05/02/2012

CNV, je ne suis vraiment pas aidée ...

Pratiquer la communcation non violente dans ma jungle urbaine, c'est comme participer à l'île de la tentation quand on est un couple heureux et sans histoires. Ou plonger la main dans un panier de crabes.

J'engrange pourtant quelques petites victoires. Petites parce qu'on ne change pas si facilement un mode de pensée qui s'est construit sur des années. Mon métier de formatrice me permet de constater chaque jour les bénéfices d'échanges basés sur la bienveillance, l'encouragement et la valorisation. Ma « filleule » a même souligné « ma patience, mon sang-froid et ma faculté à apaiser les tensions. »

Sauf dans les transports. Au volant, elle a découvert, la semaine dernière, mon côté mec et m'a entendu apostropher vertement les autres automobilistes. Accessoirement, elle trouve que je roule vite. Pourtant, j'avais bien du mal à pousser à 130 l'Opel Corsa de merde qu'on m'avait filée la semaine dernière. J'espère que je ne vais pas me taper le même veau demain matin, j'ai quand même 1h30 de route entre Pau et le site de mon client. Sinon, elle va encore m'entendre pester.

Dans le métro, aussi, je suis en mode cocotte-minute. Comme jeudi soir, lorsque après un échange stressant avec mon client, nous sommes arrivées dans le métro.
Il faisait un froid glacial, nos ordinateurs pesaient une tonne, j'avais mal aux yeux après une journée entière à fixer l''écran lumineux et il nous restait 14 stations avant de retrouver nos collègues pour une soirée au resto. Au milieu du wagon, j'aperçois deux places vacantes qui nous tendent les bras. Je me rue, souffle la place à un type grisonnant qui tentait de l'atteindre avant moi et invite ma "filleule » à s'assoir en face de moi. Amer, le bonhomme me glisse un peu sèchement : « On va dire que c'est de la galanterie ». Percevant toute l'ironie de son propos, je me retiens de lui faire une réponse superbe à la Gicerilla (version Fiso quand même) : « Non, là mon pote, en l'occurence, c'est de la parfaite goujaterie. »
[Gicerilla a une façon de moucher les gens en restant parfaitement élégante, je ne sais pas comment elle fait. Elle est tout simplement meilleure que moi en communication non violente.]

J'assène donc à mon interlocuteur un minable : « On va dire ça, oui. Merci. »
Il ne lâche pas le morceau : « Vous avez quand même fait du forcing mais c'est pas grave. »
J'ai envie de répondre «  Vous allez me casser les couilles encore longtemps ? Ca vous fait si mal au cul que ça de laisser deux jeunes femmes s'assoir ? » mais je me contiens et dis  « Non, j'ai juste été plus rapide que vous » [et vlan dans ta gueule, espèce de mollusque. Et si tu continues à ergoter, tu vas te les prendre, mes roubignoles]

A la station suivante, il est assis. C'était pas la peine de faire tout un flan. Nous, en revanche, on aurait sûrement dû attendre bien plus longtemps que lui pour obtenir 2 places assises. Mon triomphe est pourtant de courte durée. Mon voisin, un Africain sans âge mais sans doute plus âgé qu'il n'y paraît, dégage une odeur d'urine épouvantable. Je passe les 20 minutes suivantes en apnée. Je prends des couleurs, quoi. Assoupi, il manque même me tomber dessus.

Nous approchons - enfin - de Montparnasse, ça sent moins la pisse et un peu plus la libération. Nous nous levons, je commente l'attitude du vieux grisonnant et ce constat désolé que j'ai fait, tout au long de cette semaine où la joie de vivre de ma «  filleule » m'a accompagnée, que lorsqu elle éclate de son rire extraordinaire, les gens se retournent et lui jettent un regard surpris, moqueur, parfois même désapprobateur. Comme si être joyeux était totalement inconvenant, voire anormal. Appuyé au strapontin, un jeune homme, qui écoute visiblement moins la musique qui s'échappe de ses écouteurs que notre conversation, sourit. Un complice, ouf, tout n'est pas foutu.
Et alors que quelques ondes de bien-être m'envahissent, de bonnes vibes comme on dit quand on parle franglais, je jette un dernier regard au vieux monsieur africain qui au même moment, croyant peut-être encore sentir mon épaule toute proche pour le retenir, glisse de son siège et tombe par terre, sous le regard des voyageurs.
Hagard, il se redresse sur un genou, regarde autour de lui, semble se demander où il est. Les paumes au sol, il ne parvient pas à se relever. Le bonhomme grisonnant le regarde, ne bouge pas. Et là, n'en croyant pas mes yeux, je crie : «  Non mais, je rêve ? Y'a personne qui va le relever, ce monsieur ? Il ne va pas le relever, l'autre connard, au lieu de le regarder comme un abruti ? »

Et voilà. J'ai donné raison à ma «  filleule » fraîchement débarquée de son Nord natal avec tous les clichés habituels concernant les Parisiens. Bravo Fiso. 

PS : J'avais commencé ce billet dans un tout autre but, celui de vous dire que j'étais fière de moi parce que je progressais et venais justement de déjouer un des écueils du "Demander" en envoyant un mail à un homme qui m'est cher.

Mes succès méritent au moins autant de place, et même plus, que mes échecs. Car il n'est pas vrai que seuls les échecs nous font grandir. Du coup, je m'en vais écrire un autre billet.

23/07/2011

Acide comme la pluie

Lundi, c'est l'heure du déjeuner dans le quartier de l'Opéra et je m'échappe du congélateur qui me tient lieu de bureau; la clim' y est visiblement bloquée en mode canicule et pas moyen de mettre la main sur cet enfoiré de George dont un seul regard de braise me réchaufferait à coup sûr.
Je traverse les axes miroitants et bucoliques (Petits Champs, Capucines, rue de la Paix) qui me rappellent des parties de Monopoly avec mon frère - il fait un temps idéal pour y jouer, tiens ! -  d'un pas plus frileux qu'enthousiaste, abritée sous un parapluie.

Avenue de l'Opéra, pourtant, j'ai envie de rire en découvrant les touristes, ridicules sous leurs ponchos colorés en plastique. Ils arpentent les rues, les yeux rivés sur leurs godillots trempés plutôt que sur la magnifique architecture hausmannienne, un brin incrédules, de l'air du mec qui se dit "J'ai l'étrange impression de m'être fait niquer ?"

Ma propre mauvaise humeur me titille soudain et je m'imagine, les pointant du doigt en ricanant "Nanananèreeeee ! Comment vous avez l'air cons, avec vos tongs et vos ponchos !" A cette réjouissante idée, un sourire sardonique se dessine déjà sur mon visage mais je suis une grande personne, paraît-il, alors je continue mon bonhomme de chemin en enviant Lafesse.  

Je rejoins la rue des Petits Champs, envoyant au passage un baiser vers l'imposante statue de Molière, à l'intention de Chichi et Kamel, mes barmen préférés.

Sous un porche attenant, la serveuse du restaurant "Aux Bons Crus" fume une clope et je la salue, avant de m'installer devant une entrecôte en sauce bordelaise et son os à moelle. Dans ce restaurant découvert récemment grâce à LaFourchette.com, les portions sont généreuses, le minois de la serveuse séduisant et sa gentillesse naturelle, encore plus.

AuxBonsCrus.jpg



Remarquez, je me fous de la gueule des touristes mais je n'en mène pas plus large. Le ventilateur posé début juin par mon Pôpa, en prévision de la canicule annoncée chaque année, n'a déployé ses pales qu'une fois. La dernière occasion où j'ai fait la belle en bustier remonte exactement au 2 juillet, jour de la chasse aux trésors de Paris. Ces derniers jours semaines, je m'extirpe de ma couette à grand-peine et me suis même rendormie hier, ce qui ne m'arrive jamais. Chaque matin, que j'aie dormi 5 ou 8 heures, je découvre avec la même lassitude ma gueule de batracien éclaté dans le miroir. Le crachin qui tombe sans discontinuer me donne, en prime, une tête de brebis. Déprimant. Bêêêê !
 
Alors, pour égayer un peu mes trajets quotidiens, je me fous de la gueule des gens dans le métro. Les touristes font profil bas et jaillissent des wagons en silence, comme des bêtes qu'on mène à l'abattoir, alors que d'ordinaire ils piaillent comme des moineaux. Les Parisiens quand à eux, qui ont pour une fois une bonne raison de tirer la gueule, s'enfoncent un peu plus dans leurs vestes d'hiver.

Un matin de cette semaine, j'ai retrouvé dans mon wagon une vieille connaissance : le type le plus sinistre qu'il m'ait été donné de croiser, je crois. Celui-là, il ne change pas avec les saisons. Même costume triste, flottant autour de son grand corps maigre, même sacoche en cuir ridiculement petite. Immanquablement accroché à sa barre métallique, les yeux fermés comme s'il ne voulait plus voir la misère du monde, le teint aussi jaune hiver qu'été et une sorte de moquette noire plantée sur le crâne. Y'en a qui disent que les métis sont toujours beaux, ben lui, il a pas eu de pot.

Il y a aussi celle-là, face à moi, le visage criblé de boutons bien qu'elle soit sortie de l'adolescence depuis des décennies. Je la trouve instantanément antipathique. Le téléphone portable dans lequel elle braille y est sans doute pour quelque chose. Je fixe ses tongs, perplexe, (elle va au bureau comme ça ?) et entame un dialogue muet en la voyant réprimer une grimace agacée "Ben alors, bouffonne, tu patauges de bon coeur dans les flaques et tu fais la gueule parce que le parapluie de ta voisine met trois gouttes sur ton chemisier informe ?"   
 
Autre chose me fait doucement sourire, en ce moment, ce sont les affiches publicitaires estivales. Je suis tombée sur 3 ou 4 qui m'ont enchantée par leur humour involontaire, du coup, maintenant, je les traque. Jugez plutôt :

Glacé... et mouillé !

Eté glacé.jpg

Pendant que les Belges jouent aux boules sur le sable (???),

ici, on les arbore en guirlandes !

LéondeBXL.jpg

PS : Je rappelle à mes lecteurs, à toutes fins utiles, qu'en avril en Irlande, les passages pluvieux ont totalisé 2 heures en 15 jours. Le prochain qui me dit qu'en Irlande, il pleut tout le temps se prend mon coup de pied au cul.

02/05/2011

Atterissage d'urgence : PNC, à vos portes !

Dimanche, 23h et des poussières. Affalée sur mon canapé que je retrouve après quasiment 4 semaines d'absence, je savoure ma première soirée chez moi depuis bien longtemps. Je la savoure d'autant plus que mardi matin, je m'envole de nouveau pour l'Espagne afin d'y assurer ma dernière session, à Jerez de la frontera. Mes plantes, que je pensais retrouver desséchées et jaunies ont bataillé vaillamment pendant que je sillonnais l'ouest irlandais. Il faut dire que je les ai choisies robustes car je n'ai pas la main verte.

En 1 mois, j'ai passé en tout et pour tout 2 nuits chez moi. Je devrais sous-louer mon appart'. Bref.

Je suis donc peinarde après avoir fait une lessive, rangé mes vêtements et passé quelques heures dans un parc avec un blondinet amoureux, aux yeux brillants et aux joues roses, qui avait beaucoup de choses à me raconter (pas amoureux de moi, hein, mais son bonheur fait réellement plaisir à voir).

Demain, je passe la journée au bureau car le 2 mai est férié en Andalousie. Tant mieux, je me serais mal vue enchaîner au pied levé une semaine d'espagnol après mes 15 jours de vacances. J'ai, comment dire, bien fait le vide dans ma tête. Cette journée va me permettre de me remettre dans le bain, de relire mes docs et surtout de livrer la pile de notes de frais que je trimballe depuis un mois.

Donc, 23h et des brouettes quand mon téléphone tintinnabule. Tiens, un sms de ma collègue, mon fameux binôme ! "Salut poulette, c'est C. Dis moi tu as vu que tu as ton avion demain matin pour Séville ? Bisous" 

Je blêmis (et vu les couleurs que j'ai prises depuis 1 mois, ça veut dire que je blanchis sérieusement). "Elle me fait une blague". Je me rue sur mon ordinateur pro que je n'ai pas ouvert pour savourer jusqu'au bout mes vacances. Impossible de me connecter au serveur Citrix. Je l'appelle.

Elle explique qu'elle a découvert un mail samedi, de notre client, envoyé tranquillement vendredi soir à 19h11, avec nos billets d’avion, train etc. pour un départ le lundi matin. Tranquille, la cliente, elle dispose de nos journées comme si on ne travaillait que pour elle ... J'envoie dans la foulée un sms à notre chef de projet alias Charlie (et ses drôles de dames) "Je viens d'en apprendre une bonne ... T'es au courant ?"

Heureusement pour lui, il a répondu non. Et il était aussi vénère que moi qu'elle foute en l'air la petite réunion qu'il avait programmée. Imaginez ma tronche. J'ai immédiatement appelé mon petit blondinet pour annuler le resto qu'on avait programmé le lendemain soir (et le mojito à l'Oustaou café, merde!), sauté sur mes pieds, balancé baskets, maillot de bain (on ne sait jamais, si je l'avais eu, je me serais baignée en Irlande), robes etc. dans ma valise encore tiède. Je n'ai pas de billet d'avion ni de train. En gros, c'est la merde.

Je défie quiconque d'arriver à emballer une valise aussi rapidement que moi, et ce, sans rien oublier. Et je me suis juré une chose : mes 15 jours de vacances en juin, je les passe chez moi. Je ne vais NULLE PART. Limite si je vais prendre le métro.

26/02/2011

Putain, la communication non violente, ça me gave !

Un matin vers 8h30, je monte dans le bus. Sur un strapontin, une jeune fille, casque vissé sur les oreilles. Quand le bus démarre, j'entend le boum boum des basses s'échapper de ses écouteurs et marteler mes oreilles. Les passagers la regardent. Le volume est si fort que je distingue même les paroles du mec : "Le rap français pèèète un câble".

Je lui tape sur l'épaule . Elle lève sur moi des yeux charbonneux qui me jettent un regard mi-hautain mi-stupide et enlève son casque. "Quoi?"

Appliquant les préceptes de la communication non-violente, j'aurais dû dire quelque chose comme " Quand vous écoutez votre musique à un niveau sonore élevé, je me sens en colère parce que je le prends comme un manque de respect des autres" mais j'ai dit : "Dîtes, c'est un casque ou un haut-parleur, votre truc ?"

Elle me fixe toujours, ne semble pas comprendre. Limite, je me sentirais conne. C'est le monde à l'envers !

Mais comme je suis passablement excédée, ça ne m'arrête pas. "Votre musique est tellement forte que j'entend les paroles comme si j'avais votre casque sur les oreilles. Le rap français pète peut-être un câble, mais moi aussi j'vais en péter un !"

On est arrivés, tout le monde descend. Est-ce que je me sens mieux d'avoir exprimé ma frustration ? Non. Pour la communication non-violente, je réviserai mes devoirs.

 ******************************************************************

Un soir, minuit, un sms apparaît sur mon téléphone. "Tu dors?" Aussitôt, une vague inquiétude m'envahit. Un message de la famille à cette heure-là, ça n'est pas habituel. J'appelle. "Ils" se sont disputés et "il" vient de partir, vaguement éméché, à pied, sur les routes de campagne. Le ton de ma voix monte très vite, je m'énerve et dis qu""ils" commencent à me gonfler avec leur cinéma. Elle proteste, se défend ""Il" devrait arrêter son cinéma, "il" fait tout un flan pour pas grand-chose. Qu'est ce que tu veux que je fasse??"

Appliquant les préceptes de la communication non-violente, j'aurais dû dire "Ecoute, quand tu m'appelles pour m'annoncer qu'il est parti saoul, en pleine nuit et à pied sur les routes, cela m'inquiète terriblement. J'aimerais que tu ailles le chercher et que vous preniez vos responsabilités". Mais j'ai crié dans le téléphone "Et ben, tu prends ta bagnole et tu vas le chercher ! Parce que s'il lui arrive quoi que ce soit, ça va chier ! Vous commencez vraiment à me gonfler avec vos conneries !" Elle crie, avant de me raccrocher au nez "Bon, ben écoute, j'aurais pas dû t'appeler, excuse-moi !"

Une demi-heure plus tard, je reçois un nouveau message. "Tu peux aller te coucher, il est à la maison".

J'éteins le téléphone, je mets du temps à m'endormir, je pense à ce qui aurait pu arriver. Je devrais être rassurée mais je ne le suis pas. Pour la communication non-violente, c'est pas encore ça.

*******************************************************************

Il se disait mon ami, déclarait que je comptais beaucoup pour lui et qu'il tenait à notre amitié. Pourtant, je sentais qu'il n'étais pas totalement sincère avec moi. Un jour, j'ai appris d'une tierce personne une bonne nouvelle le concernant. Pour vous donner un exemple, un peu comme ce jour où j'ai appris de ma vieille copine C. qu'un ami commun -ami pour elle, amant pour moi - s'était marié et avait eu un enfant. Rien que ça.

Quand il m'a appelée, j'aurais dû appliquer les préceptes de la communication non-violente : "Ecoute, j'ai quelque chose sur le coeur et il faut que je t'en parle. Je me suis sentie blessée d'apprendre ça par quelqu'un d'autre, j'ai ressenti ça comme un manque de confiance". Mais lorsqu'il m'a demandé pourquoi j'étais distante, j'ai répondu "Tu t'es pas un peu foutu de ma gueule, par hasard?"

Il a fait mine de ne pas comprendre, a évité le sujet. Depuis, il est juste un copain.

*******************************************************************

Dans un train, vers 8h, quelque part entre Bruxelles et Liège, en route vers notre dernière journée de cette session de 4 jours. Nous sommes tous très fatigués.

Une collègue qui, la veille, se sentant nauséeuse, a décliné l'offre de notre cliente d'aller boire une bière pour se détendre, nous apostrophe d'un ton lourd de reproche : "En tout cas, j'ai remarqué que vous ne vous êtes pas inquiétés pour moi, hier !"

Notre chef de projet, perplexe, répond "De quoi tu parles ? Je t'ai demandé de m'envoyer un sms pour me confirmer que tu étais bien rentrée à l'hôtel" "Oui, je ne l'ai pas fait et personne ne s'est inquiété, ni ne m'a appelé !" Nous nous justifions "On a pensé que tu avais oublié et que tu t'étais endormie, on n'allait pas te réveiller ! D'ailleurs, quand on est rentrés à l'hôtel, on a demandé à la réceptionniste qui a confirmé qu'elle t'avait vue monter dans ta chambre".

Elle réplique "Non, je n'ai pas oublié, en fait, j'ai fait exprès de ne pas vous envoyer de sms, pour voir si vous alliez vous inquiéter pour moi ..."

Devant nos mines incrédules, elle ajoute "Ben oui, j'avoue, j'ai fait exprès, je suis comme ça ..."

Appliquant les préceptes de la communication non-violente, j'aurais dû répondre "Quand tu déclares que tu as volontairement essayé de nous inquiéter, je suis stupéfaite et furieuse parce que j'ai besoin de considération et j'ai le sentiment que tu tentes de me manipuler".

Mais j'ai dit, élevant le ton : "Ah tu es une diva comme ça, toi ? Hé ben, ma vieille, t'es mal barrée si tu veux jouer ce petit jeu là avec moi parce ce n'est pas comme ça que je fonctionne. La prochaine fois, tu pourras toujours courir pour que je prenne de tes nouvelles. "Autonome et responsable" tu te souviens du slogan de notre client ?"

Les collègues, furieux eux aussi, ont rénchéri. Elle a passé la journée à bouder ouvertement et de retour au bureau s'est plaint auprès de notre boss de "s'en être pris plein la gueule". Cela a pris de telles proportions qu'elle a organisé une confrontation.

Depuis, si je m'en tiens à des relations professionnelles, je me suis promis de ne plus lui consacrer autant de temps que j'avais pu le faire par le passé, à la rassurer avant une formation un peu sensible, répondre à ses appels quand je me repose d'une journée de travail ou encore plaider en sa faveur lorsque mon chef de projet, qui trouve qu'elle "se noie dans un verre d'eau", doute de ses capacités à mener le projet à bien.Pour la communication non-violente, j'ai lâché l'affaire.

*******************************************************************

Il y a quelques jours, station Châtelet, les fourmis que nous sommes forment des bandes qui jaillissent des wagons, dévalent les escaliers et s'entrecroisent à toute allure.

Sur le quai, notre course folle est soudainement ralentie. Un homme évite de justesse la canne blanche qui tatônne prudemment à l'approche de l'escalier. Elle s'accroche à la rampe et entreprend la descente de cet escalier beaucoup trop étroit pour le flux qui s'y engouffre. Je propose mon aide mais elle se débrouille très bien toute seule. Je descends les marches à ses côtés, je la dépasse déjà.

Au pied des marches, une femme monte à sa rencontre, les yeux rivés sur ses pieds. Je ralentis à sa hauteur "Madame, attention, il y a une dame qui descend". Elle ne m'écoute pas ou ne comprend pas et quelques secondes plus tard, se prend les pieds dans la canne de l'aveugle. Je me suis arrêtée un peu plus bas, pressentant l'incident.

Appliquant les préceptes de la communication non-violente, j'aurais dû dire : .. ?? .... ???... ???? (ben là je sèche, si vous avez une idée, je suis preneuse).

Je vocifère "Mais qu'est ce qu'ils sont bêtes, les gens, ma parole ! Vous ne voyez pas qu'elle est aveugle ???"

La dame valide est interdite, elle bafouille des excuses que je balaie en secouant la tête. Je reprend ma course folle dans les couloirs blafards, marmonnant des insultes à l'égard de tous ces cons qui m'exaspèrent. Pour la communication non violente, c'est pas gagné.

 ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

J'en viens à me demander si la communication non-violente n'est pas totalement inadaptée aux latins, ou aux Français, ou en tout cas aux Parisiens.

D'ailleurs un matin, autour de notre pôle, j'ai parlé de la communication non-violente et illustré cette méthode de communication en reprenant les propos de mes collègues.

On ne dit pas "C., où tu as encore foutu les dossiers de X. ? C'est rangé comme ça, chez toi?" mais "C, pourrais-tu, s'il te plaît, ranger les dossiers X. dans le répertoire prévu à cet effet ? J'ai besoin d'ordre quand je travaille". Ou encore, on ne dit pas "Bon ben quand tu seras prête, tu me feras signe. J'ai pas que ça à foutre". mais plutôt "Nous avions rendez-vous pour un point à 9h30 et cela fait une heure que je t'attends. J'ai moi aussi des choses à faire et j'aimerais que tu prennes en considération mes impératifs".

Ca les a beaucoup fait rire et mon chef de projet a conclu "Tu sais que si tu commences à parler comme ça, tu vas devenir un tout petit peu très chiante?"

Pour ceux qui voudraient en savoir un peu plus, quelques liens :

La CNV, qu'est ce que c'est ?

http://www.cnvc.org/learn/resources

Exercices de mise en pratique de la CNV

 

11/11/2010

Arnaque XXL

J’ai donné rendez-vous à J. devant le Théâtre Royal, où une tente installée pulse de la musique moderne.  Je découvre la très belle et toute neuve gare de Marrakech.  Pour une fois, c’est J. qui est en retard et je me divertis en observant le manège sur le carrefour.

Entre les coups de klaxon intempestifs, les coups de sifflet stridents du policier en uniforme qui règle la circulation et la musique moderne, la cacophonie est impressionnante. Sur le rond-point, on trouve de tout : les vélos, plus ou moins transformés en mules, qui fendent la circulation, frôlés par les voitures, un vieil homme qui s’élance sur sa charrette conduite par un âne, les mobylettes pétaradantes sur lesquelles on trouve parfois 3 personnes : 1 sur le guidon, 1 sur la selle et 1 sur le porte-bagages. Finalement, pratiquer le 2 roues dans Paris est une balade relaxante, comparé à ici.

Maroc12.jpg

J. apparaît à ma droite, nous nous mettons en route vers le jardin de Majorelle, évitant les nombreux pièges des trottoirs marocains. Les calèches à cheval postées devant l'entrée du jardin et les nombreux vendeurs témoignent du caractère ultra-touristique de l'endroit, qui pullule de Français. Peu propice à la rêverie, le jardin est tout de même très beau, écrin vert tendre dans des tonalités de bleu roi.

Dans le jardin des cactées, que j'affectionne plus particuilèrement, je fais profiter J. de mes maigres connaissances en botanique, et lui apprends que le cactus qu'il voit, là, est très nutritif. Il produit les figues de Barbarie, on en tire aussi la célèbre tequila et au Mexique, on mange même ses feuilles.

Outre un mémorial rendant hommage à Yves Saint-Laurent, qui racheta Majorelle, le jardin compte un salon de thé. Le thé à la menthe y est facturé 30 drh, hé bne, on se torche dans la soie, ici, quand on sait que le thé à la menthe ne coûte jamais plus de 10 drh.

Il est 16h et nous n'avons pas déjeuné. J. propose d'acheter des pâtisseries dans la boulangerie Alpha 2000, remarquée sur l'avenue Allal Elfassi, l'avant-veille. Derrière des portes vitrées, des cornes de gazelle et  délicates bouchées serties de perles en sucre ou ornées de corolles sont proposées à partir de 60 drh le kilo. Nous en choisissons une vingtaine, ce qui nous coûte 45 drh, et les dégustons à la terrasse d'un café voisin.

Maroc13.jpg

La soirée commence à peine. Je propose à J. de s'essayer au hammam car j’ai moi-même décidé de m’offrir un massage avant de rentrer en France. Nous repassons par mon hôtel et je sollicite des adresses auprès des garçons de l’accueil. « Nous connaissons un très bon spa, je les appelle pour qu’ils viennent vous chercher. Le prix ? Vous aurez tout sur place». Je n’ai pas eu le temps de dire quoi que ce soit qu’il a déjà saisi le combiné et nous offre le thé, en attendant.

Quelques minutes plus tard, une jeune femme est là. Quand elle nous invite à grimper dans une navette de transfert entre hôtels et spa, je comprends  que je suis en route pour une belle arnaque. Nous voici devant le « spa des Mille et un soins ». A l’intérieur, une salle de fitness et une armée d’esthéticiennes qui nous attendent. Je souris jaune.

On nous présente une carte. Certes, les prix (en euros) sont bien inférieurs à ceux pratiqués à Paris. La jeune femme insiste pour que je fasse un hammam avec J. Ah bon ? Les hammams sont mixtes, ici ? Devant son insistance, je l’informe donc que nous ne sommes pas un couple mais des amis. Tant qu’à être là, j’opte pour un massage royal des pieds à la tête, à la fleur d’oranger. Je crois que mon idée de faire découvrir un vrai hammam à J. est tombée à l’eau.

Une heure plus tard, on me conduit dans la salle de repos où J. est allongé, des compresses à l’eau de rose sur les yeux. On m’installe et me sert un thé mais j’ai à peine le temps de le boire qu’on m’invite à me rhabiller. « Où ? » « Ici ». 2ème édition : JE NE COUCHE PAS AVEC J. Bon je ne le dis pas comme ça, quand même. Je tempère mon franc-parler et cela me coûte. On m’emmène donc dans une cabine séparée. Au Spa des Mille un soins, les prix sont affichés en euros mais on paie en dirhams.

Devant l’hôtel, je demande à J. si le hammam lui a plu. « Ouais, c’était pas mal. C’était grand ? Non, il n’y avait qu’une pièce ». Je fronce les sourcils. J. dit qu'il a été un peu gêné par cette expérience, il a eu l'impression d'assister au nettoyage d'un cirps mort. Je ris "Mais c'est horrible, ce que tu dis, J. ! Moi j'ai plutôt l'impression d'être un enfant manipulé par sa mère !" « Le monsieur t’a bien gommé ? »  « Ce n’était pas un monsieur mais une femme ». Qwaaaaaaaaa ? Il rit devant ma fureur. Je peste pendant de longues minutes. Ah ils vont m’entendre à l’hôtel ! Une femme qui gomme un homme ? N’importe quoi !

A l'hôtel, en même temps que le spa, on nous a recommandé un restaurant voisin. Je préviens J. : « On y va mais si c’est un attrape-couillons, on va dîner dans le restaurant populaire que m’a recommandé H. »

Sur la rue indiqué, nous ne trouvons pas le restaurant Al Fassia. Je demande à un homme dans la rue. Vraisemblablement drogué plutôt que saoul, il répond qu’il va nous emmener jusqu’à la porte du restaurant. Je ne suis pas d’humeur ce soir et le rabroue gentiment. « Dis-moi juste où c’est ». « Je ne demande pas d’argent », dit-il. Soit. Le restaurant est dans un renfoncement et bien sûr, arrivé là, l’homme me demande s’il a été gentil et s’il mérite quelque chose. « Tu as dit que tu ne demandais pas d’argent. Donc merci pour tout et bonne soirée ». Le restaurant Al Fassia est beau mais les tarifs, parisiens, prohibitifs.

Nous tournons les talons, j’essaie de modérer ma mauvaise humeur et nous nous installons à quelques dizaines de mètres de mon hôtel, sur le trottoir devant le restaurant « Chez Bejgueni », un restaurant populaire recommandé par H., le chef de projet marocain.

Note : De retour à Paris, je découvrirai que ce restaurant qui ne paie pas de mine est très célèbre ! On en parle ici, par exemple.

Derrière une vitrine de boucher, le patron nous désigne des cervelles de mouton, de la viande hâchée, des côtelettes d’agneau, des merguez. Ici on paie au poids et la viande est grillée sous vos yeux. J. choisit des merguez et moi des côtelettes d’agneau avec une grande assiette d’olives et une salade marocaine 3 fois plus copieuse que celle servie dans le restaurant de la place Jemaa el Fnaa. Les chats rôdent autour de nous et nous couvent des yeux. Ce délicieux repas nous a coûté 100 dirhams à deux soit une dizaine d’euros.  Je propose un dessert à J., dans un restaurant chic où  la serveuse ne nous remercie même pas pour le large pourboire laissé.

Sur la place du 16 novembre, j’embrasse J. qui continue son périple vers Essaouira le lendemain matin. Demain, je visiterai la ville seule. Cette perspective m’enchante peu.

13/06/2010

Couacs au Diapason

En février dernier, Boug' avait organisé un brunch dominical au restaurant du très classe Terrass Hôtel à Montmartre.

La dizaine de convives, très majoritairement féminines (détail mentionné uniquement pour attirer quelques hommes à la prochaine session) avait été enchantée tant par la qualité des produits que par l'élégance du lieu et la courtoisie du service. Pour 25€, le Diapason proposait alors, à volonté, un buffet copieux et raffiné faisant la part belle aux produits bios, où à côté des traditionnelles viennoiseries, céréales et produits laitiers, on trouvait notamment du jus d'oranges pressées, charcuteries et fromages fins, financiers et autres mignardises. Le buffet était complété par un plat chaud. Dans la salle, on trouvait tout à la fois des tablées familiales, amicales ou amoureuses.

Après le brunch, nous étions montés sur la très belle terrasse de l'hôtel, nous promettant d'y revenir aux beaux jours.

Nous guettions avec impatience l'occasion de revenir nous régaler au Diapason et comme souvent, c'est la venue de Gicerilla qui nous l'offrit. Boug', pourtant initiatrice de ce nouveau rendez-vous, fut empêchée et c'est donc en compagnie des fidèles Petite Française et Wildcat, ma petite lurker italienne, ainsi que de Gi flanquée de 4 de ses amies, que nous avons réitéré l'expérience.

Une table en terrasse nous a été refusée car celle-ci est "réservée pour la Fête des Mères". Pas droit à la terrasse donc mais on nous annonce une majoration de 5€ "Spécial Fêtes des Mères". Et ne croyez pas qu'une rose ou autre attention nous attendait. Tu paies juste plus cher pour la même chose (du moins le croyais-je encore). Sympa, la Fêtes des Mères, au Diapason, non ?

Après la Saint-Valentin, je vais donc inscrire la journée de la Fête des Mères dans mon calendrier des jours où je fuis les restaurants.

Le serveur vient prendre notre commande. La table compte 3 jeunes femmes souffrant d'allergies alimentaires et celles-ci s'enquièrent auprès du monsieur de la composition des plats. Dès que celui-ci entend le mot « allergie », il lève un sourcil et décoche un regard noir à la jeune femme, à un tel point que celle-ci s'en offusque. Il prend toutes les commandes, passablement agacé, et part en concluant « Ah, je comprends pourquoi vous êtes célibataires, vous avez toutes des problèmes ! ».

A ce moment-là, on aurait dû lui planter sa table, à ce goujat, et se casser, mais trouver une table pour 8 un dimanche dans ce quartier aurait relevé de l'exploit. D'abord, déjeuner entre femmes ne signifie pas qu'on soit vieille fille. Ensuite, le Diapason devrait s'y mettre, justement, au diapason, car les intolérances alimentaires sont en constante augmentation dans nos sociétés occidentales.

Je pressens déjà que ce sera ma dernière fois au Diapason. Une des jeunes allergiques en profite pour nous recommander un brunch sans gluten délicieux dans un restaurant de la rue Lepic, "Des Si & des Mets", qui a séduit ses amies « diversivores ».

Après quelques minutes, les plats sont là et ils sont aussi maussades que notre serveur. Le riz cantonais qui accompagne mon filet de poisson est une bouillie compacte (la jeune femme qui recueillera nos doléances à la fin du repas confirmera que les cuisiniers se sont trompés et ont utilisé un riz à risotto). La jeune allergique au gluten écope de petits pois en boîte et celle qui, allergique aux plantes de la famille des Alliacées, a demandé un hamburger sans oignons se voit servir un hamburger ...aux oignons. Heureusement qu'elle a vérifié avant de mordre dedans, on a frôlé l'intervention des pompiers.

C'en est trop pour notre serveur qui décide de nous abandonner et nous confie à un collègue beaucoup plus souriant et sympathique. Aucune de nous ne se régale. Cette fois, c'est décidé, nous ne reviendrons plus. Nous faisons un tour au buffet en quête de douceurs. La même pâte est utilisée sous toutes ses formes : financiers, muffins, cakes. Il n'y a plus de macarons. Une envie de fruits frais ? Oubliez, ils sont tous tachés.

A la table voisine, j'entends des femmes se plaindre de la non-qualité de la bouffe, puisque c'est bien de cela qu'il s'agit.

L'addition nous est amenée par une charmante jeune femme, accompagnée d'un questionnaire de satisfaction. Quelle bonne idée ! Me voyant, munie d'un stylo, tirer la langue en me demandant par quoi je vais commencer, elle demande si tout s'est bien passé et écoute nos jérémiades pendant de longues minutes. « Nous avons eu beaucoup de retours négatifs, aujourd'hui », confirme-t-elle. « Laissez votre e-mail, on vous contactera ». On ne m'a pas contactée et quand bien même, je doute qu''une prestation aussi piètre se rattrape.

C'était le Diapason, ou comment en moins d'1 an d'ouverture, on passe de délicieux à dégueulasse.  

 

20/04/2010

Le salut roumain ?

Et bien ... ! en rédigeant le billet précédant celui-ci, je ne pensais pas que mon paragraphe sur le sentiment roumain d'être méprisé par d'autres pays, notamment la France, avait été illustré, il y a quelques jours, par un des guignols de Ruquier ...

En fin de journée, alors que je réponds aux commentateurs de mon blog sur fond sonore de journal télévisé roumain, mon oreille est tout à coup tirée de sa léthargie par des mots dans ma langue maternelle. Je lève les yeux "Hey, Boug' c'est en français !"

Nous fixons toutes deux l'écran et reconnaissons le plateau télé de Ruquier, son émission à la con que j'éxècre et ne regarde jamais. Un sinistre personnage est affublé d'un jupon criard. Il est question de salut romain, auquel il répond par sa version du salut roumain : il se lève, courbe le dos et plié en deux, tend la main en grimaçant "S'il vous plaît monsieur, madame". Et le public, magnifique troupeau de moutons bêlants, se lève à son tour et imite son geste..

Edit du 25 avril 2010 : j'avais décidé ne pas insérer cette vidéo dans mon billet, pour ne pas faire de pub à cette émission mais la plupart des Français auxquels j'en parle ne sont pas au courant de ce sketch (ce qui est plutôt bon signe, entre nous). Je l'insère donc pour que vous puissiez juger du degré "d'humour" de M. Lambert :

Quand on a rencontré des gens comme Dana, Costel, Andreea, Petre, Luminitsa ou Elisabeta, pour ne citer que quelques-uns de ceux qui m'ont accueillie avec chaleur et simplicité, on ne peut qu'être profondément choqué - et honteux - par l'image du peuple français que Ruquier et ses copains prétendent refléter. Ce n'est pas comme cela que j'aime entendre parler de mon pays à l'étranger. 

Un peu plus tard, au restaurant, Dana découvre à son tour ce sketch puant qui provoque actuellement un scandale en Roumanie.

Dana nous traduit le gros tittre "Comparati cu cersetorii" (comparés à des mendiants). Lorsque nous nous indignons que, au-delà de ce sketch qui n'est pas drôle, le public tout entier ait renchéri, elle demande "Mais ils sont payés pour ça, non ?".

Et bien, non, ils ne sont pas payés. Ils sont juste très cons. Je crois qu'au delà de l'auteur de ce sketch, c'est vraiment l'image du public qui se lève à sa suite qui m'écoeure profondément.

Dana secoue la tête : "Nous sommes habitués".

13/02/2010

Putain de Saint-Valentin ...

Je tue les soirées en solitaire de manière plutôt agréable sur le site de la SPH....

La plupart du temps, je ris beaucoup, parfois même j'éclate de rire. Avec ce petit gars (grand, d'ailleurs) montmartrois, avec lequel j'ai bu un verre au bout de 3 mois d'échanges réguliers. Il m'a prévenue « Ne monte jamais en voiture avec moi ». Et si un jour on boit du champagne ensemble, je le surveillerai. Avec lui, je me pisse dessus de rire !

Il y a aussi « le Bruno », mis en vente aux enchères par une amie très chère, qui va et vient au rythme de ses rencontres et m'envoie des mails drôles et tendres. Et d'autres copains échoués là, que je vois « clignoter » de temps en temps.

Hier soir, pourtant, l'ambiance ne semblait pas à la déconne.

Un premier mail d'un homme qui tente d'établir un contact depuis longtemps (et que j'ignore, honte à moi), auquel je réponds et qui me confie, tout de go, être nostalgique à l'approche de la Saint-Valentin. Je suppose que l'année dernière à la même époque, il l'a passée dans les yeux d'une jeune femme aimante mais, pudeur ou coquetterie, il n'en dira pas plus et retournera à ses rêveries.

Un peu plus tard, j'entame la discussion avec un autre au pseudo pêchu auquel il ne fera pas honneur, ce soir. Nous échangeons des vues sur le site et les gens qu'on y croise. Il me charrie et me demande si j'ai la médaille de Jeanne d'Arc. « Désolée, j'ai envie de rire, ma vie sentimentale et professionnelle me dépriment » dit-il. Il est en train de divorcer et « en a marre de baiser avec n'importe qui ». En dehors de ça, il court les marathons et j'en profite pour changer de sujet et solliciter ses conseils.

Et puis, pour finir, ce « marchand d'art » un peu rouquin qui me contacte et répond, quand je lui demande ce qu'il a fait de sa soirée (il sort beaucoup, visiblement) répond qu'il est sous la couette et n'a pas trop la pêche. « Une remontée d'émotions suite à ma rupture amoureuse et la Saint-Valentin qui approche, ça fait pas mal de négatif... » Il raconte qu'après 3 mois, silence radio, plus rien, pas de réponse à ses mails et appels. Je trépigne presque de colère derrière mon ordi, ce genre de truc me fout en rogne, ceux qui me connaissent bien le savent. Comme me l'écrivait un autre il y a peu « je préfère un non clair à un oui pour de mauvaises raisons ». Et bien moi, je préfère un bon « vas te faire foutre » à un silence méprisant.

Ce matin les petits lapins allaient mieux. Ce doit être la nuit qui les rend sombres.

Le garçon fan des années 80 me relance pour une deuxième rencontre. Il écrit "J'ai acheté un blouson en cuir pour faire le bad boy pour rien, heureusement qu'il était soldé, prochaine étape le tatouage sur le bras droit". Je lui conseille plutôt le piercing sur le zguègue, ce qui le fait rire mais ayant peur qu'il prenne au sérieux ma déconne, je le rattrape au vol avant qu'il ne commette l'irréparable. Il veut absolument savoir s'il n'y a pas la moindre chance qu'on couche ensemble. "Tu as le don de casser le moral" écrit-il à ma réponse sans appel. Ben merde, moi qui me fais un honneur de ne pas faire miroiter de faux espoirs aux hommes, v'là qu'il y en a qui demandent des minauderies ... !

Est-ce que je suis la seule à n'en avoir rien à taper de cette fête commerciale ? Je me suis toujours sentie désolée pour ces hommes qui se baladaient avec leur rose rouge à la main et ces couples aux yeux larmoyants attablés comme pour de la figuration, le jour du 14 février. De manière générale, je déteste les fêtes obligatoires.

L'année dernière, et malgré mes recommandations, j'ai eu droit à une rose rouge. A quinze jours près, j'y échappai.

Pitié ! Le resto, les fleurs, n'importe quel jour, mais pas celui-là !

 

 

 

25/09/2009

C'était supportable alors je me suis tu

Je m'appelle Mabrouck Rachedi. A l'école déjà, la maîtresse m'appelle Rachid "parce que c'est plus facile que mon drôle de nom". Quand un  -vrai - Rachid squatte les bancs de ma classe, elle me rebaptise Marc. Deux années à s'entendre appeler d'un autre prénom à un si jeune âge, ça marque. C'était supportable et je me suis tu.

(...)

Pour sortir dans les boites branchées, j’ai essayé toutes les combinaisons : en costume, en vêtements de marque, en habits hype ; en petit comité ou à plusieurs ; seul avec une fille ou avec plusieurs filles. Aucune ne marchait si lesdites filles n’étaient pas blanches et si possible blondes. Devenu analyste financier dans une société de bourse, j’ai pu sortir avec un jean pourri, en bande de 20, et en compagnie uniquement masculine.  J’étais le seul « usual suspect » (encore mon allure indéfinissable) parmi des Blancs alors j’étais « au mieux » Blanc, « au pire » le bon Arabe. C’était supportable alors je me suis tu.

(...)

Pas facile de trouver un travail en France alors pour se donner du courage, un ami et moi démarchons ensemble cette grande banque qui a décidé de monter un grand rendez-vous de l’emploi. (...) De fait, nous sommes invités à déposer notre CV et on nous promet de nous rappeler plus tard. Mon ami aura droit à un entretien personnalisé, moi non. La grande différence de nos CV est que j’ai obtenu des mentions là ou il n’en a pas eu. Ah oui, j’oubliais qu’il s’appelle Sébastien. Mais bon, c’était supportable alors je me suis tu.

(...)

Je cours plutôt pas mal quand je suis en forme. Ce jour-là j’étais en très grande forme, dévalant mon parcours habituel à toute berzingue. Les yeux ébahis des badauds témoignent que je suis en train de réaliser une belle performance quand je suis arrêté par la police montée. Qu’est-ce que je fais à courir dans un parcours… de jogging ? (...) Comme la plupart des gens autour de moi, j’ai la fantaisie de chasser la performance sans mes papiers car je suis à deux pas de mon domicile. Mais moi, on me plaque contre un mur et me demande mon identité. C'était supportable alors je me suis tu.

(...)

On s’étonne que je ne boive pas d'alcools et que je ne mange pas de porc. Je peux comprendre l’ignorance alors j’essaie d’expliquer mon héritage culturel. Mais la surprise persiste : je suis cultivé (parait-il car je suis écrivain), je suis sociable, j’ai la blague facile. Allez Mabrouck, du mangera bien du sauciflard ou un coup de rouge pour être un bon camaraaadeuuh. C’est véniel, ce n’est pas méchant, c’est arrivé une bonne centaine de fois dans ma vie. C’était supportable alors je me suis tu.

(...)

Aujourd’hui je suis aux Etats-Unis pour un programme d’écriture internationale regroupant des écrivains de 36 nationalités. Aux yeux de tous, je suis le Français. On me renvoie toutes les caricatures, du béret à Edith Piaf, de la baguette de pain à l’intellectuel germanopratin… Et même au sauciflard et au vin. Je souris du sublime paradoxe de n’avoir jamais été aussi français, pays de ma naissance, qu’à l’étranger. Et là, tandis que j’écris ces lignes, j’ai le mal du pays. Mon pays. La France.

(...)

Me taire était une erreur. Bout à bout, la séquence des événements à un sens, celui d’une bête immonde dont le ventre est encore fécond. Ce n’est pas supportable alors parlons-en.

Retrouvez le billet complet sur le blog de Mabrouck Rachedi :

17/09/2009

En 2 mots : Démerdez-vous !

Guichet Informations de la SNCF hier, 18h30, à la station Parc des Expositions de Villepinte. Rideau tiré aussi pour le guichet de vente de billets, en pleine heure de pointe et un jour où 4 salons se déroulent à proximité.

Une affiche indique pourtant "guichet de vente ouvert de 7h45 à 21h45" ... et nous sommes une vingtaine à faire la queue devant la seule machine automatique. Bienvenue en France !

Photo062[1].jpg
Photo113[1].jpg