18/05/2013
La cuisse du steward
C'est un des premiers blogueurs que j'ai rencontrés, en 2007, lors de cette soirée mondaine entre blogueurs. Il y a quelques semaines, sur FB, il m'envoie un lien vers La Compagnie du Désastre, dont il fait partie, suivi de "Tu viendras ?".
Le temps de rameuter quelques-uns de mes ex-collègues chéris, et nous voilà hier soir au théâtre Clavel, métro Pyrénées, pour découvrir "La cuisse du steward" de Jean-Michel Ribes, jadis jouée par Jacqueline Maillan et Roland Blanche et aujourd'hui par Manon Bouchareu, Emmanuelle Lamoure, Cyril Perrin, Sylvain Prada et Serge Vollmar.
Le pitch :
Perdus dans une montagne sud-américaine, Lionel et Yvonne se nourrissent avec ce qui reste des passagers de leur avion qui s'est écrasé. Se contentant, depuis 3 mois, de pieds de footballeurs piqués de cacahuètes grillées, ils se privent d’un morceau de choix, la cuisse du steward, la réservant pour le repas de Noël.
Le quotidien du vieux couple reprend peu à peu le dessus quand surgissent deux hommes arrivés de nulle part. Ce sont deux autres rescapés de la catastrophe : Bob Chicanetto, chanteur de charme et M. Toups, révolutionnaire de salon.
À partir de cette rencontre commence une folle descente vers la forêt, le groupe s’étant mis en tête de prendre le pouvoir au Putchicador, le pays où ils ont atterri...
Verdict ? J'ai beaucoup, beaucoup ri. L'absurde de la situation est rendu franchement hilarant par le texte de Jean-Michel Ribes et les 5 comédiens ont une énergie débordante. J'ai particulièrement aimé le personnage du chanteur de pacotille et amateur de slips en soie (bleue), Bob Chicanetto, mais ils sont tous très bons. Le moment où ils chantent tous en playback sur des voix à l'opposé des leurs est drôlissime et le final, avec Yvonne qui se déhanche sur "Que te vas Yolanda" (que j'ai fredonnée ensuite pendant au moins 1 heure), à mourir de rire. Les costumes sont très chouettes aussi.
La dernière aura lieu le 25 mai. Si vous voulez passer une bonne soirée, courez-y ! (et allez manger / boire un coup avant ou après au très sympathique bar "Jolie môme", au n° 25 de la rue)
13:13 Publié dans J'aime, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : la cuisse du steward, la compagnie du désastre, théâtre clavel
25/04/2013
Sugarman, un conte de fée salé-sucré
Dimanche soir, un ami me donnait rendez-vous au cinéma Étoile Saint-Germain, dans le quartier du même nom, pour ce film dont, en toute confiance, je n’avais même pas recherché le thème.
Le documentaire s’ouvre sur une voiture qui avale les courbes de gorges escarpées, en Afrique du Sud. Son conducteur est un vendeur de disques du Cap qui raconte comment, au tout début des années 70, un album, « Cold Fact », a envahi les foyers sud-africains.
Le discours contestataire et empreint de désespoir de son auteur, Rodriguez, a accompagné la prise de conscience d’une jeunesse blanche qui a commencé à se soulever contre l’apartheid, dans un pays isolé du reste du monde. La noirceur et le mystère qui entourent le personnage sont amplifiées par les circonstances de sa mort, restées floues : s’est-il immolé sur scène, explosé le crâne devant un public hostile ou est-il mort d’overdose en prison ? C’est cette question qui pousse un journaliste sud-africain, à la fin des années 90, à se lancer sur les traces du chanteur adulé dans son pays et dont on ne sait pourtant rien.
Nous voilà embarqués dans un véritable thriller musical, sur fond de lutte anti-apartheid dont j’ignorais qu’elle fût aussi le fer de lance d’une jeunesse blanche courageuse et déterminée malgré les bastonnages. Bercés par la voix si particulière de Sixto Rodriguez dont on ne peut que deviner les traits sur une pochette de disque aux contours flous, on rebondit de continents en témoignages, et on se surprend vite à chantonner ses merveilleuses mélodies alors que la même question revient en boucle : pour quelle raison cet artiste, encensé par tous ceux qui l'ont entendu alors, comme Steve Rowland qui dit qu'il est le plus grand artiste avec lequel il ait travaillé, qui a signé deux albums passés inaperçus avec un label de la Motown, est-il tombé dans l'oubli total ?
La première partie du documentaire m’a tenue en haleine jusqu’au moment où une fenêtre s’ouvre sur le visage de Rodriguez. La tension laisse alors place aux émotions : d’abord la surprise, puis la révolte et très vite l’admiration car l’homme, comme son histoire, est incroyable et force le respect. Seule la justice rétablie et le happy ending de cette incroyable destinée ont retenu les larmes qui menaçaient de déborder à chaque instant.
Mes temps forts ? L’interview de son producteur de l’époque qui, démasqué, passe en un instant de la tendresse à l’agressivité. M’est avis que son nom est définitivement sali, tout manager de stars de la Motown qu’il ait pu être. Ensuite, les mots pleins de tendresse du collègue et ami de Sixto, ouvrier comme lui, qui dit (en substance) : « C’est ça, Rodriguez : quelqu’un qui est capable de prendre le pire, la misère, la crasse, la solitude et d’en faire quelque chose de beau »
Il ne me semble pas avoir ressenti pareille gratitude envers un réalisateur depuis « La vie des autres ». Merci à Malik Bendejlloul d’avoir sorti Rodriguez de l’oubli grâce à son documentaire au rythme enlevé, à la fraîcheur enfantine, qui évite soigneusement de verser dans le pathos et préfère l’interrogation au jugement. Il m’a réconciliée avec les contes de fée, puisque parfois ils sont vrais.
Les étoiles qui se sont allumées sur les fauteuils du très beau cinéma Étoile Saint Germain, à la fin de la projection, n’ont d’égale que celle qui illumine ce film de son extraordinaire sagesse et humilité, star enfin sortie de l'ombre, et celles qui brillent depuis dans mes yeux, au souvenir de cette parenthèse enchantée.
00:21 Publié dans J'aime | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : sugarman, rodriguez, malik bendjelloul, cinéma, amitié, humilité
25/03/2013
Dernière soirée à Lleida
Ce soir, j’ai salué pour la dernière fois José, le patron de la bodegueta. Je suis heureuse de savoir que bientôt, c’est ma chouch’ adorée qui va reprendre mes formations ici et manger dans les endroits que j’ai aimés. Nous nous sommes assis, avec Cesc, devant un tonneau de bois. J’ai commandé los anchoas del cantabrico et ils étaient dodus à souhait. Avec le jambon de Bellota, on nou a servi de belles tranches de pain frotté à la tomate et imbibés d’huile d’olive fruitée. Et nous nous sommes rafraîchi les gencives en croquant la belle salade de la maison. En dessert, une assiettes de gambas odorantes.
« Il y a les gens qui mangent la tête et ceux qui la laissent, a dit Cesc.
- Et d’après toi, je suis dans quelle catégorie, moi ? ai-je demandé.
- Toi, tu la manges. »
Des hommes sont entrés, beaucoup, je n’avais jamais vu autant de monde dans la bodegueta, pourtant le match de foot France-Espagne n’est que demain. Un habitué est entré et je l’ai salué. Et puis vers 22h, Manuel, avec lequel j’avais rendez-vous ce soir, est entré. Il a d’abord cru que Cesc, que j’ai présenté comme étant mon collègue, était français. Je lui ai dit que j’avais mangé la tête de mouton. Lui et Cesc étaient morts de rire de savoir que j’avais passé la sécurité de l’aéroport de Barcelona avec ma tête de mouton sous-vide. Et j’ai appris que les yeux, c’était super bon, mais ça, franchement, avec toutes les cojones dont je suis lotie, je suis pas sûre que je pourrais ….
Manuel a proposé de nous emmener boire un verre ailleurs après notre repas. Cesc a dit "C'est elle qui commande, je suis". Après 3 verres de vin, j’avais chaud aux étiquettes, mais c’était ma dernière soirée à Lleida, merde … Nous sommes donc montés dans la Mégane de Manuel (je leur ai appris qu’on disait UNE Mégane et pas un Mégane) et nous nous sommes arrêtés devant la Nuba African Tavern, un pub à la déco africaine et un énorme rhino qui trône à l’entrée. Là on a bu (encore) et discuté. J'ai enfin cessé de dire que j'avais été alcachofa (artichaut) et mémorisé le mot alzafata (hôtesse de l'air).
Manuel est très cultivé et a répondu à mes questions, à savoir pourquoi il y a tant d’africains à Lleida. 22% de population d’origine étrangère, majoritairement des Roumains, Maghrébins, et Africains sub-sahariens venus à l’époque ou Lleida, ville agricole, avait besoin de beaucoup de main d’œuvre.
Il a dit de belles choses Manuel. Que ce qui compte, plus que ce qu’on mange, ce sont les gens avec lesquels on mange. Que les meilleurs repas seuls ne valent pas un repas médiocre avec des amis. Il a déclamé des poésies et des proverbes que je n’ai pas toujours compris, mais c’était beau. Il aime la musique, les villes chaotiques et Gilbert Bécaud. Et il a profité que Cesc s’absente quelques minutes pour me draguer effrontément. Ma dernière soirée a Lleida a été une bien belle soirée.
La Bodegueta, calle Alcalde Costa, Lleida.
23:18 Publié dans Gens (d'ici et d'ailleurs), J'aime | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : cesc, manuel
17/03/2013
On nous prend pour des glands
Ca ne vous aura pas échappé. Les scandales alimentaires font, ces derniers temps, les gros titres des médias : lasagnes au boeuf à crinière, porc dans des plats censés ne pas en contenir. Ca doit durer depuis un bon moment et on n'est pas au bout de nos surprises, si vous voulez mon - humble - avis.
J'avais déjà eu vent du foie gras du Sud-Ouest importé de Hongrie, de la charcuterie corse qui n'a jamais vu l'île de beauté, des champignons de Paris chinois et du Beaujolais aromatisé. Autant de tromperies qui scandalisent la gourmande que je suis.
La semaine dernière, je suis tombée par hasard sur "Le beurre et l'argent du beurre" (visible en replay pendant 1 semaine ici). Cet édifiant documentaire démontre à quel point la personnalité préférée des Français, le sympathique boulanger qui se lève à point d'heure pour cuire le croustillant croissant qui laissent les lèvres luisantes de plaisir, est en danger.
En effet, si l'appellation "boulangerie" oblige à fabriquer son pain sur place, aucune règlementation ne régit la viennoiserie-pâtisserie. Résultat : 1 croissant sur 2 vendu en boulangerie - au prix de l'artisanat - serait industriel. Et quand on sait que fabriquer un éclair au chocolat revient 1,30€ à un artisan contre 0,70€ s'il est acheté aux filières industrielles, on comprend que la tentation soit grande, pour certains, de s'engouffrer dans la brèche.
Les artisans se mobilisent. Une charte a été créée par un boulanger de Blois, excédé de ces pratiques peu scrupuleuses, et adoptée par la confédération des boulangers-pâtissiers. Elle oblige à prouver, sur facture, qu'aucune viennoiserie industrielle n'a été commandée dans l'année. Mais pour l'instant, rien ne réglemente la pâtisserie.
L'intervenant de UFC-Que Choisir nous livre quelques astuces pour repérer la pâtisserie louche :
- regarder la gamme proposée : trop importante, c'est louche !
- analyser la régularité des gâteaux qui pourrait indiquer un produit fabriqué en chaîne
- consulter les catalogues de pâtisseries industrielles disponibles sur internet (vous allez sans doute, comme moi, y reconnaître quelques produits déjà vus derrière les vitrines).
- poser la question - tout simplement - à l'artisan (en espérant qu'il soit honnête)
En consultant internet, j'ai lu les commentaires à propos de ce documentaire. Comme toujours, les artisans honnêtes et amoureux de leur métier s'insurgent et vitupèrent les journalistes, qu'ils accusent d'être à la solde des industriels. Ils remettent en question les "astuces", arguant que la régularité des produits est une des exigences de leur métier et en aucun cas la preuve d'une provenance industrielle. Alors, à qui et à quoi se fier ? Ce qui est sûr, c'est que le consommateur en a ras le pompon d'être pris pour un pigeon.
A propos de pâtisseries, j'en ai découvert une belle la semaine dernière, sur les conseils de mes très sympathiques clientes haut-savoyardes. "Cet artisan mériterait d'être mis en valeur ailleurs qu'ici, à Passy" affirmait l'une d'elles. Et en effet, la boulangerie-pâtisserie-chocolaterie Zanin (aussi connue sous le nom de La Potinière) se cache dans un renfoncement sur la route de Chamonix. A l'intérieur, de superbes oeuvres, brillantes de fierté, s'étalent et parmi elles :
- un Mont Blanc (coque chocolat-meringue-chantilly, crème de marrons) qui ne ferait pas long feu face à moi et Oh!91 ...
- à sa gauche, tout de blanc vêtu, un majestueux 2013 (crèmeux mangue-abricots, crème vanille-cristalline framboises, sablé breton)
- habillé de jolis macarons verts, un suprême framboise (mousse framboise, crème brûlée vanille, dacquoise amande)
Pas de doute, celui-là, c'est un créateur de saveurs !
Zanin au Fayet, 111 avenue de Chamonix (Tél : 04 50 78 27 03) et bientôt à Cluses ...
18:33 Publié dans J'fais ma gourmande, J'aime, J'aime pas | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : zanin, ça me scie les trompes
11/12/2012
Chevere !
Il y a quelques semaines, j’avais reçu de mon asssoc’ une proposition de balade avec une Colombienne. Tiens, ma première en espagnol ! Et avec une personne originaire DU pays que j’aimerais découvrir en Amérique du Sud, je n’allais pas refuser !
Après quelques échanges de mails, Paola avait préféré le triangle Concorde-Opéra-Palais Royal à la butte Montmartre. Le rendez-vous initial, fixé à 15h, fut décalé à 16h puis 16h30. Finalement, c’est à 17h qu’à l’angle des rues Royales et Rivoli, j’ai levé les yeux de l’essai « Tchao la France, 40 raisons de quitter votre pays » pour héler une jolie jeune fille au teint hâlé et aux cheveux ondulés.
Chemin faisant, Paola m’explique pourquoi elle a un n° de téléphone portable national : elle est jeune fille au pair pour un an et habite une ville qui m’est inconnue, dans le 77. Arrivée en France il y a un mois, elle s’est inscrite à cette balade « pour rencontrer des gens ». Sur la rue de Rivoli, Paola me confie le chagrin récent qui trouble ses nuits. Elle a besoin de se changer les idées, j’ai bon espoir de réussir à la divertir.
Après un arrêt sur la place Vendôme où je la prends en photo, un autre place de l’Opéra, la demoiselle, très légèrement vêtue (pour que je dise ça, c’est qu’elle l’était vraiment !) d’une robe courte et de collants résille à grosses mailles, a froid et rêve d’un chocolat chaud. Je propose ma deuxième maison, l’Oustaou, où elle trouvera, à défaut de chocolat, la chaleur humaine qui lui fait défaut depuis son arrivée ici. La nuit déjà tombée m’a trompée : il n’est que 17 heures et le rideau de fer de la devanture rouge est encore baissé. Nous entrons dans les jardins du Palais Royal et au hasard à Muscade, un salon de thé sous les arcades. A la carte, un chocolat maison à l’ancienne. Pas donné (6€50), moins généreux que chez Angelina mais épais et parfumé, il tient ses promesses.
Paola me livre ses premiers étonnements : l’ignorance de mes concitoyens, prompts aux préjugés et aux raccourcis faciles. Au cimetière du Père Lachaise où elle demandait à un passant l’emplacement de la tombe d’Edith Piaf, elle s’entendit répondre, après avoir divulgué l’origine de son accent : « Juste après celle de Pablo Escobar ». Celui-ci, sans doute très fier de sa bonne blague, n’avait sans doute pas soupçonné à quel point Pablo Escobar est un fantôme douloureux dans la mémoire colombienne.
Au moment de régler, j’entre dans une discussion passionnée sur les précieuses fèves avec un homme derrière le comptoir, qui me présente la pâtissière. Celle-ci commande des cacaos de différentes origines, selon les saisons. Paola, qui ne me connaît pas encore, s’amuse de ma faculté à papoter avec le premier venu.
Un petit détour par la Comédie Française puis nous entrons à l’Oustaou, encore désert. Au gré des confidences, Paola m’apprend qu’elle est chanteuse ; ce soir il est trop tôt mais je promets de l’emmener un jour prochain dans mon karaoké à Pigalle. Pour l’heure, elle est au téléphone avec une amie colombienne que nous allons chercher au métro.
Carol est une belle jeune femme douce et plutôt réservée, aux yeux en amande, emmitouflée dans une épaisse écharpe en laine. Professeur d’espagnol dans un lycée, elle supporte mal les 2 mois déjà passé ici. Les gamins auxquels elle tente d’enseigner sa langue l’ignorent totalement et vaquent à leurs occupations. Quand à ses collègues, auprès desquels elle a cru pouvoir trouver réconfort et compréhension, ils se sont gentiment moqués d’elle, l’enjoignant à débiter son cours sans se soucier de sa portée. Elle est choquée par le laxisme qui l’entoure. Et aussi par la goujaterie des Parisiens auxquels, parfois égarée, elle s’adresse, et qui passent leur chemin en l’ignorant. Elles m'apprennent un nouveau mot typiquement sud-américain, « chevere ». D’après ce que j’ai compris, ça veut dire quelque chose comme « super ».
L’Oustaou bourdonne maintenant joyeusement. Après quelques habitués, Kamel est arrivé, puis « Jackie Chan » et enfin Chichi, le roi du dance floor, que je serre dans mes bras. Je note, surprise, que depuis un bon moment déjà, la musique est étrangement latine « et même très colombienne », dit Paola. Le mystère est bientôt levé ; un habitué, originaire de Puerto Rico, a identifié l’accent de mes compagnes et orienté la playlist. Chichi nous invite à une dégustation d’huîtres sur le comptoir, à laquelle Paola – et moi, bien sûr - se prête avec gourmandise. Au moment de partir, accoudées au comptoir, Chichi dégaine l’arme fatale pour nous retenir : un shot de tequila. Nous voilà toutes parties dans de grandes discussions, mes 2 colombiennes avec leur voisin carribéen, un homme timide et charmant qui nous offre 3 roses, moi avec un jeune homme au doux prénom.
Il est presque 22 heures. « Et si on allait au karaoké ? » lancé-je. Devant le Moulin Rouge, elles prennent la pose et je me joins à elles, pour un cliché joyeux et plus ou moins bien cadré.
A la porte du karaoké, Bibiche m’étreint chaleureusement « Je ne t’attendais plus ». Paola met bientôt le feu à la salle sur un morceau de Shakira, moi je me fais piquer « The scientist » de Coldplay et me rabat sur « When doves cry » du kid de Mineapolis. Le type de la table d’à côté, un habitué qui essaie chaque semaine de se faire des amis, nous offre tous nos verres et même un bouquet de roses.Entre deux chansons, je joue les gardes du corps pour les protéger des mains baladeuses de quelques relous bien éméchés.
« Tu bosses dans la sécurité ? » demande un homme qui m’observe, amusé, depuis le comptoir.
Un séduisant jeune homme anglais s'approche de moi et essaie de m’emmener danser dans un club voisin. Son français est parfait. « Il y a eu une femme », avoue-t-il en riant. J’ai des échanges moins courtois avec d’autres et Bibiche, qui veille au grain, évacue manu militari un opportun. Dans la rue adjacente, une bagarre éclate. Au moment de partir, j’offre quelques roses aux femmes de la table voisine.
A 5h30, je suis en train d’attendre le premier métro avec Paola et Carol et ça me rend mes 25 ans (au moins !). Je n’ai pas voulu que Paola prenne le RER D seule à 6h du matin, et puisqu’elle doit aller visiter le château de Versailles le lendemain avec une amie, elle dormira chez moi. Dans le wagon, nous nous endormons l’une contre l’autre.
Le lendemain, Paola m’envoie un sms. « Muchas gracias por el sabado tan chevere que pasamos juntas ! No hablamos esta semana para mirar que hay para hacer. »
Et ben, si les weekends de l'année 2013 ressemblent à celui que je viens de passer, je sens que je vais rajeunir, moi…
00:33 Publié dans J'aime, Parisienne d'un jour | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : paola, colombie, l'oustaou
22/09/2012
D'Alain à l'autre
Dans le train entre Bruxelles et Paris, j'envoie un sms au groupe d'amis que je dois rejoindre à mon arrivée. La belle Nantaise est parisienne pour quelques jours et à la faveur d'une formation annulée par mon client, je vais pouvoir me joindre à eux pour la soirée. Dans ma boite mail, je découvre, éberluée, l'adresse où mes compagnons festoient déjà. D. a osé ! Après l'Oustaou, voilà que mes proches continuent d'investir mes repaires !
En retrouvant le quartier de ma jeunesse, je regrette un instant que mon ami ait choisi cet endroit car le fils du boxeur ne sera pas là ce soir. C'est oublier qu'une soirée dans le bistrot jaune est toujours riche en surprises.
Je soulève le heurtoir, un homme m'ouvre et me demande le mot de passe avant de me livrer passage. Calée par les deux St Feullien que je me suis sifflé en terrasse à Bruxelles, je picore dans l'assiette de la piquante Nantaise tout en racontant ma folle journée à mes camarades.
Un peu plus tard, un homme vieillissant s'approche de notre table, micro en main.
"Tiens, tu n'étais pas là toi tout à l'heure !" dit-il en me tendant la main. Il plonge un regard perçant dans les notres et nous offre "J'me voyais déjà", que nous ne tardons pas à entonner avec lui, puis "Je bois". Je découvre que la belle Nantaise est, comme moi, amatrice des mélodies de Charles. Amusée, je fais le deuil de mon espoir de récupérer ce soir de mes nuits trop courtes. On ne "passe" pas chez le boxeur, on s'y installe et on n'a plus envie d'en partir. Minuit, 2 heures, quelle différence, finalement ?
Après la poignante "Mamma", je demande "Les deux guitares", ma préférée sans doute, puis l'homme qui enchante ma soirée caresse les cheveux de D. sur "Comme ils disent", nous faisant rire, et enfin nous nous époumonons sur La bohème.
Vers minuit, je suis en train de danser avec D. sur "Ring ring ring" de De La Soul, puis je valse avec l'homme au visage creusé, le laissant essoufflé. Au hasard des conversations, nous découvrons qu'il habite notre quartier. "Vous venez boire un verre à la maison ?" demande-t-il. C'est parti, nous 3 en voiture, les 2 hommes en scooters.
Dans l'appartement de notre hôte, baigné d'un sensuel halo bleuté, une barre de métal fixée à la rembarde et ornée de lanières en cuir attise ma curiosité et délie ma légendaire spontanéité :"Dis donc, tu fais dans le sado-maso ou quoi ?"
Après une seconde d'hésitation, il avoue une vie sexuelle un peu débridée, qu'il illustre en ouvrant un placard rempli de gadgets sexuels dont un gigantesque godemiché. Nos têtes éberluées auraient mérité à cet instant, je crois, une photo souvenir ...
Passée la surprise, nous nous installons sur le sofa et D. s'écrie à côté de moi : "Quand je pense que quand j'amène une fille chez moi, je lui montre mon robot Kenwood ! Je suis vraiment à côté de la plaque !"
- Laisse tomber le Kenwood, D., et trouve-toi un truc qui vibre" lui dis-je en éclatant de rire.
S'ensuit une bonne demi-heure de déconnades, encouragées par les récits orgiesques de A., libertin depuis plus de 30 ans et inscrit à l'Amicale des Pompiers. Nous nous taquinons et si ça ne vole pas très haut, nous rions de bon coeur. Pourtant, au fil des minutes, son ton se fait plus grave et il se confie à la belle Nantaise :
" Dans la vie, t'es libertin ou t'es cocu, y'a pas d'autre choix."
Je renchéris "Tu peux aussi être libertin et cocu". "C'est vrai, l'un n'empêche pas l'autre.
Il continue, s'adressant à D. : " Tout ce que tu peux imaginer au niveau cul, je l'ai fait. Tu me donnes une feuille, tu écris ce que tu veux, je te coche toutes les cases. Du cul, j'en ai autant que je veux. Je passe un coup de fil, là, j'en ai plusieurs qui arrivent dans la demi-heure. Mais aujourd'hui, je suis comme un con, tout seul, c'est pathétique. Les femmes que j'ai aimées ou épousées, elles se sont toutes barrées.
Il plonge son regard dans les yeux de la belle Nantaise :
" Tu sais ce que c'est mon plus grand fantasme aujourd'hui ? Serrer dans mes bras une femme que j'aime, et m'endormir avec elle. Juste la serrer contre moi, même sans cul. C'est triste, hein ?"
Il narre ses amours défuntes, les morts toujours vivants, ses regrets, ses enfants, les corps s'enchevêtrant, la surenchère de la chair jusqu'à l'écoeurement. Il parle d'amour, nous enjoignant de le vivre à 200%, parce qu'il ne dure pas, jamais, de le dévorer à pleine dents, de savourer le grain d'une peau, d'avaler chaque souffle de vie.
Je regarde ses mains qui se tordent dans une supplique muette, j'écoute ses mots qui ont perdu leur écho et je suis partagée. Son numéro de clown triste n'est-il pas celui du prédateur espérant attendrir la chair fraîche et si proche ?
Seul le danger suscite la peur et je ne me sens pas en danger. Je trinque donc au hasard de cette soirée improbable qui nou a tous réunis. Et à cette soif de vivre chaque instant qui me fait dédaigner la raison.
Il est plus de 2 heures lorsque chacun de nous retourne à sa solitude. Pensive, je regarde le traversin qui orne ma tête de lit. Est-ce qu'un jour moi aussi je dormirai contre lui pour me donner l'illusion d'une présence ?
17:36 Publié dans Gens (d'ici et d'ailleurs), J'aime, Mon Paris | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
01/07/2012
Building
Mercredi dernier, alléchée par les critiques élogieuses et profitant de la générosité d'un blogueur perdu de vue et retrouvé chez Nicolas, j'ai franchi, avec Boug', les portes du théâtre Mouffetard pour découvrir Building, pièce de Léonore Confino.
Détail non négligeable : la salle du théâtre Mouffetard est très agréable et on y est très bien assis, même quand on n'a pas la chance, comme nous, d'être au deuxième rang.
Building, c'est une journée au contact des employés de la société Consulting Conseil. Des employés névrosés qui pètent les plombs et se ramassent, à l'image des pigeons qui s'écrasent régulièrement sur les baies vitrées de leur immeuble.
J'ai beaucoup ri et parfois jaune, j'ai été bluffée par l'audace de l'auteure qu est aussi sur scène, l'énergie des comédiens, leurs chorégraphies toniques, leurs corps dégingandés. J'ai regretté que la pièce s'arrête le 30 juin car j'avais déjà fait la liste de ceux et celles qui se délecteraient de cet humour caustique. Les comédiens sont tous très bons, on ne s'ennuie pas une seconde et je vais surveiller de près l'agenda théâtre de Léonore Confino.
Et puis, après le spectacle, comme il faisait chaud, on s'est offert des glaces qu'on a dégustées devant la fontaine de la place Monge et je n'ai pas réussi, malgré tous mes efforts, à transformer le compteur EDF en poubelle.
23:27 Publié dans J'aime, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : léonore confino, building
31/05/2012
Carnets de voyage
J’ai un copain qui aime les voyages, depuis tout petit. Je lui ai consacré un billet, une fois.
Quand il part, il envoie à sa liste d’amis des mails très réguliers où il raconte son voyage. Je trouve ça charmant et me suis prise au plaisir de lire ses cartes postales virtuelles, d’autant plus que l’homme a beaucoup d’humour.
Extraits avec ajouts des accentuations qui font défaut sur son clavier :
« Moi qui n aime pas comparer, j’ai quand même a chaque fois le Japon qui fait de l’ombre. Mais les Coréens sont plus souriants, plus ouverts sur les autres, plus détendus. On peut certainement plus sympathiser avec eux. Mais je ne pars pas en voyage pour me faire des amis, j en ai suffisamment (c’est vous, comme quoi je me contente de peu). Je pars pour que le monde prenne toute la place dans mes yeux.
Les Coréens adorent se prendre en photo ou être pris en photo. A présent surtout avec des smartphones. Bien souvent ils ne regardent même pas le monument. Ils arrivent, la belle se met en position, figée comme un piquet, monsieur cadre madame au centre, et ils repartent jusqu’au spot suivant.
Un truc que je ne supporte pas c est quand ils font le V avec leurs doigts en posant. Rien que d’en parler ca m’énerve et j ai envie de casser quelque chose [NDLR : oh comme je le comprends !]
Question fringues les Coréens s habillent en gros comme nous. Mais les vieux portent encore des chapeaux, genre panamas.
Les jeunes ont souvent des coupes de Playmobil copiées sur les chanteurs ou acteurs préférés. Pas de raison que les jeunes d ici soient moins cons que chez nous. »
00:09 Publié dans J'aime | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note
24/05/2012
Un verre à Barcelone avec un pilote de l'US Air Force
C’était le soir de ma toute première course, à Barcelone. Après une sieste régénératrice, enfouie dans les édredons tandis qu’un déluge s’abattait sur la ville, j’avais vaincu ma paresse et repris le bus pour aller dîner dans le centre. Le réceptionniste marocain m’avait conseillé un restaurant où il avait ses habitudes, à côté de la boutique du FC Barcelona.
Dans le bar au décor américanisé, je me hisse sur un tabouret, au comptoir. Après avoir commandé un verre de Rioja, je scrute la vitrine et fais mon choix : fèves au jambon, asperges à la croque au sel, calamars à l’andalouse. Les haut-parleurs distillent « I want you » de Marvin Gaye et je me détends, tout en discutant avec le serveur, marocain lui aussi.
Face à moi, de l’autre côté de l’immense comptoir, un séduisant jeune homme s’est installé, seul lui aussi, devant une pinte de bière. Il dîne, les yeux rivés sur l’écran de télé qui diffuse un concert de Rod Stewart. Nos regards se croisent, des sourires s’esquissent et après plus d'une heure et quelques formules de politesse, nos verres tintent.
Mon compagnon d’un soir est portoricain et pilote dans l’US Air Force. Il est basé en Allemagne depuis plusieurs années et profite de quelques jours de congés pour parcourir l’Europe, et ce week end, Barcelone, avec des copains pilotes qui se remettent mal de la cuite de la veille.
P. raconte sa solitude, loin des siens, ses nièces et neveux qui grandissent loin de lui, les larmes que verse, à chacun de ses retours a Porto Rico, son père vieillissant et terrifié de perdre son petit dernier régulièrement envoyé en mission en Afghanistan. Je lui dis mon opposition à cette guerre stupide et injuste. « Je suis contre cette guerre aussi, dit P., mais je suis un soldat et je dois obéir ».
Nous nous racontons nos voyages. P. est un homme sacrément cultivé et intéressant. Il parcoure l’Europe et est même allé à Paris « mais je n’ai pas aimé, je dois le dire ». P. s’y est heurté, comme tant d’autres, au mépris des « professionnels du tourisme ». Mais ce qui m’amuse particulièrement, ce soir-là, c’est le portrait sans complaisance que P. dresse des Européennes qu’il a observées :
- Les Espagnoles ? Elles ressemblent à mon frère, elles ont un visage trop masculin.
- Les Françaises ? Elles donnent l’impression que ce qu’elles portent est plus important que ce qu’elles sont.
- Les Scandinaves ? Symétriques et … inhumaines.
Nous discutons géopolitique et musique. Après que P. m’ait raconté ses nombreuses vies, le doute se fait en moi. Je lui donne 30 ans tout au plus. P. me remercie et arbore un large sourire : il a 38 ans. Il me prend à son tour pour une gamine, je le mets K.O : 1-0, balle au centre.
Sur le trottoir, P. me serre virilement la main. Nous avons échangé nos coordonnées car j’ai promis de lui montrer une autre facette de Paris, lors de son retour en juin, au gré d’une de mes balades. Et aussi de l'emmener danser la salsa, ce qui m'emmerde, entre nous, mais il aime les danses latinos et Paris en est un des meilleures ambassadrices.
Qui m’aurait dit que je partagerais avec grand plaisir un verre avec un type qui bombarde l’Afghanistan ? L'humour et l'acuité de P. m'ont enchantée et sa solitude m'a émue. Je repars dans les rues glacées et désertes, conversant maintenant avec une jeune Colombienne qui vit ici depuis des années.
Quelle belle surprise que cette soirée ! J’en ai même oublié mon parapluie dans le bar.
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11/05/2012
Après le week end "fesses à l'air", la journée "peau du cul"
Préambule : Je suis sûre que CUI aurait trouvé un bien meilleur jeu de mots à faire avec ce billet.
Ca faisait un petit moment que j'avais envie de tester les voitures électriques d'Autolib. Une collègue m'ayant rassurée sur la simplicité de leur utilisation, il ne me restait plus qu'à attendre une occasion.
En début de semaine, ressentant le besoin d'aller discuter avec JM, mon ami de presque toujours, je décidai de me lancer et scannai permis de conduire, carte d'identité et photo récente pour envoyer le tout par mail. Hélas, le message "Vos documents ont été validés, vous pouvez maintenant finaliser votre abonnement à une station Autolib'" arriva le lendemain matin.
Mercredi soir, sortant du concert de mon frère, dotée de mon tee-shirt de groupie N°1, celui-ci me propose de les ramener, lui et ses potes, et de tester l'engin par la même occasion. Je n'ai malheureusement pas mon permis de conduire avec moi, sésame obligatoire pour finaliser ledit abonnement.
Aujourd'hui, donc, je rejoins une station équipée d'une borne d'abonnement et découvre par la même occasion la ville d'Arcueil. Je trouve les stations Autolib' bien moins repérables que leurs jumelles Vélib' et c'est une épicière qui m'indique la station, sur le trottoir juste en face de moi. Les voitures grises, ce n'est pas non plus très accrocheur, visuellement. Enfin, pour une voiture écolo, ce n'est pas très joyeux, le gris !
Dans la bulle, une jeune femme apparaît sur un écran et me parle, comme sur Skype. A cause du bruit de la circulation, je dois tendre l'oreille pour entendre ce qu'elle dit (détail qui a son importance, comme vous le comprendrez par la suite).
Fort sympathique, elle m'indique qu'on va bloquer une caution de 50€ sur mon compte et m'explique comment prendre possession d'un véhicule. Je me plante, bien sûr, et débranche le mauvais véhicule. En fait, c'est exactement comme avec le Vélib, tu passes un badge sur un lecteur, tu tapes ton code secret, on t'attribue une voiture, tu la dévérouilles en passant ledit badge sur un lecteur près du rétro, tu débranches sa prise d'alim et en voiture Simone !
A bord, un témoin de charge de la batterie indique 96% de charge. Un écran propose de visionner une vidéo qui t'explique comment rouler en mode automatique. Il y a même une option aide qui te permet d'appeler un conseiller directement à partir du véhicule. La classe.
Au démarrage c'est très étrange, tu as l'impression que la voiture n'a pas démarré, et pourtant si, elle se lance, mais sans bruit ! La boîte automatique ne me dérange pas, j'en ai déjà eu une. Mon GPS ne me sert à rien car la Bluecar en est équipée, ni mon CD de Michael Kiwanuka (elle est dépourvue de lecteur). J'ai toujours l'option radio Nova, mais le volume sonore, bridé, est inaudible en circulation.
C'est parti ! Après avoir vérifié auprès de ma charmante conseillère que c'était autorisé et possible, je me lance sur l'autoroute A6 en direction d'Evry. Ma voiture métallisée, plus haute que les autres, ne passe pas inaperçue. Je suis assez contente de faire de la pub à ce concept écologique et économique. Sur l'autoroute, j'atteins les 110 comme avec n'importe quelle voiture, aucune différence notable, si ce n'est le bruit du moteur, très différent d'une voiture à carburant. Un peu l'impression qu'on met les turbines et que je vais décoller.
Peu après, je me gare sur le parking du magasin de JM qui m'attendait pour se faire conduire à la poste à bord de mon nouveau joujou. Comme moi, il est emballé par la petite voiture.
A l'arrêt, incapable de verrouiller la voiture, je fais appel à un conseiller qui me répond instantanément et me rassure : il va remonter l'anomalie mais de toutes façons, personne ne peut utiliser le véhicule sans badge.
Vers 18h30, j'appelle Boug' qui devait me retrouver chez moi à 19h30 pour un dîner viet'.
"Je suis dans le coin, t'es partante pour une expérience inédite ? "
Elle hésite ma Boug':
- Ça dépend quelle expérience.
- Je passe te chercher et on va dîner dans le coin"
Je gare ma caisse devant le portail avec une demie-heure de retard sur l'heure de l'apéro. Une heure plus tard, après avoir, à la faveur de quelques ralentisseurs, pu mesurer l'assise un peu "dure" de la Bluecar, nous voilà sur le parking d'un restaurant de poissons. Boug' mitraille mon visage au-dessus du slogan "Libre comme l'air", qui dans ma tête résonne comme une promesse. Si seulement !

22h30, je la dépose chez elle et reprend l'autoroute après avoir réservé une place à la station qui se trouve littéralement au coin de ma rue.
"Vous avez 90 minutes pour rejoindre cette station; l'emplacement n°2 vous est réservé" me confirme le jeune homme que j'appelle. 20/20 le service client Autolib' !
Absolument séduite par cet essai, j'appelle mon frère pour lui en vanter les mérites. Arrivée à destination, le témoin de charge de la batterie indique encore 40% d'autonomie après 100 kms de route.
Je gare la voiture sur la place n°2, la rebranche, la verrouille et me dirige vers chez moi. Mon téléphone bipe "Merci d'avoir choisi Autolib. Votre location a duré 468 minutes pour un montant de 121.27 EUR."
Je relis le message. 121.27 EUR ??? Qu'est ce qu'ils me chantent, Autolib', j'ai pris l'otpion à 10€, moi !
Je commence à composer le n° du service client et me ravise. C'est gratuit d'un fixe, je vais d'abord vérifier sur internet que je ne me suis pas planté et j'appellerai de chez moi. Sur internet, je retrouve l'offre abonnement 24h. J'appelle. La jeune femme m'apprend que les 10€ sont le tarif de l'abonnement, mais qu'à cela il faut ajouter un coût de location à la demie-heure, "que je retrouve à gauche, sur la page". Je proteste sur le manque de clarté du site, dis même que j'ai les boules. "On vous l'a indiqué lors de l'abonnement". Peut-être, mais ça devait être quand je n'entendais rien, justement. C'est le moment que choisit ma box pour s'éteindre et mettre fin à mes jérémiades. Et là, contrairement aux autres fois, personne ne me rappelle. Je raccroche, résignée, imaginant déjà la tête de Boug' et de JM quand je vais leur raconter ma dernière mésaventure. Entre nous, je trouve que je les accumule un peu en ce moment.
Sur gmail, un ami est le premier témoin de mon nouvel épisode des malheurs de Sophie. Il me trouve pétillante et rigolote, tu m'étonnes. On ne s'enuie pas avec moi, j'en ai toujours une bonne à raconter. Je préfère en rire, de toute façon je l'ai dans le cul, Lulu, mais j'aurais préféré claquer 120€ de lingerie plutôt qu'en aller-retour vers Evry !
En écrivant ce billet, je me remémore en mode aigre-doux le séduisant slogan affiché sur la portière de la Bluecar : "Libre comme l'air" ... mais surtout fauchée comme les blés !
01:57 Publié dans Ecologie & environnement, J'aime, Les malheurs de Sophie | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : autolib'

