26.09.2007

Souleymane Diamanka

Hier soir, j’étais invitée au concert d’un slameur bordelais, Souleymane Diamanka. Moins connu que Grand Corps Malade ou Abd Al Malik, il a pourtant travaillé avec les Nubians auxquelles il a offert 2 titres. Je n’accroche pas particulièrement avec le slam, je lui préfère l’énergie du rap, mais la curiosité m’a poussée à y aller, seule, puisque je n’ai trouvé personne pour profiter avec moi de l’invitation. Sur scène, Souleymane – quel joli prénom – tout en muscles dans un marcel et jean noirs, devant un public qui l’écoute religieusement, plonge ses yeux dans ceux d’une jeune femme au premier rang (pas moi, malheureusement) et déverse les rimes chaudes de « Une muse amoureuse ». Il a une belle voix grave, beaucoup de charisme, de l’humour et cette humilité qu’on retrouve souvent chez les Sénégalais. Je lui donne moins de 30 ans, il en a 33.

« Je m’appelle Souleymane Diamanka dit Duajaabi Jeneba, Fils de Boubacar Diamanka dit Kanta Lombi, Petit-fils de Maakaly Diamanka dit Mamadou Tenen(g), Arrière-petit-fils de Demba Diamanka dit Len(g)el Nyaama, Et cætera et cætera... »

« En déroulant ainsi sa généalogie, Souleymane Diamanka s’inscrit dans la riche tradition orale des Peuls, ce peuple de bergers qui a fait de la parole un art et couve le verbe comme son plus précieux trésor, ce peuple migrateur, habitant de nul part et originaire de partout (d’aucuns les appellent les gitans du Sahel) que la fortune et les vents ont disséminé dans toute l’Afrique de l’Ouest et au-delà, jusqu’en Occident. A la maison, par contre, on ne s’exprime qu’en peul, pour que le riche patrimoine transmis par voie orale de génération en génération ne s’éteigne pas sur cette nouvelle terre d’accueil. Son père y veille personnellement. Il a enregistré d’innombrables cassettes d’entretiens à destination des plus jeunes (cette voix qu’on entend sur “l’Hiver peul”, c’est la sienne). »

« Dans ces enregistrements, il y a quatre grands thèmes : ce qu'il pense de l'Occident et comment il espère qu'on s'en sorte ici, l'histoire de la famille et la généalogie, les contes et les proverbes peuls, et les conseils qu'ils donnent à ses enfants. » dit Souleymane.

"Oublie ce que tu es, deviens ce que je suis, et ensuite rajoute ce que tu es par-dessus ce que je suis. Là, j'aurai réussi mon éducation, tu seras plus que moi."» 

« En classe de CE2, Souleymane croise la route d’un instituteur qui plutôt que de faire apprendre par cœur à ses élèves des textes qui bien souvent les ennuient au plus haut point, leur propose d’écrire leurs propres poèmes, avec pour seule ligne directrice cette phrase un brin mystérieuse qui va l’accompagner jusqu’à aujourd’hui : « La poésie c’est mettre des noeuds dans les phrases et obliger le lecteur ou l’auditeur à défaire ces nœuds. »

Un sourire amusé et une pensée pour D., en entendant les mots de Souleymane sur « Muse amoureuse » :

J’ai la nuit pour parcourir ta peau et je te promets

De compter le nombre exact de tes grains de beauté.

En invité, Grand Corps Malade pour un duo posé sur « Au bout du 6ème silence ».

Des moments très émouvants, comme ce dialogue entre Souleymane et la voix de son père enregistrée sur des cassettes, en peul, pour « L’hiver peul ». Tu préviens, avant de te lancer, mais à nous aussi, « ça nous fait quelque chose », Souleymane. Emotion encore à l’écoute de « Le chagrin des anges » qui me fait penser à W., diablotin au sourire triste qui pour mon plus grand plaisir est sorti du silence :

Les anges se sont perdus entre silence et colère

Après avoir gagné les parties d’échecs scolaires

Chacun tourne le dos à son avenir

Comme s’il avait une mauvaise réputation à tenir.

On nous montre la violence des jeunes dans des rues infestées
Mais je sais que la haine c’est un chagrin qui s’est infecté…
Nul n’est poète en son pays et pourtant
J’ai vu ceux qui suent et ceux qui saignent
Devenir ceux qui sèment les mots qui soignent…
(Le Chagrin Des Anges)

Sur ce morceau, la voix du clavier, qui s’élève dans une complainte à la Stevie Wonder pour donner plus de puissance aux mots de Souleymane, me donne la chair de poule.

Puis un moment de joyeuse déconnade lors d’un duel aiguisé où Souleymane et John Banzaï, son jumeau aux cheveux blonds (roux ?) s’affrontent dans leur langue respective – le polonais pour John, le peul pour Souleymane - avant d’adopter la langue de l’autre, au grand amusement du public.

A la sortie, en voyant Souleymane sauter dans les bras de ses potes et pousser des cris de joie comme un gamin qui vient de marquer un but, je ne résiste pas à l'envie de lui dire merci (j'en profite pour poser la main sur son épaule, j'avoue). Il me répond de sa belle voix grave : "Merci à vous". 

J’aime sentir chez un être humain la fierté de son héritage, de sa langue et de son histoire. Nous sommes tous des mosaïques de couleurs et des patchworks de cultures. Alors quand je vois dans les yeux d’un autre humain la honte d’être ce qu’il est, parce qu'on ignore sa richesse et bafoue sa dignité, je suis triste. Un homme comme Souleymane qui honore la langue française tout en étant ancré dans la mémoire africaine, c’est un souffle d’espoir et de paix pour tous les anges de notre pays.  

 

20.08.2007

Papa Sarkozy

"Le défi de l'Afrique, c'est de s’approprier les droits de l’Homme, la démocratie, la liberté, l’égalité, la justice comme l’héritage commun de toutes les civilisations et de tous les hommes". 

*Ajout du 21 août (extraits):

"L'Afrique a fait se ressouvenir à tous les peuples de la terre qu'ils avaient partagé la même enfance. L'Afrique en a réveillé les joies simples, les bonheurs éphémères et ce besoin, ce besoin auquel je crois moi-même tant, ce besoin de croire plutôt que de comprendre, ce besoin de ressentir plutôt que de raisonner, ce besoin d'être en harmonie plutôt que d'être en conquête.

Joies simples, bonheurs éphémères, ça pue le mythe du bon sauvage à plein nez !

Comprendre, raisonner, conquérir sont des facultés inaccessibles aux Africains, sans doute ? 

"Ceux qui jugent la culture africaine arriérée, ceux qui tiennent les Africains pour de grands enfants, tous ceux-là ont oublié que la Grèce antique qui nous a tant appris sur l'usage de la raison avait aussi ses sorciers, ses devins, ses cultes à mystères, ses sociétés secrètes, ses bois sacrés et sa mythologie qui venait du fond des âges et dans laquelle nous puisons encore, aujourd'hui, un inestimable trésor de sagesse humaine."

Pas besoin d'aller vous balader en Grèce, Nicolas, il existe une civilisation africaine qui a été la lumière du monde, à l'époque ou la Gaule était encore peuplée de barbares. Ce pays s'appelle l'Egypte. 

Ne vous excusez pas de votre ignorance, vous êtes encore si nombreux à situer  l'Egypte au Moyen-Orient (je n'ose soupçonner un acte délibéré).

Ces propos sont de Nicolas Sarkozy et sont extraits d'un discours, prononcé au nom de la France, le 26 juillet dernier à Dakar.

Je relaie le coup de gueule courroucé de Malaika. Continue, la belle, à réveiller les consciences et à faire entendre ta voix ! Il faut ques les Africains l'ouvrent plus, pour fermer la bouche de ceux qui voudraient parler en leur nom.

J'en profite pour relayer aussi la réponse faite par un professeur de l'Université de Dakar au discours prononcé par M. Sarkozy, en juillet dernier, à Dakar.

Les Africains ne veulent pas de votre "amitié" méprisante. Et moi, j'ai honte pour vous de prononcer ces mots au nom des Français !

25.05.2007

25 mai

a0bcbf8b57cdca03c00bffead69a3c2e.jpgAujourd'hui c'est la journée mondiale de l'Afrique qui célèbre l'anniversaire de la signature des accords de l'OUA (Organisation de l'Unité Africaine), le 25 mai 1963. Cette journée (déclarée fériée sur l'ensemble des états membres de l'OUA) est aujourd'hui devenue une tradition fortement enracinée dans les pays africains, et représente le symbole du combat de l'Afrique pour la libération, l'émancipation, le développement et le progrès.

Ce soir, à l'UNESCO, de 18h30 à 20h30, des groupes du Burundi, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, de Maurice, du Niger, de l’Ouganda, du Sénégal et de la Tunisie donneront un concert où le balafon aura une place de choix. Le concert sera suivi d’une dégustation de mets africains (20h30-22h30).

Pour ma part, je serai du côté de Sancerre en train de savourer les fraises du jardin de mon moustachu préféré.

Africa united !

12.05.2007

Puppets masters

Un article d' Eric, sur les relations obscures entre la classe politique française et les grandes dictatures africaines, me donne l'occasion de revoir un extrait de l'excellent film "Mobutu, roi du Zaire" que j'avais découvert dans le non moins excellent cinéma "Images d'Ailleurs". Certains se demandent ou passe l'aide internationale. Elle est redistribuée, en partie, pour financer les campagnes électorales de nos hommes politiques. L'argent achète bien des silences.

Le plus triste, c'est que j'ai entendu à plusieurs reprises des aînés qui ont connu la colonisation puis l'indépendance, regretter les dictatures, voire les colons. Et récemment, un ami congolais, que je sais être des plus anticolonialistes, m'a suffoquée en avouant qu'il souhaitait désormais que son pays soit mis sous tutelle occidentale. Pas de retour en arrière. Le salut doit venir de la diaspora africaine.

http://seneweb.com/videos/video/74.php

09.05.2007

Décolonisons

medium_AfficheDecolonisons16mailminiature.jpgConcert "Décolonisons" à Paris le 16 Mai

Concert Africain exceptionnel

Mercredi 16 MAI 2007 19h30 à LA BELLEVILLOISE

19, rue Boyer, 75020 Paris 

avec

  -Apkass (slam jazz / Congo Kinshasa)
-  Synaps (rap electro/ France)
-  Kajeem (Reggae/ Côte d’Ivoire)
-  Komandant Simi Ol in the Arrr Force (rock-reggae/ Côte d’Ivoire)

-  Axiom (Rap/Lille)
-  Ministère des Affaires Populaires (rap-chanson/Lille)
-  Jahwise (ragga/Congo Kinshasa)
Infos sur le site de l'association Survie

01.04.2007

L'oiseau-livres

medium_enfants-03.2.jpgEn Côte d'Ivoire, l'avion présidentiel d'Houphouet Boigny transformé en bibliothèque pour enfants.

Une autre façon de s'évader et de goûter à la liberté. 

http://www.palaisdelaculture.ci/oiseaulivres.php?th=prese...

17.12.2006

Les Chinois à la conquête de l'Afrique

C"est un dossier paru récemment dans le Nouvel Obs. Au Sénégal, dans les mines de Zambie, les plates-formes pétrolières du Soudan ou les marchés du Gabon, les Chinois s'emparent de points clés dans les économies africaines et bousculent les positions françaises et occidentales.

A Dakar, les boutiquestenues par des Chinois se multiplient. Leurs prix sont 5 à 10 fois inférieurs à ceux des Sénégalais. En 2005, on enregistrait trois fois plus d'échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique qu'en 2000. Pékin investit désormais autant en Afrique qu'en Asie du Sud-Est et il est devenu le 2ème fournisseur de l'ensemble des pays francophones. Derrière la France, mais devant les Etats-Unis et la Grande Bretagne.

L'enjeu, c'est bien sûr l'accès aux matières premières : le pétrole, le cuivre, le fer, le cobalt ... Des exploitatations au Katanga en RDC. La construction de l'autoroute à péage de Dakar, d'une centrale éléctrique au charbon, d'un grand théâtre national et d'un musée des Arts au Sénégal, de l'hôtel Hilton à Alger, de l'hôpital d'Oran, d'une raffinerie de pétrole à Adrar.

Les Occidentaux commencent à se faire des cheveux. Les commerçants de Dakar grincent des dents. Beaucoup d'industries locales seraient ménacés. Les piles, les savons, les chaussures. Le nombre de cordonniers aurait été divisé par 7 depuis 2000.

L'autre jour, je regardais l'excellente émission "Kiosque" présentée par Philippe Dessaint qui parlait de ces rapports suspects entre l'Afrique et la Chine. La journaliste chinoise présente expliquait le choix de beaucoup de pays africains à travailler avec la Chine au fait que les Chinois ne s'immiscaient pas dans la politique intérieure du pays. Aucun souhait d'apporter la bonne parole et la démocratie chez les Chinois, business only. Les dictateurs, les guerres, les maladies, ça ne les regarde pas.

Plus inhumains que les Occidentaux, pas sûr. Moins hypocrites, sans aucun doute !

25.10.2006

Indigènes

medium_18653665.jpgJ'avais été très émue de voir les acteurs pricnipaux du film "Indigènes" entonner devant le public du festival de Cannes le chant des tirailleurs marocains "C'est nous les Africains" et je m'étais promis de voir ce film qui a contribué à rétablir une injustice révoltante et ignorée par les gouvernements successifs.

Samedi dernier, j'ai donc vu "Indigènes". Sobre, efficace, pas de boucherie ni de scènes à chialer comme un veau, des acteurs parfaits, tous. Un film engagé, comme je les aime, qui rend hommage à ceux qui ont quitté patrie et famille pour un idéal ou sous la contrainte. Bravo à Rachid Bouchareb.

17.10.2006

Assez d'hypocrisie

medium_visuel_lait_1.gifMarre de l'hypocrisie et des discours pieux sur l'aide au développement de l'Afrique. Marre de la communication autour des prêts ici et là, des effacements de dette consentis, des appels à la générosité alors que la communauté européenne ne fait rien pour aider l'Afrique à se développer. Marre des images misérabilistes diffusées à la télé : des enfants couverts de mouches, des mains tendus, des corps décharnés. Respect de la dignité humaine ! 

"Au lieu de me donner du poisson, apprend moi à pêcher"

Plutôt que d' écouler nos excédents en innondant le continent africain de lait en poudre et  de poulets surgelés,  laissons une chance aux agriculteurs africains de survivre et à l'Afrique de subvenir à ses propres besoins.

11.08.2006

Crèmes éclaircissantes

medium_arton292.jpgPendant que les blancs se fabriquent des cancers de la peau en se faisant brunir sous le soleil, en Afrique, le top du top c'est de s'éclaircir l'épiderme à coups de crème décapantes contenant des substances fortement nocives (corticoïdes, dérivés mercuriels etc.).

Le Burkina-Faso vient d'interdire toute publicité pour ces crèmes éclaircissantes.

J'en ai croisé quelques uns de ces personnages pathétiques à la peau brûlée, tachée, rougie, voire multicolore. C'est le premier geste de beauté des adolescentes africaines, qui copient leur mères.

C'est quand même étrange les critères de beauté ...

Au 16ème siècle en France, la blancheur de peau était un signe de noblesse. Les peaux brunies trahissaient en effet l'appartenance au monde paysan et une vie passée dans les champs, sous le soleil. Aujourd'hui à l'inverse un teint bronzé toute l'année témoigne généralement d'une fréquentation assidûe des pays chauds ou des cabines de bronzage (les 2 étant de toute façon généralement réservés aux mêmes catégories sociales).

Quel gâchis !

 

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