21.06.2009

Autour de ZORG

Hier soir, au 1er étage du Chao Ba, découvert grâce à Orpheus et avec Lancelot, puis arrosé avec Sélène, Violaine et Chambre 419 (d’ailleurs, c’est quand la prochaine ?), 6 blogueurs trinquent au plaisir d’être ensemble. Et aussi à Bougrenette, à l’absence omniprésente.   

On m’avait confié une mission délicate. Préférence de ZORG : un endroit « où on peut grignoter debout et s’il y a de la musique c’est encore mieux », requête du Papillon aux ailes pailletées de rouge : « vers le 8ème ou Clichy ». Dans notre groupe de blogueurs, j’étais la seule à avoir un blog à prédominance culinaire. La plupart se rencontraient pour la première fois et 2 d’entre eux ne connaissaient aucun de nous : Deftones75, le petit nouveau de la blogosphère (qui m'imaginait grande et sèche, ahum) et Caliste, que j’avais croisé ici et là mais jamais lu.

On n’a pas grignoté debout et il n’y eut pas de musique ; j’avais pourtant une furieuse envie de danser. Que dire ? J’ai beaucoup ri, entre Deftones75 et VéroPapillon qui pense à se reconvertir en blog animalier. Des histoires de hérisson, de jogging sans soutif et de poitrine de veau, et des paillettes qui voyagent des chaussures aux joues sans qu’on comprenne bien comment (j’ai bien ma p’tite idée, moi….)

Comme PrincessOnLine arborait une peau parfaitement hâlée, on a parlé d’autres voyages, aussi, le Maghreb, l’Asie, l’Europe du nord, la Suisse (tiens ?).

Plus tard, autour d’un repas servi par un jeune homme attentionné (quand le service est bon, je le dis aussi, malheureusement je dois tenir secret le nom du restaurant car c’est le QG de P.O.L.), les conversations se firent à peine plus sérieuses.

A ce que je sais, nous étions plusieurs, ce matin, à être encore sur un petit nuage. Le virtuel n'est savoureux que s'il rend possible le réel.

Si Boug’ avait été là, on aurait eu un super montage photos avec des regards, des chaussures et des décolletés, velus ou non. Pour ma part, je crois que je vais organiser plus souvent ce genre de soirée.

28.05.2009

Pourquoi j'ai jamais passé mon BAFA

enfant-2.jpgBrest, un jeudi soir, il y a quelques semaines. Fatiguée de ma journée (mais surtout, je l’avoue, de mes virées nocturnes sur les routes de Bretagne), je me réfugie contre le hublot. Peu après, l’hôtesse se penche vers moi :

« Madame, ça ne vous dérange pas si je place 2 enfants non accompagnés à côté de vous ? » Je pense « Et merde, je ne vais pas pouvoir pioncer tranquille » mais je réponds « Non, non, bien sûr ! ». Une gamine blonde aux joues rebondies, une dizaine d’années, s’installe à côté de moi. Visiblement intimidée, elle regarde droit devant elle. Un garçon, à peine plus vieux, cheveux en brosse, s’affale côté couloir. Nous décollons.

Les gamins déballent les pochettes de jeux offertes par la compagnie tandis que je me plonge dans un magazine. Ma voisine de gauche ne cesse de m’observer en souriant timidement. « Comment tu t’appelles ? » je lui demande. Dix minutes plus tard, Coralie m’a eue. Me voilà en train de jouer au jeu des sept différences tandis qu’Arthur se lâche et braille, très fier de lui « Ben moi je sais comment on fait l’amour ! Tous les soirs j’entends un monsieur et une dame qui font l’amour au-dessus de ma chambre ». Coralie pouffe. Ils ne me lâcheront plus jusqu’à « l’arrivée au point de stationnement », comme dit l’hôtesse. J'ai la tête comme une pastèque et me voilà entourée d’une ribambelle de gosses qui m’escortent jusque dans l’aérogare. J’ai l’impression d’être la mère d’une famille nombreuse et je le dis à l’employé d’AF qui les guide vers leurs parents. Arthur n’en rate pas une et avec un grand sourire : « Ben oui, les enfants, le papa et la maman », dit-il en nous désignant tous les deux …

Ce soir, Montpellier, aux alentours de 19h. Fatiguée de ma journée (mais surtout je l’avoue, de mes virées nocturnes dans Béziers, Port la Nouvelle et Sète), je rejoins la rangée 16.

Un gamin joufflu, bouclé et constellé de taches de rousseur me jette un coup d’œil par-dessus sa console de jeux. Hormis les taches de rousseur, on dirait le fils naturel de Nicolas. Un siège nous sépare. « Ouf, il devrait me foutre la paix, celui-là ! » pensé-je en me plongeant dans un roman japonais. J' ai renoncé à bosser ; après le décollage, je dormirai sans doute. Sauf que ... Après le décollage, l’hôtesse se penche sur la rangée suivante « Ben alors ma toutoune, qu’est ce qui se passe ? » Je devine une petite fille contre le hublot. « Tu veux venir dans la rangée de devant, avec le petit garçon qui voyage seul, lui aussi ? »

Pour ceux qui ont suivi, ça veut dire à côté de moi. Contre toute attente, dans la minute qui suit, la gamine m’enjambe. Océane a des yeux d’un bleu profond dans un visage hâlé. Je ne lâche pas mon bouquin. Elle n’a qu’à faire la causette à Emmanuel. Bientôt, un reniflement répété, à ma droite, me tire de mon livre. Emmanuel me fixe d’un œil interrogateur genre « Ca va pas trop, à côté ». Bon, ben c’est encore mort pour que je me repose …

Je referme mon bouquin et me penche vers elle :

« Ca va ? » Elle lève ses beaux yeux bleus pleins de larmes vers moi : « Bof »

« Tu habites à Montpellier ou à Paris ? » « A Montpellier ». « Tu pars en vacances à Paris ? » « Ben, c’est mon père qui fête son mariage ». « Ah c’est bien, tu vas manger plein de gâteaux ce week-end ! » (je sais, je sais, on se refait pas, dans le mariage, ce que je préfère, c’est la pièce montée … et je ne parle pas de la mariée).

Elle hausse les épaules. Une larme roule sur sa joue duvetée. Merde, j’ai gaffé.  Quelle chienlit de faire la conversation à des gamins ! Heureusement, les hôtesses et leur chariot de boissons et snacks font diversion :

« Ca va mieux, on dirait ! » s’exclame l’une d’elle en entendant babiller les deux gosses. Je confirme : « Ah oui, ça va beaucoup mieux …C’est toujours moi qui me les tape, les UM », je lui dis, avec un sourire goguenard. Elle rit : « Ah zut ! Je suis désolée, vous voulez changer de place ? ». « Non, non, ça va aller, à quoi serviraient les passagères qui voyagent seules, sinon ? » Nous discutons du métier quelques instants. « Et, sans vouloir être indiscrète,  vous faîtes quoi, maintenant ? » demande-t-elle. « Ne vous inquiétez pas, la reconversion est possible », lui dis-je dans un clin d’œil.

A ma droite, Océane déballe sa pochette surprise. Je me surprends à guetter avec excitation à quoi on va jouer aujourd’hui (ben oui, vous vous avez peut-être encore de l’espoir mais moi, à ce stade, j’ai déjà compris). Alors, voyons voir ce qu’on a aujourd’hui … : un jeu de dames / échecs magnétiques et des cartes de QCM écologiques. Je me coucherai moins conne ce soir, je suis désormais imbattable sur le délai de dégradation d’un mouchoir, une peau de banane, une canette de soda ou un chewing-gum abandonnés dans la nature.

180__320x240_backflip.jpg

Bien sûr, pendant le voyage, les deux gamins me racontent leur vie. Le frère d’Emmanuel a sauté d’une falaise de 10 mètres. « Quand tu sautes d’une falaise de 10 mètres, t’as le choix entre t’exploser la tronche sur les rochers ou tomber dans l’eau et faire un plat, ben mon frère il a choisi le plat ».  La maison d’Océane compte 4 chiens, 4 ordinateurs et 5 télés « ben ouais, normal, on est riches » répond-elle devant mes yeux écarquillés de surprise.  Puis : « Tu te rends compte, ça fait déjà 6 ans que mon papy est mort ». « Moi mon papy, c’est la personne la plus gentille que je connaisse au monde », dit Emmanuel. Et les deux mômes de vanter les vacances chez Mamie où on fait ce qu’on veut « tranquille », on peut jouer à la DS touuuuuute la journée et se lever à 5h du matin si on veut. La belle-mère d’Océane lui a confisqué sa DS tout un été et elle n’a « rien eu à faire d’autre que de dormir ». Moi la seule DS que je connais, c’est la bagnole décrété voiture officielle de la présidence par de Gaulle. Je suis vraiment out.

Arrivés à Orly, je retrouve mes deux gamins flanqués de leurs papas. Je me retiens de lancer à celui d’Océane « Et tu remets ça, t’as le moral, mon pote ! »

02.02.2009

Faisait pas un temps à mettre 3 blogueuses dehors ...

Le Café du Rendez-Vous, bel endroit pour une rencontre avec Gicerilla, initiée par Bougrenette, la fédératrice. On m'avait confié la mission (pourquoi moi, on se le demande) de dégoter un endroit "savoureux, sympathique et pas trop cher" pour un brunch paresseux.

C'était un beau dimanche ensoleillé, j'étais d'excellente humeur et prête à dévorer un sanglier après mon jogging hebdomadaire. Le Café du Rendez-Vous, j'étais passé devant à maintes reprises, et j'avais repéré la carte, fort gourmande (j'ai appris depuis que son nom vient du fait qu'il fut un lieu de rencontre des résistants du sud de Paris pendant la seconde guerre mondiale).

Nous fûmes d'abord prises en charge par une jeune femme aux pommettes rouges, souriante. Qu'on se le dise : le service est irréprochable au Café du Rendez-Vous. 

Lorsque nous avons commandé un brunch comportant une farandole de festivités, elle nous a dit "Vous avez toute l'après-midi pour le savourer!"

Réflexion plutôt surprenante vu l'affluence et quand on sait qu'habituellement, les restaurateurs ont pour principal souci de nous faire déguerpir au plus vite pour encaisser le plus de couverts possible.

Nous ne sommes pas des femmes compliquées. La même commande pour toutes les trois. La jeune femme fut relayée par un homme fort sympathique, la cinquantaine. Quand je demandai son prénom, il répondit "Je porte chance". J'essayai de deviner ... Feràchval ? Trèfle ?

"On me trouve à Noël"... Guy

Guy nous apporta un panier de viennoiseries, des tartines beurrées, du pain, un « smoothie *» à la banane et une assiette d'oeufs au plat sur du bacon. Nous avons dévoré le tout, recommandé du café, bavardé, ri. Ca a bien pris une heure. Repues, on nous débarrasse pour nous amener ... des planches de charcuterie et fromage. Nous poussâmes de grands cris de surprise "Ah, on avait oublié qu'il y avait les planches ! Si j'avais su, je ne me serais pas gavée de pain". Moi j'ai réussi à presque tout finir, on dira que c'est parce que j'avais couru avant de venir...

Après les planches, nous eûmes encore droit à de jolis gobelets en porcelaine blanche contenant de la compote de pommes, des yaourts et des Granola.

"Faut qu'on marche", dit Gicerilla. Guy nous a raccompagnées jusqu'à la porte, distribuant au passage des cartes du restaurant (je reviendrai, pour sûr). On a remonté l'avenue jusqu'à Port-Royal, je me suis arrêté, comme à chaque fois, devant la statue du maréchal Ney, brandissant son épée, statue érigée à l'endroit même où on le fusilla . Je l'aime particulièrement, cette statue, je la trouve majestueuse.

Marechal_Ney_Statue_(879)[1].jpg

Presqu'en face, le bâtiment si laid du CROUS, puis le surprenant édifice en briques rouges abritant l'Institut d'Art et d'Archéologie, classé monument historique. 

Bigot43_preview.jpg

Il s'y tenait une petite fête, à en juger par les mélodies de zouk que j'ai entendues en collant mon oreille aux portes d'entrée. La lumière baignait les toits de Paris de reflets dorés, le froid était vif et rougissait le nez de Boug'. Plus loin encore, nous sommes entrées dans le jardin du Luxembourg. Sur le boulevard Saint-Michel, mon oeil alerte fut attiré par un drôle de bonhomme. Juché sur de curieux patins à roulettes, un type en culotte rouge, avec une sorte de képi sur la tête, était plongé dans des BD. J'appelle discrètement les filles, et paf! en photo, le papy. Intriguées par ses patins à roulettes, Gicerilla l'aborde pour lui demander ce que c'est. Ce sont des freins, dit-il, ça me permet de freiner les pieds en parallèle, comme avec des skis. La classe !

 

Nous sommes maintenant frigorifiées, la balade n'est plus agréable, les bouts de pied gelés, il est temps de rentrer se mettre au chaud. 

Le Café du Rendez-Vous, c'est au 2, avenue du général Leclerc (01.43.21.34.05)

Note : Toutes les photos chez l’inimitable Boug’

* A propos des smoothie : Je ne supporte pas cette nouvelle mode d’appeler « smoothie » des cocktails de jus de fruits ou légumes !

04.01.2009

Tourment d'amour

Conversation saisie dans le métro, entre deux amis, à chemin vers la quarantaine :

« Tu sais quoi, notre problème, c’est qu’on a épousé des prudes et que maintenant on voudrait des cochonnes. Pourtant, c’est nous qui les avons choisies, nos femmes prudes ! »

 « Oui, c’est ça, quand on était jeunes, les femmes qui aimaient le cul nous faisaient peur. On s’amusait avec elle mais pour nous, ce n’était pas des filles sérieuses. On a épousé des femmes prudes et rassurantes, et maintenant on s'emmerde avec elles. C'est seulement à notre âge qu'on comprend que les femmes qui aiment le cul sont des femmes qui aiment la vie ! »

 

08.12.2008

Un jeune homme de 90 ans ...

Un vieux monsieur monte à bord du bus bondé. Lorsque celui-ci redémarre, il est projeté au centre du véhicule et trottine, jambes écartées. Sa posture, le sourire amusé sur ses lèvres et le bonnet en laine gris et rouge enfoncé sur son crâne lui confère quelque chose de comique. Un homme assis sur les strapontins latéraux tente de l’agripper au passage, mais trop tard, et il se dirige vers le fond du bus. Je suis déjà debout et viens à sa rencontre. Je l’attrape par le bras et tente, brinquebalant au rythme des secousses, un sac à un bras et mon p’tit vieux à l’autre, de le diriger vers mon siège désormais libre. Nous sommes deux, maintenant, à tanguer au milieu de tous et à en rire. Il plonge son regard bleu dans le mien et s’écrie « Je suis pris en charge par le plus beau chapeau du bus ! ».

J’éclate de rire et le hisse difficilement sur le siège. Il continue de me parler tout en clignant des yeux, on dirait vraiment un enfant, il a un regard plein de malice. Une sorte d’Albert Jacquard. Il me fait même rougir. « C’est vrai, vous êtes toute vêtue de couleurs printanières », continue-t-il. « C’est pour conjurer le mauvais temps ? »

« Exactement ! Le soleil, c’est dans la tête », je lui réponds, avec un clin d’ oeil. Et c’est vrai qu’à cet instant, dans ce bus à la lumière blafarde, il fait 35 degrés, on se croirait au bord d’une plage à siroter des cocktails. Même les gens autour de nous ont changé, ils nous écoutent, leurs yeux sourient. La jeune femme brune à ma gauche a ôté ses écouteurs et se marre franchement.  

Il pointe un doigt vers le ciel : « Vous n’avez pas oublié, de toute façon, que le soleil brille toujours, au-dessus des nuages ? » « Je ne l’oublie jamais ! » Il continue de s’émerveiller sur mon chapeau de feutre gris, je plaisante sur son bonnet de lutin. Après quelques instants, je tourne la tête, un peu embarrassée et puis, à l’arrêt suivant, un autre homme s’arrête devant moi avant de descendre et me dit quelque chose de très gentil. Un échange qui n’arrive jamais dans la foule parisienne, sauf pour ceux qui ouvrent leurs yeux et leurs oreilles.

Exactement le genre de choses dont je t’ai parlé, Ain, en buvant un verre avec toi à Paris Carnet, avant que tout le monde n’arrive.

Je croise le regard de la jeune femme brune et lui lance « Décidément, c’est ma soirée, faut pas que je rentre chez moi, je vais appeler les copains et sortir ! ». Elle acquiesce. Le vieux monsieur est maintenant plongé dans un journal, plongé c’est le mot, il a le nez collé dessus et les yeux écarquillés. Mon arrêt approche, je me penche vers lui, juste assez pou sentir une vague odeur d’urine, et lui souhaite une bonne soirée. Il soulève son bonnet.

Je ne suis pas ressortie ce soir-là. J’avais eu mon content de chaleur humaine. J'ai pensé avec un sourire que peut-être, il aurait aimé rencontrer ma mémé aux chaussettes aubergine. Elle aurait abandonné sa canne pour s'appuyer sur son bras et leurs jambes cagneuses auraient arpenté de concert les trottoirs parisiens.

Ne croyez pas les gens, moroses, qui vous disent que les grandes villes sont inhumaines et que la solidarité n’existe plus. Arrêtez juste de fixer le bout de vos chaussures et vous vous rendrez compte que les miracles n’en sont pas. C’est vous qui les faîtes.

11.10.2008

Libre à vous

Manu.jpg

17.09.2008

A toi, "mon chéri d'amour"

Je t’aime, tu sais. Je te l’ai déjà dit et si je le fais aussi facilement, c’est parce qu’on ne s’est jamais goûtés, toi et moi.  

Pourtant notre histoire, comme avec la plupart des hommes qui me sont chers, avait mal commencé. Tu bossais sur un autre site et je t’avais, à priori, pris en grippe parce que tu étais tout le temps injoignable. Alors le jour où je suis venu sur ton terrain et que, curieuse de savoir qui tu étais, mon sourire s’est heurté à ton visage fermé, l’à priori s’est renforcé.

 

Il a fallu 4 ans pour qu’on se rencontre vraiment. A la faveur d’une pause, on a commencé à discuter et là, j’ai découvert une montagne de sensibilité et d’humour.

Accessoirement, t’as un beau cul. Et quand tu rosis, comme maintenant, je craque.

***

Quand je t’ai connu, t’étais au fond du gouffre. Les deux femmes de ta vie t’avaient quitté. Tu prenais sur toi comme un bon petit soldat, personne n’a rien vu, rien su, pourtant t’en menais pas large, je crois, quand tu repartais vers ta solitude toute neuve, avec ton écouteur sur les oreilles.

« J’suis un mec», tu disais …

Quelle connerie, excuse-moi de te le dire, j’ai fait semblant de te croire mais entre tes mains toujours ornées d’une clope, le gobelet de café tremblait.

Ca m'a touché, ta pudeur, ta fragilité et désormais, je les ai attendus avec impatience, les appels pour un café. Quand ton nom s’affichait sur le téléphone et que dans le combiné j’entendais « bonjour ma petite langoustine des îles », un sourire superbement niais se dessinait sur ma face.

***

Le lundi matin, on se racontait nos week-ends dans de grands éclats de rire. Je crois que je n'ai pas ri autant depuis bien longtemps. Je complimentais très sincèrement tes tenues, toujours originales, qui n’iraient à personne d’autre que toi, et ces détails qui révèlent le goût des belles choses, une ceinture, une paire de chaussures, des boutons de manchette.

Un jour où on était deux à te dire à quel point t’étais mignon dans ton petit pantalon, tu as dit, visiblement touché : « Merci les filles, vous pouvez pas savoir à quel point ça me fait du bien, je me sens moche, l’impression d’être transparent ».

***

Quand j’ai su que tu étais devenu un ami, un intime, de ceux qui m'acceptent telle que je suis, je t’ai filé le lien vers un billet où je racontais une de tes soirées délirantes. Je te donnais ainsi la clé vers mon blog, c’est pas rien, tu l’avais compris. Je t’y fais souvent des clins d’œil, depuis.

***

Et puis, après des mois à se tourner autour, au moment où tu avais décidé de te lancer et de m’emmener en week-end à Londres, coup de théâtre. C'est marrant, la vie, non ? Un lundi matin, tu lances « Tu sais pas ce qui m’arrive ? ».

On a déjeuné en tête à tête, tu étais gêné, tu as parlé des sentiments qu’on avait l’un pour l’autre, c’était mignon, on aurait dit deux ados. Tu disais que tu ne voulais pas me faire souffrir, t’as même employé le mot « salaud », si je me souviens bien.

Quelle drôle d’idée ce mot pour parler de toi, pour lequel j'ai tant de respect et d'estime. Je n’étais pas triste, ou si peu, plutôt amusée de ce pied de nez mais surtout, surtout, inquiète pour toi qui commençait tout juste à accepter son départ.

Je ne suis pas sûre que tu m’aies crue, ni même que tu aies compris quand je t’ai expliqué ma philoSophie de la vie, mon côté fataliste. La vie donne même quand elle semble refuser.

 

Moi je savais déjà que j’avais gagné un ami, un vrai, un de ces hommes que j’aime passionnément et inconditionnellement.

Mon ami, tu serais donc, et bien plus précieux à mon cœur qu’un ex-amant.

Tu opinais de la tête mais ce jour là, comme souvent depuis, j’ai eu la désagréable impression que tu ne comprenais rien à ce que je suis. Tu me vois toujours masquée alors qu’avec toi, ça fait longtemps que je l’ai enlevé, ce p*** de masque.

Pourquoi regretter ce qui aurait sans doute été un beau moment, mais un moment seulement, puisque tes questions s’étaient heurtées à son silence, puisque tu l’aimais encore ? J’ai vécu assez de ruptures pour savoir qu’on ne s’en remet pas si vite.

Je n’ai jamais envisagé ni espéré prendre sa place. J’aurais été ton amie-amante, je t’aurais câliné, pris soin de toi, ça je sais bien faire, t’inquiète pas, à mon âge, on peut pas prétendre ne pas savoir où on met les pieds. Ou alors c’est qu’on se ment.

Plusieurs fois, depuis, tu m’as demandé « Dans le billet d’hier, c’est de moi que tu parlais ? ». Je riais et répondais «Non, c’était pas toi. Tu sais bien, c’est cet homme, là, dont je t’ai parlé… »

Peut-être que tu as douté de ma sincérité, mais c’était vrai, je ne parlais pas de toi.

Tu n’es pas, ou plus, dans mes fantasmes.

Et si ça te déçoit, c’est que t’as rien compris.

(Ca n’exclut pas la possibilité qu’un jour, je te roule une pelle langoureuse, en toute amitié …)

 

28.08.2008

Un dîner avec Karim

Hier, dans la voiture dorée, de fil en aiguille, la conversation a glissé sur la beauté du peuple libanais. M’est alors revenu en mémoire une belle rencontre.

C’était en septembre 1995, et j’avais eu du pot pour une fois, moi qui ne gagne jamais rien. Faut dire que si je jouais, ça aiderait sûrement.

Je bossais à l'époque au service de réservations d'une compagnie aérienne. Ma collègue Elise, une longue liane brune vietnamo-danoise, avait gagné, à la faveur d’un concours de « l’agent ayant enregistré le plus grand nombre de réservations », 2 billets aller-retour pour la destination de son choix sur la compagnie Canadian Airlines, disparue depuis. La demoiselle étant mariée et de surcroît maman de 2 adorables bambins, elle avait remis le prix en jeu et j’eus la chance de tirer le gros lot. Je pensai immédiatement à ma meilleure amie qui officie parfois sur ce blog sous le pseudo d’Esperanza. Si l’occasion m’était donnée de fouler le sol canadien, autant aller le plus loin possible. Je jetai donc mon dévolu sur Vancouver, en Colombie-Britannique, idéalement située entre océan - Pacifique - et montagnes.

Linda, une irlandaise fort sympathique qui bossait pour Canadian Airlines, nous concocta un circuit d’une semaine en or, avec location de voiture et nuits dans des palaces à prix négociés.

Dans l’avion qui nous emmenait de Montréal à Vancouver, notre accent français attira l’oreille d’un steward fort séduisant, un beau brun au teint mat répondant au prénom de Karim. Il nous confia être de mère française, normande je crois, et de père libanais. Apprenant que c’était notre premier séjour à Vancouver, et disposant de quelques jours de repos, Karim proposa de venir nous chercher à notre hôtel le soir même et de nous sortir en ville.

A l’aéroport, nous avons récupéré notre voiture de loc’. Rejoindre l’hôtel fut un sacré périple en revanche. C’était ma première expérience de la conduite à gauche et de nuit, de surcroît !  Esperanza essayait tant bien que mal de lire le plan de la ville et moi, je fus prise d’une petite panique lorsqu’elle m’indiqua de tourner à droite. Etant sur la voie de gauche, comment tourner à droite aux carrefours ? En contournant les véhicules ou en les croisant par devant ? Ne voulant pas débuter le séjour par un accident, dans le doute, je décidai de ne tourner qu’à gauche. On a fini par arriver à l’hôtel mais le voyage fut plus long et un mémorable fou-rire a succédé aux premières minutes de stress …

Karim avait demandé que je l’appelle pour lui indiquer le numéro de notre chambre. Il nous laisserait une heure ou deux pour nous reposer un peu du voyage et passerait nous chercher pour nous emmener dîner. Enfin dans notre chambre (somptueuse), j’appelle notre bel oriental et lui donne notre numéro de chambre, inscrit sur le téléphone. Une bonne douche, un petit somme réparateur et ….5 heures se sont écoulées lorsque nous nous réveillons en sursaut. Pas de nouvelles de notre beau brun ténébreux ! Esperanza conclut, impitoyable « C’est bien un mec ! » mais moi, j’ai du mal à y croire. J'ai toujours été d'un naturel confiant. Après tout, c’est lui qui s’est proposé pour nous sortir. Et il avait l’air si courtois et attentionné … Comme à mon habitude, je redoute qu’il lui soit arrivé quelque chose et décide de l’appeler quand même (je ne suis pas une fille très orgueilleuse).

Alors ? Que s’est-il passé ensuite, d’après vous ?

(A suivre…)

16.08.2008

It's all just a show

"Un jour dans le métro parisien, 8h du mat, j'avais le moral au fond des chaussettes. Dans ce wagon qui m'amenait à l'abattoir, j'étais la tête basse, au bord des larmes... Doucement, je ne sais pas pourquoi, peut-être pour que le trajet passe plus vite, pour diluer ce début d'eau salée dans mes yeux, dans une vaine tentative de me décoller de mes pensées mais plus sûrement encore dans l'espoir illusoire de trouver autre chose que le collier de stations que je connaissais par cœur, j'ai vaguement levé les yeux. Et là ils ont fait "marche arrière". Je n'avais pas halluciné, quelqu'un s'était amusé à écrire "'n roll" après la station Duroc. Et bien cette personne dans la simplicité de son geste, a sans le savoir réussi à m'arracher un sourire intérieur et m’apporter la lichette de bien-être qu'il me fallait à ce moment très précis. Et je l'en ai remercié."
(anecdote de PJ lue sur le blog Mes Mots Random)

Un soir de novembre, en ouvrant la porte sur le vide d'un appartement froid et silencieux, Fiso le petit robot, qui avait bien fait son show toute la journée, s'est écroulée. Longtemps après, quelqu'un a sonné à la porte, elle a hésité, a couru mettre de l'eau fraîche sur ses yeux rougis et a ouvert. Ils sont entrés, se sont assis, ont discuté. Elle les a fait beaucoup rire, ils sont restés longtemps.

En repartant, le vieux monsieur a dit "Quel plaisir de rencontrer quelqu'un avec une pêche pareille, vous êtes tout le temps comme ça ?" et sa collègue a acquiesé.

Après leur départ, Fiso a allumé la lumière et mis de la musique gaie. Elle n'avait plus envie de pleurer. Elle a dansé et remercié intérieurement le vieux monsieur.

Depuis, chaque année, Fiso se répète qu'il faut absolument qu'elle résilie ce contrat d'assurance-décès ...

11.08.2008

Un baiser de papier

Nous sortons de mon restaurant japonais préféré, celui ou je me sens comme chez moi et que je voulais lui faire découvrir, anxieuse de connaître son avis.

"Tu sais, quand tu m'as dit que tu connaissais un bon restaurant japonais, j'ai eu des doutes parce que tu es française", avait-il avoué lors du repas. Et il avait ajouté : "Mais c'est vraiment un très bon restaurant japonais".

Dans le métro, juste après les portiques, au moment de nous séparer, il me demande, avec un sourire énigmatique : "Ferme les yeux".

J'obéis et déjà sur mon visage se dessine le sourire d'une petite fille dont les yeux bientôt vont s'ouvrir sur une surprise. Je sais que l'homme qui me fait face ne va pas m'embrasser. Ou alors, d'un baiser chaste, sur le front, par exemple ?

"Ouvre les mains", dit-il.

Je joins mes mains ouvertes. Déjà, mon coeur bat plus vite. Un souffle léger comme une plume tombe au creux de mes mains.

"Tu peux ouvrir les yeux", dit-il. Je vois son sourire, son crâne nu, je baisse les yeux.

Au creux de mes mains jointes, un oiseau de papier s'est délicatement posé.

100_2464.JPG

"C'est un origami ? C'est toi qui l'a fait ?" demandai-je.

"Oui, c'est un petit grue", répond-il doucement.

J'ai délicatement pris le fragile oiseau entre mes doigts, l'ai rangé dans mon sac en prenant soin de ne pas l'abîmer.

Posée sur la commode face à mon lit, la petite grue de papier rouge et blanc veille désormais sur mes nuits. C'est un des plus jolis cadeaux qu'on m'ait faits.

["Ori-tsuru", la petite grue en papier, symboliserait la longévité et la paix, en raison d'une jeune fille japonaise appelée Sadako Sasaki. Vous pouvez lire son histoire et apprendre comment réaliser un Ori-tsuru ici]  

 

Toutes les notes