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Gens (d'ici et d'ailleurs) - Page 5

  • Petite mais ... costaud !

    C'est ainsi que je définirais la commerciale nouvellement embauchée. Je l'ai rencontrée lors de notre induction program, il y a 1 mois (un induction program, pour les non-initiés, c'est un parcours d'intégration à l'intention des nouveaux arrivants).

    Lorsqu'elle s'est présentée, le parcours de ce petit bout de femme d'allure un peu austère m'a intriguée. Elle a négocié avec les marchés asiatiques et managé de très grosses équipes; le directeur commercial ne cachait d'ailleurs pas sa joie d'avoir réussi à la débaucher, après plusieurs essais infructueux. Ses interventions me semblaient toujours justes et à son image : discrètes et efficaces. J'ai eu envie d'en savoir plus et le lendemain, je me suis installée à côté d'elle. 

    A la pause, après l'éblouissante intervention du PDG qui m'est décidément fort sympathique, je lui fais part de ma surprise et elle rebondit sur ses propos lapidaires : 

    " En France, on a une culture matheuse. Les banques ont assez de moyens financiers pour s'offrir les premiers de la classe. Du coup, ces types ont tout le monde à leur pieds et se prennent pour les rois du monde. Un jour, ils se retrouvent face à un Indien de 1m22 qui leur explique que la finance, il fait ça depuis X années, pour X clients et dans X pays. L'autre, en face, il n'a bossé que dans sa boîte, ça le calme d'office.  

    Le marché financier, en France, il est tout petit mais ils se la pètent quand même. Ils ont développé qu'une moitié de leur cerveau, ce sont quasiment des autistes."

    Autiste : voilà bien un des adjectifs que j'appliquerais à mon ex-PDG. "Se la pète" aussi, lui qui, dirigeant d'une PME de 60 personnes, a l'aplomb de répondre à une remarque sur le fait qu'il ne salue pas ses salariés par " Est-ce que le PDG de SFR fait le tour de ses collaborateurs le matin ?"

    Le soir, au pot de bienvenue, j'ai proposé un déjeuner ensemble au petit bout de femme. Et un midi, je l'ai emmenée au coin de la rue.

    Nous avons partagé nos premières impressions sur notre nouvelle boîte, dynamique et ambitieuse, dirigée par un conquérant et pourvue d'étonnantes et talentueuses personnalités.

    Comme moi, le petit bout de femme a été favorablement impressionnée par un processus de recrutement exigeant et extrêmement professionnel : pour elle, un jeu de rôles, pour moi une mise en situation. Pour la dernière étape de mon recrutement, j'avais dû former, pendant près d'une heure, un petit groupe composé de ma chef, de ma N+2 et d'une chef de projet. J'avais déroulé ma prestation avec assurance, revigorée par les conseils et encouragements de quelques collègues-amis qui avaient accepté de me soumettre, 2 jours plus tôt, à une répétition générale. Mes futurs responsables avaient noté ma pédagogie et fait un retour si élogieux que la suite faisait peu de doute.

    - Toi, dès qu'on te voit, tu dégages tout de suite quelque chose de très positif, confirme le petit bout de femme.

    Nous racontons aussi nos expériences. Elle travaillait dans un très grand groupe et n'a plus supporté que ses supérieurs brisent constamment ses collaborateurs directs, sans raison. Nous tombons d'accord sur le fait que le management à la terreur ne fonctionne pas et qu'on continue pourtant à l'encourager. Les gens bossent parce qu'ils ont peur mais ils détestent leurs chefs et sabordent, plus ou moins consciemment, leur boîte. C'est quelque chose qui m'avait frappée à mon retour d'Irlande, il y a 10 ans. Le petit bout de femme ajoute " Les gens ont de l'énergie mais elle est négative."

    Elle raconte qu'elle a travaillé pour un client (une banque, tiens) où des types étaient payés à élaborer des projets foireux qu'on confiait ensuite aux personnes dont on voulait se débarrasser; ils foiraient le projet foireux et l'affaire était réglée. Alors quand des chasseurs de tête l'ont contactée, elle a prévenu : "Petite boîte, grande boîte, je m'en fous, je veux juste travailler dans une boîte saine." Et de fait, notre nouvelle boîte n'est pas parfaite mais elle est sympathique. 

    Nous partageons aussi nos constats des carences de notre nouvelle boîte, constatées ailleurs : en France, on choisit les managers sur la base de leurs résultats, pas de leurs qualités managériales. Et hélas, on ne les aide pas à acquérir les compétences qui leur font défaut.

     - C'est très français, affirme le petit bout de femme.

    Nous parlons aussi du système scolaire qui entreprend très tôt le travail de broyage des différences. Son fils de 17 ans a déjà hélas tout compris : "En France, si tu n'as pas fait une école de commerce ou d'ingénieurs, tu ne vaux rien".  Le petit bout de femme, effaré par le traitement appliqué à son fils, a placé la cadette, qui a des difficultés d'apprentissage, dans une école qui mélange enfants handicapés et valides. Pour ne pas qu'on brise sa confiance en elle déjà vacillante. "Tu es folle d'avoir mis ta fille dans une école d'handicapés !" se sont écriés ses amis.

    "Ma fille aujourd'hui, elle a de très bons résultats, elle se trouve belle et très forte. Elle grandit dans un milieu qui la valorise et lui inculque la bienveillance. Elle part en classe de voile avec des handicapés qui balance la chaise roulante dans le bateau. Ils n'ont peur de rien, ils font tout comme les valides. Ce ne sont pas eux qui se mettent des freins, ce sont les autres. "

    Une heure était trop courte pour tout ce que nous avions à échanger. Il y aura d'autres déjeuners, j'en suis sûre.

  • Mon ex-collègue : Vendredi

    Je reprends mes exercices pratiques sur les cadrans d'Hermann en faisant le portrait d'un des plus "beaux" ratages, en terme de management, de mon ex équipe. Un des collaborateurs prochainement licenciés. Si je n'ai jamais travaillé avec lui et ne suis donc pas à même d'évaluer ses compétences, j'ai en revanche beaucoup de sympathie pour lui.

    "Nono" est un homme difficilement cernable. Un électron libre. Quand je suis arrivée dans l'équipe, on me l'a décrit comme quelqu'un de compétent mais démotivé, qui ne se plaisait plus ni dans son poste, ni dans l'entreprise. Je ne suis jamais partie en doublon avec lui mais tous ceux qui l'ont suivi ont loué son extrême patience et disponibilité avec les clients.

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    Je le classe dans les limbiques, mon Nono. Son extrême sensibilité, son indéfectible loyauté envers sa chef me le font également pressentir Intégrateur. Cependant, je ne peux m'empêcher d'y voir de l'Organisateur, même si "organisé" n'est pas la première qualité qui me vient à l'esprit quand je pense à lui.

    A l'inverse de mon ami Obs, Nono est un Intégrateur introverti. J'ai longtemps cru que rien ne le touchait, qu'il ne faisait que passer. Et puis, un jour que notre équipe, déchirée par des conflits internes, était en crise, sa sensibilité à fleur de peau m'a pété à la gueule. En réunion, iI fut soudain au bord des larmes.
    - Je ne reconnais plus mon équipe, a-t-il lâché.
    Il en avait gros sur la patate. Il a voulu voir nos responsables en entretien individuel, dire ce qu'il avait sur le coeur, les alerter. Il s'est maintenu, on ne sait comment, entre les deux clans. Et lorsque, au gré des arrivées et des départs, notre équipe s'est enrichie de belles personnes, de leaders, il a multiplié les invitations à se retrouver en dehors du travail, allant jusqu'à nous inviter chez lui.

    Il travaille par plaisir et ne fait que ce qu'il aime. Il bsse pour une personne plus qu'un projet, d'ailleurs, quand il doit bosser pour qu'elqu'un qu'il n'aime pas, il peut y mettre une évidente mauvaise volonté. Il est dispersé et souple. Il a besoin de reconnaissance, je suis d'ailleurs persuadée que c'est ce manque d'attention qui l'a démotivé, au fil des années.

    Je ne peux m'empêcher de sentir une forte part d'Organisateur en lui, plus importante que la partie intégratrice, à son indéfectible loyauté envers sa chef, notamment, à sa grande humilité, son peu de goût pour la nouveauté et le risque qui le mena à refuser de former sur un outil en lequel il n'avait pas confiance.
    Je lis les caractéristiques de l'Organisateur et je le retrouve :
    Qualités : attentionné, calme, coopérant, patient, modeste, fiable. Ecoute et rassure.
    Communication verbale : écoute plus qu'il ne parle, garde ses opinions, peu de communication verbale.
    Communication non verbale : communication du regard irrégulière, poignée de main douce, manifeste de la patience, mouvements plus lents, posture décontractée.
    Ton de la voix : ferme, chaleureux, moins de force dans l'intonation, peu de volume, discours plus lent.
    Forces : Loyal, concret
    Limites : Effacé
    Besoins : Harmonie et cohérence
    Motivations : Servir, être utile
    Peur  : Perdre la stabilité.

    Je pense qu'avec plus de confiance en lui-même et un réel accompagnement de sa hiérarchie (pas des encouragements verbaux qui ne coûtent pas plus qu'ils n'apportent), il aurait pu développer les compétences qui lui faisaient défaut.

    Ses messages contraignants, j'ai du mal à les identifier de manière affirmative. Mais ayant eu à prendre sa suite sur une formation qu'il avait foirée par incapacité d'avouer une de ses faiblesses au client, j'opterai pour un "Sois fort", ce message qui martèle "Cache tes faiblesses et tes manques car tu dois être fort". Ce jour-là, je n'avais pas compris pourquoi il n'avait pas avoué son problème au client, plutôt que de s'enfermer dans le mutisme. Je soupçonne aussi un "Dépêche-toi" à sa volonté d'aller vite, de boucler vite ce qu'il aime faire, de bâcler aussi vite ce qu'il n'aime pas.

    Mon Nono, c'est un coach dans l'âme. Une de ces personnes qui s'efface au point de vous donner l'impression que vous êtes arrivés là où vous en êtes sans qu'il y soit pour quoi que ce soit.

    De belles compétences inexploitées, je maintiens.

  • Mon ami et ex-chef de projets : l'intégrateur-explorateur

    A fond cerveau droit, mon Obs ! Et un joli équilibre entre cortical (pensées) et limbique (émotions).

    Cet épicurien, doté de curiosité et de vrais dons de cuisinier a, selon moi, un mélange dominant Explorateur-Intégrateur.

    A ses capacités créatrices s'ajoutent de vraies qualités humaines. C'est un des vrais experts de la boîte, aussi bon pour suggérer des améliorations outils que pour conseiller sur le métier. Brillant, polyvalent, il est une menace pour les incompétents et les faiblards qu'il détecte très vite. C'est pour ces raisons, je pense, qu'il ne fait pas l'unanimité.

    Exigeant et l'écoute, il n'accorde pas facilement sa confiance mais une fois qu'on l'a acquise, il encourage et valorise ses collègues et collaborateurs. C'est une qualité qui m'a beaucoup aidée lorsque, formatrice débutante, il m'a choisie sur un projet à fort enjeu (lui ou ma boss, je ne sais pas d'ailleurs mais que le choix lui ait été laissé ou imposé, il m'a beaucoup apportée).
    Il a de l'intuition, s'en sert et se trompe rarement.

    Son côté explorateur, on le reconnaît à sa geek attitude. Il lui faut le dernier I-Phone, et avant tout le monde. Il change aussi souvent de moto (mais pas de femme). Comme il a un driver qui le titille, il s'est laissé déborder depuis un peu plus d'un an et ça a parfois gêné mon travail.

    Sa face intégrateur, on ne peut pas la rater. Il est d'une grande sensibilité et sensible aux critiques. Il s'inquiète, toujours sincèrement, de savoir comment vous allez et n'hésitera pas vous consacrer du temps si besoin. C'est, à mon avis, un ami d'une grande loyauté et fidélité. Du coup, il a les défauts de ses qualités : son côté protecteur m'a parfois agacée et j'ai pu le trouver envahissant.

    Quand je travaillais avec lui, j'appréciais de pouvoir l'appeler à n'importe quel moment, pour obtenir son avis ou vider mon sac. Même à 23 heures, il se rendait disponible pour quelques mots et un sourire. De mon côté, après m'être cabrée quelquefois, j'avais compris que ses besoins de retours n'étaient pas le signe d'un manque de confiance mais un besoin d'être rassuré.

    Ça, c'est le portrait que mes profils Analytique/Intégrateur dressent de lui. Je lis les caractéristiques des profils Explorateur / Intégrateur et je note ce qui lui ressemble :
    - énergique, rapide, indépendant, direct, fonceur.
    - énergie et décision
    - va droit au but et passe en force (je mettrai une nuance : "peut" passer en force car son côté intégrateur lui pose un cas de conscience)
    - tombe et se relève

    Sa communication verbale :
    - partage ses sentiments personnels (intégrateur)
    - beaucoup de communication verbale (intégrateur)
    - affirme énergiquement
    - carré, va droit au fait
    - s'exprime sans formalités (intégrateur)
    - perception flexible du temps (intégrateur)

    Sa communication non verbale :
    - regard soutenu (explorateur) / expressions du visage animés (intégrateur)
    - beaucoup de gestes (mains, corps) (intégrateur)
    - manifeste de l'impatience (explorateur)
    - mouvements rapides (intégrateur)
    - posture ferme (explorateur)

    Le ton de sa voix :
    - direct (explorateur)
    - de la force dans l'intonation (intégrateur)
    - volume fort (intégrateur)
    - inflexions de voix variées (intégrateur)

    Ses tendances de comportement :
    Forces : Concentré sur les objectifs (explorateur) / Optimiste relationnel (intégrateur)
    Limites : Impatient (explorateur) / Désorganisé (intégrateur)
    Besoins : Dominer (explorateur) / Interagir (intégrateur)
    Motivations : Défis personnels (explorateur) / Etre reconnu par les autres (intégrateur)
    Peur : Que l'on profite de lui (explorateur) / Etre rejeté par les autres (intégrateur)

    Pour s'adapter à un "explorateur-intégrateur" :
    Ses enjeux sont esthétiques et écologiques (explorateur). Il est enthousiaste et sympathique. Il veut de la nouveauté, un design original et il aime se faire plaisir. Il recherche l'innovation.
    Ses enjeux sont aussi humains et ergonomiques (intégrateur). Il est aimable, chaleureux et volubile. Il ne veut pas tromper et cherche la sécurité. Il apprécie les valeurs sûres.

    PS : Il est 00:26, je vais me coucher, la suite au prochain numéro !

  • Voyage dans le ventre de Paris

    je vous ai croisé,louchébem,restaurants,paolaHier, vers 15h30, j'ai retrouvé ma petite Colombienne, Paola, au pied de l'église Saint-Eustache, pour un déjeuner quelque peu tardif. Elle avait envie de viande, je l'ai donc emmenée au Louchébem, restaurant boucher des Halles depuis 1878. Ne commencez pas à saliver, le propos de ce billet n'est pas le contenu de mon assiette, même si je vous défie d'avoir encore de la place pour une deuxième assiette du rôtisseur (jambon rôti, cuisse de boeuf et gigot d'agneau, 22€90, à volonté) servi avec 3 sauces et une savoureuse purée maison, elle aussi à volonté. Bon, je vois déjà Phil faire la moue, ok une petite photo, mais elle n'est pas de moi :

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    Paola a vite calé et le serveur, habillé en garçon boucher, lui a gentiment emballé le reste de son assiette de viandes pour qu'elle puisse le savourer à la maison; attention assez rare à Paris pour être soulignée.

    La salle étant quasi-vide, j'ai discuté un peu avec le serveur, m'enquérant de l'activité du restaurant : le mois de mai est une catastrophe, m'a t-il dit. Un peu plus tard, j'explique à Paola la signification du mot louchébem, qui signifie "boucher" en argomuche, langage inventé par les bouchers du quartier, à l'époque où les Halles n'était pas un centre commercial mais véritablement des halles maraîchères, le fameux "ventre de Paris". Ces halles étaient fournies par les abattoirs de Paris, ceux de la Villette et aussi ceux de Vaugirard, une de mes balades préférées. Je pointe du doigt, par la fenêtre, la facade en boiseries du restaurant "Chez Denise" autre institution du quartier, et en profite pour glisser sur la magnifique et toute proche tour Saint-Jacques, dernier vestige de l'église Saint-Jacques de la Boucherie, où les découpeurs de viande venaient prier.

    M'aidant d'internet, je lui révèle aussi la présence d'un immense charnier humain, le cimetière des Innocents, à l'emplacement de la fontaine du même nom, dont les ossements furent déplacés dans les catacombes lorsque les fosses commencèrent à s'écrouler sous le poids des squelettes qu'elles contenaient. En y réfléchissant, c'est peut-être ce qui a coupé l'appétit de ma jolie Colombienne, qui en redemandait pourtant et m'écoutait en ouvrant de grands yeux. Je prends à partie le serveur, qui s'ennuyait ferme à quelques pas, pour qu'il complète mes propos. Il nous invite à regarder les nombreuses photos, de l'époque du "ventre de Paris" qui ornent les murs du restaurant, en bas, dans l'escalier et à l'étage.

    Après le dessert où Paola suit mes conseils et déguste un Paris-Brest, l'occasion pour elle autant que moi de découvrir (merci Internet), l'origine du nom de cette pâtisserie, tout en picorant les desserts de mon café gourmand (que chevere ! el arroz con leche de mi mama ! s'écrie-t-elle en dégustant une cuillerée de mon riz au lait à la cannelle), nous partons en exploration dans le restaurant.

    Un autre serveur, plus âgé que le précédent, nous rejoint et fournit les légendes des photos. Il montre celle d'un type rougeaud, coiffé de gigantesques oreilles de porc, verre à la main. "C'est ce qu'on appelait un fort des Halles, dit-il. Ce sont les types qui portait des quartiers de viande entiers sur leurs épaules, à l'époque. Ce monsieur est venu il y encore 5 ans, c'était un colosse, plus grand que moi. Ils portaient le chapeau qui est dans l'escalier." Accroché au mur, il y a un chapeau à larges bords ronds, une sorte de sombrero. Après recherches, il s'agit du coltin, un chapeau muni d'un disque de plomb. Un site rend un fort bel hommage aux forts des Halles, et en musique, ici. Je pique une photo :

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    Didier, puisque c'est son prénom, complète ma mémoire défaillante en donnant les dates de la destruction des Halles.

    "C'était l'équivalent des Halles de Rungis d'aujourd'hui, n'est ce pas ? demandai-je. On vendait tous les produits frais, ici, pas seulement la viande ?"
    Didier confirme et pointe le doigt : " Du côté de la bourse du Commerce, ancienne halle aux blés, c'était le marché aux volailles. Au pied de Saint-Eustache, le marché de la viande."

    Je l'interromps : "Vous avez connu les Halles de l'époque, on dirait ?"

    - Oui, j'étais tout gamin et j'accompagnais mon père qui venait au cul des camions aider au déchargement, pour gagner un peu d'argent avant de partir travailler. Moi je l'attendais dans la voiture mais je m'en souviens bien."

    Quelle chance de rencontrer quelqu'un qui qui n'est pas là par hasard mais véritable contributeur de la mémoire du quartier. Un griot des Halles !

    Paola est aussi ravie que moi de ce déjeuner très culturel. Didier nous entraîne jusqu'à l'écran LCD, à l'entrée du restaurant, qui diffuse des images de l'époque, qu'ils ont eu quelque mal à retrouver. On y voit une photo de la facade du restaurant, à l'époque, lorsque son entrée se trouvait dans l'angle.

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    " Vous trouverez toutes les infos sur le site internet du restaurant " précise Didier. Moi, je crois que je ne vais pas tarder à me programmer une balade-reportage dans ce quartier, un must pour la gourmande que je suis, non ?

    Si l'histoire du restaurant et du quartier vous intéresse, cliquez sur l'onglet Historique, . Pour des photos d'époque, c'est ici. Si vous êtes tombée amoureuse d'un boucher qui le parle ou que vous voulez juste faire le malin au prochain dîner avec vos potes en parlant l'argomuche, cliquez . Et surtout, ne manquez pas d'aller vous taper un morceau de la savoureuse barbaque du Louchébem, où les serveurs sont si sympas (parce que ce sont de vrais Parisiens, eux ! )

    Le Louchébem au 31 rue Berger, Paris 1er (Tel 01.42.33.12.99)

  • Les fous du roi

    index.jpgIl n'y a pas de crise du leadership. Il n'y a que des leaders en crise.

    Pourquoi ai-je sorti de mes étagères ce livre prêté il y a plusieurs années par mon ami JM et que je n'avais jamais lu ? Sans doute parce qu'aujourd'hui, après 4 années dans une PME détenue par un financier, évidemment principal actionnaire, je suis à même de comprendre le sens du discours de son auteur, Rémi Tremblay, alors PDG de la filiale canadienne d'Adecco.

    4ème de couverture :

    Les patrons sont les nouveaux fous du roi. Leur souverain ? L'actionnaire, cet être inconscient et cupide qui exige que ses actions montent en flèche. Pour le satisfaire, les fous licencient, fusionnent, rationalisent, centralisent et décentralisent (...)

    Dans les fous du roi, Rémi Tremblay lance un cri du coeur. Ses cibles : la tyrannie de l'actionnaire, le manque d'éthique, les patrons qui se servent au lieu de servir. Son rêve : éveiller les consciences, rétablir la confiance, rapprocher les leaders de leurs valeurs profondes.

    Réflexion sur le pouvoir, cet ouvrage troublant place le lecteur face à ses propres comportements. Après tout, nous sommes tous les fous d'un roi. Que seriez-vous prêts à faire pour un bon mot de votre patron, de vos parents, de votre professeur ? Lire ce livre, c'est prendre un risque, celui d'affronter ses peurs pour tenter de s'en libérer.

    Imaginez le carnage quand votre patron est en plus actionnaire ... En écoutant mon nouveau PDG cette semaine, la raison évidente de la mort annoncée de mon ex-société (que je sens venir depuis janvier 2012 très exactement) m'est apparue comme une évidence : comment une société dont le coeur de métier est l'humain (gestion des RH) peut-elle être détenue par un financier dont la seule préoccupation est de faire de l'argent ? Comment ses salariés, majoritairement animés par le sens du service client, peuvent-ils s'épanouir et être heureux dans un tel climat, où leurs préoccupations sont à l'opposé de celles de leur PDG ?

    J'ai relévé, dans le livre de Rémi Tremblay, quelques passages qui ont fait cruellement écho :

    "C'est fou ce qu'on tolère. Les jeux de pouvoir, notamment. On commence par les tolérer, puis on finit par y participer. Parce qu'on veut se protéger. Chose certaine, l'effritement de la confiance s'opère graduellement, insensiblement. Je l'ai observé dans mon organisation. J'ai vu les employés se protéger toujours davantage les uns des autres. Pour moi, le plus bel exemple de méfiance, ce sont les copies conformes, que je déteste souverainement (...) Pourquoi me mêler à cela ? La réponse est simple : parce que celui qui envoie le courriel n'a pas confiance en celui à qui il l'adresse. ET parce qu'il veut lui faire peur en m'informant de leur échange."

    Dans mon ex-société, ma boss refusait que nous la mettions en copie de nos échanges avec d'autres services. Certains d'entre nous insistions, voulant l'obliger à jouer son rôle : être au courant de ce qu'on nous demandait de faire, à nous ses collaborateurs. Et surtout intervenir lorsque la teneur ou le ton des échanges était inappropriés et/ou irrespectueux. Ce n'était même pas une question de confiance; c'était, en ce qui me concerne, un refus de recevoir des ordres d'autres qu'elle, et surtout de cette façon-là. Quand j'étais manager, je n'ai jamais accepté que qui que ce soit d'autre que mes responsables donne des consignes à mes collaborateurs. Et de la même façon, je respecte ma hiérarchie et je ne double pas par la droite (référence au billet à venir).

    " A l'été 99, j'étais en détresse. Cette détresse n'a pas débuté du jour au lendemain. Elle s'est installée petit à petit. J'ai commencé par ressentir de moins en moins de plaisir. Un conquérant, d'ailleurs, ne connaît que le plaisir, jamais le bonheur. Le plaisir, c'est physique, c'est instinctif. Tromper sa femme procure du plaisir, pas du bonheur. Obtenir une promotion en écrabouillant un collègue procure du plaisir, pas du bonheur. Atteindre des objectifs financiers en licenciant des employés procure du plaisir, pas du bonheur."

    Je suis certaine que mes copains adultères ou repentis pourraient témoigner de la misère morale et affective dans laquelle ils se trouvent ou se sont trouvés. En écrabouillant un collègue ou en tentant de le faire, on n'est même pas garantis d'obtenir la promotion recherchée. En revanche, je sais ce qu'on y perd : le respect des autres, ceux qui n'ont pas de pouvoir mais des valeurs et de la lucidité. Quand aux licenciements pour obtenir des résultats financiers, mes ex-collègues sont hélas en plein dedans : 6 licenciements annoncés il y a 15 jours, dont 1 qui est un pur règlement de compte, et l'annonce récente d'une baisse des salaires décidée de façon unilatérale et à durée illimitée. Les salariés paient les erreurs de gestion et de stratégie de leur dirigeants. En revanche, la femme du PDG, elle, emploi fictif notoire et un des meilleurs salaires de la boîte, fait toujours partie des effectifs ... Et j'entend des gens essayer de me convaincre que c'est normal. On marche sur la tête.

    " Une amie m'a raconté que dans son entreprise, la DRH conseille aux gestionnaires de congédier un employé en cinq minutes, le vendredi à 17h. On appelle ça "terminer un employé". Quelle expression épouvantable !

    Pensez un peu à la douleur de ces personnes à qui on cache les véritables raisons de leur départ, ou encore à qui on ne dit rien. A qui on montre simplement la porte, par manque de courage."

    J'ai vécu ça, en live, dans le groupe de grande distribution dans lequel j'ai travailé pendant 6 ans. J'ai vu, outre des assistantes en larmes et des patrons qui se mettaient la loi Evin au cul et fumaient sous le nez de ces mêmes assistantes, parfois enceintes, des responsables de service hagards et incrédules, escortés par la sécurité jusqu'à leur voiture. L'un d'entre eux, avec lequel je m'étais liée d'amitié, a fini en dépression nerveuse après s'être fait chasser de cette façon et n'a plus répondu à mes mails.

    Pour aller plus loin :

    Des interviews de Rémi Tremblay dans les magazines Le Manager Urbain, En Quête