemin faisant, je demande des nouvelles de son (ex) manager, qui m'avait repérée ici-même et comme il se demande comment je connais Thierry, je lui raconte ce soir de 2007.
"C'était toi, la blogueuse ?" s'écrie Oumar.

Mon billet, visiblement, l'avait touché. Il donne son numéro de téléphone, m'embrasse et lève le doigt avant de s'éloigner "Surtout, ne me lâche pas, ok ?".

A l'air libre, je le regarde s'éloigner. Oumar et moi, ça y est, les présentations sont faites !  

22/09/2012

D'Alain à l'autre

Dans le train entre Bruxelles et Paris, j'envoie un sms au groupe d'amis que je dois rejoindre à mon arrivée. La belle Nantaise est parisienne pour quelques jours et à la faveur d'une formation annulée par mon client, je vais pouvoir me joindre à eux pour la soirée. Dans ma boite mail, je découvre, éberluée, l'adresse où mes compagnons festoient déjà. D. a osé ! Après l'Oustaou, voilà que mes proches continuent d'investir mes repaires !

En retrouvant le quartier de ma jeunesse, je regrette un instant que mon ami ait choisi cet endroit car le fils du boxeur ne sera pas là ce soir. C'est oublier qu'une soirée dans le bistrot jaune est toujours riche en surprises.
Je soulève le heurtoir, un homme m'ouvre et me demande le mot de passe avant de me livrer passage. Calée par les deux St Feullien que je me suis sifflé en terrasse à Bruxelles, je picore dans l'assiette de la piquante Nantaise tout en racontant ma folle journée à mes camarades.

Un peu plus tard, un homme vieillissant s'approche de notre table, micro en main.
"Tiens, tu n'étais pas là toi tout à l'heure !" dit-il en me tendant la main. Il  plonge un regard perçant dans les notres et nous offre "J'me voyais déjà", que nous ne tardons pas à entonner avec lui, puis "Je bois". Je découvre que la belle Nantaise est, comme moi, amatrice des mélodies de Charles. Amusée, je fais le deuil de mon espoir de récupérer ce soir de mes nuits trop courtes. On ne "passe" pas chez le boxeur, on s'y installe et on n'a plus envie d'en partir. Minuit, 2 heures, quelle différence, finalement ?

Après la poignante "Mamma", je demande "Les deux guitares", ma préférée sans doute, puis l'homme qui enchante ma soirée caresse les cheveux de D. sur "Comme ils disent", nous faisant rire, et enfin nous nous époumonons sur La bohème.
Vers minuit, je suis en train de danser avec D. sur "Ring ring ring" de De La Soul, puis je valse avec l'homme au visage creusé, le laissant essoufflé. Au hasard des conversations, nous découvrons qu'il habite notre quartier. "Vous venez boire un verre à la maison ?" demande-t-il. C'est parti, nous 3 en voiture, les 2 hommes en scooters.

Dans l'appartement de notre hôte, baigné d'un sensuel halo bleuté, une barre de métal fixée à la rembarde et ornée de lanières en cuir attise ma curiosité et délie ma légendaire spontanéité  :"Dis donc, tu fais dans le sado-maso ou quoi ?"  
Après une seconde d'hésitation, il avoue une vie sexuelle un peu débridée, qu'il illustre en ouvrant un placard rempli de gadgets sexuels dont un gigantesque godemiché. Nos têtes éberluées auraient mérité à cet instant, je crois, une photo souvenir ...

Passée la surprise, nous nous installons sur le sofa et D. s'écrie à côté de moi : "Quand je pense que quand j'amène une fille chez moi, je lui montre mon robot Kenwood ! Je suis vraiment à côté de la plaque !"
- Laisse tomber le Kenwood, D., et trouve-toi un truc qui vibre" lui dis-je en éclatant de rire.
S'ensuit une bonne demi-heure de déconnades, encouragées par les récits orgiesques de A., libertin depuis plus de 30 ans et inscrit à l'Amicale des Pompiers. Nous nous taquinons et si ça ne vole pas très haut, nous rions de bon coeur. Pourtant, au fil des minutes, son ton se fait plus grave et il se confie à la belle Nantaise :
" Dans la vie, t'es libertin ou t'es cocu, y'a pas d'autre choix."
Je renchéris "Tu peux aussi être libertin et cocu". "C'est vrai, l'un n'empêche pas l'autre.
Il continue, s'adressant à D. : " Tout ce que tu peux imaginer au niveau cul, je l'ai fait. Tu me donnes une feuille, tu écris ce que tu veux, je te coche toutes les cases. Du cul, j'en ai autant que je veux. Je passe un coup de fil, là, j'en ai plusieurs qui arrivent dans la demi-heure. Mais aujourd'hui, je suis comme un con, tout seul, c'est pathétique. Les femmes que j'ai aimées ou épousées, elles se sont toutes barrées.

Il plonge son regard dans les yeux de la belle Nantaise :
" Tu sais ce que c'est mon plus grand fantasme aujourd'hui ? Serrer dans mes bras une femme que j'aime, et m'endormir avec elle. Juste la serrer contre moi, même sans cul. C'est triste, hein ?"
Il narre ses amours défuntes, les morts toujours vivants, ses regrets, ses enfants, les corps s'enchevêtrant, la surenchère de la chair jusqu'à l'écoeurement. Il parle d'amour, nous enjoignant de le vivre à 200%, parce qu'il ne dure pas, jamais, de le dévorer à pleine dents, de savourer le grain d'une peau, d'avaler chaque souffle de vie.

Je regarde ses mains qui se tordent dans une supplique muette, j'écoute ses mots qui ont perdu leur écho et je suis partagée. Son numéro de clown triste n'est-il pas celui du prédateur espérant attendrir la chair fraîche et si proche ?
Seul le danger suscite la peur et je ne me sens pas en danger. Je trinque donc au hasard de cette soirée improbable qui nou a tous réunis. Et à cette soif de vivre chaque instant qui me fait dédaigner la raison.
Il est plus de 2 heures lorsque chacun de nous retourne à sa solitude. Pensive, je regarde le traversin qui orne ma tête de lit. Est-ce qu'un jour moi aussi je dormirai contre lui pour me donner l'illusion d'une présence ?