16.12.2009
Les Roumains sont des latins
Petite histoire n° 1 : Hier, une bagarre a éclaté dans Bucarest entre un chauffeur de taxi et un piéton, supposément tzigane. Est-ce que le piéton a traversé où il ne fallait pas, est-ce que le taxi lui a foncé dessus ? En tout cas, l'attroupement fut rapide et l'échange musclé. Peu de temps après, le chauffeur fait un malaise et est transporté à l'hôpital. Le temps de remplir les papiers d'admission, il était mort d'un infarctus.
Petite histoire n° 2 : La scène se passe dans l'hypermarché Cora de Pantelimon. C'est le jour de l'ouverture et le magasin est noir de monde. Les bananes remportent particulièrement un franc succès et les employés sont tous réquisitionnés pour en emballer des kilos que s'arrachent les clients. Près des caisses, c'est la cohue. Deux personnes âgées se bousculent. Le vieux monsieur « Hé ! Qu'est ce que tu as à me bousculer comme ça ? » La vieille dame, levant la main « Quoi ? Tu veux une taloche ? »
Petite histoire n° 3 : Mon traducteur roumain à l'accent normand est dans le tramway aux heures de pointe. Des voitures se sont immobilisées sur les rails, bloquant la circulation du tramway. Le chauffeur, excédé, ouvre sa fenêtre et se penchant au dehors, hurle à un automobiliste « Qui c'est qui t'a appris à conduire comme ça ? » « Ta mère ! » lui répond son interlocuteur.
Petite histoire n° 4 : Mon traducteur roumain à l'accent normand forme de jeunes roumaines aux bases de l'accueil client. Il insiste sur le sourire, les formules de politesse. L'une d'elles : »Moi je ne souris plus, c'est fini ». Il demande la raison de son refus. La dernière fois que j'ai souri à une cliente, elle m'a crié « Hé toi pétasse ! Qu'est ce que tu as à sourire comme ça ? Tu fais du gringue à mon Jules ?»
Petite histoire n° 5 : C'est une petite femme frêle, d'à peine 1m50. Toute maigre et toute petite. Un fétu de paille. Soudain, elle jaillit de derrière sa caisse, comme une furie, et balance des coups de pied au cul d'une vieille dame. Mon traducteur roumain à l'accent normand observe la scène, stupéfait, sans pouvoir réagir. Il apprendra plus tard que la vieille dame avait insulté la petite femme frêle, la maudissant, elle et ses enfants. Ce que la vieille dame ne savait pas, c'est que la petite femme frêle venait de perdre son enfant, quelques jours auparavant. Pour la faute qu'elle a commise, la petite femme frêle subira pendant plusieurs mois une retenue sur son salaire.
23:53 Publié dans Gens (d'ici et d'ailleurs) | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : je vous ai croisé, roumanie mon amie
Camille, le roumain de Normandie
Un homme s'avance, me tend la main « Bonjour, je suis Camille ». J'hésite, me lance « Vous êtes un de mes stagiaires ? » « Stagiaire ? Non, je suis votre interprète ».
Après quelques minutes de discussion sur l'organisation de la formation, je demande « Vous êtes donc français, vous vivez depuis longtemps ici ? » Camille sourit. « Je ne suis pas français, mais ce n'est pas la première fois qu'on le croit ». Il porte le nom d'un célèbre auteur, le Proust roumain
Camille raconte que lorsqu'étudiant en France, il avait travaillé quelques mois dans un centre d'appels à Poitiers, il eut à gérer un jour une cliente très difficile. Après que son problème ait été résolu, celle-ci avait dit « Excusez-moi, je vais vous poser une question un peu personnelle. Vous êtes normand, n'est-ce-pas ? » Camille me confia n'avoir pas voulu lui raconter sa vie, qu'il n'était en France que pour ses études, et roumain de surcroît. Il avait acquiescé « Oui, je suis normand, comment avez-vous deviné ? »
« Et bien, mes parents vivent près de Rouen et vous avez exactement le même accent qu'eux. J'étais sûre que vous étiez normand ! »
14:04 Publié dans Gens (d'ici et d'ailleurs) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : je vous ai croisé
11.12.2009
Sound system
Dans ce pub de Saint Germain des Prés, ils restent debout, dans un coin de la pièce. Pour parler, ils doivent se pencher l'un vers l'autre. Elle découvre son parfum, elle l'aime, leurs corps se rapprochent. La légèreté de leur conversation a laissé place à un silence troublé. La phase de séduction est enclenchée. Elle refrène et s'en amuse, une envie subite de le toucher. Sereine, confiante, elle ne ressent pas le besoin de meubler le silence. Il lui demande si ça va, elle acquiesce et répond "Ca ne te gêne pas, le silence ?" S'interroge presqu'aussitôt sur cette façon qu'elle a, souvent, de placer une affirmation dans ses questions. Il faudra qu'elle y repense.
Pour l'heure, elle raconte à son compagnon que pendant ses années dublinoises, elle s'était étonnée, au Café en Seine, d'un couple qui déjeunait, chacun plongé dans un des journaux mis à disposition. Elle avait trouvé ça désolant, alors, mais aujourd'hui elle rêve de ces instants très ordinaires, où la complicité est telle que l'étreinte d'un regard suffit.
Elle aime le silence. Il la terrorisait dans sa jeunesse et aujourd'hui il est le baromètre qui témoigne de la qualité de sa relation à autrui. Elle se souvient de cet ami, lorsqu'elle avait à peine 20 ans, qui lui proposait aux beaux jours d'aller bouquiner ensemble, sur un banc du parc André Citroën.
Elle trouvait ça bizarre, à l'époque, de se rejoindre pour s'adonner à un loisir individuel, et puis elle a compris. Il avait juste envie de la sentir à côté de lui, d'entendre sa voix de temps à autre, comme on accueille avec délice une brise légère aux plus chaudes heures de la journée.
Après que plusieurs pages aient été tournées, il l'inviterait à boire un thé, comme d'habitude, dans son minuscule studio de la rue Lecourbe. Sur le chemin du retour, pendue à son bras, elle l'écouterait parler des livres. Elle aimait son ton exalté lorsqu'il évoquait tel ou tel philosophe, Schopenhauer, Nietzsche, qu'elle n'avait jamais lus. Les heures filaient, il remplissait la théière de fonte et elle était bien, lovée sur son clic-clac de fortune. Alors que la nuit tombait et que l'agitation se calmait, ils riaient ensemble en entendant, de l'autre côté de la cloison, le voisin fou qui criait, comme chaque soir "Salope ! Mais tu vas la fermer ta gueule!" à son écran de télévision.
L'homme au catogan avait disparu de sa vie, un beau jour, sans savoir tout ce qu'il lui avait légué. Elle avait tant appris à ses côtés. Sa misanthropie la faisait rire, son analyse de ses semblables était désolante mais si souvent juste. Elle aimait sa noirceur et son humour désabusé, son caractère entier et son intransigeance. Ses amis d'alors appréciaient peu le personnage, forcément. Aujourd'hui, elle repense à lui avec nostalgie quand parcourant ses livres préférés, son regard s'arrête quelques instants sur "La conjuration des imbéciles".
Dans ce restaurant japonais près de la rue Sainte-Anne, elle se dit que ses belles théories sur la beauté du silence, c'est vraiment de la connerie. Ce soir, le silence qui s' amoncelle entre eux comme une dune de sable la fait suffoquer d' impuissance. Qu' est devenue sa belle assurance, où sont les mots, ses alliés, qui refusent ce soir de franchir son sourire devenu stupide ?
Elle accueille les questions de son compagnon avec soulagement mais ne parvient pas à aligner plus que quelques phrases et elle se retrouve désemparée, elle se déteste, voudrait disparaitre, s' enfuir. Si elle pouvait cesser de réfléchir, dénouer le noeud dans son estomac et laisser les mots, habituellement si fluides, se déverser de sa bouche, cela leur épargnerait au moins les inepties qui jaillissent de la table derrière eux, ou plus précisément de la bouche d'une jeune femme blonde qui parle trop fort. Mais elle, au moins, elle parle ...
"Pour le mercredi soir, j'ai une robe rose en satin, que j'ai trouvée chez ... Pour le jeudi soir, j'ai ma robe noire en dentelle que j'ai achetée chez ..." La jeune femme se lance dans un inventaire complet de sa garde-robe griffée. Entre deux phrases, ils vérifient avec consternation que la conversation concerne toujours la garde-robe.
Dans son désarroi, elle se demande si la jeune femme blonde porte aussi des culottes estampillées d'un lundi, mardi, mercredi.
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08.12.2009
Mes soeurs
Sa jeunesse, sa fraîcheur, ses cigarettes, son chat, ses longs cheveux noirs et bouclés, sa voix rauque et son prénom qui est celui de ma sœur de sang. Je serai toujours son irlandaise. Elle a été la première de mes sœurs virtuelles.
Ses mots improbables, tricotés d’émotions, sa noirceur, parfois, ses angoisses, souvent, sa présence discrète, sa chaleur qui manque quand elle part, comme un chat qui pose sur vous ses coussinets de velours rose. Son sourire de gamine, ses photos coquines, ses « et je t’embrasse fort ». Elle m’a conquise sans que je m’en aperçoive, elle est devenue celle qui compte.
Sa silhouette longiligne, son profil de statue grecque, ses boucles noires (encore !), sa longue main qui lance un baiser du fond d’un taxi sur la rue de Rivoli, et moi qui marche seule, au soleil, rêveuse, avec dans la bouche la saveur moelleuse des pancakes et les yeux qui brillent du bonheur de ces moments volés, entre deux avions.
Ses yeux de chat, sublimes sous la visière du casque, sa discrétion, son charme irrésistible, sa voix si sensuelle à laquelle j’aime laisser des messages. Elle est belle, fragile, émouvante. Elle a un nom d’homme mais la grâce d’une princesse au petit pois.
Ses chaussures, son humour, ses baisers ailés qui m’agaçaient avant que je ne la rencontre et que je découvre qu’elle était tout sauf cucu la praline. Une bonne dose d’autodérision et du romantisme qui pointe, ça et là. La vraie bonne copine, sans rivalités, sans chichis, celle qui te prend entre 4 yeux, comme un mec. C’est son côté garçon manqué qui me séduit le plus.
Son élégance, son rire cristallin, ses yeux fermés quand elle danse, sa folie quand elle sautille dans tous les sens et que je dois la traîner dehors. Y'en a pas une pour rattraper l'autre, dans ses moments-là. Ses carnets d'écriture, sa sensibilité, ses rêves de prince charmant, sa façon de se réfugier dans mes bras quand elle est malheureuse. Elle m'a peut-être trouvée dure, parfois mais ma tendresse pour elle est sans limites.
La maturité m'a rendue plus sereine. J'ai grandi entourée de frères et ces femmes sont mes soeurs, désormais.
00:16 Publié dans Gens (d'ici et d'ailleurs) | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
21.06.2009
Autour de ZORG
Hier soir, au 1er étage du Chao Ba, découvert grâce à Orpheus et avec Lancelot, puis arrosé avec Sélène, Violaine et Chambre 419 (d’ailleurs, c’est quand la prochaine ?), 6 blogueurs trinquent au plaisir d’être ensemble. Et aussi à Bougrenette, à l’absence omniprésente.
On m’avait confié une mission délicate. Préférence de ZORG : un endroit « où on peut grignoter debout et s’il y a de la musique c’est encore mieux », requête du Papillon aux ailes pailletées de rouge : « vers le 8ème ou Clichy ». Dans notre groupe de blogueurs, j’étais la seule à avoir un blog à prédominance culinaire. La plupart se rencontraient pour la première fois et 2 d’entre eux ne connaissaient aucun de nous : Deftones75, le petit nouveau de la blogosphère (qui m'imaginait grande et sèche, ahum) et Caliste, que j’avais croisé ici et là mais jamais lu.
On n’a pas grignoté debout et il n’y eut pas de musique ; j’avais pourtant une furieuse envie de danser. Que dire ? J’ai beaucoup ri, entre Deftones75 et VéroPapillon qui pense à se reconvertir en blog animalier. Des histoires de hérisson, de jogging sans soutif et de poitrine de veau, et des paillettes qui voyagent des chaussures aux joues sans qu’on comprenne bien comment (j’ai bien ma p’tite idée, moi….)
Comme PrincessOnLine arborait une peau parfaitement hâlée, on a parlé d’autres voyages, aussi, le Maghreb, l’Asie, l’Europe du nord, la Suisse (tiens ?).
Plus tard, autour d’un repas servi par un jeune homme attentionné (quand le service est bon, je le dis aussi, malheureusement je dois tenir secret le nom du restaurant car c’est le QG de P.O.L.), les conversations se firent à peine plus sérieuses.
A ce que je sais, nous étions plusieurs, ce matin, à être encore sur un petit nuage. Le virtuel n'est savoureux que s'il rend possible le réel.
Si Boug’ avait été là, on aurait eu un super montage photos avec des regards, des chaussures et des décolletés, velus ou non. Pour ma part, je crois que je vais organiser plus souvent ce genre de soirée.
12:51 Publié dans Gens (d'ici et d'ailleurs) | Lien permanent | Commentaires (16) | Envoyer cette note | Tags : y'a pas d'mal à s'faire du bien, au-delà du virtuel, cul et bouffe mêmes émois
28.05.2009
Pourquoi j'ai jamais passé mon BAFA
Brest, un jeudi soir, il y a quelques semaines. Fatiguée de ma journée (mais surtout, je l’avoue, de mes virées nocturnes sur les routes de Bretagne), je me réfugie contre le hublot. Peu après, l’hôtesse se penche vers moi :
« Madame, ça ne vous dérange pas si je place 2 enfants non accompagnés à côté de vous ? » Je pense « Et merde, je ne vais pas pouvoir pioncer tranquille » mais je réponds « Non, non, bien sûr ! ». Une gamine blonde aux joues rebondies, une dizaine d’années, s’installe à côté de moi. Visiblement intimidée, elle regarde droit devant elle. Un garçon, à peine plus vieux, cheveux en brosse, s’affale côté couloir. Nous décollons.
Les gamins déballent les pochettes de jeux offertes par la compagnie tandis que je me plonge dans un magazine. Ma voisine de gauche ne cesse de m’observer en souriant timidement. « Comment tu t’appelles ? » je lui demande. Dix minutes plus tard, Coralie m’a eue. Me voilà en train de jouer au jeu des sept différences tandis qu’Arthur se lâche et braille, très fier de lui « Ben moi je sais comment on fait l’amour ! Tous les soirs j’entends un monsieur et une dame qui font l’amour au-dessus de ma chambre ». Coralie pouffe. Ils ne me lâcheront plus jusqu’à « l’arrivée au point de stationnement », comme dit l’hôtesse. J'ai la tête comme une pastèque et me voilà entourée d’une ribambelle de gosses qui m’escortent jusque dans l’aérogare. J’ai l’impression d’être la mère d’une famille nombreuse et je le dis à l’employé d’AF qui les guide vers leurs parents. Arthur n’en rate pas une et avec un grand sourire : « Ben oui, les enfants, le papa et la maman », dit-il en nous désignant tous les deux …
Ce soir, Montpellier, aux alentours de 19h. Fatiguée de ma journée (mais surtout je l’avoue, de mes virées nocturnes dans Béziers, Port la Nouvelle et Sète), je rejoins la rangée 16.
Un gamin joufflu, bouclé et constellé de taches de rousseur me jette un coup d’œil par-dessus sa console de jeux. Hormis les taches de rousseur, on dirait le fils naturel de Nicolas. Un siège nous sépare. « Ouf, il devrait me foutre la paix, celui-là ! » pensé-je en me plongeant dans un roman japonais. J' ai renoncé à bosser ; après le décollage, je dormirai sans doute. Sauf que ... Après le décollage, l’hôtesse se penche sur la rangée suivante « Ben alors ma toutoune, qu’est ce qui se passe ? » Je devine une petite fille contre le hublot. « Tu veux venir dans la rangée de devant, avec le petit garçon qui voyage seul, lui aussi ? »
Pour ceux qui ont suivi, ça veut dire à côté de moi. Contre toute attente, dans la minute qui suit, la gamine m’enjambe. Océane a des yeux d’un bleu profond dans un visage hâlé. Je ne lâche pas mon bouquin. Elle n’a qu’à faire la causette à Emmanuel. Bientôt, un reniflement répété, à ma droite, me tire de mon livre. Emmanuel me fixe d’un œil interrogateur genre « Ca va pas trop, à côté ». Bon, ben c’est encore mort pour que je me repose …
Je referme mon bouquin et me penche vers elle :
« Ca va ? » Elle lève ses beaux yeux bleus pleins de larmes vers moi : « Bof »
« Tu habites à Montpellier ou à Paris ? » « A Montpellier ». « Tu pars en vacances à Paris ? » « Ben, c’est mon père qui fête son mariage ». « Ah c’est bien, tu vas manger plein de gâteaux ce week-end ! » (je sais, je sais, on se refait pas, dans le mariage, ce que je préfère, c’est la pièce montée … et je ne parle pas de la mariée).
Elle hausse les épaules. Une larme roule sur sa joue duvetée. Merde, j’ai gaffé. Quelle chienlit de faire la conversation à des gamins ! Heureusement, les hôtesses et leur chariot de boissons et snacks font diversion :
« Ca va mieux, on dirait ! » s’exclame l’une d’elle en entendant babiller les deux gosses. Je confirme : « Ah oui, ça va beaucoup mieux …C’est toujours moi qui me les tape, les UM », je lui dis, avec un sourire goguenard. Elle rit : « Ah zut ! Je suis désolée, vous voulez changer de place ? ». « Non, non, ça va aller, à quoi serviraient les passagères qui voyagent seules, sinon ? » Nous discutons du métier quelques instants. « Et, sans vouloir être indiscrète, vous faîtes quoi, maintenant ? » demande-t-elle. « Ne vous inquiétez pas, la reconversion est possible », lui dis-je dans un clin d’œil.
A ma droite, Océane déballe sa pochette surprise. Je me surprends à guetter avec excitation à quoi on va jouer aujourd’hui (ben oui, vous vous avez peut-être encore de l’espoir mais moi, à ce stade, j’ai déjà compris). Alors, voyons voir ce qu’on a aujourd’hui … : un jeu de dames / échecs magnétiques et des cartes de QCM écologiques. Je me coucherai moins conne ce soir, je suis désormais imbattable sur le délai de dégradation d’un mouchoir, une peau de banane, une canette de soda ou un chewing-gum abandonnés dans la nature.

Bien sûr, pendant le voyage, les deux gamins me racontent leur vie. Le frère d’Emmanuel a sauté d’une falaise de 10 mètres. « Quand tu sautes d’une falaise de 10 mètres, t’as le choix entre t’exploser la tronche sur les rochers ou tomber dans l’eau et faire un plat, ben mon frère il a choisi le plat ». La maison d’Océane compte 4 chiens, 4 ordinateurs et 5 télés « ben ouais, normal, on est riches » répond-elle devant mes yeux écarquillés de surprise. Puis : « Tu te rends compte, ça fait déjà 6 ans que mon papy est mort ». « Moi mon papy, c’est la personne la plus gentille que je connaisse au monde », dit Emmanuel. Et les deux mômes de vanter les vacances chez Mamie où on fait ce qu’on veut « tranquille », on peut jouer à la DS touuuuuute la journée et se lever à 5h du matin si on veut. La belle-mère d’Océane lui a confisqué sa DS tout un été et elle n’a « rien eu à faire d’autre que de dormir ». Moi la seule DS que je connais, c’est la bagnole décrété voiture officielle de la présidence par de Gaulle. Je suis vraiment out.
Arrivés à Orly, je retrouve mes deux gamins flanqués de leurs papas. Je me retiens de lancer à celui d’Océane « Et tu remets ça, t’as le moral, mon pote ! »
23:36 Publié dans Gens (d'ici et d'ailleurs) | Lien permanent | Commentaires (15) | Envoyer cette note | Tags : je vous ai croisé, mère teresa sors de ce corps !
02.02.2009
Faisait pas un temps à mettre 3 blogueuses dehors ...
Le Café du Rendez-Vous, bel endroit pour une rencontre avec Gicerilla, initiée par Bougrenette, la fédératrice. On m'avait confié la mission (pourquoi moi, on se le demande) de dégoter un endroit "savoureux, sympathique et pas trop cher" pour un brunch paresseux.
C'était un beau dimanche ensoleillé, j'étais d'excellente humeur et prête à dévorer un sanglier après mon jogging hebdomadaire. Le Café du Rendez-Vous, j'étais passé devant à maintes reprises, et j'avais repéré la carte, fort gourmande (j'ai appris depuis que son nom vient du fait qu'il fut un lieu de rencontre des résistants du sud de Paris pendant la seconde guerre mondiale).
Nous fûmes d'abord prises en charge par une jeune femme aux pommettes rouges, souriante. Qu'on se le dise : le service est irréprochable au Café du Rendez-Vous.
Lorsque nous avons commandé un brunch comportant une farandole de festivités, elle nous a dit "Vous avez toute l'après-midi pour le savourer!"
Réflexion plutôt surprenante vu l'affluence et quand on sait qu'habituellement, les restaurateurs ont pour principal souci de nous faire déguerpir au plus vite pour encaisser le plus de couverts possible.
Nous ne sommes pas des femmes compliquées. La même commande pour toutes les trois. La jeune femme fut relayée par un homme fort sympathique, la cinquantaine. Quand je demandai son prénom, il répondit "Je porte chance". J'essayai de deviner ... Feràchval ? Trèfle ?
"On me trouve à Noël"... Guy !
Guy nous apporta un panier de viennoiseries, des tartines beurrées, du pain, un « smoothie *» à la banane et une assiette d'oeufs au plat sur du bacon. Nous avons dévoré le tout, recommandé du café, bavardé, ri. Ca a bien pris une heure. Repues, on nous débarrasse pour nous amener ... des planches de charcuterie et fromage. Nous poussâmes de grands cris de surprise "Ah, on avait oublié qu'il y avait les planches ! Si j'avais su, je ne me serais pas gavée de pain". Moi j'ai réussi à presque tout finir, on dira que c'est parce que j'avais couru avant de venir...
Après les planches, nous eûmes encore droit à de jolis gobelets en porcelaine blanche contenant de la compote de pommes, des yaourts et des Granola.
"Faut qu'on marche", dit Gicerilla. Guy nous a raccompagnées jusqu'à la porte, distribuant au passage des cartes du restaurant (je reviendrai, pour sûr). On a remonté l'avenue jusqu'à Port-Royal, je me suis arrêté, comme à chaque fois, devant la statue du maréchal Ney, brandissant son épée, statue érigée à l'endroit même où on le fusilla . Je l'aime particulièrement, cette statue, je la trouve majestueuse.
Presqu'en face, le bâtiment si laid du CROUS, puis le surprenant édifice en briques rouges abritant l'Institut d'Art et d'Archéologie, classé monument historique.
Il s'y tenait une petite fête, à en juger par les mélodies de zouk que j'ai entendues en collant mon oreille aux portes d'entrée. La lumière baignait les toits de Paris de reflets dorés, le froid était vif et rougissait le nez de Boug'. Plus loin encore, nous sommes entrées dans le jardin du Luxembourg. Sur le boulevard Saint-Michel, mon oeil alerte fut attiré par un drôle de bonhomme. Juché sur de curieux patins à roulettes, un type en culotte rouge, avec une sorte de képi sur la tête, était plongé dans des BD. J'appelle discrètement les filles, et paf! en photo, le papy. Intriguées par ses patins à roulettes, Gicerilla l'aborde pour lui demander ce que c'est. Ce sont des freins, dit-il, ça me permet de freiner les pieds en parallèle, comme avec des skis. La classe !
Nous sommes maintenant frigorifiées, la balade n'est plus agréable, les bouts de pied gelés, il est temps de rentrer se mettre au chaud.
Le Café du Rendez-Vous, c'est au 2, avenue du général Leclerc (01.43.21.34.05)
Note : Toutes les photos chez l’inimitable Boug’
* A propos des smoothie : Je ne supporte pas cette nouvelle mode d’appeler « smoothie » des cocktails de jus de fruits ou légumes !
00:03 Publié dans Gens (d'ici et d'ailleurs) | Lien permanent | Commentaires (18) | Envoyer cette note | Tags : y'a pas d'mal à s'faire du bien, le paris de fiso
04.01.2009
Tourment d'amour
Conversation saisie dans le métro, entre deux amis, à chemin vers la quarantaine :
« Tu sais quoi, notre problème, c’est qu’on a épousé des prudes et que maintenant on voudrait des cochonnes. Pourtant, c’est nous qui les avons choisies, nos femmes prudes ! »
« Oui, c’est ça, quand on était jeunes, les femmes qui aimaient le cul nous faisaient peur. On s’amusait avec elle mais pour nous, ce n’était pas des filles sérieuses. On a épousé des femmes prudes et rassurantes, et maintenant on s'emmerde avec elles. C'est seulement à notre âge qu'on comprend que les femmes qui aiment le cul sont des femmes qui aiment la vie ! »
22:55 Publié dans Gens (d'ici et d'ailleurs) | Lien permanent | Commentaires (74) | Envoyer cette note
08.12.2008
Un jeune homme de 90 ans ...
Un vieux monsieur monte à bord du bus bondé. Lorsque celui-ci redémarre, il est projeté au centre du véhicule et trottine, jambes écartées. Sa posture, le sourire amusé sur ses lèvres et le bonnet en laine gris et rouge enfoncé sur son crâne lui confère quelque chose de comique. Un homme assis sur les strapontins latéraux tente de l’agripper au passage, mais trop tard, et il se dirige vers le fond du bus. Je suis déjà debout et viens à sa rencontre. Je l’attrape par le bras et tente, brinquebalant au rythme des secousses, un sac à un bras et mon p’tit vieux à l’autre, de le diriger vers mon siège désormais libre. Nous sommes deux, maintenant, à tanguer au milieu de tous et à en rire. Il plonge son regard bleu dans le mien et s’écrie « Je suis pris en charge par le plus beau chapeau du bus ! ».
J’éclate de rire et le hisse difficilement sur le siège. Il continue de me parler tout en clignant des yeux, on dirait vraiment un enfant, il a un regard plein de malice. Une sorte d’Albert Jacquard. Il me fait même rougir. « C’est vrai, vous êtes toute vêtue de couleurs printanières », continue-t-il. « C’est pour conjurer le mauvais temps ? »
« Exactement ! Le soleil, c’est dans la tête », je lui réponds, avec un clin d’ oeil. Et c’est vrai qu’à cet instant, dans ce bus à la lumière blafarde, il fait 35 degrés, on se croirait au bord d’une plage à siroter des cocktails. Même les gens autour de nous ont changé, ils nous écoutent, leurs yeux sourient. La jeune femme brune à ma gauche a ôté ses écouteurs et se marre franchement.
Il pointe un doigt vers le ciel : « Vous n’avez pas oublié, de toute façon, que le soleil brille toujours, au-dessus des nuages ? » « Je ne l’oublie jamais ! » Il continue de s’émerveiller sur mon chapeau de feutre gris, je plaisante sur son bonnet de lutin. Après quelques instants, je tourne la tête, un peu embarrassée et puis, à l’arrêt suivant, un autre homme s’arrête devant moi avant de descendre et me dit quelque chose de très gentil. Un échange qui n’arrive jamais dans la foule parisienne, sauf pour ceux qui ouvrent leurs yeux et leurs oreilles.
Exactement le genre de choses dont je t’ai parlé, Ain, en buvant un verre avec toi à Paris Carnet, avant que tout le monde n’arrive.
Je croise le regard de la jeune femme brune et lui lance « Décidément, c’est ma soirée, faut pas que je rentre chez moi, je vais appeler les copains et sortir ! ». Elle acquiesce. Le vieux monsieur est maintenant plongé dans un journal, plongé c’est le mot, il a le nez collé dessus et les yeux écarquillés. Mon arrêt approche, je me penche vers lui, juste assez pou sentir une vague odeur d’urine, et lui souhaite une bonne soirée. Il soulève son bonnet.
Je ne suis pas ressortie ce soir-là. J’avais eu mon content de chaleur humaine. J'ai pensé avec un sourire que peut-être, il aurait aimé rencontrer ma mémé aux chaussettes aubergine. Elle aurait abandonné sa canne pour s'appuyer sur son bras et leurs jambes cagneuses auraient arpenté de concert les trottoirs parisiens.
Ne croyez pas les gens, moroses, qui vous disent que les grandes villes sont inhumaines et que la solidarité n’existe plus. Arrêtez juste de fixer le bout de vos chaussures et vous vous rendrez compte que les miracles n’en sont pas. C’est vous qui les faîtes.
22:48 Publié dans Gens (d'ici et d'ailleurs) | Lien permanent | Commentaires (29) | Envoyer cette note | Tags : je vous ai croisé
11.10.2008
Libre à vous
12:55 Publié dans Gens (d'ici et d'ailleurs) | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : j'ai envie de faire du char à voile, les hommes de ma vie

![Marechal_Ney_Statue_(879)[1].jpg](http://2yeux2oreilles.hautetfort.com/media/00/00/1617509181.jpg)

