02/01/2011

Fin d'année très bien entourée

Je suis revenue dans la maison du bonheur, aux confins de la Suisse. Mes joues ont résonné de leurs baisers francs. Je savais que là, avec elles, j'accueillerais 2011 avec sérénité, en toute simplicité.

Un petit déj' au camembert (c'est pas moi!), une virée en Suisse allemande pour des soldes avant l'heure, et sur la route un bircher muesli savoureux, Anthony & the Johnsons à fond dans la nuit helvétique, mon décolleté pris d'assaut, les douze coups de minuit fêtés à la vodka, du caviar, du brie à la truffe - une tuerie sur place -, du nougat italien au rhum, un panettone, des cadeaux qui me tiendront chaud cet hiver, "Allelujah" de Jeff Buckley chanté comme un hommage et le lendemain pour décrasser tout ça, une bonne fondue suisse, la fameuse moit-moit' de la Migros, avant un train attendu avec elle sur le quai d'une gare déserte et la promesse d'un autre ensemble, bientôt.

 "C'est meilleur qu'un coup d'pied au cul" qu'elle a dit la dame.

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Merci les filles, je vous aime !

09/10/2010

Week-end à Amiens

Photo286.jpgC’est la deuxième fois que sa silhouette juvénile m’attend sur le quai d’une gare. Cette fois c'est chez elle, les enfants ne sont pas là et le chat erre comme une âme en peine dans l’appartement. Au déjeuner, Quine me gâte : saucisse de Morteau-aligot puis la parenthèse fromage s’ouvre sur une boulette d’Avesnes nature, aussi savoureuse qu'odorante.

 Enfoncées dans les poufs colorés, nous discutons tellement que lorsque nous levons les yeux sur l’horloge, 4 heures se sont écoulées. « On va boire un verre avant le resto ? demande-t-elle. Nous marchons sur les trottoirs jonchés de feuilles mortes, et autour de nous, ça fait « chtonc ! chtonc ! ». Ce sont les marrons qui dégringolent des arbres, sur les voitures garées là, et nos crânes échappent aux bosses par miracle. Sur le quai Bélu, les cafés et restaurants sont animés mais le bar dans lequel nous entrons est vide et nous picorons des olives noires autour d’un fizz framboise et d’un daiquiri fraise (pour info, elle en raffole).

Nous nous attablons ensuite dans la salle lounge d'un restaurant voisin et faisons généreusement profiter les oreilles indiscrètes de nos voisins de notre conversation de femmes. Quine a poussé le raffinement jusqu’à commander un plat assorti à son tee-shirt ! (je vous rassure, dans la vraie vie, elle a des bras)

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Le lendemain, elle s’est levée avant moi pour ramener des viennoiseries. Nous buvons des litres de café en rêvant au nouveau canapé. En quête de nouveauté, Quine me fait découvrir de nouveaux blogs sur son agrégateur.

 

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Maintenant nous sommes 3 et les caipirinhas concoctées par Mr. Good nous chauffent les oreilles tandis que nous le soumettons au questionnaire des couleurs. J’ai l’impression de beaucoup parler. C’est plutôt bon signe, certes, mais quand même, je ne voudrais pas filer une migraine à mes compagnons. L’heure du repas approche et je suis préposée au remuage régulier de la marmite. Elle est remplie de bonnes choses qui dorent et mijotent. On mange du riz à la sénégalaise, avec du poulet, des poivrons, tomates et ça sent rudement bon. Je me désole que Boug’ rate ce festin. Les caipis nous ont tellement chauffé les oreilles que nous déjeunons à l’eau. La tarte tatin maison qui suit – en pâte feuilletée et crème fraîche Isigny sa mère -   est tout simplement une tuerie . Je ne peux plus arquer et moyennement convaincue de ma capacité à mouvoir une quelconque partie de mon corps, je m’engouffre dans la voiture. Je l’ai pourtant attendue, cette visite des hortillonnages d’Amiens.

 

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Une fois dans la barque à cornets, je me sens légère comme une libellule (enfin, presque). La jeune femme à l’arrière qui a tout prévu, même les parapluies, explique l’origine des hortillonnages, particularité amiénoise. Ces jardins flottants façonnés par l’homme au Moyen-âge, d’abord potagers, aujourd’hui essentiellement jardins d’agrément, ont nourri les Amiénois jusqu’au siècle dernier. Les hortillons vendent encore, chaque samedi sur un marché flottant, les récoltes issues de ces terres riches en tourbe et d’autant plus fragiles. Les typiques barques à cornets et fond plat permettent d’accoster sans abîmer les berges. Pourtant situés au cœur de la ville, la balade de 45 minutes autour des hortillonnages,  inaccessibles en voiture, est particulièrement reposante. 

 

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Pour un aperçu de ce trésor écologique, visionnez le film émouvant d’un défenseur des hortillonnages, un temps menacés par un projet de construction de rocade.

 

26/09/2008

Mes journées du patrimoine

Lors des journées du patrimoine, j’étais en Sancerrois où je prenais soin du patrimoine familial.

Presque sexagénaire, et toujours sexy, elle ne vieillit pas, ou si bien, elle a toujours cette tête de gamine facétieuse et pourtant si rêveuse, alternant gaieté et mélancolie, ma jolie rousse constellée de taches de son.

 

Dimanche, nous avons décidé d’aller nous promener ensemble du côté du canal de la Loire. Il faisait un soleil magnifique, j’avais envie de prendre des photos et de vous faire découvrir, peut-être, cette jolie région. D’adresser un clin d’œil à Dan-Oméga, aussi, et à Céleste, même si ce n’est pas tout à fait son coin.

 

Ma mère m’a fait prendre son itinéraire préféré, la route de Saint-Gemme, qui longe le château de Buranlure avant d’arriver à Cosne sur Loire.

J'aime énormément ce château, de nombreuses voitures y étaient parquées, il était ouvert au public en cette journée, quelle aubaine, moi qui l’admire à chaque fois ! J’étais excitée en pénétrant dans son enceinte, à l'idée de pouvoir enfin l'admirer de plus près.

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Mère Mi et moi avons déambulé dans les pièces de ce château inhabité, magnifique, profitant par moments de la visite guidée par une des filles de la famille.

Nous avons admiré les vitraux, notamment celui, grandiose, ornant la chapelle rouge dédiée à Sainte-Solange, patronne du Berry.

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Plus tard, nous avons repris le petit chemin qui sent la noisette et longé le canal latéral à la Loire pour de nombreuses photos, à Bannay et Ménétréol sous Sancerre :

Un petit chemin qui sent la noisette.jpg
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Une jolie fleur.jpg

 

La Loire à Saint-Satur, à l’endroit même où nous prenons le départ en été, de nos balades en kayak jusqu’à la Charité, et une petite maison toute biscornue qui m’a tapé dans l’œil :

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Dans le soir qui fraîchissait, nous sommes rentrées à la maison où on nous attendait avec impatience pour déguster un cheese-cake aux citron et groseilles fraîches (fait maison, bien sûr) qui eut beaucoup de succès.

http://www.geocities.com/chateaudeburanlure/

16/09/2008

Le théâtre du dimanche soir...

J’avais pourtant pas reçu un seul coup de fil de la journée …

Dimanche soir, je sors du ciné vers 21h30, enchantée de l’atmosphère déjantée et de l’extrême pudeur du « Premier jour du reste de ta vie ».

Pas de pathos, les scènes tristes sont suggérées, l'amour dit avec les yeux. J’aime vraiment.

Je pédale jusque chez moi, contente de me poser, enfin.

(Il est 22 h)

***

A peine le temps d’une pause pipi (z’avez remarqué comme on est pris d’une irrépressible envie de pisser dès qu’on se trouve devant sa porte d’entrée, limite si on a le temps de l’ouvrir ?), mon portable sonne, c’est mon père qui me demande :

- si je suis chez moi

- si j’ai écouté le répondeur de mon fixe.

« Ben non, je viens de rentrer, pas été là de la journée »

(A part mon père, tout le monde sait que je n’écoute jamais le répondeur de mon fixe, qui d’ailleurs ne me sert pas à grand-chose à part à être réveillée en sursaut le samedi matin à 9h par des vendeurs de fenêtres, cuisines équipées, volets roulants … rayer la mention inutile)

« Bon, c’était pour te dire que j’arrive demain à 14h à la gare de Lyon ».

Je soupire. Il m’avait parlé d’une nuit à Paris il y a 2 semaines et annonce son arrivée … la veille.

« Ok, pas de problème, mais comment tu vas récupérer les clés de chez moi vu que je bosse ? ».

« Oh, ben ça c’est pas grave, je vais attendre que tu sortes du boulot »

« Mouais, Papa, sauf que demain justement, j’ai une journée de dingue, convention, salon, et que je sortirai au plus tôt à 19h30 »

Pendant que j’essaie de trouver un moyen de pas le faire errer dans les rues pendant des heures, un bip se fait entendre dans le téléphone, justement mon frère, tombe bien celui-là, je mets le pater en attente, cherche un n° de tel pour mon frère et négocie qu’il retrouve le reup’ pour lui filer les clés.

***

Mon père demande « Tu veux parler à ta mère ? »

Ben là tout de suite, pas trop, j’aimerais bien me poser, ah elle est couchée, quel dommage, ah ben non elle dort pas, dis donc ! J’te la passe. OK.

Comme ça dure généralement 3 plombes plus de 5 minutes, je saute dans mon pyjama et rappelle ma mère du fixe, histoire de pas me cramer les neurones. Je suis pas en ligne avec elle depuis 5 minutes que mon portable sonne de nouveau,  je lâche un « Putain, mais qu’est ce que c’est que ce bordel ce soir, j’y crois pas, quitte pas, Maman ! »

Sur le téléphone, y’a Igor qui clignote, ça lui ressemble pas d’appeler à 22h30 et je m’inquiète, décroche et entend « Olivier est chez toi ? »

(qu’est ce que je suis censée répondre, là ????)

Je bafouille, Igor m’explique une histoire à dormir debout de clés oubliées le matin, de téléphone bloqué (ça je savais) et de message sur un répondeur disant « je vais dormir chez Fiso » et finit par : « Je suis à Palais-Royal, j’arrive ».

Je reprend ma mère qui pige que dalle, faut dire que je suis pliée de rire par la tournure que prend mon dimanche soir peinard.

***

Quand l’interphone sonne, je me penche à la fenêtre et crie en rigolant à Oh ! « C’est pas un peu fini ce bordel, chuis en pyjama, moi ! ».

Je rigole moins quand l’interphone fait grève et que je sors de chez moi en pyjama pour aller le chercher, sûre de ne croiser personne, et voilà l'ascenseur qui s’ouvre sur 4 visages hilares, je me perd dans la contemplation de mes babouches (encore heureux, y’avait pas le canon du 6ème).

Pendant qu’Oh ! se remet de ses 2 journées de fête de l'Huma, 100 bornes de la journée, 3 heures à faire la conversation chez le voisin, et se prépare pour les 35 bornes restantes, je lui sers un thé.

Le téléphone sonne encore 2 fois, mon frère pour me demander si mon pote photographe peut prendre sa meuf (en photo, donc) et Igor qui s’est paumé entre le périph’ et chez moi.

Vers 23h, je libère mon amant qui se les gelait sur le balcon (nan, je déconne !)

04/09/2008

Marion (1)

Ce soir, j'ai retrouvé ma fratrie dans le quartier ou on a grandi tous ensemble. Enfin, celui ou j'ai passé mon adolescence, en ce qui me concerne. Ca fait drôle de descendre de ce tramway, qui n'existait pas à l'époque, et de ne même pas jeter un coup d'oeil vers la rue d'immeubles en briques rouges ou nous habitions. Peut-être parce que je n'y ai pas été heureuse, dans cette chambre au rez-de-chaussée.

On a descendu la rue, longé le parc. Mon frère a dit "Putain, qu'est-ce que j'ai usé mes semelles sur ce trottoir". Dans la rue qui mène chez ma petite soeur, à la place des abattoirs, un nouveau restaurant, "associatif", a ouvert. Les bobos s'installent.

Au 4ème étage, elle a ouvert la porte, ma petite soeur aux yeux de manga. J'ai réalisé hier soir seulement, qu'elle va partir loin de moi. Je lui ai dit au téléphone, "Putain, vous vous barrez tous les deux, ça me fait drôle, d'habitude c'est moi qui part". Elle a crié "Oh, Fofa !" mais je la connais, je sais qu'à ce moment -là, ses yeux ont brillé.

Ma petite soeur, j'en parle presque jamais ici. Question de pudeur.

27/08/2008

Entre Drôme et Vaucluse

La même voiture dorée, au même endroit, à la même heure, mais sous une pluie battante qui n'a pas cessé depuis le matin.

Jusqu'aux confins de la Bourgogne, il pleut, mais les coeurs sont réjouis. Y. chante "La complainte  pour être enterré à la plage de Sète" et la voiture qui file sur l'A6, vers la Provence, résonne bientôt du "P'tit bonheur" de Félix Leclerc et des standards de Brassens et Dassin. La nuit est tombée depuis longtemps quand ils atteignent la maison aux volets bleus accrochée à la montagne, à quelques kilomètres de Vaison-la-Romaine.

Au matin, lorsque Fiso émerge, le soleil est déjà haut et la café brûlant. En déjeunant sous le tilleul de tartines dégoulinantes de miel de Provence, ils savourent la vue saisissante sur les vignes et surtout le silence, irréel. Bientôt, deux frimousses les rejoignent, tout surpris de retrouver ces visages devenus familiers. Baisers sonores, jeux d'eau, siestes dans le hamac, séances d'aquagym sur fond de déconnade dans la piscine, tapenade et muscat, grillades saupoudrées de romarin frais. Le soir venu, Fiso retrouve son répertoire de chansons d'enfants et les éclats de rire d'une petite fille pleine de vie troublent la nuit. Et lorsque les enfants sont couchés, Fiso et ses amis s'allongent dans l'herbe pour regarder les étoiles. Elle n'avait plus admiré le ciel étoilé depuis son enfance, en Allemagne. 

Ce soir, il me reste des parfums. Celui du cou d'un petit garçon blond comme les blés que j'ai dévoré de baisers. Ceux des cheveux soyeux de sa soeur que j'ai parfumés d'huile de sésame.

Mais surtout, il me reste le parfum puissant des quelques brins de thym, romarin et de lavande que j'ai cueillis avant de partir.

31/07/2008

Saugrenu

« Tu vis comme un homme et ça me rend triste ».

J’éclate de rire et demande « c’est quoi, maman, vivre comme un homme ? ».

Elle s' explique. J'ai envie de lui dire que c'est le plus beau compliment qu’elle m’ait jamais fait mais les larmes dans ses yeux m’en dissuadent.  

On dit qu’une mère connaît son enfant mieux que quiconque. Suis-je la seule à vivre un tel malentendu ?

01/07/2008

Tati

Génialissime, le site créé par Sophie Tatischeff, en hommage à son père :http://www.tativille.com/

(je suis une fan de Jacques Tati)

12/06/2008

J'fais mon cinéma

A quel film devez-vous votre premier souvenir de cinéma ?

"La belle et le clochard"

A quel film devez-vous votre première émotion de cinéma ?

"Il était une fois dans l'Ouest" (à 8 ans) puis "Othello" d'Orson Welles

Quel est le chef-d'oeuvre "officiel" qui vous gonfle ?

"Autant en emporte le vent"

Quel classique absolu n'avez-vous jamais vu ?

"Autant en emporte le vent" (commencé 2 fois, jamais fini)

Quel est le film unanimement jugé mauvais, que vous avez "honte" d'aimer ?

"Purple Rain" (mais je n'ai pas honte !)

Quel est le film que vous avez le sentiment d'être la seule à aimer ?

"Dead zone" de David Cronenberg (avec Christopher Walken)

Quel film aimeriez-vous faire découvrir au monde entier ?

Un film muet

Quel film montreriez-vous en boucle à votre pire ennemi pour le torturer ?

"Au hasard Balthazar" de Robert Bresson

Quel film pourriez-vous regarder tous les jours ?

"Le père Noel est une ordure" ou "Playtime" de Jacques Tati

Un film a déjà influé sur le cours de votre vie ? Non

Quel film vous a fait verser vos plus grosses larmes ?

"Leaving Las Vegas" de Mike Figgis

Quel film vous a procuré votre plus forte émotion érotique ?

La première : un film au titre inconnu, une histoire de prise d'otages en haute mer

La plus forte : "Histoires d'O"

Quel(s) film(s) emporteriez-vous sur une île déserte ?

"Magnolia" de Paul Thomas Anderson

Quel film attendez-vous avec la plus grande impatience ?
 A suivre ...


 

01/12/2007

Toute ma vie, j'ai rêvé ...

Faut croire que les avions et moi, c'est une histoire d'amour qui dure depuis toujours. La première fois que j'en ai pris un, j'étais encore au chaud dans le ventre de ma mère et on s'envolait ensemble sur une île du Pacifique qu'on appelle "le caillou". Au retour en France, quelques années plus tard, je passais les quelques 20h de vol à gambader dans les jambes de l'équipage, gavée de bonbons.

Et puis, quand j'avais à peine la vingtaine, je dégotai mon premier job dans un aéroport. Pendant près de 10 ans, j'allais vivre au milieu de ces oiseaux de métal, porter un uniforme et arpenter les couloirs des aéroports jour et nuit. J'ai d'abord envié les passagers, rêvé devant les panneaux d'affichage qui me parlaient d'exotisme et de contrées lointaines. Senti les larmes monter en assistant aux adieux déchirants d'amoureux enlacés et souri aux youyous méditerranéens qui emplissait le hall de l'aéroport de joyeuse chaleur. Récupéré des touristes en perdition que j'accompagnai jusqu'à leur hôtel. 

C'est en Irlande que je réalisai enfin mon rêve de gosse : être hôtesse de l'air. Dans mon tailleur vert à boutons dorés, chignon banane et maquillage soigné, j'exercais enfin à loisir ce besoin que j'avais et ignorais : réconforter et sécuriser. Je découvrai aussi un certain plaisir à exercer mon autorité et à être le point de mire.

Après les premières semaines ou mon corps se couvrait de bleus à force de se cogner au mobilier hostile de l'avion, je gagnai en équilibre. J'en connaissais les moindres bruits et me sangler sur mon jumpseat pour le décollage était devenu aussi banal que monter dans un bus. Mais chaque montée dans l'avion, mise en route des moteurs, prise de micro pour souhaiter la bienvenue à bord, fermeture des portes pour décoller était un moment excitant.

Il y a les passagers qui se forcent poliment, avec un sourire gêné, à regarder la démo de sécurité en pensant "la pauvre, elle doit se sentir tellement bête" (je sais, ça m'arrivait avant). Les hommes d'affaire qui attendent juste que vous leur tourniez le dos pour vous reluquer à loisir. Les idiot(e)s qui font sauter bébé sur leurs genous à l'atterrissage, ceux-là je les engueulais sévère.

Je me souviens de plusieurs de "mes" passagers. Je passai souvent la fin du vol à griffonner des adresses à Paris pour les Irlandais et en Irlande pour les Français. Je revois cet humanitaire Irlandais, presque intégralement plâtré, qui embarqua sur mon vol, totalement paniqué, seul rescapé d'un crash en Afrique. J'eus pour lui la tendresse d'une mère pour un nouveau-né, il paraissait tellement vulnérable !

Et cette jeune française, honteuse, que la police accompagna à bord. Paniquée à l'idée de prendre l'avion, elle avait bu pour noyer sa peur et venait de passer quelques heures en cellule de dégrisement à Roissy. Elle pleura pendant tout le vol.

Des moments de bonheur, aussi. Le choc de me retrouver face à une de mes idoles, Nina Simone. Inoubliable. Les échanges passionnants avec un charmant passager blond, somme toute quelconque jusqu'à ce que je le reconnaisse dans un magazine: Eric-Emmanuel Schmitt. La joie d'accueillir à bord famille ou amis : ma mère, gonflée de fierté, qui eut les larmes aux yeux en entendant ma voix résonner dans la carlingue. La rigolade avec les copines quand on s'amusait, en phase de descente,  à faire traverser l'avion à  des grains de raisin jusque dans le cockpit, sous les yeux de passagers ébahis.

Et puis Paul Newman, Mylène Farmer et d'autres.

Des souvenirs moins glamour aussi, comme ce vol Dublin-Londres ou secouée par de violents trous d'air, je me retrouvais par terre, sonnée. Un passager dévoué me souleva de terre et m'assit à côté de lui. Le PDG de la compagnie et quelques autres vomirent leur petit déjeuner à l'atterrissage. J'ai pu tester mon sang-frois à plusieurs reprises.

En 2001, j'eus les larmes aux yeux en apprenant qu'un avion de mon ex-compagnie s'était écrasé sur les tours du World Trade Center. Je pensai aux passagers, bien sûr, mais aussi à tous ces stews et hôtesses que j'avais croisés et qui avaient dû masquer leur terreur jusqu'au bout, alors qu'ils savaient qu'ils ne reverraient jamais les leurs. Et puis, je pensais à mes potes qui devaient faire face aux appels. Plusieurs jours de cauchemars, pour eux. Depuis que j'ai quitté ce monde magique, je n'ai qu'une envie, y revenir (mais pas dans les airs). Les aéroports et les avions me manquent.

Alors ce soir, à quelques heures d'embarquer sur le vol de mon ex-compagnie avec Mexico en destination finale, je me réjouis déjà. Dans les airs, je me sens comme un poisson dans l'eau. Un poisson volant, tiens !