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Licenciééééééée, délivréééééée !

Hé oui, ami(e) lecteur (-trice) : après 3 ans de souffrance, je serai libérée, dans un peu plus d’un mois, d’une de mes plus désagréables expériences professionnelles !

Si j’ai déjà connu le licenciement (une fois) pour motif économique, la nouveauté cette fois-ci, c’est que je suis virée pour « insuffisance professionnelle ». Et que je suis ravie de cet épilogue – provisoire - du bras de fer que j’ai entamé il y a un peu plus de 2 ans avec ma N+2.

Il y a presque 4 ans, donc, je candidate chez un important éditeur de logiciels.

L’entretien que je passe avec 2 femmes, ma future N+2 et une de ses managers, m’emballe au plus haut point : j’expose franchement les raisons pour lesquelles j’ai décidé de mettre fin à ma période d’essai chez un autre éditeur et ma méconnaissance de leur domaine d’expertise. Mes interlocutrices ont un franc-parler qui me plaît, exposent les dysfonctionnements de leur service, leurs difficultés et leur souhait de « recruter des collaborateurs comme vous, qui nous font avancer ». Un vrai coup de foudre. J’aurais dû me souvenir que je ne crois pas aux coups de foudre.

Ma formation d’1 mois au logiciel, dispensée par un sous-traitant, est d’assez mauvaise qualité et les supports de formation, dégueulasses. S’ensuivent 3 mois d’inactivité avant une formation à Rennes.

Problème : Je n’ai pas été formée au module que je dois moi-même présenter à la cliente. On me répond « Tu en sauras toujours plus que le client » et je pars avec un Powerpoint auquel je "n’aurai qu’à me référer".

Cette première journée, sous l’œil inquisiteur d’une cliente qui pratique l’outil depuis 15 ans, est un véritable cauchemar et je compte les heures jusqu’à mon départ. A mon retour, les collègues auxquels je confie mon désarroi me lancent : « Il va falloir t’y faire, c’est comme ça ici : un consultant qui n’est pas facturé à un client, même sur un sujet qu’il ne connait pas, est un consultant inutile ».

Entretemps, j’ai été mise au parfum de mon environnement de travail et venant d’une PME où régnait une entente exceptionnelle, j’hallucine tout simplement.

Ma N+2 est une lesbienne notoire réputée tyrannique, la manager avec laquelle elle m’a reçue en entretien étant son (ex ?) compagne. Diriger son ex ou actuel, voilà une configuration des plus malsaines. Et on me met en garde : interdiction de parler aux commerciaux ! Un couloir, ou plutôt une tranchée, sépare les 2 services et gare à quiconque s’aventure en terrain ennemi. Tout le monde semble obtempérer. Bêêêêêê !

Mon premier projet, 6 mois après ma formation, me laisse incrédule : un consultant tout juste arrivé et moi sommes livrés à nous-même. Mon manager, un grand type rondouillard et débonnaire, balaie mes questions avec nonchalance. 4 directeurs de projet - dont 2 salariés du sous-traitant, à distance – se succèdent en 8 mois et 11 consultants interviennent sur le paramétrage du client. Pas de réunions, pas de communication, du grand n’importe quoi.

Je comprends vite que je ne ferai pas carrière chez cet employeur et décide de mettre à profit les 2 années à venir pour travailler mon employabilité et en partir avec plus de bagages qu’à mon arrivée. En janvier 2015, j’entame une VAE pour obtenir une certification de formateur-consultant.

Heureusement, je m’entends très bien avec mes collègues, surtout les nouveaux avec lesquels je partage mes déconvenues, les autres étant déjà résignés. Et puis, j’ai lié amitié avec les commerciaux que je trouve plus matures que mes collègues, malgré les mises en garde que je prends à la légère tellement cela me semble absurde. Je déjeune d’ailleurs chaque midi avec eux et on se marre bien. Ma N+2, en revanche, ne me fait plus les yeux doux quand elle me croise ; elle tente même une ou deux remarques avec un sourire carnassier mais je l’envoie gentiment promener.

En juillet de l’année suivante, ma disgrâce est officialisée. Le jour de mon départ en vacances, je suis convoquée par ma N+2 qui me reproche des erreurs de paramétrage sur le projet. Elle m’assure qu’elle recevra tous les consultants qui sont intervenus et nous envoie à tous un mail qui commence par « Pas le peine de m’apporter vos justifications ou explications » et finit par « Je vous informerai à mon retour de vacances des mesures prises envers chacun d’entre vous ». Une belle leçon de management. Aucun de mes autres collègues n'est inquiété et 6 mois se passent sans nouvelles d’elle; j'en déduis qu'elle a juste piqué une de ses légendaires crises.

En septembre, j’ai obtenu mon diplôme par VAE et un niveau d’études bac +3. Fatiguée par les 9 mois de travail personnel pour obtenir ma VAE et par mes conditions de travail, j’hésite à me lancer dans un master. En avril 2016, persuadée d’essuyer un refus d’absence de mon employeur, je postule dans une école pour un master 2 en Gestion des Ressources Humaines (parce que visiblement, il y a du boulot !)

Il faut croire que j'ai un 6ème sens car début mai, ma N+2 me convoque à un entretien. Le jour J, à 8h, mon manager m’appelle sur mon téléphone personnel et propose de me retrouver dans un endroit secret. Là, il m’apprend que l’objectif de ma N+2 est de me virer (en fait, moi et un consultant senior, qui sort d'un burn out) et qu’il est lui-même en attente de sa lettre de licenciement. Il paraît que ma N+2 et sa copine ne peuvent pas me saquer et se foutent de mes tenues vestimentaires. Bonjour le niveau …

A l’entretien, ma N+2 me remet un courrier me tenant pour – seule- responsable des retards du projet. A partir de ce moment, la guerre est déclarée : je réponds à son courrier par une copie à la DRH, accompagnée de son mail de menaces, et informe les représentants du personnel de ma situation. Et je commence à constituer mon dossier pour les prud’hommes. Peu après, la direction nous annonce le rachat du groupe par un fond d’investissement anglo-saxon.

La suite me sourit : l’école m’accepte en master 2 fin mai, mon manager valide ma demande d’absence pour formation sans en informer ma N+2 et le FONGECIF accepte de financer les ¾ de ma formation en août. En septembre 2016, me voilà étudiante pour la première fois de ma vie, à raison de 3 jours de formation par mois !

En novembre, mon manager qui a été sauvé du licenciement par la DRH mais pas de l’emprise de sa chef et a donc démissionné, quitte l’entreprise. Mon équipe passe sous la supervision de la protégée de ma N+2. Les représentants du personnel me mettent en garde : Tu es en danger maintenant.

A partir de février 2017, on me met sur un nouveau projet, tout aussi bordélique que le premier. Je multiplie les mails pour me protéger et refuse les prestations où je serais mise en échec. J’enchaîne les déplacements et commence à faiblir : je n’ai pas de temps pour travailler mes cours, je suis démotivée et fatiguée par l’énergie perdue à ses conneries et mon manque de vacances depuis 7 mois. Je dors mal et fais des crises d’angoisse qui me gardent éveillées pendant des heures.

En mars, de retour d’une prestation où le client m‘a gueulé dessus, le médecin me met en arrêt 15 jours pour stress au travail.

A mon retour d’arrêt, ma N+1 me tend une convocation pour entretien préalable à licenciement. Je n’en crois pas mes yeux et ai le plus grand mal à cacher ma joie. A l’entretien, je suis rassurée : les raisons invoquées pour mon licenciement sont du pain béni. J’attends de recevoir ma lettre de licenciement pour en informer quelques collègues et surtout mes commerciaux, qui sont pour certains de véritables amis. Ecœurés, ils accusent le coup.

Bien qu’incompétente, je n’ai pas été dispensée de préavis et suis même envoyée sur des dossiers en litige. Mais avec 6 jours d’absence mensuelle pour recherche d’emploi, couplés à mes 3 jours de formation et les fériés et RTT à solder, je bosse tellement peu que j’ai déjà l’impression de rendre visite à d’anciens collègues. Depuis le 23 avril, je dors comme un bébé. Le 21 juillet, j’aurai presque envie de crier : Merci patron !

PS à Nicolas, s'il a eu le courage de lire ce billet jusqu'au bout : ça s'arrose !

Commentaires

  • J'ai tout lu ! (On arrose ça avec un biberon ici)
    Déjà félicitations pour le master (tu t'arrêtes plus!), et désolé mais bravo d'avoir tenu jusqu'au licenciement. Tu vas tenter les Prudhommes ? En espérant que la prochaine fois soit la bonne !

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