26/10/2011

Retour à Casablanca

Nous atterrissons à Casa vers 17h30 heure locale. A notre sortie de l'aérogare, une surprise nous attend : un copain de Yo' est venu nous chercher. Nous savourons notre plaisir car le trajet en train de l'aéroport jusqu'à la gare de Casa-Port prend près de 2 heures.

La nuit est tombée lorsque nous entrons dans la ville et retrouvons le joyeux bordel qui la caractérise : un flot désordonné de mobylettes et voitures nous fonce dessus, d'abord de la droite, puis de la gauche. Une mobylette transporte 4 passagers, monsieur au guidon, un tout-petit coincé entre lui et madame, et un gamin à l'arrière, cramponné à sa mère.

Notre hôtel se trouve à la lisière de l'ancienne médina, sur la place Ahmed Bidaoui, anciennement place amiral Philibert, comme en témoigne une vieille plaque. Je le connais car c'est là que séjournait J., que j'ai rencontré ici il y a exactement un an. L'hôtel Central est charmant, doté d'un réseau wifi gratuit et notre chambre, avec ses murs jaune soleil et ses embrasures de fenêtre bleu indigo, repeinte à neuf comme en témoignent les relents de peinture fraîche.

casablanca,restaurant du port de pêche,la sqala

Après avoir posé nos valises, nous proposons à Lotte de dîner avec nous et j'entraîne mes compagnons vers le port et l'enseigne lumineuse bleue du restaurant du port de pêche, dont j'avais apprécié l'atmosphère désuète et les assiettes de poissons, l'année dernière. Après une assiette de chipirones à partager en entrée, nous commandons deux tajines de poisson - trop salé pour moi - et Lotte, une friture de merlans. Lorsque nous quittons le restaurant, une queue impressionnante de dîneurs s'étire jusque dans l'escalier orné de filets de pêche.

casablanca, restaurant du port de pêche, la sqala

Lotte, fatigué de sa journée de travail, nous donne rendez-vous à Rabat, notre prochaine étape, et reprend sa voiture.Je suis impatiente de revoir les jolis regards de A. et N. et propose à Yo un verre à la Sqala, qui se trouve à quelques centaines de mètres de notre hôtel. N. m'embrasse et nous guide jusque dans le jardin fleuri où un groupe de musiciens chante la chanson préférée de Yo'. K., qui m'avait consacrée son jour de repos l'année dernière, nous installe et nous apporte des glaces aux amandes et à la fleur d'oranger, ainsi que du thé à la menthe.

Il est minuit lorsque nous regagnons notre chambre. Sur la place, l'animation est encore vive et je sombre vite, bien contente d'avoir toujours sur moi mes bouchons d'oreille ...

05/05/2011

Jerez

L'atterrissage a été rude. Le premier jour, j'ai eu quelques moments d'absence. Difficile de switcher en moins de 24 heures de l'anglais à l'espagnol, surtout face à des andalous qui ont un accent corsé et avalent les mots. Mais qu'est ce que mon groupe est sympa ! Je les adore !

Dès le premier jour, et même dès la première pause café, j'ai brisé la glace, à supposer qu'il y en ait eu une, en sortant une connerie monumentale, et bien entendu à caractère hautement masturbatoire. Il y a eu un grand silence, ils ont regardé leurs pieds. A., le sévillan de 34 ans qui venait de me placer, mine de rien, qu'il était sans femme, sans fiancée, sans rien et avait proposé de me déposer à l'aéroport de Séville le vendredi plutôt que je ne prenne le train (tout ça en moins de 5 minutes) m'a dit :"Sophie, vendredi, toi et moi on va avoir une petite discussion dans la voiture". J'ai piqué un fard parce qu'à leurs têtes, j'ai vite compris que j'avais sorti une connerie pas piquée des hannetons, ils ont tous ri aux éclats et moi j'ai essuyé mes larmes. Le soir, j'ai tapé sur un moteur de recherche le mot que j'avais prononcé et j'ai lu "vulve". Bon ben voilà.. ça, c'est fait ...


Je rame pas mal quand même. Le vocabulaire acquis à Salamanque et Saragosse a été dilué dans la Guinness. Ça, pour faire le vide, je l'ai fait pendant mes vacances en Irlande !


Le premier jour, je suis allée courir sur l'avenue plantée d'orangers et de palmiers. En début de soirée, les cyclistes et joggeurs y sont nombreux, et les pépés andalous prennent le frais sur un banc en regardant mes fesses (grillés ! ). Si je me fonds souvent dans la foule, c'est mon côté caméléon, ici visiblement, je ne passe pas inaperçue. Au retour, j'ai demandé un ticket d'accès au wi-fi. Il y avait un anglais à la réception. Le réceptionniste, un type très "vieille Espagne", m'a interpellée "Je voulais vous demander quelque chose. Vous aimez les mojitos, le rhum, les cocktails ?" J'ai haulluciné ! C'est écrit sur ma tronche ou quoi ?
Heu ... oui" ai-je répondu, un peu interloquée. "Je vais vous conseiller un endroit, ils font les meilleurs cocktails d'Espagne".
Hier soir, après ma journée de travail, j'étais assez stressée. Je me suis dirigée vers le centre ville de Jerez, un plan à la main. D'abord, un hammam. Trois bassins pour moi toute seule, dis donc ! Inespéré !
Après le hammam, je suis tombée en admiration devant la cathédrale toute dorée. Un ballet de chauves-souris virevoltait dans le ciel rougeoyant.J'ai remonté une ruelle qui longeait la cathédrale, sur sa gauche et ai débouché sur la place de l'Alcazar, déserte. A droite, la bodega Gonzalez Byaz et une statue à la gloire de "Tio Pepe".
C'est pratique, à Jerez, les restaurants sont indiqués sur des panneaux à fléchettes. Justement, Juanito, c'est là que je vais. Un de mes 8 stagiaires me l'a recommandé. A l'angle de la pescaderia vieja, une ruelle, une courette, c'est là. Je m'installe, commande de l'eau et un bacalhau a la plancha, accompagné de légumes sautés très savoureux. D'un café voisin, la voix d'un chateur de flamenco qui pleure sa mélancolie eplit la courette. Magique.


Sur le chemin du retour, j'ai entendu un air de guitare. J'ai levé la tête vers les fenêtres mais rien. J'ai cherché quelques instants, puis je l'ai aperçu, son profil se découpant dans le ciel déjà d'encre, jambes ballantes dans le vide. Regardez bien, vous le verrez aussi.

Assis sur le toit, il grattait quelques accords andalous, la tête tournée vers moi. J'ai regretté mes talons qui perturbait sa mélodie. Et terriblement envié sa liberté. J'aurais aimé le rejoindre sous les étoiles et contempler la ville d'en haut, en rêvassant. Sans faire de bruit.

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26/04/2011

Retour sur la Sky Road

Suivant les conseils de Jerry, nous prenons ce matin la direction de Maam Cross. De là, nous emprunterons la R344 pour rejoindre Leenane et visiter une sorte de musée du mouton (et acheter une peau, tant qu'à faire) avant de parcourir la côté de la presqu'île de Renvyle. Jerry m'a vanté la beauté des paysages. On pourra dire qu'on aura parcouru le Connemara.

Dans les prairies blondes, de longs boudins bruns sèchent au soleil. Oui, oui, ça ressemble à de la merde, on peut le dire .... ou à de longues barres de chocolat noir.  C'est de la tourbe, turf en Irlande, et toujours le principal mode de combustion. Moi-même, je m'y suis souvent réchauffée dans ma maison à la porte verte. Pour tout savoir sur sa formation et sa composition, c'est là. Un bras de fer a même pris place etre les agriculteurs irlandais et l'Union Européenne.
Je veux prendre des photos de cette étrange matière. Je l'ai souvent vue luisante, car sous la pluie. Un agriculteur enfonce une pelle pour la tailler à la verticale. Boug' et moi marchons sur l'étrange tapis mousseux et instable - le bog - qui s'enfonce sous nos pas. S'enfonce vraiment. Les chaussettes de Boug' prennent l'eau. Moi je suis pieds nus dans les miennes, c'est rafraîchissant. On rigole comme des gamines. Les boudins de tourbe, légèrement craquelés, sont encore mous, c'est une texture vraiment agréable.

 

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La visite du centre du mouton et de la laine, à Leenane, est une pause agréable.

Pour 5€, notre guide, une Irlandaise qui a appris le français "sur le tas" et se débrouille vraiment pas mal, nous explique, après un petit film, quelles sont les différentes races de moutons irlandais, leurs qualités, leurs modes de vie. Sur une machine à filer la laine, elle transforme des filaments mousseux en mèches douces et présente un petit classeur qui expose les différents points de tricot (c'est ainsi que les familles identifiait leurs marins qui se noyaient en mer).

La presqu'île de Renvyle et ses longues plages de sable blond, désertes, nous rappelle le nord de la péninsule de Dingle. Les touristes y sont aussi peu nombreux. A Tully Cross, je déjeune d'ailes de poulet un tantinet carbonisées et profite du WI-FI.
Nous n'avons pas encore trouvé d'endroit où passer la nuit. Les B&B du coin ne m'inspirent pas. J'aperçois des pancartes indiquant la direction de Clifden. "Tu peux regarder à combien c'est, Clifden ? Simple curiosité" demandé-je à ma co-pilote. "11 minutes" répond-elle. Je souris. "Ca te dit qu'on retourne passer la nuit chez Kathy et John, sur la Skyroad ?"

Moins de 30 minutes plus tard, une Kathy, assez surprise de nous revoir, nous ouvre la porte. "On n'a pas pu résister à une deuxième session de vos délicieux pancakes !" dis-je en riant. Elle éclate de rire, nous souhaite la bienvenue. Même chambre, vous connaissez la maison maintenant !
Nous sommes ravies de retrouver la jolie chambre aux couvre-lits beiges. Ce endroit est vraiment super.

Avant le dîner, nous décidons d'aller nous balader le long de la falaise, en suivant l'intinéraire commniqué par kathy lors de notre première visite. Nous ouvrons et refermons derrière nous deux barrières et nous enfonçons dans les dunes. Un petit pont de bois, comme dans la chanson, mène sur une sorte d'ilôt entouré de nénuphars en fleurs. Un bel endroit pour savourer l'apéro du soir. Pourtant, la mer nous appelle et nous la découvrons, à pic. Furieuse, elle se fracasse sur les rochers gris. De délicates fleurettes roses bravent le précipice et les touffes d'herbe verte forment une belle chevelure qui bruisse sous le vent. Nous nous promenons un long moment dans ce paysage sauvage et préservé.
De retour au B&B, Kathy nous apprendra que ce chemin est privé et leur appartient.

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Ce soir-là, nous sommes allées dîner d'un fish & chips trop cuit, lui aussi, avant d'aller nous mêler à la foule chez Lowry's où un groupe énergique chante des balades irlandaises à grands coups de banjo, bodhran, guitare et flûte traversière. Boug' commence à bien maîtriser le répertoire irlandais ....

Autour du lough Corrib (et des détours!)

Nous voici sur les rives du Lough Corrib et la vue est splendide. Le lac d'un bleu sombre, presque minéral, est troué d'îles de verdure, certaines plantées d'arbres. Des barques apportent des touches de couleur et sur les pentes des collines alentour, des moumoutes beiges broutent dans des enclos de pierre.

Nous quittons quelques minutes le comté de Galway pour celui de Mayo où se trouve le village de Cong, célèbre et très touristique depuis le tournage de "The Quiet Man" (L'homme tranquille) avec John Wayne et Maureen O'Hara. Pourtant, moi, c'est pour son abbaye en ruines que j'y reviens, et sa balade des plus apaisantes le long de la rivière. En pénétrant sur le site, j'ai une pensée pour l'homme au profil d'aigle, avec lequel j'y étais venue il y a bien longtemps déjà.

Je suis une femme butée (ça confine même à la bêtise, souvent) et je persiste à essayer de retrouver un B&B dans lequel j'avais passé la nuit, alors, une petite maison isolée, perchée sur un promontoire entre deux lacs. Malheureusement  - ou plutôt heureusement -, dans la région, les lacs ne manquent pas. Nous passons donc deux fois à Cong, deux fois à Clonbur, nous perdons dans une baie fantôme avant de revenir sur les rives du Lough Corrib où poussée par un besoin physiologique de toute urgence, je cours dans le B&B qui a la plus belle vue sur le lac, et ce n'est en aucun cas exagéré. La déco de la chambre est plutôt tristoune mais la vue, top ! Nous sortons nous promener sur le petit chemin qui grimpe et Boug' recommence à taper la discute avec les moutons mais cette fois, les agneaux à tête noire sont curieux et moins farouches, ils s'approchent et nous faisons de belles photos.

Vers 20h, nous réalisons que nous n'avons rien dans le ventre à part nos trois pancakes du matin et le verre de Guinness de Leenane. Et même pas faim ! Il faut croire que c'est l'ennnui de nos vies parisiennes qui nous pousse à manger car ici, nos sens sont tellement assouvis que notre estomac est muet.

N'empêche, nous nous attablons dans la salle frisquette du pub-restaurant John J.Burke & Sons à Clonbur où je mange mais sans grand appétit. En revanche, nous savourons beaucoup plus le Bailey's et l'Irish coffee au pub, avec vue sur un intriguant jeune homme coiffé d'un chapeau à fleurs qui lui va à merveille. Il a l'air très français mais parle un anglais parfait avec l'accent irish. Je m'interroge mais ma curiosité restera insatisfaite. Et on n'a pas mangé nos chocolats de Pâques !

En route vers Cong

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Nous rejoignons la Sky Road, mais cette fois sur son versant nord. La lumière est très belle. Une heure de trajet jusqu'à Cong, annonce Bernard (le TomTom de Boug'). Beaucoup de très belles demeures surplombant la mer. Notre première étape c'est le parc national du Connemara, dont l'entrée est libre. Au premier étage du Visitor's centre, une expo sur la faune et la flore environnantes et les nombreuses randonnées. Les familles irlandaises sont nombreuses en cette dernière journée d'un week-end prolongé. "Faut qu'on se trouve nos oeufs en chocolat, aujourd'hui" dis-je. J'entraîne Boug' sur la Bog Road. "Y'a que toi qui arrive à me faire marcher comme ça" dit-elle. "Tu ne vas pas le regretter, je pense que ça vaut le coup". "C'est ce qu'on me dit à chaque fois qu'on veut me faire grimper quelque chose, ajoute-t-elle. Tu verras, ça vaut le coup. Tout est relatif".

En rejoignant la voiture, nous croisons deux jeunes françaises garées à côté de nous. Quand j'enclenche le contact, " Ferny hill" se met en route. "Oh la la, vous avez même la bande son !" "Je me suis équipée avant de partir, on est dans l'ambiance à fond".

Nous pénétrons maintenant dans l'enceinte de l'abbaye de Kymemore, à quelques kilomètres de là. On ne peut même plus faire la balade fort agréable que j'avais savourée il y a quelques années, jusqu'à la petite chapelle au bord du lac. Enfin, si, mais il faut payer 12€. Pas très grave, on peut admirer l'abbaye et prendre toutes les photos qu'on veut avant d'arriver au guichet. L'endroit est superbe, et blindé de Français.

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A Leenane, nous nous arrêtons dans le célèbre pub où furent tournées des scènes de "The filed" de Jim Sheridan. Perfect time for a Guinness. Dans la cheminée en pierre de ce beau pub, la tourbe flambe.

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Au comptoir, deux types du coin discutent. Ils ont un de ces accents à couper au couteau ! Jamais entendu un truc pareil !

Pas de pot pour Boug', quand je pars aux toilettes, il essaie de lui taper la causette et chose inespérée, elle comprend qu'il lui demande comment ça va. Encore quelques verres de Guinness et elle sera bilingue, cette petite. Déjà, elle arrive parfaitement à dire "I want two glasses of Guinness" et aussi "I am Valérie, I am french (ça tous les moutons et les vaches de la région le savent, elle s'évertue à se présenter alors qu'ils broutent peinards)

De retour, je me lève pour regarder les affiches qui parlent du film. Le pépé qui a un oeil qui dit merde à l'autre entreprend la discute. Ca va être coton, je me concentre. Il me demande si j'ai vu le film et m'apprend que le patron du pub est mort il y a une semaine. "He was a good man" soupire-t-il. Bon, s'il est comme moi, il ne pas tarder à chialer dans sa Guinness alors je change de sujet et lui demande si la région est riche en poissons (réponse évidente).

"Oui, il y a beaucoup de truite et de saumon. Tu aimes la pêche ?" demande-t-il. Est-ce que j'ai une tronche à pêcher, sérieux ?? "Heu non, je m'ennuie (parce que j'ai quand même essayé, ado), je suis trop active mais en revanche, j'adore manger le poisson". Mon bonhomme s'emballe tellement à me parler pêche qu'il se tape une quinte de toux qui me fait craindre un instant de me recevoir un truc sur le visage. Je ne suis pas douillette mais là, limite j'ai des hauts le coeur.

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Après le salut d'usage, nous reprenons la route qui quitte la côte et s'enfonce maintenant dans le Connemara, celui que j'aime, celui des mottes de tourbe, des lacs et des bruyères. Mais on dirait que mo Connemara a changé. Aujourd'hui des barricades les bordent et même les quelques moutons qui se sont échappés sont devenus disciplinés. Ils dorment sur le bas-côté de la route, alors qu'il y a une dizaine d'années, on les trouvait divaguant en toute liberté. Alors, on patientait tranquillement, on leur parlait, on regardait le paysage. C'était cool.

A 8 kms de Cong, Boug' s'écrie "Spot sieste !". Je tourne à droite, gare la voiture, me planque derrière un promontoire, laissant Boug' et son bouquin sur un banc, et m'offre une sieste réparatrice, au soleil, avec pour seul bruit le clapotis des vagues. Même les jeunes pêcheurs qui ont planté leurs bottes quelques minutes dans la vase ont préféré s'éloigner et me laisser dormir.