10.03.2009
Les jours se suivent et ne se ressemblent pas
« Ca va être une formation un peu particulière », avait prévenu ma commerciale. « La société a terminé le recrutement de son personnel et doit ouvrir ses portes début avril ».
Quelques jours avant mon arrivée, j’avais appelé le directeur qui avait proposé de venir me chercher à la gare. Le jour J, il me récupère devant la gare RER d’une ville que je connais un peu puisqu’elle se situe sur les bords de Marne. Nous arrivons dans une zone résidentielle tristounette et longeons un bâtiment immense en briques rouges, entouré de tranchées. Il se gare et nous entrons sur un chantier, un vrai : les grues, la gadoue, les ouvriers qui me reluquent, tout y est. Nous grimpons sur une plateforme (quelle bonne idée j'ai eu de ne pas me pointer en talons) et pénétrons dans un hangar. Le dirlo me présente à plusieurs personnes, dont mes stagiaires, et nous emmène dans la "salle de formation".
Celle-ci se trouve dans le seul endroit pourvu d’électricité : des Algeco (vous savez, ces bungalows en plastique blanc où mangent les ouvriers des chantiers). Il ouvre la porte sur … les chiottes du baraquement, badigeonnés de subtils dégradés de marron(hum ...). Nous nous engouffrons (ou plutôt je me rue, pour échapper à cette vision apocalyptique) dans deux pièces tout en longueur où se trouvent des tables recouvertes de toiles cirées, un évier, un four-micro ondes et un frigo. La formation aura donc lieu … dans la cuisine du chantier. Sacré bordel en perspective.
Je pose mon ordinateur sur la table, d’une propreté très douteuse, et débute ma prestation. Peu après, au milieu d’une phrase, je m'interromps sur un vieux bruit de crachat bien gras venant de la pièce voisine. Je réprime une grimace et nous éclatons de rire. La pièce n’a pas de portes et durant toute la journée, les bruits du chantier nous parviennent : marteaux-piqueurs, Fenwicks, perceuses, klaxons. Les bruits du chantier, certes, mais aussi ceux des ouvriers qui entrent et sortent régulièrement pour se soulager bruyamment. J’aimerais vous épargner mais il faut bien restituer l’ambiance…. A midi pétantes, c'est le cas de le dire, les ouvriers débarquent dans notre salle avec leurs gamelles. « Bon, je crois qu’il est l’heure d’aller déjeuner », dis-je.
Fin de la première journée. Un des stagiaires me dépose à la gare et nous convenons de nous y retrouver le lendemain matin à 9h15.
Jour 2, 9h25 (mon RER a été retardé), je sors de la gare, sous une pluie battante. Personne ne m’attend. « Merde, il est parti. Il a sans doute attendu et pensé que je m’étais débrouillée autrement ». Je me rue vers un arrêt de bus et scrute le plan, tentant de relier l’endroit où je me trouve à celui où je vais. A côté de moi, un type m’accoste « Excusez-moi, Madame, il y a de la place là » dit-il en désignant le banc. Je le remercie « Non, je ne veux pas m’assoir, merci ». Il continue « C’est pas la peine de pousser mon sac, hein, y’a de la place sur le banc ». Incrédule, je fixe bêtement mon sac d’ordinateur que j’ai posé à côté du sien et commence à rigoler « Sans blague, j’ai poussé votre sac ? Et alors, il est en verre, il va se casser ? ». Je me retiens d'ajouter mon insulte préférée (je vous la fais soft) : 'bruti, va !
Je monte dans le bus en me disant que les gens sont vraiment tarés. Je demande à la conductrice si elle passe à proximité de l’avenue Charles de Gaulle dans la ville de … « Oui, oui, je passe sur cette avenue, ce sera l’arrêt Résistance » dit-elle. Je m’assois et étudie le plan de la ligne. Je ne suis pas près d’arriver. J’appelle le directeur pour le prévenir que j’ai pris un bus, que je ne sais pas trop où je vais ni à quelle heure je vais arriver. « Mais Monsieur X. ne devait pas venir vous chercher à la gare ? Vous ne quittez pas, je l’appelle » dit-il. ...
Il reprend le combiné : « Il est devant la gare ». Je bafouille, confuse, que je ne l’ai pas trouvé à mon arrivée. Il me donne le numéro du stagiaire qui m’explique que ne me voyant pas, il est reparti à l’autre gare de la ville et que c’est sans doute à ce moment là que je suis arrivée."Vous êtes où?" (oulala, mon garçon, vous m'en demandez trop là...) Je lui indique que je vais descendre à l’arrêt Résistance. « J’arrive », dit-il.
Face à moi, une jeune fille africaine : « Excusez-moi, Madame, vous allez à l’arrêt Résistance ? » J’acquiese.
« Mais ce n’est pas du tout ce bus. Vous auriez du descendre à Hôtel de Ville et prendre un autre bus ». Je proteste « Vous êtes sûre ? J’ai demandé à la conductrice ! » Je retourne à l’avant du bus.
« Oh merde ! s’écrie la conductrice. J’ai oublié de vous dire de descendre et de prendre un autre bus ! Bon écoutez, le mieux c’est que vous alliez avec moi à la gare de … et que vous preniez un bus dans l’autre sens ». Je jette un œil dehors et reconnais l’endroit où j’ai déjeuné la veille. « Non, non, j’ai un collègue qui va aller me chercher à Résistance, je ne veux pas le faire galérer. Je descend là ».
Je me réfugie sous un abribus, il pleut toujours à verses, et j’appelle X. pour lui dire que finalement je ne suis pas à Résistance mais au bord de la nationale, à l’autre bout de la ville. Il doit me prendre pour une folle. A côté de moi, une vieille femme m’entretient de la pluie et du mauvais temps. Je scrute la route, guettant mon chauffeur.
Quelques minutes plus tard, une voiture s’arrête, la vitre se baisse, un homme se penche vers moi. X. enfin ! Je cours vers lui, sourire aux lèvres, et ouvre la portière, prête à monter. Il sourit aussi. Je marque un temps d’arrêt « Tiens, X. n’état pas aussi gros hier … » avant de réaliser que ce n’est pas lui. Le type me sourit toujours.
« Ben, qu’est ce que vous voulez ? », je lui demande. « Rien, et vous ? » répond-il. Sans doute rouge de honte, je referme la porte bafouillant que j’attends quelqu’un et que j’ai cru que c’était lui. Je retourne sous mon abribus et pique une crise de fou-rire toute seule. La vieille dame rigole avec moi en racontant qu’il lui arrive souvent de dire bonjour à des gens qui ne la connaissent pas. Peu de temps après, la voiture métallisée de X. s’arrête devant moi. Je lui raconte mes mésaventures et il se marre bien.
Arrivés sur le chantier, nous trouvons nos deux stagiaires dans la première salle, celle qui bénéficie d’une vue imprenable sur les chiottes. « Y’a une formation dans notre salle » disent-ils. Salle, c’est un bien grand mot. En effet, un vidéoprojecteur tourne et une femme parle très fort. La matinée se passera donc entre les chiottes, toujours aussi fréquentés, et la formation voisine portant visiblement sur les effets secondaires de la consommation de produits périmés : diarrhées, vomi et staphylocoque doré, pour n'en citer que quelques-uns.
« Bon appétit, bien sûr » dit X en ouvrant le thermos pour nous servir un café. « Après les glaviots d’hier, aujourd’hui au menu, c’est staphylocoque doré ».
Dans la matinée, je regarde par la fenêtre. La pluie n’a pas cessé de tomber. « Quand même, les pauvres ouvriers qui bossent dehors, c’est pas marrant » dis-je. « Ouais, mais quand il fait soleil, ils sont bien contents » répond X.
Je ne sais pas si c’était le contrecoup de mes émotions du matin, je suis partie dans une crise de fou-rire. C’est le bordel, cette formation, mais qu’est-ce qu’on se marre !
23:41 Publié dans Les malheurs de Fiso | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note
25.01.2009
Me faire ça, à moi !
Je bouffe souvent – mais pas toujours - dans de supers endroits. Il y a peu, j’étais en Touraine, région réputée pour sa gastronomie. Il neigeait. Je débarque le premier jour dans une salle de réunion non chauffée. Je frissonne, je passe la journée à éternuer, je peste « Et merde, je vais tomber malade avec leurs conneries ! ». Ça m’énerve d’autant plus que j’ai réussi à ne pas tomber malade de tout l’hiver, même en me baladant en maillot de bain par -7 degrés. L’heure du déjeuner approche, pause bienvenue car je me suis réveillée aux aurores. L’occasion de me réchauffer et de reprendre des forces. Habituellement, je déjeune à l’extérieur et propose à mes stagiaires de m’accompagner. Ce jour-là, je posai la question habituelle « Est-ce que vous venez déjeuner avec nous ou est-ce que vous rentrez chez vous ? ». « On déjeune avec vous, le directeur a tout prévu », me répondent-elles.
« Le directeur a tout prévu », ça veut dire qu’on mange sur place. Bon, déjà, manger dans une salle de réunion me plaît moyen. J’ai besoin de voir un peu la lumière du jour, moi.
Aux alentours de midi, un gugusse passe la tête par la porte et dit « Les plateaux-repas sont au frigo ». Au frigo ?! (Je vous rappelle qu’il neigeait). Je redoute le pire. J’avais raison. Peu après, la responsable pose sur la table de la salle des plateaux-repas. A l’intérieur, 2 tranches de jambon, une salade piémontaise (enfin, un vague mélange de légumes imbibés de mayonnaise), un paquet de chips et un yaourt aux fruits. Ceux qui me connaissent peuvent imaginer la tronche que j’ai tirée. Je n’aime pas manger froid, et encore moins quand il neige. Une semaine qui commence avec un plateau industriel de pique-nique est une mauvaise semaine. Celle-là fut une semaine de merde.
Le soir, on a mangé dans un restaurant dégueulasse et j’ai bossé sur le programme de la journée suivante jusqu’à 1 heure du matin. Le lendemain, au petit déj’, mon collègue, livide, m’apprend qu’il a passé la nuit la tête plongée dans la cuvette des chiottes et qu’il a failli frapper à ma porte en pleine nuit (ç’aurait pas été une mauvaise idée, entre nous). De mon côté, comme prévu après m’être gelé la veille dans leur salle de merde, j’ai le pif comme une pastèque et je passe la journée à parler du nez. Le midi, on nous a resservi les mêmes plateaux-repas (si, si, le jambon, la piémontaise, les chips, tout y était). Le soir, de rage, j’ai cassé les pattes arrières à un cochon de lait rôti au restaurant Porto Fino, près de Chambray les Tours avant de bosser encore jusqu’à minuit.
Le mercredi soir, quand mon pote Hervé est venu me chercher à l’hôtel pour m’emmener bouffer à Tours, j’étais proche de la dépression nerveuse (j’exagère à peine). Sur la route, j’ai vidé mon sac, il riait, moi pas, et puis je me suis détendue. On a mangé dans un restaurant du vieux Tours, ensuite on s’est baladés autour de la place Plumereau avant de rentrer. Ça m’a fait un bien fou de le voir. Du coup, une fois rentrée à Paris, j’ai fini la semaine en allant au resto tous les soirs.
18:45 Publié dans Les malheurs de Fiso | Lien permanent | Commentaires (26) | Envoyer cette note | Tags : extension du domaine de la lutte, les hommes de ma vie
16.10.2008
Le jour où ça a failli ...
C’était il y a 4 ans.
A l’époque, je bossais au rez-de-chaussée, au bout d’un couloir triste éclairé aux néons. A côté de moi, de l’autre côté de la baie vitrée, ma boss qui ne perdait pas une miette de mes faits et gestes (l’inverse était surtout vrai puisqu’elle me tournait le dos) et dans le bureau voisin, JJ et L., les Mac Gyver du bâtiment, responsables de la sécurité et de la maintenance.
Un matin où ma boss était absente et m’avait donné quelques dossiers à gérer pour elle, je m’installe face à son assistante pour bosser. Une fille qui est tombée en dépression peu de temps après et qu’on n’a jamais revue. Ma boss avait le chic pour faire tomber ses collaborateurs dans la dépression …
Donc, nous bossons. La veille, j’étais allée faire les soldes. J. me demande ce que j’ai acheté de beau, je lui réponds que je me suis lâchée sur la lingerie, un de mes péchés mignons (pas très original pour une femme, j’avoue).
Elle demande de lui décrire mes achats, ce que je fais, et puisque j’en porte justement un sur moi et que nous sommes seules, je tourne la tête à droite, à gauche, pas de L. ni JJ à l’horizon, je me lève, soulève mon pull et lui montre mon dernier achat.
Nous nous remettons au travail, un moment se passe.
Ce n’est qu’une heure plus tard que levant la tête pour réfléchir, mon regard avise une caméra dans le couloir, pointée droit sur moi. J’avale ma salive.
« Heu …J., y’a une caméra en face de moi, tu sais si elle fonctionne ? »
Elle se retourne, éclate de rire : « Oh, putain, t’es dans la merde ! »
J’appelle L. et lui demande, le plus innocemment possible, si la caméra qui se trouve dans le couloir de notre service fonctionne.
« Ben ouais, pourquoi ? »
« Non, non, comme ça »
…
« Toi, ma vieille, t’as encore fait une connerie … Ma parole, ce soir à 17 heures, je me visionne le film »
Je lui raconte ma mésaventure, il est hilare. Moi aussi.
Le soir, à 17h, L. et moi nous plantons devant l’écran de sécurité. Il visionne la bande. Et peste. « T’as de la chance ma vieille »
En effet, sur le film, on me voit me lever, le film se coupe quelques secondes (LES quelques secondes) et je me rassieds.
Depuis, cette anecdote me suit.
Et pour une raison qui m'échappe, lorsque notre siège social a déménagé, L. a équipé le bâtiment de caméras qui filment en continu.
19:20 Publié dans Fiso déconne, Les malheurs de Fiso | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : on se marre au taf'
29.08.2008
Un dîner avec Karim (2)
Karim m’explique qu’il est venu à la réception de l’hôtel, demandé qu’on appelle notre chambre mais qu’il n’y avait personne répondant à nos prénoms. Il a insisté, demandé au réceptionniste de chercher dans quelle chambre se trouvaient les deux françaises arrivés le soir même mais l’autre a commencé à devenir méfiant et peu coopératif. Après avoir attendu une heure dans le hall, Karim a commencé à soupçonner que nous lui ayons volontairement donné un faux numéro de chambre, peut-être même un faux hôtel et il est reparti chez lui.
Il me redemande alors le n° de la chambre et c’est là que je réalise que le numéro noté sur le téléphone n’est pas le même que celui inscrit sur la porte. Bien sûr, quand il s’est excusé de nous avoir fait attendre, je me suis écrié dans cet élan de spontanéité qui me caractérise : »Oh, t’inquiètes pas, on dormait ! »
Je ne sais plus si nous nous sommes finalement vu ce soir-là ou si la rencontre a été remise au lendemain. Toujours est-il que nous avons passé une bonne partie de notre séjour avec Karim et un de ses amis, charmant, d’origine suisse.
« Oh les nulles, tu te rends compte, y’a un super beau mec qui poiraute une heure en bas pendant qu’on pionce ! » Ce soir-là, Esperanza et moi avons beaucoup ri de notre mésaventure. En ce qui me concerne, ce n’était pas la dernière …
(à suivre ...)

14:05 Publié dans Les malheurs de Fiso | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : vancouver, karim, esperanza
14.08.2008
Saut en hauteur
J’avais laissé mon vélo dans le parking de la société hier soir. Pas le courage, après 2 nuits quasi-blanches, de pédaler contre le vent qui agitait violemment les arbres sur le parvis.
Ce matin, donc, je descend du tramway et je vois mon bus me démarrer sous le nez. J’agite les bras désespérément pour qu’il m’attende – ce qu’il fait - et pique un sprint (en talons et jupe mais ça, je suis habituée).
Et là, en pleine course, mon sein droit s’élance lui aussi, fait une échappée remarquable et passe par-dessus la dentelle.
Je suis montée dans le bus, comme si de rien n’était, et ai remercié le chauffeur de m’avoir attendue. Ce n’est qu’une fois assise que j’ai remis le fourbe à sa place.
[ne jamais courir ou te pencher quand tu portes un balconnet, Fiso, tu devrais le savoir pourtant…]
15:55 Publié dans Les malheurs de Fiso | Lien permanent | Commentaires (39) | Envoyer cette note
05.07.2008
1 chatte ça va, 3 chattes ...
Depuis 15 jours, je garde les 2 chattes de ma copine Claire. J'adore les chats, y'en a pratiquement toujours eu chez mes parents. Aujourd'hui ils coulent une retraite verdoyante chez 3 chats fort sympathiques. Ben oui, tout le monde sait que quand on a un chat chez soi, on vit chez lui et pas l'inverse. Bref. Il y a peu, je disais à mon copain Lancelot qui lui est allergique aux chats, que je n'aimais pas les chiens. C'est vrai. Je trouve ça dégueulasse. C'est peut-être dû au fait que les chiens que j'ai croisés dans ma famille étaient traités comme des êtres humains, ce qui non seulement me choque terriblement, mais en plus me dégoûte quand ledit chien entreprend de me rouler une pelle. ou de farfouiller sous mes jupes. Pour revenir aux matous, s'il y a bien un truc que je trouve cruel, c'est d'avoir un chat en appartement. Ce beau félin indépendant est un chasseur qui est heureux quand il gambade dans les herbes folles à la poursuite d'un mulot. Je n'ai donc jamais eu de chat chez moi. Mais j'ai proposé à Claire, qui a souvent les fesses en l'air (comme dans la chanson de Dutronc) de les lui garder si un jour elle devait s'absenter. Lilou et Lula sont 2 soeurs câlines et drôles. Rien à voir avec le chat dépressif du mec de ma soeur. Mais.
Jour 1 : Claire dépose 2 tas de poils miaulant à l'affreux chez moi. Les adieux déchirants durent 15 minutes. Je me retiens de rire devant les "mes moumounettes, mes bichounettes" et autres fifilles à sa maman. Faut dire quand je suis chez mes parents, je ne fais pas plus intellectuel dans l'échange humano-félin. Je me vois rebaptisée d'un ragoûtant "Tata Sophie" et les deux frangines sont priées d'être gentilles avec moi. Ca promet. Une fois seules, je leur installe la litière, les bols d'eau et de croquettes dans la cuisine. Elles passent la journée dans le placard de l'entrée et sortent pile poil au moment ou le match de foot commence. On le regarde donc en famille, les demoiselles refusant poliment un magnum amandes. Le soir venu, je laisse la porte de ma chambre ouverte, histoire qu'elles se sentent moins seules. Lorsque l'aube pointe, je suis tirée de mon sommeil par une cavalcade effrénée. Ca court et ça bondit de tous les côtés là-dedans, salon, chambre, cuisine. Excédée, je bondis moi aussi et les vire de ma chambre illico. Désormais, on ne dormira plus ensemble.
Jour 2 : Non, vraiment, je n'arriverai pas à savourer mes tartines confiturées aux figues blanches en ayant sous le nez la litiière odorante des boules de poils. Allez hop, sur le balcon, la litière ! Je cherche longtemps Lula. Aurait-elle sauté par la fenêtre, à la recherche de sa maîtresse,, ignorant que celle-ci se trouvait dans les airs ? Non, la garce a réussi à se faufiler sous la housse de ma penderie et à se hisser sur une pile de fringues. Je brandis, dépitée, la jupe couverte de poils que je comptais mettre ce jour-là. Je considère d'un air rêveusement sadique des bandes de cires froides oubliées au fond d'un tiroir... et leur interdis l'accès à ma chambre pour la suite du séjour.
Jour 3 : Je surprend la petite sur MA chaise longue en cuir noire a laquelle je tiens COMME A LA PRUNELLE DE MES YEUX BORDEL ! Je suffoque et saisie d'une vision cauchemardesque, soulève le plaid dont je l'ai recouverte. AAAAARGGGGHHHH ! Le côté de la chaise longue est griffé ! Que dis-je ? Lacéré, oui ! Ca y est, ma journée est gâchée, ma vie foutue, notre amour humano-félin mort à jamais. Pas ma chaise longue !! Je'essaie de relativiser en me disant que d'abord ce n'est que du matériel (ouais, mais bon) et que ce n'est pas visible car sur le côté de la chaise longue (oui, mais la prochaine fois??) J'appelle Claire qui est quelque part entre la Corse et la Martinique et la voix brisée, lui annonce qu'à la prochaine griffure, je devrai arracher les pattes rendre les chattes à son ex. Elle est morfondue. "Quand tu les chopes, tu les grondes ou tu leur mets une tape, elle ne le feront plus". Encore faudrait-il que je sois souvent chez moi ..."Bah, ce sont des chats, hein ..." lui dis-je. Et je pense "P'tain, encore 15 jours ! Plus jamais !"
Jour 11 (aujourd'hui) : Ce matin, au lever, je constate avec inquiétude que mon coloc' a eu la mauvaise idée de virer sa guitare que j'avais mise en rempart anti-chats sur la chaise longue en cuir. Bilan : dossier lacéré. Je mets une tape sur le cul poilu de Lula quand elle s'avise d'y retourner. Oh!91 arrive pour boire le thé, il est allergique lui aussi, alors je passe un coup d'aspirateur vite fait et nettoie la terre des plantes en pot répandue sur le parquet (Lilou adore tasser la terre de mes plantes en pot, de ses petits coussinets délicats, qu'elle essuie ensuite sur la couette de mon colc'). Lula, quand à elle, a du se convertir à l'islam vu qu'elle fait ses ablutions après chaque passage à la litière et se nettoie les pattes dans le bol d'eau (mais ne les essuie pas, bien sûr, ce serait trop beau).
Inutile de vous le redire, les chats chez moi, c'est FI-NI. En plus, mes potes sont allergiques.
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07.06.2008
Peurs enfantines
"Toi, Fiso, t'es le lapin blanc d'Alice au pays des merveilles. En r'tard, en r'tard, j'ai rendez-vous quelque part..."
C'est ce qu'a répondu mon frère en se marrant, quand je me suis écrié l'autre jour, après avoir jeté un coup d'oeil à ma montre "Woh, putain, chuis à la bourre!"
J'ai ri aussi, essayant de me souvenir de ce personnage. Je l'avais lu si souvent, ce conte ! Et soudain, je soupire et me souviens ... "Woh la la, me parle pas de ce bouquin, ça me faisait flipper quand j'étais petite!" Au souvenir du livre cartonné et coloré, j'ai soudain ressenti un malaise. Je me suis même demandé l'espace d'un instant, si le lapin blanc et sa montre n'y était pas pour quelque chose dans mes retards légendaires. "Alice au pays des merveillles", ça m'angoissait. C'était le pays de la folie et des cauchemars, pour moi. Je n'y comprenais rien et j'étais horrifiée par les personnage allumés que croisait Alice et les phénomènes étranges qui apparaissaient à chaque fois qu'elle mangeait quelque chose. Et aujourd'hui, je lis chez Mag un commentaire de Monsieur Poireau - dont c'est l'anniversaire aujourd'hui - qui semble partager mon avis. Je n'aimais pas ce conte mais j'y revenais à chaque fois.
Un autre livre "pour enfants" m'a traumatisée. Plus tard, en Allemagne, sur les conseils de ma mère, j'ai dévoré avidement les livres de Sophie Rostopchine ou madame la comtesse de Ségur. Ca m'a fait drôle, d'ailleurs quand, des années plus tard, à la faveur d'un séjour chez une amie bretonne, je me suis retrouvée devant sa tombe, dans le cimetière de Pluneret. Les livres de la comtesse, je les trouvais plus cruels que drôles. Je n'y aimais pas la sévérité et la violence des adultes qui "battaient" les enfants. J'ai lu "Les malheurs de Sophie", bien sûr, dont je me sentais solidaire non parce que je faisais beaucoup de bêtises (j'étais une petite fille très sage) mais parce que j'étais maladroite et godiche, comme elle. J'aimais beaucoup ces livres. Jusqu'au jour ou je me suis plongée dans "Les vacances" et que j'ai lu un passage qui racontent que des voyageurs, passant la nuit dans une auberge, avaient découvert un cadavre sous leur lit. Pendant des mois ensuite (peut-être même des années tant ce souvenir est vivace dans ma mémoire), chaque soir avant d'éteindre la lampe de chevet en macramé rose qui trônait sur ma table de nuit, je respirais fort, le coeur battant, avant de regarder sous mon lit si un mort n'y était pas.
Et vous, vous avez des souvenirs de lectures d'enfants qui vous ont fait peur ?
13:01 Publié dans Les malheurs de Fiso | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
19.04.2008
Qu'est ce que je fous là ?
La musique assourdissante, la chaleur, le bord de l'eau. Tout le monde s'applique à faire semblant d'être heureux dans cette ville en carton pâte ou hôtels, fast-food et bars à bière s'alignent. Je ne suis jamais allée à Ibiza en haute saison, mais j'imagine que ça ressemble à ça. Les anglaises éméchées, à moitié à poil, se donnent en spectacle debout sur les tables, les serveurs font semblant de trouver ça drôle, plus elles boivent, plus ils ramassent. Moi je me demande ce que je fous là, et surtout avec toi. Je me traîne un cafard monstrueux et te jette des coups d'oeil haineux. Toi, pauvre con, les mains dans les poches, un sourire béat sur les lèvres, je te mettrais des baffes. Comment peut-on être aussi étranger à ce qui se passe autour de soi ? Je n'ai qu'une envie, me tirer, te planter là, avec ton air de fils à maman, tes guides touristiques à la con, ton sac à dos de gamin attardé, tes photos mitraillées sur lesquelles je refuse toujours de poser. Tu proposes de boire un verre et me désigne un pub irlandais. T'es vraiment trop con. Le seul endroit ou il ne fallait pas m'emmener ce soir. Je commande une Guinness bien sûr. Je ne décroche pas un mot, mes lèvres sont serrées, le breuvage noir a noyé le vert de mes yeux et toi, tu as toujours cet air placide d'abruti qui ne capte rien. A notre droite, 2 couples d'anglais. Une brune, la quarantaine, sûrement tombée d'un charter en provenance direct de "Manchesta", brûlée aux UV, vulgaire, bourrée.
Tout à coup, à la techno succède "Dirty ol'town". Une boule au creux du plexus et les larmes qui montent lentement. Ben comme ça au moins, tu me foutras la paix. Je chiale dans ma Guinness et le sel de mes larmes rajoute à son amertume. "Ca a pas l'air d'aller" tu dis. Sans blague ? Putain, quel esprit d'observation ! Je te réponds même pas. Je ne suis plus là, dans ce bar minable. Je suis dans une bulle qui me transporte dans le Connemara, dans un pub surplombant les lacs, ou je passe l'après-midi à jouer aux fléchettes.
L'anglaise siliconée entreprend de danser et essaie de sautiller. Pitoyable, elle manque de se casser la gueule. Ca la fait rire, elle me regarde, je lui souris, elle est pas méchante cette femme, c'est mon chagrin qui m'étouffe ce soir et me rend haineuse. J'ai envie de lui dire "Vous avez pas la moitié de la classe des irlandaises, laisse-tomber, aller cuver".
Je ne me suis jamais sentie, de ma vie, aussi peu à ma place. Je te regarde et je dis "Bon, écoute, je vais pas jouer la mascarade plus longtemps, je passe à l'hôtel, je prends mes affaires et je continue seule."
Tu bafouilles, et nos belles vacances en amoureux ? Ah ben oui, toi qui voulais ramener des photos à tes potes ...Je suis pas amoureuse, voilà, je te l'avais bien dit que je voulais pas prendre des photos de nous deux. Tu vois pas que depuis le début, je suis dans mon coin, c'est pas moi ça, demande aux autres. Y'a pas de nous deux, c'était une erreur, ça aurait jamais dû durer aussi longtemps. J'ai cru qu'être avec toi c'était mieux qu'être seule, mais je me suis jamais sentie aussi seule que depuis que je marche à côté de toi.
12:55 Publié dans Les malheurs de Fiso | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note
14.11.2007
Mon cheval est mort
Ben voilà ... Ce soir je suis en deuil. On m'a piqué mon vélo, la prunelle de mes yeux, mon plus fidèle compagnon depuis 4 ans !!!
J'y croyais pas quand je suis sortie de la piscine, à 19h45 ... Et puis, j'ai ramassé mon casque sur le trottoir avec mon antivol coupé enroulé dedans. La misère, vous auriez vu ma tête ! Comment j'allais rentrer chez moi, un jour de grève des transports ?
J'ai appelé O. qui n'y croyais pas. J'ai rejoint les maréchaux et ai commencé à faire du stop, comme une pov' malheureuse, toute dépitée avec mon casque à la main (et mes munsters coulants dans le sac, je vous le rapelle, cf. billet précédent).
Un jeune m'a prise en stop tout de suite et m'a déposée porte d'Italie. J'ai même pas attendu 3 minutes pour qu'un autre m'emmène jusqu'au stade Pierre de Coubertin. Et puis, là, une femme m'a récupérée pour me déposer au coin de ma rue. Dans mon malheur, j'ai eu de la chance. Arrivée à la maison, je me suis fait plaindre par mon coloc' et ses 2 potes, dont Mac qui m'a proposé direct de me prêter le vélo de sa meuf. J'ai rappelé O. pour le rassurer comme quoi j'étais à bon port, appelé ma quinqua pour qu'elle passe me chercher demain matin et appelé Nico pour lui dire que la soirée Beaujolais était compromise pour moi. Il m'a passé Jacky, le gros Loïc, M. Jean qui m'ont tous présenté leurs condoléances. Heureusement que les copains sont là !
21:40 Publié dans Les malheurs de Fiso | Lien permanent | Commentaires (27) | Envoyer cette note | Tags : vélo
01.04.2007
Ca ira mieux demain
Grosse boule dans la gorge dimanche dernier à la sortie du magnifique et très émouvant "Ensemble c'est tout". Regret de ne pas avoir une grand-mère à câliner, dont j'aurais caressé les cheveux fins et embrassé avec délicatesse les joues satinées. Sensation de n'être pas au bon endroit, de ne pas vivre ce qui a un sens. Larmes qui coulent en silence sous les mots tendres d'Ima.
Au travail, enfermée dans mon bureau. Colère résignée contre mon collaborateur qui s'évertue à se mettre tout le monde à dos. Tant pis pour lui. Découragement devant la mine sombre de mon nouveau boss qui perd déjà son enthousiasme. Il commence à comprendre que le bien-être des salariés ne fait pas partie des préoccupations de la boîte.
Sur mon vélo, lundi, une camionnette tente de me renverser. Pour rire. Y'en a qui prennent du plaisir comme ils peuvent. Vendredi, la mort me frôle. Il n'a même pas freiné. En état de choc. Envie de frapper. Qu'aurais-je laissé derrière moi si la voiture m'avait fauchée ?
Fiso qui rit, Fiso qui pleure. Trop euphorique pour être honnête. Qui pleure de rire entre deux commentaires salaces quand Honey Bunny lui parle de son informaticien sexy. Qui saute à en perdre le souffle sur "Clap your hands say yeah" avec Lilybou. Qui a les yeux mouillés en lisant Rony, coeur noble et meurtri, qui invite à entrer dans sa grotte.
"Say goodbye to the world you thought you lived in".
Conseil à suivre. Bientôt.
00:35 Publié dans Les malheurs de Fiso | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note


