31/03/2012

Flânerie dans le Realejo

Je vais encore me faire sermonner par Trotti givrée "Arrête d'antidater tes billets !". Mais c'est qu'à mon retour de Grenade, j'ai repris le travail sur les chapeaux de roue et puis ... vous aussi vous avez envie de soleil, non ? Voici donc la fin de mon séjour, il y a tout juste 1 mois aujourd'hui.

 

J'ai vraiment ralenti le rythme depuis plusieurs jours. Pour commencer, j'ai pris le rythme andalou, ensuite, le jour du départ approche et je ressens le besoin de farniente. Pour finir, il faut que je garde, ausi, des choses à découvrir avec Oh!91, quand nous reviendrons ensemble. La piscine sera terminée, j'ai hâte. Les journées seront très chaudes et l'on ne quittera la fraîcheur des hauteurs qu'à la nuit tombée. Cela promet de belles soirées en perspective.

Ce matin, donc, j'ai délaissé la grammaire espagnole pour un des livres de B. : La chambre de la vierge impure, de Amin Zaoui. Je m'installe sur la terrasse avec un café et le plateau du petit-déjeuner : kiwi, tartines de confiture de figues et tranches de fromage espagnol moelleux como una tetilla.

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A 14h30, je suis de retour dans le quartier qui commence derrière la statue des Rois catholiques, où V. m'a emmenée boire un verre, la veille. Je réalise que, lors de ma balade dans le Realejo, je n'ai pas remarqué les jolis détails qui émaillent la calle Escolistica. Sur une façade couleur cuivre de la calle Pavaneras, une joile plaque représentant une image pieuse ; on en trouve beaucoup à Grenade.

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La plaza del padre Suárez est bordée de très belles bâtisses : la casa del padre Suárez, la Capitanía del Ejercito, et surtout la très belle Casa de los Tiros, maison de style Renaissance, qui abrite aujourd'hui le Musée des arts et traditions populaires (gratuit). Sa façade est ornée de sculptures des héros de Troie et au dessus de la porte en bois, une épée signale le blason de la famille Granada Venegas : "El corazon manda".

granada,zarxas


A l'angle de la rue, je suis intriguée par de facétieux personnages à l'air pas du tout catholique, scuptés sur les balcons, et dignes des statues qui ornent certains temples indiens ....

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Je décide de déjeuner dans un des cafés favoris de V., qu'il m'a signalé la veille. Le restaurant-café-bar Ocaña El Sota, fondé en 105, est un endroit simple qui fleure la bonne cuisine. Je choisis le menu du jour à 8€50, erreur ! J'avais oublié que les menus espagnols sont très - trop - copieux.
Avec ma bière, on m'offre une assiette de patatas a la pobra, des pommes de terre en tranche sautées aux oignons et poivrons verts. Je n'ai déjà plus faim, ça promet ! Sur la télé de gauche, les nouvelles parlent de manifestations et de commission européennne. Visiblement, les indignés le sont toujours. Sur la télé de droite, des clips tournent en boucle. J'ai un moment de tristesse en entendant la belle voix de Whitney Houston, idole de ma jeunesse.
L'entrée arrive bientôt, une assiette de paella qui constitue un plat à elle seule ! Et puis du poulet en sauce que je touche à peine. Mais la crème caramel, elle ....

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Sur MSN, un copain répond à mes interrogations en me laissant avec celles-ci : est-ce que je refuse d'être ce que je parais ou est-ce que je refuse de montrer ce que je suis ?
Je suis plombée de tristesse, soudain. Mon ordinateur, comme pour m'épargner, se met en veille juste après la promesse de reprendre cette conversation à mon retour.

De nouveau à l'air libre, je remarque une autre plaque commémorative des 500 ans du quartier juif du Rialejo (depuis 1492). J'en immortalise plusieurs. Je quitte la calle Molinos pour rejoindre la place Campo del Principe et reviens à mon point de départ. Décidément, j'aime vraiment beaucoup le quartier du Realejo.

Mes pas me mènent ensuite naturellement vers la plaza Nueva et le paseo de los Tristes qui sied si bien à mon humeur. Sur le parvis d'une église, elle joue de l'accordéon et il chante (faux) mais ils sont amoureux et charmants. Le ravin en contrebas de la Alhambra est coloré de vert tendre.

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Il est presque 18 heures, je rejoins l'entrée d'un hamam mixte, et donc rempli de touristes. L'endroit est fort beau, pourtant, et du lait hydratant gracieusement mis à disposition, mais la séance chronométrée et le gommage, un massage.

Je me sens pourtant mieux en sortant. Sur la plaza Nueva, mon téléphone signale un sms : "Comment va ma marraine ???". Mon rayon de soleil ! Qu'est ce que je l'aime, celle-là !

27/02/2012

Balade dans le Rialejo

Mon réveil me tire du sommeil à 10h. Je petit-déjeune en terminant Salammbô puis me fais une session nostalgie en écoutant un album de Wham ! sur lequel je chante. Un des ouvriers de B. monte même en croyant que c'est B. qui fait des vocalises. En fait, B., après un premier réveil, est retourné se coucher. Il se lève peu après et je lui raconte mon voyage au Maroc avec Yo pendant qu'il déjeune. J'ai prévu, au mois 5 comme on dit là-bas, de retourner dans le nord du Maroc pour séjourner à Tanger, Tetouan, Chefchaouen et peut-être même Meknès, que je n'ai vues que furtivement. J'aimerais commencer mon voyage ici, en Andalousie, mais cette fois sur sa côte Ouest, en aterrissant à Jerez, où j'ai travaillé mais peu flâné, et en allant surtout me perdre à Cadiz et alentours. De là, je suivrai la côte et prendrai un bateau pour Tanger. B. envisage même de m'y rejoindre et cela m'enchante.

Vers 12h30, je descends à pied dans Albaicin, prenant des ruelles qui me sont maintenant familières. A certains angles de rues, il y a ces jolies plaques bleues et blanches qui signale leur nom, comme celle-ci "Cruz de arqueros". Je me perds - suivant les conseils de B mais avec beaucoup de zèle - dans le labyrinthe de Albaicin, tant et si bien que j'atterris non pas près de la Plaza Nueva, comme prévu, mais du côté de celle del Triunfo.

De là, pour éviter la calle Elvira, sans intérêt, je monte et descends des escaliers, tourne à droite puis à gauche. Enfin, j'atteins la Caldaderia Vieja et entre dans la brasserie La Riviera, celle où nous avons mangé de roboratifs tapas samedi soir.

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Après avoir dévoré montadito, brochette et salade et sifflé le verre que m'a offert le serveur, qui m'a reconnue, je prends la Santa Escolastica en direction du Realejo, l'ancien quartier juif de Grenade. Un bandeau lumineux affiche 24°C. Le quartier derrière les statues des rois catholiques est très sympa, les rues sont bordées de quantités de bars.

Je me perds dans Damasqueros, où les terrasses au soleil sont prises d'assaut, longe la place Campo del Principe, remonte jusqu'à la plaza San Cecilio où, surplombée par le palace hotel Alhambra, se dresse la petite église de San Cecilio. Digestion aidant, j'ai un sérieux coup de barre et profite un long moment, sur ses marches, du soleil et d'une brise rafraîchissante. Les rues du Realejo sont désertes, on se croirait dans un village de campagne écrasé par la moiteur d'une après-midi d'été. Il y a bien deux touristes anglophones qui jaillissent d'on ne sait où, en shorts, et aussi ces deux jeunes, elle hurlant sur le porte-bagages de la bicyclette, dont je me demande bien comment ils arrivent sains et saufs en bas de la pente qu'ils dévalent à toute allure.

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Après cette pause, je m'engage dans une jolie allée bordée de maisons magnifiques, signalée comme étant une impasse et qui s'avère être, en effet, une impasse, même pour les piétons.

De là, je redescends sur la calle Molinos et tombe devant un bâtiment, voisin du théâtre Alhambra, qui me semble d'inspiration mauresque et arbore le mot Masagra sur sa façade. Il faudra que je demande à B. ce que ça peut être. Un peu plus loin, à gauche, le centre de lettres modernes se trouve lui aussi dans un ensemble architectural très élégant, en jaune safran et blanc.

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Je descends la cuesta Molinos, débouche sur le paseo de la Bomba qui longe la rivière Genil et rejoins le Paseo del Salon. Là, je traverse la terrasse du restaurant Las Titas. J'aimerais bien me poser dans un café avec option wifi. Je dédaigne la terrasse du café Futbol, pourtant proche mais privée de soleil.

Finalement, je traverse Puerta Real et déniche, près de la cathédrale, un salon de thé marocain où je tente, tant bien que mal, d'écrire mes billets en retard tout en discutant avec le serveur berbère et fort sympathique, originaire de Nador. Lorsque mon ordinateur s'éteint, à bout de batterie, je plie bagage. C'est l'heure des tapas.

NB : J'ai demandé à B. : Masagra, c'est le siège départemental des services de l'eau.

25/02/2012

Virée sur la Costa del Sol (sans bikini)

B. doit aller faire quelques emplettes à l'Ikea de Malaga et propose, si j'en ai envie, de me déposer dansle centre de Malaga pour m'y promener. Je descends d'abord petit-déjeuner en ville et profiter du wifi du café Futbol, d'où je discute avec Mère Mi, entre deux coupures d'internet, tout en plongeant des churros aériens dans un épais chocolat chaud. J'envoie également un mail à ma copine Susan de Malaga, sans grand espoir qu'elle le lise à temps, mais sait-on jamais ?

Deux heures plus tard, je reçois un sms de B. qui me dit être en route, me laissant juste le temps d'une agréable promenade jusqu'au puente Genil, un joli pont de pierre qui enjmabe la rivière du même nom. Ce quartier, que je ne connais pas, semble fort agréable. " Quel timing parfait" constate B. alors que nous quittons Grenade.

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Dans le col du "Soupir du Maure", par là même où Boabdil quitta sa ville, les amandiers sont déjà en fleurs. B. vante les villages berbères du versant sud de la Sierra Nevada, seulement fréquentés par les touristes "se situant entre Ardèche et Larzac" . A droite, un gigantesque barrage founit en eau la province de Grenade.

Bientôt, on aperçoit sur un piton, le village blanc de Salobrena. B. a acheté un terrain dans cet endroit dont le front de mer, non constructible, a été épargné par les ensembles gigantesques qu'on trouve dans la province de Malaga. Salobrena accueille une significative communauté belge car c'est là que la famille royale a sa résidence d'été, et là d'ailleurs que le roi Baudouin poussa son dernier soupir. De tout en haut de la ville, la vue sur la côte est absolument spendide. En contrebas, les champs de canne longent toujours la mer car, je l'ai appris lors de ce séjour, on fabrique même du rhum ici.

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A Malaga, B. me dépose sur la place du general Torrijos. Je rejoins rapidement la bâtisse jaune de l'ayuntamiento, puis la cathédrale car ma première priorité est de manger. Il est 15h30 et je meurs de faim. Rue Granada, je m'offre une salade d'avocats et tomates cerise et une friture de calamars.

Je suis maintenant prête pour la visite du musée Picasso, situé dans le très beau palais Buenavista. C'est un endroit très agréable que ces salles au plafond en bois sculpté. Je n'y trouve hélas aucune des oeuvres que je connais, et surtout pas Guernica, que j'ai étudié au lycée en classe d'espagnol et qui m'a fait aimer Picasso. Guernica, comme la plupart des pièces maitresses de Picasso, ne se trouve pas dans sa ville natale mais au musée Reina Sofia de Madrid. Picasso a quitté Malaga à l'âge de 19 ans et n'y est jamais revenu. Mon guide, qui date quand même de 2005, vante les patisseries et le patio du café du musée. Pourtant, ceux-ci sont absolument déserts, et je m'y installe quand même pour déguster un délicieux muffin à la crème de citron (c'était ça ou une mousse aux 3 chocolats).

En attendant que B. sonne le rappel des troupes, je traîne dans la ville, me pèle en essayant, en vain, de me connecter au wifi du café-restaurant El Jardin, idéalement situé sur une place derrière la cathédrale, mais à l'ombre, donc. Finalement, le code écrit par le serveur était à traduire en minuscules, et je réussis tout de même à papoter avec Mère Mi sur Skype (vive la retraite !).

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B. me récupère sur un rond-point. Le pauvre a passé cette journée ensoleillée dans un magasin ...

Dans la voiture, sur le siège arrière, je comate en écoutant Chambao, groupe électro de Malaga. Vers 20h, nous voilà enfin de retour à Grenade où B. me donne une pause jusqu'à 22h, heure à laquelle nous irons rejoindre un de ses amis dans le centre pour quelques verres. A l'heure dite, j'entends B. qui dit dans son téléphone "Salimos ahora mismo". Ce que je ne savais pas, c'est que nous descendrions à pied à travers Albaycin. "On en a pour 15 minutes à peine" dit B. " 15 minutes, tu rêves, ça va nous prendre au moins 20 minutes. Si j'avais su, j'aurais mis mon jean et mes baskets". Sacré bizutage qu'il m'inflige, l'ami B. ! Je prie pour ne pas me casser, de nouveau, la gueule du haut de mes bottines mais c'est avec un soulagement non feint que j'atteins le bout de Caldoneja Vieja, la rue des teterias marocaines.

Devant un bar de la calle Cetti Meriem, un gaillard soulève Bruno dans ses bras avant de me réserver le même accueil. Nous entrons, commandons des verres, on nous offre successivement des brochettes de viande et des montaditos de lomo, jamon tomate y aioli tout chauds. A. me parle - vite - j'ai du mal à suivre et me contente de les écouter. Je suis troublée de voir ces deux amis s'étreindre, troublée aussi que A. me palpe les mollets et tire sur ma mini-jupe - il  dit qu'il n'a pas vu de mini-jupe pareille depuis les années 80- 

Je ne sais pas si A. me trouve coincée, en tout cas, il me soulève dans ses bras à plusieurs reprises en disant "Détends-toi, tout va bien". Les contacts sont constants entre les Andalous., ils sont aussi expressifs verbalement que physiquement. B., en bon provençal, s'y sent dans son élément. Je me fais embrasser aussi, et ne boude pas mon plaisir, et B. traduit l'avertissement que me lance A. : "Toi, tu me plais, je ne vais pas te draguer mais avant la fin de la soirée, je t'embrasserai sur la bouche". Olé !

21/02/2012

Mélancolie à La Alhambra

J'ouvre les yeux à 9h52. Le soleil baigne ma chambre à travers la lucarne.

Je saute dans mes baskets, cajole Tarkan puis marche jusqu'au bout de larue, d'où l'on contemple le superbe point de vue sur la Sierra Nevada, l'Alhambra et en contrebas, la ville de Grenade.
Mon terrain de jogging est immense mais escarpé. J'abandonne après 15 minutes de course qui me laisseront de cruelles courbatures.

Vers 11 heures, après avoir passé la puerta Cruz de piedra, arcade de pierre indiquée la veille par B., je descends à travers le quartier gitan d'Albayzin, là où Grenade est née. Au détour d'une ruelle, j'entends des voix d'enfants qui scandent quelque chose. "Ils mettent du coeur à l'apprentissage de leurs leçons", me dis-je avant de tomber nez à nez avec un groupe bariolé où je reconnais Spiderman, Maya l'abeille et un gamin casqué qui ressemble à Force Bleue. "Eso es carnaval", c'est ça qu'ils crient joyeusement.

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Je tourne à droite dans San Gregorio Alto, débouche sur la placeta Carniceros, tourne à droite dans Agua jusqu'à la Plaza Larga où se tient un marché de vêtements.
B. m'y a recommandé la patisserie Pasteles qui jouxte une très belle maison transformée en glacier. La pâtisserie Pasteles date de 1928, c'est écrit sur sa façade (l'âge de mamie Coco, dis donc!)
J'y entre, m'installe mais ils ne servent pas de churros con chocolate et moi, c'est ça que je veux. Je reviens sur mes pas jusqu'à la placeta Carniceros et m'installe au comptoir. Mmm ! Une bonne tasse de chocolat épais et des churros tout chauds ! 

Maintenant rassasiée, je redescends vers la Plaza Larga. Dans un renfoncement, un brun chevelu chante - divinement - du reggae, accroché à sa guitare. La mélodie me trottera dans la tête pendant longtemps. Je traverse la place et me dirige vers le nord. Des carreaux de céramique étincelants dans le soleil me font promettre de revenir très vite pour d'autres churros. Sur la plaza Salvador, je lis, au-dessus d'une maison, les vers empreints de nostalgie du poète né là.

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Je descends la cuesta del Chapiz que de courageux cyclistes grimpent, jusqu'au rio Darro que je traverse sur le pont du roi Chico. Après m'être engagée pa erreur sur un chemin "qui part dans la cambrousse" (dixit B.), je grimpe la côte ardue de los Chinos. A 13h30, me voilà devant le guichet, à 13h50, j'entre dans l'Alhambra.

Je file d'abord jusqu'au palais Nasride, construit par les successeurs de Mohamed ibn Yousouf ibn Nasr, fondateur de la dynastie nasride, car je dois y être à 14 heures précises.  
Je ne vais pa vous décrire le palais, je ferais un simple copié-collé de mon guide touristique. Le flot de touristes m'empêche d'imaginer la vie au temps des émirs, les chuchotements, le silence seulement caressé par le murmure cristallin de quelque fontaine. La Cour des Lions est en réfection et je ne peux accéder à la salle où aurait été perpetré l'assasinat de la famille Abencerraj, après que l'émir eut découvert sa favorite en compagnie de son chef, dans le jardin de la sultane.

Alors que j'admire les plafonds délicatement sculptés de la Sala de Dos Hermanas, un des gardiens m'invite à découvrir celui d'une niche Nous discutons, je le retrouverai plusieurs fois le long de mon parcours. Plus loin, il m'entraîne dans une des salles des bains. du palais de Comares Il a un accent fort, je m'accroche pour le comprendre.
A la sortie des palais, j'engage la conversation avec une gardienne, autour de banalités. Je remonte vers le palais Carlos V et retrouve mon gardien aux cils de faon. "Vas visiter l'Alcazaba et ensuite, tu vas au Generalife".

J'entre dans le palais Carlos V, érigé après la destruction d'une aile du palais Nansride - quel drame - puis dans l"église Santa Maria de la Alhambra, construite sur l'emplacement de l'ancienne mosquée de l'Alhambra.

A l'Alcazaba, la citadelle d'où émergea l'Alhambra, je m'offre une somnolence au soleil, face à la tour où les Espagnols plantèrent les drapeaux de la reconquête chrétienne, et suis prise d'une profonde mélancolie qui ne me quittera plus jusqu'au soir. J'imagine l'émir Boabdil abandonnant sa forteresse aux mains de chrétiens qui renièrent leur parole.

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Je parcours rapidement les jardins désséchés du Generalife, qui doivent être bien plus beaux au printemps et prends le bus n°30 qui descend en ville. Là, dans un salon de thé glacial, je trouve le sourire lumineux de ma filleule et aussi celui de Wildcat, mon amie italienne. Leur chaleur adoucit un peu ma tristesse.
Vers 21h, mon téléphone sonne, B. me donne rendez-vous sous 20 minutes, dans un bar, la Corrala del Carbon.  Nous y buvons un peu de vin puis il m'entraîne dans un bar, où nous partageons une assiette de poissons frits en nous remémorant les circonstances qui nous ont amenés jusque là (merci WajDi).

De retour à la maison, nous discutons encore devant une infusion. Je lui dis ma tristesse entre les murs de la Alhambra. Il n'est pas surpris. "Pour beaucoup d'arabes, la Alhambra, c'est le paradis perdu". La reddition de Boabdil a sonné le glas de l'apogée arabo-musulmane et le débur de sa décadence. Une légende dit même que les souverains musulmans ont voulu contruire, avec la Alhambra, le paradis sur terre et que Dieu, pour empêcher ce blasphème, aurait donné la ville aux chrétiens. 

Je montre les photos prises et évoque les vers de Carrasco. "Grenade est une ville de poètes" confirme B.

Nous parlons aussi de ce que sont les origines, de ces parcours uniques, ces parfums de l'enfance qui font qu"on se sent d'ailleurs. B. est provencal, a grandi dans un univers fortement imprégné des influences tunisiennes et s'est installé ici il y a 20 ans. "Je n'arrive pas à dire que la France est mon pays" conclut-il avant que nous n'allions nous coucher.

Corrala del Carbon, calle Maria Pineda 8 (958223810)
 

20/01/2012

Pamplona !

Philo me souhaitait en ce début d'année beaucoup de voyages et de rencontres. Et bien, 2012 démarre fort. Après un weekend à Londres qui n'attend plus que quelques photos pour être publié, j'ai fait "un beau voyage et de jolies rencontres", cette semaine.

Dimanche après-midi, j'aterris à l'aéroport de Biarritz où je récupère une Mégane avant de traverser la frontière et de trouver enfin, tout au fond d'une zone industrielle, mon hôtel en périphérie de Pampelune. Le premier soir fut loin d'être festif car j'ai bossé jusqu'à minuit et même oublié de dîner (un comble, non ?)
Le lendemain au petit déjeuner, je retrouve "Kiique", notre jeune commercial espagnol, accompagné d'un bonhomme tout rond, "Cesc", notre partenaire local. Ils vont tous deux assister à la formation de 4 jours que je m'apprête à donner.
Comme d'habitude, mes premières phrases en espagnol sont un peu hésitantes. Mon diesel se met en route.

Sur le parking de notre client, une masse vient à notre rencontre et nous broie la main. Mon "stagiaire" est physiquement très impressionnant, un vrai rugbyman. Après 15 ans de boîte, il est peu enclin à s'en laisser conter par un logiciel qui prétend faire aussi bien, voire mieux, que lui. J'enfile discrètement mes gants de velours.

Trois charmantes jeunes femmes nous rejoignent en salle de formation et je commence mon show.
Vers 11 heures, nous descendons à la cafétéria pour "un café". Je retrouve les automatismes appris l'année dernière et les drôles de pratiques de mes compagnons : café solo pour moi, verre rempli de glaçons arrosés de café pour eux. Me souvenant du rythme espagnol, je commande un sandwich. C'est qu'il va falloir tenir le coup quelques heures encore car ici, on part déjeuner à 14 heures.

A 14 heures, justement, nous nous attablons tous ensemble dans un restaurant, au premier étage du centre commercial. Je commande une soupe en entrée (merde, j'avais oublié que les entrées sont des plats ici !) et des chipirones, dont je raffole, suivis d'une médiocre tarte au fromage. En face de moi, Kique et Cesc dégustent un étrange amas de choses non identifiées; ce sont des "kokotxas de bacalao", des joues de cabillaud. Je goûte, trop bon. "Y'a des choses que tu n'aimes pas ?" demande Kique. Je suis démasquée.

Le soir, nous nous retrouvons tous trois à la réception de l'hôtel vers 20h30 et après un tour dans les rues et le long des remparts de Pamplona, nous entrons, sur les conseils de notre stagiaire qui a l'air de s'y connaître question bouffe, au Gaucho. Ptain, les pinchos sont à tomber au Gaucho, un truc de malade ! Beaux et savoureux, impossible de choisir, ni de se contrôler, on s'est régalés, lasagna de puerro con gambas (le truc en bas et au milieu), hojaldre de ajo arriero con huevo, pinchos de foie, le tout accompagné d'un bon rioja ! Jugez plutôt :  

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Pendant le repas, notre partenaire espagnol, que j'ai appelé Alfredo toute la journée, me glisse gentiment "Moi, c'est Cesc". On a bien rigolé. Il est super drôle ce type. Après ce festin, on a refait un tour en ville et Cesc a inventé deux mots très marrants pour me guider : izquierdamos et derechamos.

Le lendemain, on passe aux choses sérieuses. Notre stagiaire, ravi de rencontrer d'incorrigibles gourmands, nous confie faire partie d'un cercle gastronomique. Et ce soir, il nous invite à dîner. A 20h30, sa tête apparaît au premier étage d'un restaurant de la place.Il faut une clé pour monter l'escalier en haut duquel il nous accueille, vêtu d'un tablier, et nous fait admirer la vue qu'on a sur la place :

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Là, d'un coup, j'ai senti que la soirée allait être longue...

Sachez juste qu'on a commencé les réjouissances avec des chistorras, de la morcilla et du fromage, que M. a débouché un magnum de rioja (qu'on a sifflé à 3), fait griller des entrecôtes, que la table voisine m'a fait goûter un mojito maison, qu'à la fin du repas, M. a débouché une bouteille remplie d'un liquide pourpre, un digestif non identifié mais néammoins succulent qui s'appelle Patxaran, que quand je suis revenue des toilettes, on m'en avait traîtreusement resservi un troisième verre, que quand je me suis couchée, la chambre tournait, que j'ai fini la tête dans la cuvette des chiottes mais que je me suis sentie vachement mieux après, et que le lendemain, au petit déj, quand mes 2 collègues, avouant une terrible gueule de bois, m'ont demandé si j'avais bien dormi et comment je me sentais, j'ai lancé sans honte aucune un arrogant "Super bien !" (je compte sur votre discrétion, les amis )
N'empêche, c'était une super soirée, en compagnie d'un sacré personnage ...

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Le lendemain midi, j'ai fait léger : pavé de thon et sorbet au citron. Le soir, y'avait foot et mes collègues m'ont demandé si je voulais venir le match avec eux. Rien que pour l'ambiance, oui. Je sais donc maintenant dire match en espagnol (partido) et j'ai appris plein d'insultes, entre deux pinchos. On a été petits joueurs ce soir-là, seulement 2 verres de rouge et 5 pinchos chacun. On était un peu fatigués, il faut dire ...

Et ce midi, pour la dernière, apès quelques emplettes - dont une bouteille du "Patxaran" fatal, à propos duquel internet met effectivement en garde contre une "gueule de bois terrible" - je me suis retrouvée entourée de 6 solides gaillards. M. avait commandé - en entrée - 4 omelettes au cabillaud.

Quand la serveuse a posé devant moi un dos de cabillaud, j'ai protesté, objectant que j'avais commandé de la viande. "Ben oui, a répondu M. la viande, c'est après, on commence avec du poisson". Ben oui, voyons Fiso, quelle question !?...

Ce déjeuner fort convivial a été un peu obscurci par Cesc qui soudain a fermé les yeux, face à moi, et j'ai crié "Il se sent mal" et on a dû l'allonger et appeler les pompiers. J'ai eu la trouille, c'est que je l'aime bien ce bonhomme, il a un humour inattendu et est d'une gentillesse incroyable. Il est venu récupérer sa valise dans le coffre de ma Mégane, a promis d'aller consulter un médecin dès le lendemain. En le regardant s'éloigner, sa valise à la main, je l'ai trouvé tout fragile.

Au moment de se quitter, M. m'a fait la bise. Je préfère ça plutôt que de me faire broyer la main. Notre commercial a dit "Bravo Fiso", et j'ai repris la route jusqu'à Biarritz. Une super semaine, je vous dis. Et en plus, je commence à savoir utiliser le subjonctif en espagnol.

03/11/2011

Rabat - Chechaouen


Il paraît que la CTM est la meilleure compagnie de bus du pays. A la gare routière, il y a foule et pas de touristes. Le bus se pointe avec 30 minutes de retard et nous quittons Rabat à 15h15. Le site internet de la CTM annonce 4 heures de trajet, nous devrions donc arriver à Chefchaouen vers 19h30.
Ma plus grande inquiétude, c'est surtout que nos valises, que j'aperçois sur le tarmac, restent sur place.


Le bus, bondé de familles et d'enfants, est d'une propreté très douteuse. Pourvu que ça ne chouine pas !
Après avoir quitté Rabat, nous traversons de grandes étendues monotones, on croirait la Beauce. Parfois on traverse de petites villes où les maisons cubiques, collées les unes aux autres, ressemblent à des constructions Lego. 
La nuit est déjà tombée - et la pluie s'y met - quand nous faisons une halte dans une ville sinistre, où les types attablés aux terrasses, sous des auvents, ne le sont pas moins.
"Tu veux aller faire un tour ?" me lance Yo, goguenard.
"Heu, non merci, ils n'ont pas l'air très engageants dans le coin".
Ca fait déjà une demi-heure qu'on est arrêtés devant ce café, je m'impatiente. "Bon, on repart où on couche là ???"
"Ah non, pitié, pas ça, s'écrie Yo. Vas-y, file moi un cachou !"
En liaison avec un ami resté à Paris, celui-ci confirme que l'arrêt qui s'éternise correspond à la pause repas du chauffeur.
Le bus s'ébranle enfin, puis nous sommes plongés dans le noir complet. Noir dedans, noir dehors, le bus tangue dans la pampa marocaine, c'est vachement rassurant comme ambiance ...
Au cas où, j'envoie un sms à ma collègue, et seule amie marocaine, Jam, qui m'envoie des boussa.
Dans la nuit noire, l'écran de mon téléphone s'illumine.

C'est P_o_L : "Tu es rentrée poulette ou toujours marocaine ?
Moi " Je suis très exactement dans un bus plongé dans le noir, en route pour un village de montagne"

Le bus effectue un 2ème arrêt et cette fois, je descends me dégourdir les jambes. Dans une gargotte, je prends un jus d'avocat, désormais un classique bien nourrissant, surtout quand il est servi en format milk-shake. Des jeunes assis à une table aimeraient visiblement engager la conversation avec moi mais leur français ne nous permet d'échanger que quelques mots.

Enfin, notre bus se lance à l'assaut des montagnes et vers 21h, il s'immobilise sur la place de la gare routière. Il tombe des trombes d'eau et une touriste allemande nous propose de partager un taxi jusqu'à la ville.

Arrivés là, suivis par de jeunes hommes qui nous demandent si nous voulons du "chocolat", [Chaouen est un haut-lieu de la culture de la marijuana], nous traînons nos valises dans les rues transformées en torrent. La mienne fait à peine plus de 10 kilos, certes, mais j'ai oublié quelques indispensables, comme un parapluie. Heureusement, Yo en a un et je m'aggrippe à son bras, lâchant régulièrement un "Oh putain !" quand un filet d'eau me coule dans la nuque et le dos. Mon jean trempe  dans la flotte. Nous nous arrêtons sous un auvent, le temps d'essayer de repérer sur mon guide où nous sommes et où nous allons. Un commerçant invite Yo à entrer dans sa boutique pour acheter des djellabas.

"Il est con, lui, à me demander si je veux acheter des djellabas alors que je suis sous un déluge en train de chercher mon hôtel ?" explose Yo, passablement excédé.

Enfin, nous apercevons l'enseigne de l'hotel Gernika et sommes accueillis par Raul, un jeune espagnol d'Alicante, très sympa. Je sors ma déclaration de vol, il n'a pas de quoi en faire une copie et propose de la garder et de me la rendre le lendemain matin. Je grimace, pas très envie de lui laisser l'original d'un document qui est indispensable à la poursuite de mon voyage mais Yo me tranquilise.

Nous hissons nos valises dans l'escalier étroit. Notre chambre au dernier étage, à l'atmosphère monacale et peinte de rose saumon, est toute douillette et me plaît beaucoup. Dormir dans ce cocon en écoutant la pluie tomber, quel pied ! N'empêche, en descendant l'escalier abrupt de l'hôtel, je finis sur le cul. Je suis bonne pour un beau bleu, encore, tiens ....

L'hôtel ne fait pas restaurant et sur les conseils de Raul, nous interrompons la soirée peinarde, face à son poste de télévision, du patron du restaurant "Chez Fouad" qui nous sert un délicieux tajine à la viande et aux figue et un autre à la viande hachée, le tout pour 75 drh. Son ardoise accrochée à la devanture du restaurant propose aussi des tajines de sardines, crevettes et même des tortillas espagnoles. C'est que la région est plus influencée par l'Espagne que par la France.

Chefchaouen - que beaucoup de Marocains désignent par Chaouen - accueillit les maures d'Espagne quand ceux-ci furent chassés par les rois catholiques. Les juifs s'y installèrent aussi mais pas les chrétiens, auxquels la ville fut longtemps interdite. Dans le train entre Rabat et Fès, Zakariae, originaire de Chaouen, m'avait appris l'origine de son nom : "chouf" (regarde) et "chaouen" (les cornes) car elle se trouve entre deux pics.

Nous rentrons bien vite à l'hôtel où, dans la salle à manger, nous pianotons sur internet (un ordinateur est mis à disposition des visiteurs) avant d'aller nous coucher là-haut sous les étoiles.

Chez Fouad, rue Targui

Un dernier passage à Rabat (jusqu'à la prochaine fois, inch'Allah!)

Rabat, début de soirée, B. nous récupère à la gare, accompagné d'une petite femme et d'un homme aux yeux dorés, et propose de boire un verre dans le coin. A l'italien du coin, je bois un jus d'avocat, mon préféré, et fait la connaissance de la présidente de l'association "Terres des femmes", très fière d'être la femme de coeur du mois du magazine "Femmes du Maroc", sauf que je ne retrouve pas trace d'elle sur internet ...

Après les salutations d'usage, B. nous conduit jusqu'au quartier de Takadoum, pour une seconde nuit chez ses parents. En retrouvant le "festival" ouvert 365 jours par an et les ruelles (au marchand de ceintures pour caftans, prendre à gauche), on a un peu l'impression de rentrer à la maison.

Dans le salon, devant la télé avec le père de B., je m'abstiens de commenter l'actualité, notamment le débat actuel au Maroc sur l'éventualité d'autoriser l'avortement en cas de viol ou inceste.
[Plus tard, je raconte à Yo le dramatique siège organisé en 1997, alors que je venais de m'installer à Dublin, de la maison dans laquelle vivait une gamine irlandaise de 13 ans qui avait subi un viol.
J'avais alors été horrifiée de lire que les ligues anti-avortement encerclaient sa maison pour l'empêcher d'en sortir et de partir se faire avorter en Angleterre. Ce sujet était tabou avec mes copines irlandaises et j'ai eu quelques échanges musclés avec les mêmes ligues anti-avortement qui exhibaient leurs monstrueuses affiches sur O'Connell street. Fin de la parenthèse.]

B. et son père nous font aussi les éloges du roi actuel et de son père, Hassan II, qu'ils décrivent comme un homme simple à grands renforts d'anecdotes comme ce soir où dans une épicerie, Hassan II aurait acheté de la nourriture pour un vieux Marocain misérable qui ne l'avait même pas reconnu. J'observe Yo et m'amuse de le sentir trépigner intérieurement. La dévotion à la monarchie est omniprésente dans le pays, en témoignent les photos du roi qui ornent la moindre gargote, certains poussant même le zèle à orner leurs murs de portraits réalisés à la peinture.
[C'est sûr que l'émotion est bien moins intense pour les Français face à un portrait de leur président. Le seul portrait de Sarkozy que j'ai vu, c'était au consulat de France, et d'une même voix, Yo et moi nous sommes écriés : "Quelle horreur !", moi ajoutant "T'as vu sa bouche, on dirait Donald Duck". Non vraiment, affinités politiques mises à part, notre président actuel, court sur pattes et joufflu du fessier, ne ressemble à rien.]

Tout le pays prépare la fête du mouton et nos hôtes regrettent que nous n'y assistions pas. Moi aussi, pas pour assister au zigouillage en masse des pauvres ovins mais pour participer à la fête. Le père de B. confesse tourner la tête lors du coup de couteau fatal. Nous discutons avec B. jusqu'à 3 heures du matin. Il se plaint du manque d'écoute des Marocains et de sa difficulté à ce que ses amis s'investissent dans son association.

Le lendemain, je suis réveillé en douceur par les bêlements des moutons qui, n'ayant plus que quelques jours à vivre avant la grande fête du mouton - dont ça va être la fête, c'est clair - passent sous les fenêtres. Sur la table du petit-déjeuner, la maman de Badr a disposé des melhoui et du miel. "Tu te rappelles le grand terrain du marché aux moutons que tu as vu le premier soir ? demande B. Il est plein aujourd'hui !"

rabat,badr,y'a pas de bêê !

Après avoir récupéré le plat à tajine offert par sa mère à Yo, B. hèle un taxi. Lui et Yo sirotent un thé à la menthe dans le café voisin tandis que je pénètre dans le consulat, désormais familier. Il n'y pas d'attente, je monte au premier étage, le séduisant Ali me reconnaît "Comment allez-vous, Mme X. ?" En dix minutes, mon laissez-passer est imprimé et je retrouve les garçons. Nous passons à la gare routière de la compagnie de bus CTM, la meilleure, paraît-il. Coup de pot, il reste 2 places pour Chefchaouen, départ 14h45. Jouant des coudes, nous achetons nos billets 100 drh + 5 drh par valise.

En attendant l'heure du départ, et malgré notre insistance, B. refuse de nous abandonner et patiente avec nous au premier étage du café Sambuca. Nous ne mangerons pas avant l'arrivée à Chefchaouen dans la soirée, je m'offre donc la formule petit déjeuner avec omelette trop cuite. Yo qui ne voulait qu'un thé se retrouve avec la formule complète aussi. B. a raison, le sens de l'écoute, en tout cas des serveurs marocains, peut encore être amélioré.

Sur l'écran de télé, Faudel chante "Tellement n'brick" en live de 1,2,3 soleils. Les quelques heures qu'il nous reste avant de quitter B. sont l'occasion de refaire le monde, une fois de plus, et de s'interroger sur le formidable élan de fraternité qui avait déferlé sur la France, au lendemain de la coupe du monde '98, suivi 4 ans plus tard de la tronche de Le Pen au 2ème tour de l'élection présidentielle et 7 ans plus tard, de violentes émeutes .... Un sacré électrochoc.

B., intarissable, parle aussi de son association, des rencontres de volontaires du monde entier qu'elle a occasionnées, des nombreux projets auxquels il participe, sans aucune subvention extérieure.
Il est 14h, une pluie fine tombe sur Rabat et abrège les adieux, m'évitant de pleurer devant B. Dans le taxi, Yo, ému, laisse échapper "C'est incroyable ! 5 ans après, ils m'ont accueilli comme si j'étais parti hier. Alors, ce séjour, ça t'a donné envie de revenir à Rabat?"
Le pare-brise n'est pas le seul à tenter d'évacuer l'eau qui lui brouille la vue. Je me remémore tous ces visages souriants, les Abdel, Lotte, B., sa famille, tout ce temps qu'ils nous ont consacré, leur présence constante, leur générosité.

Si le jeune homme rencontré dans le train entre Rabat et Fès, qui restera à jamais une énigme, a sans doute raison d'être pressé que son pays s'enrichisse, je ne lui souhaite pas de perdre un jour son passeport à Paris ...

02/11/2011

Quelques heures à Meknès ...


Agrandir le plan

Après de longues minutes d'attente à un carrefour, nous avons abandonné l'idée de trouver un taxi et traîné ma valise dans la poussière et sur les trottoirs défoncés de la rue Lalla Asmaa jusqu'à la gare de Fès. Le trajet est loin d'être agréable ...
Nous achetons nos billets (20 drh) et prenons le train de 12h50 en gare de Fès.
Dans le wagon, j'achève le chapitre de "Femmes de dictateur" concernant Lénine, dont je me demande bien pourquoi il est taxé de dictateur par Diane Ducruet, et apprend que le quartier de la porte d'Orléans à Paris fut très fréquenté par les révolutionnaires russes. J'y avais d'ailleurs trouvé les traces de Lénine.

La gare de Meknès ne dispose pas de consigne, nous allons donc devoir les traîner avec nous. Les taxis sont rares. Sur l'avenue Mohamed V, une femme en hèle un pour nous et le vieux chauffeur édenté, auquel je raconte que mon grand-père est venu faire son service militaire ici à la fin des années 40, nous apprend que Meknès est la troisième ville militaire du Maroc, après Marrakech et Kenitra, et le premier aéroport militaire d'Afrique.

Meknès est d'abord l'une des quatre cités impériales du Maroc et l'ancien siège du sultanat marocain. Moulay Ismail (1672-1727), sultan sanguinaire qui fit de Meknès sa capitale, contribua grandement à l'essor culturel du Maroc, chassa les Britanniques de Tanger et reprit aux Espagnols une grande partie de leurs possessions marocaines. Après la mort de cet homme qui marqua l'histoire du pays, Meknès perdit son aura au profit de Fès et Marrakech. Avec le début du protectorat, en 1912, la ville devint le quartier général de l'armée française et les colons s'installèrent dans les alentours jusqu'à l'indépendance en 1956. Vous pouvez lire l'histoire de ce célèbre sultan ici.

 
Notre chauffeur nous dépose devant Bab al-Mansour, la plus imposante des portes impériales marocaines, derrière laquelle s'étend la cité impériale :ambiance.

Il est 14h, nous avons très faim et cherchons le restaurant des Mille et Une Nuits, à proximité de la place el-Hedim. A l'entrée d'une ruelle, un petit garçon nous guide et soulève une tenture sur une très belle pièce au plafond en bois peint, murs couverts de zeilliges et panneaux de bois au centre de laquelle un joyeux bazar s'entasse : matelas, chaussures et lits d'appoint. Deux femmes en train d'astiquer le sol se redressent en gloussant.
"Le restaurant est ouvert ?" "Oui, oui !" Elles nous fraient un passage au milieu du tas de bordel et nous installe sur des banquettes de velours, dans une pièce au fond. Le restaurant est désert, bien sûr. La carte est alléchante; des tajines, des pastillas, aux alentours de 90 drh (le guide mentionnait une fourchette allant de 45 à 85). Il est clair que les établissement figurant dans les guides touristiques pratiquent des prix plus élevés que dans les établissements standards. "C'est l'heure du ménage ?" demandé-je à la dame. Elle m'explique qu'il y a eu une fête la veille dans la maison, d'où les lits et les matelas. La sitaution est cocasse.
La cocotte minute pchipchitte allègrement, une bonne odeur nous chatouille les narines mais nous rongeons notre frein pendant près d'une heure. "On ne va plus avoir beaucoup de temps pour la visite", fait remarquer Yo.
Après plus d'une heure d'attente (c'est le prix du tout frais fait maison !), un jeune garçon dépose devant moi une pastilla saupoudrée de canelle et de sucre glace, et devant Yo un tajine de poulet aux figues sèches. Nous faisons moitié-moitié. Ma pastilla est absolument divine, la pâte feuilletée d'une légèreté aérienne et le fourrage de poulet aux amandes concassées délicieux. Yo se régale aussi et je lui pique des figues. Mes photos ne sont pas terribles car l'endroit est sombre mais je vous assure qu'on s'est régalés !

meknès,maroc

Le patron du restaurant propose de garder nos valises pendant que nous visitons la ville, c'est très sympa et ça nous arrange bien ...

Nous retournons sur la place el-Hedim, sur laquelle la lumière est magnifique. M'est avis que cette photo pourrait faire l'objet d'un très beau tableau de notre artiste-peintre familiale ...

meknès,maroc

Sur la place, l'animation commence à grandir. Il paraît que la municipalité de Meknès voudrait en faire un équivalent de Djemaa el-Fna à Marrakech ... Pour l'heure, le charmeur de serpents ne parvient pas à réveiller les siens, assoupis.

Il nous reste 1h15 pour visiter la ville. Nous optons pour la meilleure solution en cas de timing serré : un tour de la ville en calèche. Le jeune homme porpose 160 drh pour une visite complète de tous les incontournables de la ville et promet de tenir notre timing. Yo doute mais nous tombons d'accord sur 120 drh. Top chrono, c'est parti !

Devant le mausolée de Moulay Ismail, nous sautons de la calèche pour visiter - gratuitement - la sépulture de cet homme si important. Hélas, la salle funéraire, principal intérêt de ce site et supposément sompteuse, n'est pas ouverte aux non-musulmans. Nous nous contentons donc de poser dans une des cours peintes d'un jaune flamboyant et ornées de magnifiques zelliges.

meknès,maroc

Les horloges ornant le mausolée auraient été offertes par Louis XIV à Moulay Ismail lors de son refus de lui accorder la main de sa fille, la princesse de Conti [source].

En chemin dans les larges avenues, notre jeune conducteur nous apprend que la muraille qui entoure le palais royal fait 5 kms et celle qui entoure la medina, 45 kms. Une brise légère, conjuguée au soleil, rend la balade très agréable. Meknès est une ville calme et très reposante en comparaison de Fès, Rabat, Casa ou Marrakech.

Après le mausolée, on traverse le mechouar (place d'armes), aujourd'hui place Lalla Aouda, où Moulay Ismail passait en revue sa fameuse Garde Noire, unité d'élite composée de 16 000 escalves d'Afrique Noire, dont même les enfants étaient élevés pour servir dans cette garde.

meknès,maroc

Plus loin, on arrive sur la koubba as-Soufara où le jeune homme désigne, à droite, la prison des Chrétiens, ce que conteste notre guide et ce site, qu parle d'entrepôts de nourriture. A gauche s'étend le golf aménagé dans l'ancien jardin des sultanes.

Plus loin encore, le quartier aux esclaves, dont la plus grosse partie était espagnols et portugais, mais aussi italiens et français :
"En 1708, le sultan Mûlây Ismâ'îl, qui fit dénombrer tous ses esclaves “en trouva huit cents et fut surpris d'en avoir un si grand nombre”19. Les Français étaient au nombre de 200, il y avait 400 Espagnols, 200 Portugais, quelques Italiens et Hollandais. En 1711, le religieux espagnol Juan de la Concepcion souligne la présence de 1000 chrétiens dans les prisons de Meknès20, et 1100 captifs en 1720, dont 296 Anglais qui furent rachetés en 172121. En 1728, tous les captifs portugais sont rédimés22 et en 1736, c'est le tour des Espagnols ; la prison resta à peu près vide." [source]


Nous posons le pied à terre devant Heri es-Souani, les immenses écuries et greniers de Moulay Ismail, qui pouvaient acceuillir 12 000 chevaux et leur nourriture. La visite coûte 10 drh et si les écuries présentent peu d'intérêt, la lumière du soleil sur la rangée de voûtes en ruine, à perte de vue, est de toute beauté.

meknès,maroc

Au nord du Heri es-Souani s'étend le bassin de l'Agdal, alimenté par un système de canaux de 25 kms de long et destiné à l'époque à l'irrigation des jardins royaux.
Sur les bancs de pierre qui entourent le bassin, la jeunesse meknassi prend le soleil.

meknès,maroc


Avant de rejoindre la porte Bab al-Mansour, nous apercevons les balcons de bois de l'ancien quartier juif et traversons un marché très animé.

Notre guide a tenu parole. Disposant de si peu de temps, nous n'aurions pu espérer meilleur aperçu de la ville. Déjà enthousiaste à l'idée de visiter Meknès, j'ai trouvé la ville très belle et reposante, offrant de multiples points d'intérêt, la population sympathique et me promets d'y revenir.

Meknès mérite au moins une nuit sur place, d'autant plus qu'à une trentaine de kilomètres de la ville se trouvent les célèbres ruines romaines de Volubilis. Sur ce site, on propose de sympathiques balades dans Meknèset ses environs.

Nous traversons de nouveau la place el-Hedim et retournons chercher nos valises dans le restaurant. Lorsque je soulève la tenture, les femmes crient "Chkoun ?", ce à quoi Yo répond : "C'est nous !". Chkoun, ça veut donc dire "Qui c'est ?"

meknès,maroc

Un taxi charge ma valise verte sur son toit - mon cadeau d'anniversaire est déjà bien rentabilisé mais elle douille, la pauvre - et nous dépose à la gare d'où nous prenons un train pour Rabat. Ce retour en arrière est hélas obligatoire pour que je récupère le laissez-passer qui me permettra de prendre l'avion dans 3 jours.

PS : Ce billet est très long et proportionnel à mon intérêt pour cette très belle étape de mon voyage.

Promenade dans la nouvelle Fès

Ce matin, nous esquiverons le petit-déjeuner à 40 drh de l'hôtel, qui n'a rien d'exceptionnel. Nous nous fions au guide qui nous emmène jusqu'à la crèmerie Skali. Le monsieur vêtu d'un veston "Carte Noire" m'apporte une belle carte en français. Nous commandons thés à la menthe et mehloui au miel (18 drh) qui s'avère être le meilleur que nous ayions mangé jusqu'ici. A côté de nous, un monsieur lit son journal en mangeant des oeufs brouillés à la viande.

Pourchassés par une guêpe qui a décidé de fureter autour de nos verres de thé plutôt que dans les traces de miel de nos assiettes - les guêpes seraient-elles particulièrement friandes de menthe ou allergiques au miel ? - nous levons le camp et hélons un taxi. Le passager déjà présent, comme à chaque fois, passe devant pour ne pas séparer notre "couple" et me laisser seule avec lui sur la banquette arrière. En route, je constate l'optimisation de l'espace à la marocaine :

fès, maroc

Nous prenons la direction de Fès El-Jdid, "la nouvelle Fès" qui désigne quand même un quartier vieux de 700 ans, et nous faisons déposer tout près de la place des Alaouites. C'est là que se trouve la palais royal, inaccessible au public, mais dont nous pouvons au moins admirer les portes en cuivre entourés de zelliges et de bois de cèdre sculpté.

fès, maroc

Sur le boulevard Boukhsissat, on trouve déjà les immeubles ornés de balcons en bois sombre, constructions caractéristiques des quartiers juifs au Maroc. Nous sommes dans le mellah, l'ancien quartier juif, et les seuls touristes, peinards, dans le coin.

D'une cabine téléphonique, j'appelle le consulat qui confirme qu'il a reçu l'accord de me délivrer un laissez-passer.

Dans les rues, je m'amuse des étrangetés marocaines : les incontournables plaques des dentistes, que nous traquons désormais, la vente de lessive, les sacs de laine de mouton et l'optimisation de l'espace de ce commerçant, qui utilise la façade de la banque voisine pour accrocher lustres et horloges :

fès, maroc

Une méchante envie de pisser nous prend et nous quittons ce quartier animé pour localiser deux cafés mentionnés sur notre guide. Nous jetons un oeil à la carte de l'un d'eux, le Mezzanine, un bar-lounge branché : 28 drh un thé à la menthe ! Jamais vu un prix aussi exorbitant ! Bon, ben, je vais attendre ... Nous pénétrons dans le Jnan Sbil, un joli jardin aperçu la veille. Youpi, il y a des toilettes !

Un homme nous emboîte le pas et entame la conversation; il s'appelle Abdoul, il est chanteur et nous laisse ses coordonnées au cas où nous reviendrions à Fès. Il se promène avec nous dans le jardin qui, autrefois irrigué, est désormais désseché mais toujours agréable. Les jeunes garçons et filles marocains s'y pressent et écoutent de la musique.

Il est temps de rentrer à l'hôtel récupérer nos valises pour continuer notre voyage. Aujourd'hui, nous allons à Meknès, où mon grand-père, qui y fit son service militaire en 1949, rêvait de retourner ...

01/11/2011

Soirée de Fès (spéciale dédicace à Nicolas)

Après une pause à l'hôtel, où le wifi ne fonctionne toujours pas, nous décidons d'aller boire un verre au café Jawharat Fès, à côté du centre américain.

Je m'installe en terrasse tandis que Yo va passer un coup de fil, et commande un jus d'avocat aux dattes et amandes, un délice. En terrasse, les hommes boivent et pianotent sur leur ordinateur portable. L'intérieur, que je visite, est chouette, ses colonnes sont couvertes de zelliges et plusieurs portraits de femmes (dont la Joconde) ornent ses murs. Près du bar, un panneau de bois sombre représente des scènes égyptiennes. A l'étage, désert derrière sa jolie balustrade de bois, il y a une cheminée. Même les toilettes sont très belles.

Maroc 201131.jpg

La faim se fait sentir. Les échoppes bon marché, sur le chemin de l'hôtel, ne proposent que des tajines ou du poulet grillé et nous n'avons pas énormément d'appétit. Un des restaurateurs nous indique un snack, dans une rue à droite.

Au snack Chamonix, le vieux serveur demande au "petit prince" s'il va bien et nous invite à nous installer.
"Et la princesse, on ne lui demande pas si elle va bien ?" demandé-je, feignant d'être vexée.
"C'est parce que le petit prince est riche. La princesse, elle paie."
"Ah ben non, je ne suis pas d'accord ! C'est le petit prince qui est riche et c'est la princesse qui paie ? C'est le monde à l'envers !"
Il se marre, nous aussi. Pour 100 drh (9€), soit 4€50 chacun, nous avons droit à un menu complet de salade marocaine, brochettes (je prends un assortiment mixte de petites brochettes de foie, coeur, kefta et mouton, parfaitement grillées) et crèmes caramel maison. Le serveur est vraiment très sympa et plaisante avec nous pendant tout le repas. Une bonne adresse !

Snack Chamonix au 5, rue Mokhtar Soussi , bd. Med. V, Fès (Tél. 05 35 62 66 38)