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Mamma Africa - Page 2

  • Souleymane Diamanka

    Hier soir, j’étais invitée au concert d’un slameur bordelais, Souleymane Diamanka. Moins connu que Grand Corps Malade ou Abd Al Malik, il a pourtant travaillé avec les Nubians auxquelles il a offert 2 titres. Je n’accroche pas particulièrement avec le slam, je lui préfère l’énergie du rap, mais la curiosité m’a poussée à y aller, seule, puisque je n’ai trouvé personne pour profiter avec moi de l’invitation. Sur scène, Souleymane – quel joli prénom – tout en muscles dans un marcel et jean noirs, devant un public qui l’écoute religieusement, plonge ses yeux dans ceux d’une jeune femme au premier rang (pas moi, malheureusement) et déverse les rimes chaudes de « Une muse amoureuse ». Il a une belle voix grave, beaucoup de charisme, de l’humour et cette humilité qu’on retrouve souvent chez les Sénégalais. Je lui donne moins de 30 ans, il en a 33.

    « Je m’appelle Souleymane Diamanka dit Duajaabi Jeneba, Fils de Boubacar Diamanka dit Kanta Lombi, Petit-fils de Maakaly Diamanka dit Mamadou Tenen(g), Arrière-petit-fils de Demba Diamanka dit Len(g)el Nyaama, Et cætera et cætera... »

    « En déroulant ainsi sa généalogie, Souleymane Diamanka s’inscrit dans la riche tradition orale des Peuls, ce peuple de bergers qui a fait de la parole un art et couve le verbe comme son plus précieux trésor, ce peuple migrateur, habitant de nul part et originaire de partout (d’aucuns les appellent les gitans du Sahel) que la fortune et les vents ont disséminé dans toute l’Afrique de l’Ouest et au-delà, jusqu’en Occident. A la maison, par contre, on ne s’exprime qu’en peul, pour que le riche patrimoine transmis par voie orale de génération en génération ne s’éteigne pas sur cette nouvelle terre d’accueil. Son père y veille personnellement. Il a enregistré d’innombrables cassettes d’entretiens à destination des plus jeunes (cette voix qu’on entend sur “l’Hiver peul”, c’est la sienne). »

    « Dans ces enregistrements, il y a quatre grands thèmes : ce qu'il pense de l'Occident et comment il espère qu'on s'en sorte ici, l'histoire de la famille et la généalogie, les contes et les proverbes peuls, et les conseils qu'ils donnent à ses enfants. » dit Souleymane.

    "Oublie ce que tu es, deviens ce que je suis, et ensuite rajoute ce que tu es par-dessus ce que je suis. Là, j'aurai réussi mon éducation, tu seras plus que moi."» 

    « En classe de CE2, Souleymane croise la route d’un instituteur qui plutôt que de faire apprendre par cœur à ses élèves des textes qui bien souvent les ennuient au plus haut point, leur propose d’écrire leurs propres poèmes, avec pour seule ligne directrice cette phrase un brin mystérieuse qui va l’accompagner jusqu’à aujourd’hui : « La poésie c’est mettre des noeuds dans les phrases et obliger le lecteur ou l’auditeur à défaire ces nœuds. »

    Un sourire amusé et une pensée pour D., en entendant les mots de Souleymane sur « Muse amoureuse » :

    J’ai la nuit pour parcourir ta peau et je te promets

    De compter le nombre exact de tes grains de beauté.

    En invité, Grand Corps Malade pour un duo posé sur « Au bout du 6ème silence ».

    Des moments très émouvants, comme ce dialogue entre Souleymane et la voix de son père enregistrée sur des cassettes, en peul, pour « L’hiver peul ». Tu préviens, avant de te lancer, mais à nous aussi, « ça nous fait quelque chose », Souleymane. Emotion encore à l’écoute de « Le chagrin des anges » qui me fait penser à W., diablotin au sourire triste qui pour mon plus grand plaisir est sorti du silence :

    Les anges se sont perdus entre silence et colère

    Après avoir gagné les parties d’échecs scolaires

    Chacun tourne le dos à son avenir

    Comme s’il avait une mauvaise réputation à tenir.

    On nous montre la violence des jeunes dans des rues infestées
    Mais je sais que la haine c’est un chagrin qui s’est infecté…
    Nul n’est poète en son pays et pourtant
    J’ai vu ceux qui suent et ceux qui saignent
    Devenir ceux qui sèment les mots qui soignent…
    (Le Chagrin Des Anges)

    Sur ce morceau, la voix du clavier, qui s’élève dans une complainte à la Stevie Wonder pour donner plus de puissance aux mots de Souleymane, me donne la chair de poule.

    Puis un moment de joyeuse déconnade lors d’un duel aiguisé où Souleymane et John Banzaï, son jumeau aux cheveux blonds (roux ?) s’affrontent dans leur langue respective – le polonais pour John, le peul pour Souleymane - avant d’adopter la langue de l’autre, au grand amusement du public.

    A la sortie, en voyant Souleymane sauter dans les bras de ses potes et pousser des cris de joie comme un gamin qui vient de marquer un but, je ne résiste pas à l'envie de lui dire merci (j'en profite pour poser la main sur son épaule, j'avoue). Il me répond de sa belle voix grave : "Merci à vous". 

    J’aime sentir chez un être humain la fierté de son héritage, de sa langue et de son histoire. Nous sommes tous des mosaïques de couleurs et des patchworks de cultures. Alors quand je vois dans les yeux d’un autre humain la honte d’être ce qu’il est, parce qu'on ignore sa richesse et bafoue sa dignité, je suis triste. Un homme comme Souleymane qui honore la langue française tout en étant ancré dans la mémoire africaine, c’est un souffle d’espoir et de paix pour tous les anges de notre pays.  

     

  • Papa Sarkozy

    "Le défi de l'Afrique, c'est de s’approprier les droits de l’Homme, la démocratie, la liberté, l’égalité, la justice comme l’héritage commun de toutes les civilisations et de tous les hommes". 

    *Ajout du 21 août (extraits):

    "L'Afrique a fait se ressouvenir à tous les peuples de la terre qu'ils avaient partagé la même enfance. L'Afrique en a réveillé les joies simples, les bonheurs éphémères et ce besoin, ce besoin auquel je crois moi-même tant, ce besoin de croire plutôt que de comprendre, ce besoin de ressentir plutôt que de raisonner, ce besoin d'être en harmonie plutôt que d'être en conquête.

    Joies simples, bonheurs éphémères, ça pue le mythe du bon sauvage à plein nez !

    Comprendre, raisonner, conquérir sont des facultés inaccessibles aux Africains, sans doute ? 

    "Ceux qui jugent la culture africaine arriérée, ceux qui tiennent les Africains pour de grands enfants, tous ceux-là ont oublié que la Grèce antique qui nous a tant appris sur l'usage de la raison avait aussi ses sorciers, ses devins, ses cultes à mystères, ses sociétés secrètes, ses bois sacrés et sa mythologie qui venait du fond des âges et dans laquelle nous puisons encore, aujourd'hui, un inestimable trésor de sagesse humaine."

    Pas besoin d'aller vous balader en Grèce, Nicolas, il existe une civilisation africaine qui a été la lumière du monde, à l'époque ou la Gaule était encore peuplée de barbares. Ce pays s'appelle l'Egypte. 

    Ne vous excusez pas de votre ignorance, vous êtes encore si nombreux à situer  l'Egypte au Moyen-Orient (je n'ose soupçonner un acte délibéré).

    Ces propos sont de Nicolas Sarkozy et sont extraits d'un discours, prononcé au nom de la France, le 26 juillet dernier à Dakar.

    Je relaie le coup de gueule courroucé de Malaika. Continue, la belle, à réveiller les consciences et à faire entendre ta voix ! Il faut ques les Africains l'ouvrent plus, pour fermer la bouche de ceux qui voudraient parler en leur nom.

    J'en profite pour relayer aussi la réponse faite par un professeur de l'Université de Dakar au discours prononcé par M. Sarkozy, en juillet dernier, à Dakar.

    Les Africains ne veulent pas de votre "amitié" méprisante. Et moi, j'ai honte pour vous de prononcer ces mots au nom des Français !

  • Arnold Muschiete, éducateur à Kinshasa

    Vu dans 7 à 8, un reportage sur deux enfants, Ruben et Joseph, orphelins kinois d'abord recueillis par leurs oncles puis maltraités et chassés pour cause de sorcellerie.

    La nouvelle constitution interdit désormais aux parents d'abandonner leurs enfants pour de prétendus actes de sorcellerie. Le "ndoki" est encore inscrite au droit et pour laquelle on peut être condamné. Aujourd'hui, le pays est parmi les plus pauvres du continent. Le sida et une espérance de vie tombée à 50 ans laissent de nombreux orphelins. Beaucoup de familles trouvent cette excuse pour se débarrasser de bouches à nourrir.

    Je me souviens de mon emoi et effarement quand j'avais vu, il y a quelques mois, le calvaire du petit .... D'abord soumis à des séances d'exorcisme d'une violence inouie, il avait été renvoyé au pays par sa mère. A Kinshasa, ils sont désormais 25000 à errer dans les rues de la capitale; 70 % d'entre eux suite à des accusations de sorcellerie. Mon ex m'avait raconté, la gorge nouée, que des gamines d'à peine 10 ans dormaient dans les cimetières et se prostituaient. Les violences sont quotidiennes.

    Je voulais rendre hommage aux hommes et femmes qui sur place, se battent pour protéger ces enfants et éveiller les consciences manipulées par de faux pasteurs. La situation est grave.

  • 25 mai

    a0bcbf8b57cdca03c00bffead69a3c2e.jpgAujourd'hui c'est la journée mondiale de l'Afrique qui célèbre l'anniversaire de la signature des accords de l'OUA (Organisation de l'Unité Africaine), le 25 mai 1963. Cette journée (déclarée fériée sur l'ensemble des états membres de l'OUA) est aujourd'hui devenue une tradition fortement enracinée dans les pays africains, et représente le symbole du combat de l'Afrique pour la libération, l'émancipation, le développement et le progrès.

    Ce soir, à l'UNESCO, de 18h30 à 20h30, des groupes du Burundi, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, de Maurice, du Niger, de l’Ouganda, du Sénégal et de la Tunisie donneront un concert où le balafon aura une place de choix. Le concert sera suivi d’une dégustation de mets africains (20h30-22h30).

    Pour ma part, je serai du côté de Sancerre en train de savourer les fraises du jardin de mon moustachu préféré.

    Africa united !

  • Puppets masters

    Un article d' Eric, sur les relations obscures entre la classe politique française et les grandes dictatures africaines, me donne l'occasion de revoir un extrait de l'excellent film "Mobutu, roi du Zaire" que j'avais découvert dans le non moins excellent cinéma "Images d'Ailleurs". Certains se demandent ou passe l'aide internationale. Elle est redistribuée, en partie, pour financer les campagnes électorales de nos hommes politiques. L'argent achète bien des silences.

    Le plus triste, c'est que j'ai entendu à plusieurs reprises des aînés qui ont connu la colonisation puis l'indépendance, regretter les dictatures, voire les colons. Et récemment, un ami congolais, que je sais être des plus anticolonialistes, m'a suffoquée en avouant qu'il souhaitait désormais que son pays soit mis sous tutelle occidentale. Pas de retour en arrière. Le salut doit venir de la diaspora africaine.

    http://seneweb.com/videos/video/74.php