23/12/2012

Les pluies fauves (part II)

de l'amour comme s'il en pleuvait,les hommes de ma vieUn peu plus tard, au restaurant, l'alcool et sa féminité l'enhardissent et il ne peut s'empêcher de jouer le séducteur. Elle s'en amuse et se moque gentiment, mais déjà sous l’emprise de son charme, elle ne se nourrit plus que de sa présence.

Ce soir, comme à chaque fois qu'elle l'a retrouvé, ses yeux pétillants et son sourire éternel pourrait lui donner l'illusion de lui être un précieux joyau. Mais "Loin des yeux, loin du cœur" est un proverbe qui lui va comme un gant, elle l'a appris à ses dépens.

Il la questionne maintenant à propos de l’homme qu’elle fréquente depuis quelques mois et feint d’en être jaloux. Elle évoque brièvement la récente prise de conscience d'un scénario douloureux qui se répète depuis trop d'années : un attachement aveugle et borné à des hommes torturés qui la fuient. C'est ainsi qu'elle justifie sa décision de s'intéresser à cet homme qui la laisse tiède.

Il dit sa lassitude d'une vie sentimentale instable, sa souffrance d'être tiraillé entre le désir d'une relation durable et une irrépressible attirance pour les feux de paille. Elle vante le véritable amour, celui qui se construit, et peint d'elle-même le portrait d'une femme raisonnable et réfléchie, ennemie de la passion. Celle-là même qui, il y a quelques mois, aurait tout laissé pour le rejoindre, si seulement il le lui avait demandé. Il la laisse quelques instants et la retrouve pensive, les yeux dans le vague.

"Ne réfléchis pas, dit-il, tu as raison, prends la fuite, c'est mieux".

Elle lui en veut, l'espace d'une seconde, et formule une supplique restée muette :

"Ne joues pas avec moi ou tu me perdras vraiment."

La nuit est tombée depuis longtemps lorsqu'il la raccompagne au pied du château, dans les hauts de la ville. L'explication n'a toujours pas eu lieu mais leur tendresse l'un pour l'autre semble intacte. Une pluie fine vernit les pavés gris. Il souligne le romantisme du décor, elle le contredit, tentant de garder la tête froide devant ses multiples appels du pied. Ils s'embrassent, le ton léger, le cœur joyeux, sur une promesse intemporelle. Pourtant, tous deux restent plantés là, comme ne pouvant se résoudre à cet au revoir teinté d'indifférence.

Elle observe la haute silhouette, debout devant elle, sous la pluie. Dans quelques instants, il disparaîtra dans la profondeur de la ville et elle retournera à la solitude de sa chambre d'hôtel.

Combien de mois s'écouleront avant qu'elle ne le revoit ? Après l'euphorie insouciante des retrouvailles, la tristesse entreprend déjà son travail de sape. Mue par une pulsion désespérée, elle le prend dans ses bras, s'autorisant sans risque, croit-elle, un élan de tendresse qu'elle s'est interdit jusque là. Mais elle s'attarde sur son épaule, caressée par le souffle chaud de sa bouche sur ses cheveux mouillés. Dans son oreille, il prédit leur perdition. Elle rit et imprudent papillon de nuit, lève son visage vers le sien. Instantanément leurs bouches s'unissent, aimantées.

de l'amour comme s'il en pleuvait,les hommes de ma vie

Les yeux clos, le front offert au baptême céleste, sa langue goûte l'haleine virile aux parfums de miel et de tabac. Enivrée, elle perd l'équilibre, comme une carencée qui prend une dose trop forte, trop vite. Il chancelle lui aussi, emporté par elle accrochée à son cou et un baiser étouffe leurs rires.

de l'amour comme s'il en pleuvait,les hommes de ma vie

Enserrant la tête blonde entre ses mains, il boit à la coupe de ses lèvres. Elle explore le visage de l'aimé, goûte la chaleur du cou, le rugueux du menton. Plongée dans la chaleur de sa bouche, elle ébouriffe les cheveux courts, caresse son visage, pince la peau fraîche entre ses lèvres. Sur le visage offert, l'amant lèche l'eau qui ruisselle, comme des larmes de joie. 

de l'amour comme s'il en pleuvait,les hommes de ma vie

Sous l’ondée nocturne et la lueur complice de la voûte bleutée, la tendre étreinte se mue en une joute féline. Comme deux lionceaux intrépides qui se défient avant de rouler dans le sable, ils s'abandonnent à un corps à corps empli d'une infinie tendresse. Galvanisés par l'érotisme animal qui s'intensifie, ils se mordillent, se lèchent, se respirent et se boivent. Bouches et mains s’autorisent ce que les corps s'interdisent. La passion alterne avec la douceur. Elle love le velours de sa joue dans la chaleur de sa main, ses lèvres chaudes baisent la paume nervurée, sa bouche avale les doigts habillés de métal. Il effleure la vallée des seins, arrosés de pluie.    

Le jour n'est plus très loin lorsqu’épuisés par la tension, leurs corps se séparent. La pluie est tombée sans discontinuer, lavant craintes et blessures. Il s’éloigne lentement et envoie un dernier baiser. Sur le parking désert, elle est quasi nue, l'étoffe légère comme une seconde peau sur son corps trempé. La pluie a plaqué la fine chevelure sur son crâne brûlant et dessiné un halo charbonneux autour de ses yeux.

Elle démarre le véhicule, enclenche chauffage et radio et s’éloigne dans la nuit noire. Après le désir qui a engourdi son corps et anesthésié son cerveau, c’est le bonheur qui l’inonde. Dans un état second, comme flottant entre rêve et réalité, elle sent la chaleur de ses bras et frissonne dans l’habitacle désert. Sur sa langue, les traces volatiles qu’ont laissées l’haleine et l’odeur mâles prolongent la magie de cet instant d’éternité.

de l'amour comme s'il en pleuvait,les hommes de ma vie

Les messages qui se succèdent sur son téléphone témoignent de l’intensité partagée. Elle se souvient de ses mots : coup de foudre, feux de paille et ... cendres.

Séduite mais lucide, elle ne s’immolera plus sur l’autel de l’amour. Drogué aux sensations, accro aux émotions, l'homme qu'elle chérit semble ne se sentir vivant que dans la douleur ou l’extase. Elle accepte, en toute conscience, d'être un de ses nombreux shoots mais elle ne se laissera pas diluer dans ses veines.

 

14/07/2012

Le seul poème qu'on m'aie jamais écrit

Toi ma perle du Pacifique
Toi qui viens d'une de ces îles magnifiques
Tu es mon soleil, mon été,
Depuis que je t'ai retrouvée.
Ta chaleur m'a réchauffé le coeur
Et je ressens un grand sentiment de bonheur
Malgré tous les printemps qui nous ont séparés
Nous voilà de nouveau réunis, c'est notre destinée.
Je voudrais te pêcher et te garder
Pour moi, contre moi, m'enivrer
Du sucre de ta peau
Et ne pas en souffler mot
A personne de peur qu'il ne te vole
A mon être, dont tu es l'idole.

Toi ma perle magnifique
Quel est ce don magique
Que tu as pour réveiller en moi
Toutes ces choses, cet émoi
Que nous appelons Amour
Et qui pour moi rime avec toujours
Quoi de plus beau que ce sentiment
Quoi de plus grand, quoi de plus puissant
Par un seul de tes mots
Tu peux me faire sourire
Et pour un seul de tes mots
Je suis prêt à mourir
Pour mette fin à ce petit poème
Je te dis simplement : JE T'AIME !!!

Sur les photos où les bleus de l'océan et du ciel éclaboussent le regard, nous sommes deux bébés blonds et bruns. J'ai entendu son prénom pendant toute mon enfance car son père était un grand ami de mes parents.Il était mon plus vieux copain, en quelque sorte.

Et puis, à l'aube de ma vie de femme, le hasard de la vie nous réunit mais son exaltation romantique, ses toujours et ses jamais effraient la jeune fille que je suis alors. La passion ne m'a jamais fait rêver. J'ai fui ses appels et n'ai jamais revu Fabien que je sais aujourd'hui père de famille.

C'est le seul poème qu'un homme m'ait écrit. Il est touchant mais l'inexpérience de sa jeunesse lui enlève beaucoup de saveur. Je l'ai pourtant conservé toute ces années, pressentant peut-être qu'il serait unique. Comme j'aurais aimé recevoir, ensuite, un poème ou même une lettre d'un homme amoureux qui sait que toujours et jamais n'existent que dans les contes. Un homme qui n'aurait rien promis et m'aurait aimée au présent.

Et à l'instar de CUI, dont la série "Penses-tu encore à moi ?" me passionne, je me demande quel impact mon indifférence a eu alors et ensuite sur Fabien.

16/02/2012

Demander

Je m'étais promise, il y a quelques semaines, de m'autocongratuler d'un mail envoyé à quelqu'un de cher. J'ai pris un peu plus de temps que prévu. J'ai même failli ne pas le faire, mais ç'aurait été un - mauvais - signe.  
Cette petite victoire, je la dois à un livre emprunté, il y a quelques semaines, à la bibilothèque : "Pour ne plus vivre sur la planète TAIRE" de Jacques Salomé. Une méthode pour mieux communiquer.

Dès les premières pages, j'ai identifié les pivots relationnels avec lesquels j'ai des difficultés : demander et refuser, rôles que Jacques Salomé appelle "Père-mère" (les deux autres étant donner et recevoir, positions papa-maman).

En discutant avec des amis et proches, je constate que la plupart de mes semblables ont le même profil. Faire preuve d'autorité, que l'on confond souvent, et à tort, avec le pouvoir, semble poser problème à beaucoup d'entre nous. En ce qui me concerne, j'associe depuis longtemps, et de façon désormais consciente, le fait de demander quelque chose à une mise en position d'infériorité. Et le refus à une forme de rejet. Du coup, soit je fais semblant d'accepter, soit je refuse, culpabilise et me sens obligé de me justifier, soit encore je me sens acculée et réagis plus violemment.

Ces schémas de pensée ne se dessinent pourtant que quand c'est moi qui en suis à l'origine. En d'autres termes, je ne considère pas que l'autre se met en infériorité lorsqu'il me demande quelque chose. Ni que son refus équivaut à un rejet  (sauf sur certains points, si je suis dans une relation intime, plus impliquante). Maintenant que je le sais, je vais m'atteler à défaire ces pensées poisons.

Quand on demande de façon mature, on invite, sollicite, propose, convie. Si on est capable d'accepter que l'autre ne réponde pas comme on l'aurait souhaité, tout va bien.

Quand on demande de façon infantilisante, on peut développer deux types de comportement :
- contre-attitude défensive passive : attendre, espérer, souhaiter, envier, séduire, capter, anticiper la réponse, auto-répression imaginaire, laisser tomber.

- réactionnel actif : exiger, réclamer, revendiquer, contraindre, acculer, obliger, supplier, culpabiliser.

Exemples de demande infantilisantes :

" Tu n'as pas envie de sortir, ce soir ?"

" Si tu crois que c'est marrant de rester toute la journée sans voir personne, alors que toi, tu ..."

" Tu as vu les voisins, eux, ils sortent le samedi soir !"

" Ce n'est pas la peine que je te demande de sortir, je connais déjà la réponse !"

" Je voudrais bien te faire confiance, mais tu ne sais pas garder un secret ..."

Il m'est apparu qu'ayant du mal à demander de façon mature, je le fais sur le mode défensif passif; je commence par attendre et espérer (que l'autre me devine) donc je me réprime, puis j'anticipe la réponse et laisse tomber. Selon la nature de la relation, je pratique aussi la séduction, bien entendu.

Il y a, dans mon entourage, cet homme que j'ai rencontré il y a quelques mois et que j'estime énormément. Ma difficulté avec lui réside dans le fait qu'il peut passer des mois sans prendre de mes nouvelles. Moi, j'ai besoin de sentir leur présence et de manifester la mienne auprès de ceux que j'aime.

Sans doute ce besoin vient-il des remords ressentis lorsque 3 mois après que j'aie fait un saut express chez mon grand-père qui me réclamait depuis longtemps, il est mort. Il était malade, se savait condamné et ne m'avait pas dit que c'était la dernière fois que nous nous voyions. Si j'avais su ...

Depuis, d'autres évènements, des moments douloureux qu'ont traversé mes amis, des périodes noires que j'ai traversées aussi, sans que personne ne s'inquiète outre mesure du silence, m'ont fait ressentir toute l'importance de se manifester régulièrement. Car celui qui est là aujourd'hui ne le sera peut-être plus demain.

A vrai dire, je connais plusieurs personnes qui fonctionnent comme cet homme. D'ailleurs, si quelqu'un a une explication à ce choix de non-communication, je suis preneuse !

Mon amie Esperanza a toujours fonctionné ainsi, depuis ces années où nous nous sommes rencontrées sur les bancs de l'école. A l'époque, le téléphone portable n'existait pas. Un jour, elle m'a appelée, après plusieurs mois de silence de part et d'autre, et m'a appris que son père était mort, un mois plus tôt. Je m'en suis voulue et inconsciemment, sans doute, je lui en ai voulu aussi, à elle, de m'avoir fait adopter son comportement "Puisque tu ne m'appelles pas, moi non plus".

Aujourd'hui, Esperanza ne répond quasi jamais à mes appels, m'envoie un sms "Je t'appelle demain" et me contacte par mail, des semaines voire des mois après, pour me proposer une sortie. Et si je ne comprends toujours pas son mode de fonctionnement, je n'ai pas de doute sur l'amitié qu'elle me porte.

Boug', c'est pareil. Son téléphone est toujours en haut quand elle est en bas, ou inversement. Le jour où un bus m'avait déposée non loin de chez elle et que je m'étais consolée en me disant que j'allais me faire offrir l'apéro, son téléphone avait sonné dans le vide. Elle s'en était désolée le lendemain, étant chez elle. Et puis, un après-midi où, en panique et en vain, je l'avais appelée au secours, j'avais craqué et pratiqué la culpabilisation "Tu as un fils, c'est dingue quand même, si un jour il a un problème et qu'il t'appelle ?" Ca l'avait un peu remuée. Et puis, un autre jour, à l'issue d'une lecture sur la CNV, j'avais enfin exprimé mon besoin (de l'entendre) et mon ressenti, sans la mettre en cause. Elle m'avait rappelée illico presto et confirmé, hilare, l'efficacité de la communication non-violente.

Mon ami Igor a le même rapport au téléphone. Il n'appelle jamais (note à moi-même : ne jamais dire jamais). Quand je l'appelle, en revanche, il répond et ça dure même trois plombes. Il a le don de me donner l'impression que je lui ai énormément manqué. Mais il n'appelle pas.
J'en connais un autre, qui se reconnaîtra s'il lit ce billet. Lui communique par sms, sauf urgence, comme par exemple, s'il me cherche à l'heure du rendez-vous parce qu'exceptionnellement, je suis en retard (je vous vois ricaner, au fond, là-bas !)

Certains se dédouanent de leur apparente absence et ressentent le besoin de se justifier en résumant l'actualité que je poste sur mon blog. Irrecevable. Car bien sûr, ici, j'ai fait le choix d'amuser la galerie autant que possible. Je ne considère donc pas que lire mon blog équivale à prendre de mes nouvelles. Ça rassure juste sur une chose : je suis vivante et j'ai encore l'usage de mes mains, à priori.

Mais revenons au principal protagoniste de ce billet. Les moyens de communiquer se multipliant, l'homme dont je vous parle est un fervent utilisateur de Facebook. Moi pas. J'ai même de plus en plus le sentiment d'être piégée par ce compte que j'ai ouvert, initialement, pour communiquer avec mes amis qui vivent à l'étranger. Or c'est des Parisiens que je reçois le plus de nouvelles sur Facebook. Eux qui ont mon numéro de téléphone et un forfait illimité.

J'ai bien tenté, un jour de ras-le-bol, de virer de mon profil les "amis" qui habitent à moins de 50 kilomètres, mais ils se sont vexés et n'ont pas compris le message (qui était un peu flou, je l'accorde). Du coup, je ne poste plus rien sur mon profil, si ce n'est des chansons. Pas question de pratiquer la communication globale et impersonnelle. Si on veut de mes nouvelles, on m'appelle ou on m'envoie un mail.

J'avais donc adopté avec lui, comme avec ceux que j'ai cités précédemment, l'attitude " Il (elle) n'appelle pas, moi non plus". Je calque souvent mon comportement sur celui de l'autre. C'est une erreur car ce faisant, je me prive de quelque chose dont j'ai besoin, je me fais violence et ne suis pas moi-même.   

Après avoir lu la partie "Demander" de mon bouquin, je lui ai envoyé un mail où j'adoptais (enfin, je crois) une attitude mature : je me suis positionnée. J'ai donc affirmé mon refus de communiquer avec lui via Facebook, accepté qu'il n'aime pas le téléphone et lui ai proposé de revenir au mail, notre premier moyen de communication.

Après quelques banalités sur mon quotidien, j'ai terminé mon mail par "Ça me ferait très plaisir d'avoir de tes nouvelles de temps en temps". J'ai cliqué sur "Envoyer" avec une auto-satisfaction très consciente, que j'ai savourée. Pas de reproches, pas de culpabilisation, pas de " Faire semblant d'accepter" de ma part. J'écris mes limites, j'accepte les siennes, je propose un terrain d'entente, je manifeste mon attachement.

La CNV, putain ! Tiendrais-je enfin le bon bout ?

PS : Quand je reçois un sms comme hier soir, de ma filleule "Tu me manques, marraine !" et ben ... je rosis de bonheur, moi. Je suis une sentimentale, et j'aime ça.

18/05/2011

Dans la peau d'un - jeune - homme (4)

Je reprends l'exercice qui m'avait tant amusée.

Je l'écoute égréner ses souvenirs d'enfance, accrochée à ses lèvres de conteur.
C'est un petit garçon, fils de concierge, "issu d'un milieu modeste", comme on dit. Il habite juste en face d'une gare routière de bus. Depuis qu'il est en âge de lire, il déchiffre sans les comprendre les noms des villes prestigieuses que desservent les mastodontes poussiéreux.
Un jour d'août, il a 17 ans, il s'ennuie et erre dans la gare routière. Il aime son ambiance de départs en vacances, les scènes de retrouvailles qui succèdent aux adieux déchirants, tout ça dans un vacarme de moteurs et de langues inconnues. Il tombe en arrêt devant l'immense carte du monde et les flèches qui la traversent en tous sens, pointant des noms exotiques : Budapest, Oslo, Venise, Madrid. Il reste un long moment devant cette carte. Un nom l'attire : Istanbul. Il se dirige vers le guichet et demande à l'employé : "S'il vous plaît, combien coûte un billet pour Istanbul ?". Il en achète un pour un départ 2 mois plus tard. Quand il rentre chez sa mère et lui annonce son coup de folie, elle le fixe, perplexe. Les jours suivants, ses amis le traitent de fou. Plus tard, il apprendra que sa mère ne pensait pas qu'il partirait. La veille du départ, son corps se couvre d'eczéma.
Le jour J, au petit matin, il monte dans le bus pour Istanbul. Il n'a jamais fait de voyage de sa vie et n'a aucune idée des vêtements à y emporter en ce début de novembre. Le bus est rempli de Turcs qui rentrent au pays. Angoissé, il s'assied à proximité d'un groupe de 4 Français. Peu de temps après, un Turc entreprend de discuter avec lui. Le jeune homme découvre avec stupéfaction que non seulement le Truc persiste à lui parler, malgré son anglais médiocre, mais qu'en plus il ne se moque pas de lui. C'est un véritable choc pour ce gamin complexé.
En ex-Yougolsavie, on leur interdit la traversée du territoire et ils doivent emprunter une autre route. Le voyage dure plus de 2 jours. Enfin, Istanbul se dresse devant lui, au matin du 3ème jour. Il pose le pied par terre et se sent "chez lui".
"Tout était évident, dit-il, je ne connaissais pas la ville mais j'ai tout aimé, dès le premier instant. L'odeur des poissons grillés sur les rives du Bosphore, les ruelles tortueuses, les marchands ambulants, les chats assoupis à l'ombre des abricotiers, les rires des hommes, la frénésie stambouliote. Depuis, j'ai retrouvé cette sensation d'être parmi les miens dans tous les pays arabes que j'ai visités"
A partir de cet instant, il n'a& vécu que pour retrouver cette ivresse de l'inconnu. Le monde lui appartenait, il était partout chez lui.
Après Istanbul, il a poursuivi jusqu'à la Grèce, puis l'Italie. Il n'avait pas envie de rentrer alors il a eu l'idée de rendre visite à des amis Zurichois, puis il est monté jusqu'à Prague et enfin Budapest. Quand il a retrouvé les portes de Paris, il était parti depuis deux mois. Depuis, il a parcouru une cinquantaine de pays, fuyant les voyages organisés.


"Quand je voyage, je suis un autre, dit-il. Moi le timide maladif, je me découvre meneur, sûr de moi, extraverti et drôle. Je me fonds dans la population, j'ai traversé des quartiers mal famés, ai tenu tête à des types patibulaires qui voulaient voler mon sac. Je suis un autre homme."  

26/03/2011

Doux fantasme

L'origine du monde .jpegJ'ai eu envie de publier ce poème coquin d'une poétesse souhaitant rester anonyme ...

 

 

 

 

 

Qu'il est excitant

De parler de sa chatte

A son tendre amant

De manière chaste.

 

Et le savoir troublé

D'imaginer en pensée

Une fente tentante

Parfaitement insolente.

 

Vouloir la caresser

D'un regard malicieux

Avant que d'y poser

Un doigt audacieux.

 

Et se representer

Lappant doucement

Le pistil enivrant

De l'ardente dulcinée.

27/07/2009

Comment dit-on ... au Sénégal ?

Un de mes amis nous en a sorti une bonne hier. Et il a récidivé dans la soirée. Les jeux sont ouverts ….  

Alors, d'après vous, comment dit-on, dans le Larousse franco-sénégalais ? (à moins que ce ne soit du français de Casamance)

Apprendre par cœur :

Défaire sa valise :

PS : Boug', je sais quà l'inverse de Oh!91, tu n'es pas une fieffée tricheuse, mais au cas où, tu ne peux, bien sûr, jouer que pour la deuxième expression ...

Mise à jour du 31 juillet :

Apprendre par cœur : parcoeuriser

Défaire sa valise : ben ... dévaliser !

06/04/2009

Chez Dana

Moi, je n'ai pas grand-chose à écrire, ces temps-ci. Mais elle !

Dans ses "Essays In Love", Alain de Botton fait une analyse intéressante de ce temps dont l'emploi français m'a toujours un peu échappé.

Le futur antérieur peut exprimer :

  • un fait considéré comme accompli dans le futur de manière certaine.
    EX : Dans cinq minutes j'aurai fini de manger.
  • un fait futur, antérieur à un autre présenté au futur simple.
    EX : Lorsque j'aurai mangé, je débarrasserai la table si vous le permettez.
  • une hypothèse à propos d'un événement déjà passé.
    EX : Ils se seront encore égarés en ville.
  • une récapitulation, un bilan.
    EX : Toute sa carrière n'aura été qu'une longue suite de succès.

 (Wikipédia)

 

 Je trouve ce temps infiniment plus beau pour parler d'une histoire d'amour qui, à défaut d'habiter le passé ,s'est déplacée vers un futur hypothétique ou un futur bilan. Vivre dans le présent, ce serait parfois  s'engager dans une réalité imparfaite, dangereusement éphémère.Alors que le" future perfect" ça peut signifier le support d'une vie idéale, en contraste avec le présent et sans engagement réducteur. Le futur antérieur me ramène à une certaine idée d'éternité comme si on était sur terre suffisamment longtemps pour ne pas se rabaisser à considérer les occasions d'aimer et d'offrir de la tendresse limitées.Et aussi pour savoir les apprécier.C'est reposant de vivre dans un futur antérieur. Il y a toujours cet arrière goût de durée. Enfin, pour moi. Je suis une rêveuse incorrigible. Cela empêche d'accorder trop de poids à un présent qui risque d'être lourd à porter.

Si je devais offrir ce temps à quelqu'un , il sera sûrement à celui qui aura reçu le meilleur de moi-même et qui m'aura consacré en femme unique, irremplaçable. De sorte que ,le jour où je fermerai mes yeux, je puisse me dire sereinement:

"J'aurai aimé. "

12/01/2009

Dernier métro

 

 

Le signal de fermeture des portes a déjà retenti quand elle se rue dans le wagon bondé. Devant sa mine renfrognée, il recule prestement pour lui faire un peu de place. Les portes se referment dans un claquement, le métro s’ébranle et s’engage dans la nuit souterraine.

Sa main gantée de cuir noir cramponne la poignée métallique. Collée à la porte, jambes écartées, elle peine à trouver son équilibre dans les soubresauts chaotiques du wagon qui file. Le crissement des pneumatiques lui agresse les oreilles. Vite, s’isoler du bruit, s’évader pour ne pas voir les visages maussades. Elle enfonce des écouteurs de caoutchouc noir dans ses oreilles, fourrage nerveusement dans sa poche et en extrait à grand-peine, irritée par le cuir qui s’accroche à la doublure, un appareil de musique. Par-dessus son épaule, il observe l’écran qui s’allume et s’étonne de la dextérité avec laquelle son pouce tapote sur le minuscule clavier. Elle sélectionne la lettre T et fait défiler une liste : The Gorillaz, The Klezmatics, The Prodigy, Tiken Jah Fakoly. Il est si près d’elle qu’il entend les djembés claquer dans ses oreilles. Il observe le manteau cintré d’allure militaire, le béret enfoncé sur ses cheveux, les bottes de cuir noir et le sac couleur fauve.  Il pense en lui-même : « Comme quoi l’habit ne fait pas le moine, j’aurais jamais imaginé cette bourgeoise écoutant du reggae africain ».

A la station suivante, le chassé-croisé des voyageurs les propulse d’un même élan entre les strapontins. Dans une grimace de douleur, elle se déleste de la sacoche d’ordinateur qui lui scie l’épaule et la glisse entre ses jambes, toujours légèrement écartées. Coincé entre elle et une femme à sa droite, il se tourne vers elle et lui fait face un instant. Leurs visages sont à moins de vingt centimètres l’un de l’autre. Elle esquisse un mouvement de recul à peine perceptible et le toise, le visage fermé. Elle pense « Dis donc,  faudrait peut-être respecter mon espace vital, mon coco ». Gêné, il se tourne et regarde droit devant lui.

Le corps de l’inconnue est maintenant perpendiculaire au sien. Il tourne la tête dans sa direction et les yeux dans le vague, fait mine de s’absorber dans une réflexion intense. Elle fixe un point devant elle. Il en profite pour détailler son visage, tâche rendue commode par leur extrême proximité. Les yeux vifs sont ourlés de noir, la bouche fardée d’un rouge orangé. Un léger duvet recouvre ses joues et un bouton rougit son menton. Il s’amuse « Ca ne pardonne rien, la cohue des heures de pointe ».  

Elle fixe un point imaginaire devant elle mais a senti le regard de l’homme sur elle. Elle lui jette un coup d’œil, leurs regards se croisent comme les fers de deux épées. Il a tourné la tête et elle en profite pour l’observer à son tour. « Il est mignon » pense-t-elle. Elle observe les cheveux bruns, très courts, offerts sans protection à la morsure du froid. Il doit avoir froid, comme ça. Elle imagine ses doigts rebroussant les mèches courtes enduites de gel et peste intérieurement « Mais quelle idée ils ont de se foutre du gel sur les cheveux ! Ca colle aux doigts, ça pique et ça pue ». Il est à peine plus grand qu’elle. Son blouson kaki trahit sa jeunesse, il doit avoir la trentaine à peine. Elle observe les joues soyeuses et rasées de près, la bouche pleine. Tout à fait son genre. Elle pense « Finalement, ça a du bon, parfois, la promiscuité. Ca me change de la vue en contre-plongée sur des narines velues ou des oreilles enrobées de cire ». Elle se détend et laisse couler son regard sur ses mains. Les ongles sont trop courts, des poils noirs épars recouvrent le dos de la main. Il doit être poilu. L’encolure de son pull ne laisse échapper aucun indice.

A la secousse suivante, elle laisse le renflement de ses seins emprisonnés sous la laine frôler la manche du jeune homme. Amusée par le tressaillement qu’il a laissé échapper, elle décide de jouer un peu. Sa main a pris appui contre la paroi, derrière l’épaule du jeune homme. Il tourne la tête vers elle et leurs regards se croisent, de nouveau. Cette fois, aucun ne se détourne et ils restent accrochés l’un à l’autre. Elle soutient son regard, intriguée. Elle sourit, il sourit aussi et après quelques instants, qui semblent une éternité, elle détourne la tête comme à regret, visiblement troublée. Ses joues se sont empourprées.

La tension est montée d’un cran et la température aussi, visiblement, puisque soudain elle ôte le chapeau, le plie et le range dans son sac puis dénoue l’écharpe qui glisse sur sa nuque. Elle ôte un gant, fourrage dans ses cheveux. Ils sont dorés et brillent sous la lumière des néons blafards. Il imagine la chaleur de son cou et ses cheveux étalés comme un soleil sur l’oreiller, sous lui. Il pense « Ca y est, j’ai la gaule ». Leurs corps qui se frôlent ont entamé une danse complice qui échappe à la foule qui les entoure.  Désormais, quand il plonge son regard dans le sien, il y voit des étincelles de désir. Son regard lui sourit et semble dire « Oui, regarde-moi, je n’ai pas peur, j’irai jusqu’au bout ». Alors, il s’appuie un peu plus contre la main gantée, pour s’imprégner de sa chaleur mais elle retire sa main. Il se redresse brusquement, s’excuse déjà mais elle sourit de nouveau et pose sa main sur son épaule. Elle s’appuie sur lui, désormais. Il ne peut alors réprimer un franc sourire, et elle rit aussi, comme amusée de son espièglerie.

Les minutes sont passées, les voyageurs sont montés et descendus, ils sont toujours serrés l’un contre l’autre. Il voudrait prolonger ce moment. Elle ferme parfois les yeux, brièvement, et il se demande à quoi elle pense. Joue-t-elle ? Va-t-elle s’échapper pour ne rester qu’un mirage ? Osera-t-il lui proposer de la revoir ?

Dans sa tête à elle, ça mouline à toute vitesse. Elle a envie de lui, envie de goûter sur sa langue son haleine parfumée au tabac. Elle imagine ses mains glacées s’immisçant sous son pull et remontant sur son ventre brûlant jusqu’à …. Elle serre les dents et soupire. « Il faut que je lui demande son numéro. Pas question de donner le mien, on ne sait jamais, si c’était un relou qui se met à me harceler. Mais qu’est ce qu’il va penser si je me lance ? Qu’il peut me sauter ? Et si ça se trouve, il a une nana ». Elle rouvre les yeux, croise son regard malicieux. « Pourtant, s’il me proposait, là tout de suite, de refaire le chemin en sens inverse, de « remonter le temps contre sa bouche », je le suivrai sans hésiter. Rien à foutre du boulot, je dirai que je suis malade ». Elle imagine déjà leurs peaux l’une contre l’autre dans la chaleur de la couette.

Elle sort le téléphone métallisé de son sac et l’active. Elle l’a décidé, elle se lance, y’a pas de raisons que ce soit toujours aux hommes de faire le premier pas. Il regarde sa main. Elle commence à taper 06, hésite, se ravise et range le téléphone, en soupirant. A l’approche de Châtelet, elle reprend la sacoche restée entre ses jambes et se redresse. Elle lui jette un dernier regard, sourit tristement et fait quelques pas jusqu’à la porte. Le wagon s’est immobilisé, elle saute lestement, se retourne et le fixe. Il avance, hésitant. Elle tend la main, il la saisit et saute sur le quai.      

 

17/10/2008

Poésie à deux balles mais ça me fait rire

Sur l’arbre le vent s’est abattu

La foudre m’a pris pour un accu

M’a balancé un p’tit coup d’jus

Tu m’as pas vue

M’a marché d’ssus

Dans l’cul Lulu !

 

Tu m’as fait sauter le fusible

M’a allongée sur le convertible

Pas de bol, c’était un clic-clac

Et c'est mon dos qui a fait crac.

04/10/2008

(...)

(Je sais pas, vous, mais moi, je suis gelée, en ce moment ... allez, un petit remontant, ça faisait longtemps, non ?)
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Endormi, sur le ventre, visage au creux du bras,

Ton corps viril et chaud se découpe sur les draps.

J'observe avec tendresse et toujours étonnée,

Ton visage apaisé sur lequel les années

Semblent avoir glissé sans laisser une trace.

 

Ton souffle calme et lourd emplit soudain l'espace

Et je goûte en silence cet instant de répit

Que me laissent enfin tes yeux fermés, chéri*.

Quand tu plonges leur feu dans mon regard frondeur,

Je perds pied doucement et sens avec stupeur

Des milliers de volcans se réveiller en moi.

En cet instant, tu dors, sous ce bleu qui me noie.

 

Tes épaules dorées et ta nuque soyeuse

Dans ce matin d'été où je t'observe, heureuse,

Invitent mes mains chaudes parfumées de ta peau

A une caresse distraite, mais je laisse le flot

Du désir faire monter du fond de mes entrailles

Des vagues de plaisir sous lesquelles je défaille.

 

Mes yeux suivent la courbe de ton dos émouvant

Sous le drap disparaissent tes fesses impudiques

Sous moi je t'imagine, en cet instant magique

Endormi, immobile, soumis et impuissant.

 

La chaleur de mes cuisses ouvertes contre tes fesses,

Je me penche sur toi, la pointe de mes seins

Durcit contre ton dos et fait vibrer mes reins.

Ma bouche juste entrouverte parcourt ta nuque fraîche,

Ma langue goûte ta peau tiède et un peu sucrée,

Tes paupières tressaillent et ton corps chaud s'éveille.

 

Bientôt, ma bouche vient taquiner ton oreille,

Là où, la nuit venue, je te dis des secrets.

Ma langue humide et chaude suit l'ourlet délicat

Du cartilage tendre et un peu élastique,

Je mordille ton lobe, ignorant les suppliques,

Que tu laisses échapper, prisonnier de mes bras.

 

La pointe de ma langue emplit ton pavillon

Baigné de ma salive, tu contractes le dos,

D'un mouvement brusque le libère du fardeau

Et plonge tes yeux bleus dans mes yeux polissons.

 

Ma main dans tes cheveux ébouriffés et doux,

J'emprisonne ta bouche entre mes lèvres fermes

Et m'abreuve au nectar de tous nos matins blêmes,

Recueillie, yeux fermés, je dompte ton courroux.

 

Mais sous mon ventre chaud, je sens ton sexe dur

Qui tangue doucement et cherche ma chaleur.

Je l'ignore et retarde ce moment de bonheur

Où tu pénétreras au fond de mon armure.

 

Belle et chienne à présent, je soutiens ton regard,

Son bleu voilé s'enfonce dans mes reflets d'automne

Quand tu saisis ma main, le souffle court, hagard,

Mon prénom sur tes lèvres, dans l'air moite, résonne.

 

Je bois ton souffle chaud pareil à l'alizé

Ma langue sur tes lèvres goûte le sel de ma peau

J'offre un téton rosi à ta bouche affamée

Tes dents qui le mordillent m'arrachent des soubresauts.

 

Soudain tu me renverses et tu m'ouvres les cuisses,

Tes yeux émerveillés découvrent un fruit charnu

Dans mes replis nacrés, ta langue pointue se glisse

Et goûte la saveur de ce miel défendu.

 

Tu frottes une joue rugueuse au velours de ma peau

Je gémis sous tes mains et ta bouche experte

Butine le bourgeon de ma féminité.

Ton doigt glisse lentement sur mes lèvres entrouvertes

S'enfonce, clandestin, dans mon humidité,

La jouissance m'inonde et je crie, les yeux clos.

 

Alors ta queue gorgée d'un désir lourd et suave

Pénètre les remous de mes cuisses tremblantes.

Tu es planté en moi comme une dague assassine

Cloue et laboure mon corps, cruelle et indécente,

Jusqu'à l'instant précieux où mes cuisses mutines,

Resserrant leur étreinte, déclencheront des salves.

 

Alors je sentirai ta queue vibrer en moi

Inondée de ton jus, je t'ouvrirai mes bras

Pour qu'enfin, sur mon ventre offert et honoré,

Tu reposes ta tête et t'endormes, apaisé.

[poème écrit aux alentours de l'été 2007]

* t'as vu, me suis presque pas dégonflée ... ;)