27/05/2011

Tricia et son tonton

Vous n’aurez pas de photos de ma semaine gastronomique à Verviers, en Ardennes belges (et bleue). Non que je n’ai rien mangé, vous vous en doutez, mais j’ai cassé l’écran de mon téléphone portable qui me sert, outre de réveil, montre et MP3, d’appareil photo.

C’était, à priori, ma dernière formation en Belgique et mon dernier séjour à l’hôtel Van der Valk, jolie bâtisse de briques rouges sise dans un ancien entrepôt des douanes. Bel hôtel contemporain où à défaut de profiter de la piscine, j’ai apprécié les serveurs, aussi agréables à regarder que serviables.

J’ai quand même goûté à la Val-Dieu et elle est foutrement bonne, meilleur que l’apéritif maison, un cidre rouge au goût de médicament.

Ce soir, j’ai traîné ma valise sur les trottoirs, indignes de ce nom, de Verviers. Sur le quai de la gare, l’affichage lumineux annonçait 10 minutes de retard. La ponctualité du réseau ferroviaire belge n’a rien à envier à son voisin gaulois. Les retards sont la norme.

Je commençais à stresser de ce désagrément qui ne me laisserait que 10 minutes de délai à Liège pour attraper mon Thalys lorsqu’une petite fille brune se jucha sur le banc voisin du mien, accompagné d’un monsieur à casquette, cheveux ras et barbichette blanche. Après m’avoir lancé plusieurs oeillades, la petite fille brune trouva un moyen d’attirer mon attention « Je suis sûre que la dame va à Liège » s’écria-t-elle. Je répondis avec amusement à ses questions. « C’est ton grand-père ? » demandai-je. « Non, c’est mon tonton ». Je craignis quelques instants d'avoir gaffé, heureusement la suite me rassura.

Après quelques minutes, notre train entre en gare. Dans le wagon, tous deux s’installent naturellement face à moi. Le monsieur, après avoir sorti de son portefeuille des photos de sa famille pour me les montrer, glisse dans la conversation qu’il approche les septante. Je lui en donnais tout au plus soixante. Son visage est lisse et ses yeux bleus pétillent de jeunesse. « C’est parce que je suis toujours avec la jeunesse. Je m’occupe d‘enfants handicapés ».

La petite fille, un peu vexée de n’être plus le centre de l’attention, s’agite. « Tu n’as pas envie de lui tirer sa barbichette, des fois ? » je lui demande. Il rit et me lance un clin d’œil. « C’t’une arsouille, vous savez ! » L’arsouille acquiesce « Si, si, je le fais des fois ».

Elle a de la suite dans les idées, la petite. « Je vous laisse ma place, comme ça, vous me donnez les clés de chez vous et je vais à Paris voir la tour Eiffel ! »

A Liège, je leur fais des signes de la main en leur souhaitant un bon séjour à Spa. Le Thalys a déjà 10 minutes de retard et en accumulera 30 de plus à Bruxelles. Dans les couloirs glaciaux de la belle gare de Liège-Guillemins, j’en profite pour m’offrir la figurine en chocolat que je n’ai pas trouvé en Irlande, à la faveur d’un rabais de 50% sur les chocolats de Pâques dans une boutique Léonidas.   

24/05/2011

D., taxi madrilène

A Madrid, mon taxi est plutôt bel homme. Je suis la fille des extrêmes. J’aime autant les hommes au crâne lisse que dotée d’une belle chevelure de sauvageon. La faute à Jésus et Yul Brynner.

D. est très jovial. Il a visiblement envie de discuter, ce à quoi je me prête avec d'autant plus de plaisir que ma pratique de l'espagnol, après 2 semaines, s'est considérablement fluidifiée. 

D. a travaillé comme maçon pendant 26 ans avant d’être licencié et de devenir taxi « car il faut bien ramener de l’argent à la maison » dit-il. Je demande s’il aime son métier. Il répond que non, « parce qu’il n’aime pas travailler seul et que ses confrères se comportent comme des ennemis et pas des collègues ». C’est un affectif, mon D.

Il est déjà allé en France, à Eurodisney. En apercevant ma grimace dans le rétroviseur, il précise que quand on a des enfants, c’est un passage obligé. Il aime beaucoup la France, surtout la Bretagne, et encore plus ses galettes de blé noir. Il me donne son nom, hérité d’une grand-mère française : Domenech. « Hé oui, comme l’entraîneur de football ! » rit-il. « Pas étonnant que vous aimiez la Bretagne. Vous avez des racines bretonnes, D. » Bluffé, le D. Je lui raconte et ça l’amuse beaucoup, que le dimanche précédent justement, je faisais sauter les crêpes dans un appartement de Madrid.

Il veut savoir si j’ai goûté aux spécialités locales (il ne me connaît pas, c’est normal). J’énumère tout ce que j’ai mangé, il valide, et lui confie à quel point j’apprécie cette façon toute espagnole de picorer dans la même assiette. J’ai lu, je ne sais plus où, que les Espagnols sont ceux des Européens qui consacrent le plus d’argent à la nourriture. D. affirme que Madrid et Zaragoza sont les deux villes d’Espagne où il fait le plus chaud.

Au moment de nous séparer, nos regards qui se croisaient dans le rétroviseur se font face. Un souffle d’éternité glisse entre nous, quelque chose qui me serre un peu le cœur, cet élan que je ressens parfois, au hasard de rencontres aussi instantanées qu’un courant d’air mais que je n’oublie pas. Il a cet élan aussi, et les mots qu’il prononce appuient ce que son sourire étincelant me dit : « J’ai été ravi de cette course avec toi et de cette discussion. Ça n’arrivera sans doute pas, mais si un jour tu reviens à Madrid, et que tu montes dans mon taxi, je serai enchanté de te retrouver ».

18/05/2011

Dans la peau d'un - jeune - homme (4)

Je reprends l'exercice qui m'avait tant amusée.

Je l'écoute égréner ses souvenirs d'enfance, accrochée à ses lèvres de conteur.
C'est un petit garçon, fils de concierge, "issu d'un milieu modeste", comme on dit. Il habite juste en face d'une gare routière de bus. Depuis qu'il est en âge de lire, il déchiffre sans les comprendre les noms des villes prestigieuses que desservent les mastodontes poussiéreux.
Un jour d'août, il a 17 ans, il s'ennuie et erre dans la gare routière. Il aime son ambiance de départs en vacances, les scènes de retrouvailles qui succèdent aux adieux déchirants, tout ça dans un vacarme de moteurs et de langues inconnues. Il tombe en arrêt devant l'immense carte du monde et les flèches qui la traversent en tous sens, pointant des noms exotiques : Budapest, Oslo, Venise, Madrid. Il reste un long moment devant cette carte. Un nom l'attire : Istanbul. Il se dirige vers le guichet et demande à l'employé : "S'il vous plaît, combien coûte un billet pour Istanbul ?". Il en achète un pour un départ 2 mois plus tard. Quand il rentre chez sa mère et lui annonce son coup de folie, elle le fixe, perplexe. Les jours suivants, ses amis le traitent de fou. Plus tard, il apprendra que sa mère ne pensait pas qu'il partirait. La veille du départ, son corps se couvre d'eczéma.
Le jour J, au petit matin, il monte dans le bus pour Istanbul. Il n'a jamais fait de voyage de sa vie et n'a aucune idée des vêtements à y emporter en ce début de novembre. Le bus est rempli de Turcs qui rentrent au pays. Angoissé, il s'assied à proximité d'un groupe de 4 Français. Peu de temps après, un Turc entreprend de discuter avec lui. Le jeune homme découvre avec stupéfaction que non seulement le Truc persiste à lui parler, malgré son anglais médiocre, mais qu'en plus il ne se moque pas de lui. C'est un véritable choc pour ce gamin complexé.
En ex-Yougolsavie, on leur interdit la traversée du territoire et ils doivent emprunter une autre route. Le voyage dure plus de 2 jours. Enfin, Istanbul se dresse devant lui, au matin du 3ème jour. Il pose le pied par terre et se sent "chez lui".
"Tout était évident, dit-il, je ne connaissais pas la ville mais j'ai tout aimé, dès le premier instant. L'odeur des poissons grillés sur les rives du Bosphore, les ruelles tortueuses, les marchands ambulants, les chats assoupis à l'ombre des abricotiers, les rires des hommes, la frénésie stambouliote. Depuis, j'ai retrouvé cette sensation d'être parmi les miens dans tous les pays arabes que j'ai visités"
A partir de cet instant, il n'a& vécu que pour retrouver cette ivresse de l'inconnu. Le monde lui appartenait, il était partout chez lui.
Après Istanbul, il a poursuivi jusqu'à la Grèce, puis l'Italie. Il n'avait pas envie de rentrer alors il a eu l'idée de rendre visite à des amis Zurichois, puis il est monté jusqu'à Prague et enfin Budapest. Quand il a retrouvé les portes de Paris, il était parti depuis deux mois. Depuis, il a parcouru une cinquantaine de pays, fuyant les voyages organisés.


"Quand je voyage, je suis un autre, dit-il. Moi le timide maladif, je me découvre meneur, sûr de moi, extraverti et drôle. Je me fonds dans la population, j'ai traversé des quartiers mal famés, ai tenu tête à des types patibulaires qui voulaient voler mon sac. Je suis un autre homme."  

06/05/2011

Jerez dernière (pour le moment)

Dans mon groupe de stagiaires, il y a un homme particulièrement jovial, au visage rond, bardé d'un bouc. Il a vécu au Japon plusieurs années, y retourne très régulièrement et autour d'un café, nous avons échangé nos goûts pour la cuisine japonaise.
Aujourd'hui, à la fin de la journée, il m'a proposé de passer me chercher à l'hôtel, vers 22h, pour aller dîner avec lui et son épouse. C'est ma dernière soirée à Jerez et je suis ravie de la passer en agréable compagnie.

A 22h25, ils sont à la réception de l'hôtel. Elle est une charmante brunette qui a étudié le français pendant 2 ans mais l'a oublié. Il se ressemblent, c'est marrant. Ils me proposent de choisir entre un restaurant typique espagnol et un autre, coréen. En chemin, je leur dis ma déception de n'avoir pu écouter du flamenco. Hélas, il se joue les weekends et moi je pars demain. Ma formation à Jerez a eu lieu la semaine précédant la fameuse feria de Jerez. En un se,s, tant mieux, parce que je ne sais pas à quelle heure je me serais couchée ... Déjà que j'ai sérieusement la tête dans le cul ...

Quelques minutes plus tard, nous voilà attablés dans une courette du restaurant La Solera, à quelques pas de mon hôtel. Le port n'est pas loin et ils me vantent la qualité du poisson et des fruits de mer. Ils commandent un verre de tinto de verano, je ne sais pas ce que c'est mais je les suis. J. explique que ce mélange de vin blanc et Fanta citron était un moyen de rendre plus goûteux un mauvais vin blanc. Très rafraîchissant après un jogging d'une heure sous 30 degrés.
Comme j'ai oublié mon dictionnaire en France et que je ne comprends pas grand-chose au menu, je leur fais entière confiance. Je précise juste que j'aime beaucoup le poisson.

Ils commandent une assiette d'oeufs brouillés au jambon et gambas, que nous partageons, puis une autre de poissons frits, cazon, puntillitas y chocos. Moi j'ai hâte de goûter une spécialité dont raffole la femme de J. et que l'on ne trouve que dans la province de Cadiz : las ortiguillas. Une variété d'algues frites qui doivent être très fraîches, m'explique J. De retour à l'hôtel, j'apprends que les ortiguillas sont, en fait, des anémones de mer frites. J'ai pris des photos, mais des photos de friture, ça ne rend rien. Et puis, j'étais toute entière à ma conversation avec mes charmants convives.
Nous picorons dans nos assiettes en discutant du Japon et de la Galice, dont elle est originaire. Et aussi des escargots locaux, qui ne se dégustent qu'en mai. Je me régale du poisson frais et des calamars fondants. J. et E. sont cordialement invités à Paris, qu'ils ne connaissent pas. J. et sa ravissante épouse ont hâte, outre les restaurants parisiens, le Louvre, la tour Eiffel et le Moulin Rouge, que je les emmène rue Saint-Anne où j'ai mes habitudes nippones car ici, comme ailleurs, les restaurants japonais sont tenus par des Chinois. Peu avant minuit, ils me raccompagnent jusqu'à la porte de mon hôtel. Nous nous bisons chaleureusement. Super soirée. J'ai vraiment envie de revenir à Jerez. Les Andalous sont super sympas.

La Solera

Calle Divina Pastora, S/N

JEREZ DE LA FRONTERA

Teléfono: 956 32 02 51

26/04/2011

En route vers Cong

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Nous rejoignons la Sky Road, mais cette fois sur son versant nord. La lumière est très belle. Une heure de trajet jusqu'à Cong, annonce Bernard (le TomTom de Boug'). Beaucoup de très belles demeures surplombant la mer. Notre première étape c'est le parc national du Connemara, dont l'entrée est libre. Au premier étage du Visitor's centre, une expo sur la faune et la flore environnantes et les nombreuses randonnées. Les familles irlandaises sont nombreuses en cette dernière journée d'un week-end prolongé. "Faut qu'on se trouve nos oeufs en chocolat, aujourd'hui" dis-je. J'entraîne Boug' sur la Bog Road. "Y'a que toi qui arrive à me faire marcher comme ça" dit-elle. "Tu ne vas pas le regretter, je pense que ça vaut le coup". "C'est ce qu'on me dit à chaque fois qu'on veut me faire grimper quelque chose, ajoute-t-elle. Tu verras, ça vaut le coup. Tout est relatif".

En rejoignant la voiture, nous croisons deux jeunes françaises garées à côté de nous. Quand j'enclenche le contact, " Ferny hill" se met en route. "Oh la la, vous avez même la bande son !" "Je me suis équipée avant de partir, on est dans l'ambiance à fond".

Nous pénétrons maintenant dans l'enceinte de l'abbaye de Kymemore, à quelques kilomètres de là. On ne peut même plus faire la balade fort agréable que j'avais savourée il y a quelques années, jusqu'à la petite chapelle au bord du lac. Enfin, si, mais il faut payer 12€. Pas très grave, on peut admirer l'abbaye et prendre toutes les photos qu'on veut avant d'arriver au guichet. L'endroit est superbe, et blindé de Français.

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A Leenane, nous nous arrêtons dans le célèbre pub où furent tournées des scènes de "The filed" de Jim Sheridan. Perfect time for a Guinness. Dans la cheminée en pierre de ce beau pub, la tourbe flambe.

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Au comptoir, deux types du coin discutent. Ils ont un de ces accents à couper au couteau ! Jamais entendu un truc pareil !

Pas de pot pour Boug', quand je pars aux toilettes, il essaie de lui taper la causette et chose inespérée, elle comprend qu'il lui demande comment ça va. Encore quelques verres de Guinness et elle sera bilingue, cette petite. Déjà, elle arrive parfaitement à dire "I want two glasses of Guinness" et aussi "I am Valérie, I am french (ça tous les moutons et les vaches de la région le savent, elle s'évertue à se présenter alors qu'ils broutent peinards)

De retour, je me lève pour regarder les affiches qui parlent du film. Le pépé qui a un oeil qui dit merde à l'autre entreprend la discute. Ca va être coton, je me concentre. Il me demande si j'ai vu le film et m'apprend que le patron du pub est mort il y a une semaine. "He was a good man" soupire-t-il. Bon, s'il est comme moi, il ne pas tarder à chialer dans sa Guinness alors je change de sujet et lui demande si la région est riche en poissons (réponse évidente).

"Oui, il y a beaucoup de truite et de saumon. Tu aimes la pêche ?" demande-t-il. Est-ce que j'ai une tronche à pêcher, sérieux ?? "Heu non, je m'ennuie (parce que j'ai quand même essayé, ado), je suis trop active mais en revanche, j'adore manger le poisson". Mon bonhomme s'emballe tellement à me parler pêche qu'il se tape une quinte de toux qui me fait craindre un instant de me recevoir un truc sur le visage. Je ne suis pas douillette mais là, limite j'ai des hauts le coeur.

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Après le salut d'usage, nous reprenons la route qui quitte la côte et s'enfonce maintenant dans le Connemara, celui que j'aime, celui des mottes de tourbe, des lacs et des bruyères. Mais on dirait que mo Connemara a changé. Aujourd'hui des barricades les bordent et même les quelques moutons qui se sont échappés sont devenus disciplinés. Ils dorment sur le bas-côté de la route, alors qu'il y a une dizaine d'années, on les trouvait divaguant en toute liberté. Alors, on patientait tranquillement, on leur parlait, on regardait le paysage. C'était cool.

A 8 kms de Cong, Boug' s'écrie "Spot sieste !". Je tourne à droite, gare la voiture, me planque derrière un promontoire, laissant Boug' et son bouquin sur un banc, et m'offre une sieste réparatrice, au soleil, avec pour seul bruit le clapotis des vagues. Même les jeunes pêcheurs qui ont planté leurs bottes quelques minutes dans la vase ont préféré s'éloigner et me laisser dormir.