18/05/2013
Les fous du roi
Il n'y a pas de crise du leadership. Il n'y a que des leaders en crise.
Pourquoi ai-je sorti de mes étagères ce livre prêté il y a plusieurs années par mon ami JM et que je n'avais jamais lu ? Sans doute parce qu'aujourd'hui, après 4 années dans une PME détenue par un financier, éviedemment principal actionnaire, je suis à même de comprendre le sens du discours de son auteur, Rémi Tremblay, alors PDG de la filiale canadienne d'Adecco.
4ème de couverture :
Les patrons sont les nouveaux fous du roi. Leur souverain ? L'actionnaire, cet être inconscient et cupide qui exige que ses actions montent en flèche. Pour le satisfaire, les fous licencient, fusionnent, rationalisent, centralisent et décentralisent (...)
Dans les fous du roi, Rémi Tremblay lance un cri du coeur. Ses cibles : la tyrannie de l'actionnaire, le manque d'éthique, les patrons qui se servent au lieu de servir. Son rêve : éveiller les consciences, rétablir la confiance, rapprocher les leaders de leurs valeurs profondes.
Réflexion sur le pouvoir, cet ouvrage troublant place le lecteur face à ses propres comportements. Après tout, nous sommes tous les fous d'un roi. Que seriez-vous prêts à faire pour un bon mot de votre patron, de vos parents, de votre professeur ? Lire ce livre, c'est prendre un risque, celui d'affronter ses peurs pour tenter de s'en libérer.
Imaginez le carnage quand votre patron est en plus actionnaire ... En écoutant mon nouveau PDG cette semaine, la raison évidente de la mort annoncée de mon ex-société (que je sens venir depuis janvier 2012 très exactement) m'est apparue comme une évidence : comment une société dont le coeur de métier est l'humain (gestion des RH) peut-elle être détenue par un financier dont la seule préoccupation est de faire de l'argent ? Comment ses salariés, majoritairement animés par le sens du service client, peuvent-ils s'épanouir et être heureux dans un tel climat, où leurs préoccupations sont à l'opposé de celles de leur PDG ?
J'ai relévé, dans le livre de Rémi Tremblay, quelques passages qui ont fait cruellement écho :
"C'est fou ce qu'on tolère. Les jeux de pouvoir, notamment. On commence par les tolérer, puis on finit par y participer. Parce qu'on veut se protéger. Chose certaine, l'effritement de la confiance s'opère graduellement, insensiblement. Je l'ai observé dans mon organisation. J'ai vu les employés se protéger toujours davantage les uns des autres. Pour moi, le plus bel exemple de méfiance, ce sont les copies conformes, que je déteste souverainement (...) Pourquoi me mêler à cela ? La réponse est simple : parce que celui qui envoie le courriel n'a pas confiance en celui à qui il l'adresse. ET parce qu'il veut lui faire peur en m'informant de leur échange."
Dans mon ex-société, ma boss refusait que nous la mettions en copie de nos échanges avec d'autres services. Certains d'entre nous insistions, voulant l'obliger à jouer son rôle : être au courant de ce qu'on nous demandait de faire, à nous ses collaborateurs. Et surtout intervenir lorsque la teneur ou le ton des échanges était inappropriés et/ou irrespectueux. Ce n'était même pas une question de confiance; c'était, en ce qui me concerne, un refus de recevoir des ordres d'autres qu'elle, et surtout de cette façon-là. Quand j'étais manager, je n'ai jamais accepté que qui que ce soit d'autre que mes responsables donne des consignes à mes collaborateurs. Et de la même façon, je respecte ma hiérarchie et je ne double pas par la droite (référence au billet à venir).
" A l'été 99, j'étais en détresse. Cette détresse n'a pas débuté du jour au lendemain. Elle s'est installée petit à petit. J'ai commencé par ressentir de moins en moins de plaisir. Un conquérant, d'ailleurs, ne connaît que le plaisir, jamais le bonheur. Le plaisir, c'est physique, c'est instinctif. Tromper sa femme procure du plaisir, pas du bonheur. Obtenir une promotion en écrabouillant un collègue procure du plaisir, pas du bonheur. Atteindre des objectifs financiers en licenciant des employés procure du plaisir, pas du bonheur."
Je suis certaine que mes copains adultères ou repentis pourraient témoigner de la misère morale et affective dans laquelle ils se trouvent ou se sont trouvés. En écrabouillant un collègue ou en tentant de le faire, on n'est même pas garantis d'obtenir la promotion recherchée. En revanche, je sais ce qu'on y perd : le respect des autres, ceux qui n'ont pas de pouvoir mais des valeurs et de la lucidité. Quand aux licenciements pour obtenir des résultats financiers, mes ex-collègues sont hélas en plein dedans : 6 licenciements annoncés il y a 15 jours, dont 1 qui est un pur règlement de compte, et l'annonce récente d'une baisse des salaires décidée de façon unilaterale et à durée illimitée. Les salariés paient les erreurs de gestion et de stratégie de leur dirigeants. En revanche, la femme du PDG, elle, emploi fictif notoire et un des meilleurs salaires de la boîte, fait toujours partie des effectifs ... Et j'entend des gens essayer de me convaincre que c'est normal. On marche sur la tête.
" Une amie m'a raconté que dans son entreprise, la DRH conseille aux gestionnaires de congédier un employé en cinq minutes, le vendredi à 17h. On appelle ça "terminer un employé". Quelle expression épouvantable !
Pensez un peu à la douleur de ces personnes à qui on cache les véritables raisons de leur départ, ou encore à qui on ne dit rien. A qui on montre simplement la porte, par manque de courage."
J'ai vécu ça, en live, dans le groupe de grande distribution dans lequel j'ai travailé pendant 6 ans. J'ai vu, outre des assistantes en larmes et des patrons qui se mettaient la loi Evin au cul et fumaient sous le nez de ces mêmes assistantes, parfois enceintes, des responsables de service hagards et incrédules, escortés par la sécurité jusqu'à leur voiture. L'un d'entre eux, avec lequel je m'étais liée d'amitié, a fini en dépression nerveuse après s'être fait chasser de cette façon et n'a plus répondu à mes mails.
Pour aller plus loin :
Des interviews de Rémi Tremblay dans les magazines Le Manager Urbain, En Quête
14:45 Publié dans Gens (d'ici et d'ailleurs), J'aime pas, Souvenirs | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : les fous du roi, rémi tremblay
06/03/2013
Tu penses encore à moi
Si CUI se pose la question, dans sa jolie série dont je suis friande, toi tu viens de me donner une réponse ...
Ainsi donc, à la faveur des réseaux sociaux, tu m’as retrouvée. Quand j’ai vu ton nom apparaître, il ne m'a fallu que quelques secondes pour me souvenir de toi mais j’ai hésité à presser l'option "accepter", tant et si bien que je t’ai oublié pendant 2 semaines. Et puis, la curiosité aidant …
C’était mon tout premier vrai travail. J’avas glorieusement raté mon bac et en septembre 1990, je débutais comme agent de sécurité à l’aéroport de Roissy. Hé oui, m’sieu-dames, c’est qu’elle en a fait des boulots, la Fiso !
La première guerre du Golfe commençait, celle de Bush père, et avec elle, la parano sécuritaire. A 20 ans à peine, monter la garde sous un oiseau de métal et arpenter les couloirs d’un aéroport bruissant de langues et de cultures était un ravissement permanent pour l’amoureuse des voyages que j’étais déjà.
Toi, tu avais de beaux yeux verts et graves, une moue boudeuse, une tignasse bouclée et un corps trapu et ferme. Nous étions collègues, tu étais réservé, c'est sans doute ce qui m'a séduite. Je t’intimidais, tu me l’as dit plus tard. Je ne sais plus combien de temps a duré notre amourette, 3-4 mois peut-être ?
Je me souviens d’une nuit d’hiver passée sur un banc de Montmartre. Et de l'aube glacée sur ma peau dénudée. Je n’avais pas froid, à califourchon sur toi. On est fou quand on a 20 ans.
Je me souviens aussi d’un weekend à La Haye, quelle idée, d’un jardin japonais et d’un hôtel à la hauteur de notre maigre salaire. Nous y étions partis avec un collègue italien qui, plus tard, a tenté, en vain, de me sauter, et sa copine philippine.
Ton empressement à mon égard, ta possessivité et tes yeux de chien battu m’ont vite oppressée. Et puis, tu as commencé à être jaloux, et à faire des remarques sur mes jupes et mes décolletés, un peu trop suggestifs à ton goût. J’avais 20 ans et tu parlais vie à deux. Je t’ai quitté pour sortir presqu’aussitôt avec un beau garçon de notre équipe, qui portait le prénom de mon père. Je revois tes dents serrés et ton regard couleur de vase, qui charriait chagrin et colère. Je ne t’ai pas ménagé mais à en croire nos récents échanges, tu n'as que de bons souvenirs. Tu écris de jolies choses sur la bouture de femme que j'étais alors et que tu sembles avoir observée et cernée plus que je ne l'aurais imaginé.
Tu écris que tu as souvent pensé à moi, que tu t’es demandé où j'étais et ce que j’étais devenue. Tu m’imaginais avec « une ribambelle de gamins » … De mon côté, 'ai demandé une photo pour vérifier si tu avais toujours ta tignasse bouclée. Tu es chauve maintenant et tu as grossi mais ton sourire n'a pas dsiparu. Tu sembles avoir de la tendresse pour moi, et des souvenirs beaucoup plus précis que les miens. Avec le recul, je réalise que j’ai peut-être été ton premier chagrin d’amour.
Tu n’as jamais quitté l’aéroport de Roissy, ni sa périphérie où tu habitais. Tu es marié depuis dix ans et tu as deux enfants. Un matin sans doute, dans le terminal 1 où nous le buvions ensemble il y a plus de 20 ans, tu me rafraîchiras la mémoire devant un café.
00:07 Publié dans Souvenirs | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
25/02/2013
A l'aise dans le nid de l'aigle
Voilà, on y est. Le train s'ébranle et je garde l'image de ta silhouette derrière la porte vitrée et du sourire de tes yeux noirs. Jusqu'ici tout va bien.
Depuis deux heures, au moment où j'ai bouclé ma valise, j'ai de toutes mes forces fait le vœu de vivre l'instant présent, jusqu'au bout, de ne pas le ternir en redoutant le moment où je devrai m'éloigner de toi. Si enfin je pouvais te quitter sans que s'ensuive une vague de désespoir, à coups de pourquoi qui tuent à chaque fois le cœur du bonheur, alors j’aurai fait un pas vers la sérénité.
Je me sens grandie et meilleure après cette parenthèse de vie ensemble, pendant ces 10 jours. Sans souffrance, je te le jure. Juste quelques pincements au cœur et au ventre, parfois, parce que je suis humaine et femme, avec tout ce que ça comporte de merveilleux.
L'expérience que nous avons décidé de vivre ensemble révèle des forces en moi que je ne soupçonnais pas. Les ami(e)s dans la confidence répètent qu'ils se demandent comment je supporte d'être à tes côtés sans me donner à toi. C'est parce que notre relation naissante a plus de prix à mes yeux, désormais, que le plaisir que je pourrais prendre dans tes bras.
Sais-tu que j'ai eu moins de désir pour toi ? Pourtant je n'ai jamais dormi 9 nuits avec un homme sans me donner à lui. Etre allongée à tes côtés, sentir ton souffle paisible caresser mon visage, te respirer, contempler l’ivoire de ta peau sans y poser les mains, c'était un exploit de ma part et d'une certaine façon, ça m'a comblée. N'importe qui, sauf toi.
Parfois pourtant, je l'avoue, j'ai profité que ton regard soit absorbé par le ruban d’asphalte pour laisser mes yeux s'attarder sur tes mains que je trouve si belles, une bague à l'annulaire droit, et une autre sur la main gauche, et je me suis souvenue qu'une nuit, elles m'avaient découverte à tâtons, timidement, et caressée jusqu'à l'extase.
J'ai regardé ta bouche aussi et je me suis revue buvant ton haleine jusqu'à la lie, ce soir-là, au pied du château. Tu étais un des hommes de ma vie bien avant cette soirée magique et au jour du dernier soupir, je me souviendrai de ceux que ta saveur m'arrachait.
M'as-tu entendue te remercier en silence de ne plus jouer à me séduire, de ne pas faire vaciller mes fragiles résolutions, de ne plus instiller, avec une cruelle insouciance, de vains espoirs dans ma solitude ? Je te l’avais demandé, comme on supplie le bourreau, et tu l’as respecté parce que tu souhaites devenir mon ami. Tu m’as aidée, par ta réserve, à ne pas me laisser empoisonner par un futur illusoire que j’aurais échafaudée seule alors que depuis quelques mois, tu manifestes la volonté de le redéfinir ensemble.
Il y a autre chose que je voudrais te dire parce que je t'ai vu t'assombrir, ce soir-là et que je me suis mordu les lèvres pour ne pas la contredire, cette amie qui réprimande tes facéties et plaint sincèrement la femme qui t’aimera.
Je suis cette femme et je les aime, moi, tes trots désordonnés, tes chansons pourries, tes jeux de mots doûteux et tes vannes de chambrée. Et ton regard joueur qui cherche une complice.
00:56 Publié dans Souvenirs | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note | Tags : les hommes de ma vie, mon aigle noir
23/12/2012
Les pluies fauves (part II)
Un peu plus tard, au restaurant, l'alcool et sa féminité l'enhardissent et il ne peut s'empêcher de jouer le séducteur. Elle s'en amuse et se moque gentiment, mais déjà sous l’emprise de son charme, elle ne se nourrit plus que de sa présence.
Ce soir, comme à chaque fois qu'elle l'a retrouvé, ses yeux pétillants et son sourire éternel pourrait lui donner l'illusion de lui être un précieux joyau. Mais "Loin des yeux, loin du cœur" est un proverbe qui lui va comme un gant, elle l'a appris à ses dépens.
Il la questionne maintenant à propos de l’homme qu’elle fréquente depuis quelques mois et feint d’en être jaloux. Elle évoque brièvement la récente prise de conscience d'un scénario douloureux qui se répète depuis trop d'années : un attachement aveugle et borné à des hommes torturés qui la fuient. C'est ainsi qu'elle justifie sa décision de s'intéresser à cet homme qui la laisse tiède.
Il dit sa lassitude d'une vie sentimentale instable, sa souffrance d'être tiraillé entre le désir d'une relation durable et une irrépressible attirance pour les feux de paille. Elle vante le véritable amour, celui qui se construit, et peint d'elle-même le portrait d'une femme raisonnable et réfléchie, ennemie de la passion. Celle-là même qui, il y a quelques mois, aurait tout laissé pour le rejoindre, si seulement il le lui avait demandé. Il la laisse quelques instants et la retrouve pensive, les yeux dans le vague.
"Ne réfléchis pas, dit-il, tu as raison, prends la fuite, c'est mieux".
Elle lui en veut, l'espace d'une seconde, et formule une supplique restée muette :
"Ne joues pas avec moi ou tu me perdras vraiment."
La nuit est tombée depuis longtemps lorsqu'il la raccompagne au pied du château, dans les hauts de la ville. L'explication n'a toujours pas eu lieu mais leur tendresse l'un pour l'autre semble intacte. Une pluie fine vernit les pavés gris. Il souligne le romantisme du décor, elle le contredit, tentant de garder la tête froide devant ses multiples appels du pied. Ils s'embrassent, le ton léger, le cœur joyeux, sur une promesse intemporelle. Pourtant, tous deux restent plantés là, comme ne pouvant se résoudre à cet au revoir teinté d'indifférence.
Elle observe la haute silhouette, debout devant elle, sous la pluie. Dans quelques instants, il disparaîtra dans la profondeur de la ville et elle retournera à la solitude de sa chambre d'hôtel.
Combien de mois s'écouleront avant qu'elle ne le revoit ? Après l'euphorie insouciante des retrouvailles, la tristesse entreprend déjà son travail de sape. Mue par une pulsion désespérée, elle le prend dans ses bras, s'autorisant sans risque, croit-elle, un élan de tendresse qu'elle s'est interdit jusque là. Mais elle s'attarde sur son épaule, caressée par le souffle chaud de sa bouche sur ses cheveux mouillés. Dans son oreille, il prédit leur perdition. Elle rit et imprudent papillon de nuit, lève son visage vers le sien. Instantanément leurs bouches s'unissent, aimantées.
Les yeux clos, le front offert au baptême céleste, sa langue goûte l'haleine virile aux parfums de miel et de tabac. Enivrée, elle perd l'équilibre, comme une carencée qui prend une dose trop forte, trop vite. Il chancelle lui aussi, emporté par elle accrochée à son cou et un baiser étouffe leurs rires.
Enserrant la tête blonde entre ses mains, il boit à la coupe de ses lèvres. Elle explore le visage de l'aimé, goûte la chaleur du cou, le rugueux du menton. Plongée dans la chaleur de sa bouche, elle ébouriffe les cheveux courts, caresse son visage, pince la peau fraîche entre ses lèvres. Sur le visage offert, l'amant lèche l'eau qui ruisselle, comme des larmes de joie.
Sous l’ondée nocturne et la lueur complice de la voûte bleutée, la tendre étreinte se mue en une joute féline. Comme deux lionceaux intrépides qui se défient avant de rouler dans le sable, ils s'abandonnent à un corps à corps empli d'une infinie tendresse. Galvanisés par l'érotisme animal qui s'intensifie, ils se mordillent, se lèchent, se respirent et se boivent. Bouches et mains s’autorisent ce que les corps s'interdisent. La passion alterne avec la douceur. Elle love le velours de sa joue dans la chaleur de sa main, ses lèvres chaudes baisent la paume nervurée, sa bouche avale les doigts habillés de métal. Il effleure la vallée des seins, arrosés de pluie.
Le jour n'est plus très loin lorsqu’épuisés par la tension, leurs corps se séparent. La pluie est tombée sans discontinuer, lavant craintes et blessures. Il s’éloigne lentement et envoie un dernier baiser. Sur le parking désert, elle est quasi nue, l'étoffe légère comme une seconde peau sur son corps trempé. La pluie a plaqué la fine chevelure sur son crâne brûlant et dessiné un halo charbonneux autour de ses yeux.
Elle démarre le véhicule, enclenche chauffage et radio et s’éloigne dans la nuit noire. Après le désir qui a engourdi son corps et anesthésié son cerveau, c’est le bonheur qui l’inonde. Dans un état second, comme flottant entre rêve et réalité, elle sent la chaleur de ses bras et frissonne dans l’habitacle désert. Sur sa langue, les traces volatiles qu’ont laissées l’haleine et l’odeur mâles prolongent la magie de cet instant d’éternité.
Les messages qui se succèdent sur son téléphone témoignent de l’intensité partagée. Elle se souvient de ses mots : coup de foudre, feux de paille et ... cendres.
Séduite mais lucide, elle ne s’immolera plus sur l’autel de l’amour. Drogué aux sensations, accro aux émotions, l'homme qu'elle chérit semble ne se sentir vivant que dans la douleur ou l’extase. Elle accepte, en toute conscience, d'être un de ses nombreux shoots mais elle ne se laissera pas diluer dans ses veines.
15:17 Publié dans Jeux de langue, Souvenirs | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : de l'amour comme s'il en pleuvait, les hommes de ma vie
14/07/2012
Le seul poème qu'on m'aie jamais écrit
Toi ma perle du Pacifique
Toi qui viens d'une de ces îles magnifiques
Tu es mon soleil, mon été,
Depuis que je t'ai retrouvée.
Ta chaleur m'a réchauffé le coeur
Et je ressens un grand sentiment de bonheur
Malgré tous les printemps qui nous ont séparés
Nous voilà de nouveau réunis, c'est notre destinée.
Je voudrais te pêcher et te garder
Pour moi, contre moi, m'enivrer
Du sucre de ta peau
Et ne pas en souffler mot
A personne de peur qu'il ne te vole
A mon être, dont tu es l'idole.
Toi ma perle magnifique
Quel est ce don magique
Que tu as pour réveiller en moi
Toutes ces choses, cet émoi
Que nous appelons Amour
Et qui pour moi rime avec toujours
Quoi de plus beau que ce sentiment
Quoi de plus grand, quoi de plus puissant
Par un seul de tes mots
Tu peux me faire sourire
Et pour un seul de tes mots
Je suis prêt à mourir
Pour mette fin à ce petit poème
Je te dis simplement : JE T'AIME !!!
Sur les photos où les bleus de l'océan et du ciel éclaboussent le regard, nous sommes deux bébés blonds et bruns. J'ai entendu son prénom pendant toute mon enfance car son père était un grand ami de mes parents.Il était mon plus vieux copain, en quelque sorte.
Et puis, à l'aube de ma vie de femme, le hasard de la vie nous réunit mais son exaltation romantique, ses toujours et ses jamais effraient la jeune fille que je suis alors. La passion ne m'a jamais fait rêver. J'ai fui ses appels et n'ai jamais revu Fabien que je sais aujourd'hui père de famille.
C'est le seul poème qu'un homme m'ait écrit. Il est touchant mais l'inexpérience de sa jeunesse lui enlève beaucoup de saveur. Je l'ai pourtant conservé toute ces années, pressentant peut-être qu'il serait unique. Comme j'aurais aimé recevoir, ensuite, un poème ou même une lettre d'un homme amoureux qui sait que toujours et jamais n'existent que dans les contes. Un homme qui n'aurait rien promis et m'aurait aimée au présent.
Et à l'instar de CUI, dont la série "Penses-tu encore à moi ?" me passionne, je me demande quel impact mon indifférence a eu alors et ensuite sur Fabien.
11:22 Publié dans Jeux de langue, Souvenirs | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
20/04/2011
Début de semaine à Dublin et retrouvailles avec de beaux souvenirs
Lundi matin, à Bray. Il fait un soleil radieux. Vers 11h, je saute dans mes baskets et vais m'offrir une heure de course sur le front de mer où les promeneurs sont déjà nombreux. Je trouve une radio locale, ça fera l'affaire. Lorsque je fais face à la falaise, le soleil me réchauffe délicieusement. J'essaie de courir sur la plage pour éviter les promeneurs mais manque me casser la gueule sur les galets.
Peu avant 15h, je gare la voiture dans mon ancien quartier, à Drumcondra, où j'habitais une grande maison avec une porte verte. Un basketteur africain m'a envoyé un sms, me donnant rendez-vous au Porterhouse, un de mes pubs préférés, dans Parliament street. Pour y aller, Boug' et moi empruntons Parnell street, où j'ai aussi habité. On dirait que le pub au coin de la rue, où un trafiquant s'est fait descendre il y a quelques années, a défintivement fermé. Le cinéma UGC a disparu, un hôtel a élu domicile à côté de mon immeuble et Moore street a perdu ses marchandes de poisson qui me saluaient d'un "How ya doin' luv'?".
A la place, une ribambelle de boutiques exotiques se sont installées. Coiffeurs africains, produits tropicaux, Chateau-Rouge en plein Dublin ! Mais mon boucher est toujours là et me reconnaît.
Henry street promène toujours ses shoppeuses, même en temps de crise. Le Pravda a changé de nom mais le Ha'Penny bridge enjambe toujours la Liffey et le pimpant Winding Stair est toujours là aussi. Dans Temple bar, je montre à Boug' le restaurant où j'ai bossé et qui fait des putain de chicken wings, et aussi le Bad Ass café, où la belle Sinead O'Connor a débuté comme serveuse, bien avant de me donner des frissons sur le catwalken chantant "Nothing compares to U". Plus loin, le Clarence hotel, propriété de U2, et puis nous voilà devant le Porterhouse et il est toujours aussi grand et manque me plier en deux en me prenant dans ses bras.
Cet après-midi, le Portehouse est calme, bien plus que ce soir-là.
Après un déjeuner à l'heure du goûter, M. nous emmène jusqu'à Christchurch avant de traverser la Liffey pour un café dans l'Italian quarter. La vague d'immigration italienne qui est arrivée en même temps que moi s'est installée et a ouvert quelques bons restaurants. Les Espagnols aussi sont restés et ont fait du Da Pino, où je mangeais des osso bucco, un restaurant à tapas.
Sur Dame street, Govinda's est toujours là. Nous marchons jusqu'à St Patrick's. Un très bon restaurant argentin a ouvert dans le quartier. Boug' se marre de ne nous entendre parler que de pubs et de restaurants. S. nous emmène au Market Bar mais juste avant, il révèle une de ses adresses secrètes à M. Juste après Hogan's, cherchez un escargot en bois, c'est là qu'à l'étage, se trouve le No Name's bar, avec terrasse intérieure. Un bel endroit installé dans un appartement.
Au Market Bar, S. commande beaucoup, beaucoup trop de choses à manger.
Devant Trinity College, les arrêts de bus annoncent désormais le temps d'attente. S. montre à Boug' les impacts de balles sur les murs de la GPO et nous attrapons un taxi sur O'Connell street pour rejoindre Drumcondra.
Demain matin, nous prenons la route pour entamer notre périple dans l'Ouest irlandais.
00:33 Publié dans Souvenirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : irlande, dublin
13/04/2010
Jour 3 : visite du camp de la 42ème Compagnie de Munsingen, avec Reinhard
Ce matin, nous nous réveillons chez Beate qui a insisté pour que nous dormions chez elle. Sur la table du petit déjeuner, elle dispose un festin que je vous livre en version quasi-originale : Bretzelen, laugen wicken, volkorn wicken, lyona, rauch fleich (viande fumée), des tomates et ... du Saint-Albray ! et pour la note sucrée, de la confiture de mûres du jardin ...
A 10h, Boug' et moi pénétrons à pied dans l'ancien camp de Munsingen. Une voiture nous rattrape, s'arrête à notre hauteur ; Reinhard nous invite à prendre place. A peine assise, il me tend un cahier relié et plastifié. Je pousse un cri de surprise en découvrant mon nom sur la couverture et à l'intérieur, l'historique du camp de Munsigen et des photos des différents bâtiments ainsi que de notre cite-cadres, rebaptisée "Petit Paris". Reinhard a édité ce cahier en hâte hier, pour moi, juste après notre rencontre sur le camp. Je suis bouleversée par sa gentillesse.
La visite commence sur le parking de notre ancien économat. Cet endroit où nous faisions nos courses et payions en francs est devenu un musée où Reinhard et d'autres, peut-être, ont collecté des traces de la vie du camp. Reinhard parle, semblant oublier que je ne comprends pas l'allemand ou si peu, il est visiblement heureux de partager ses souvenirs et explique - miracle, je comprends ! -qu'il a toujours vécu là et connu les Français depuis tout petit. Dans l'économat, on trouve une maquette du camp de Munsingen et dans des sections réservées aux munitions françaises et allemandes, des rangées d'obus sont alignées.
A l'étage, une enfilade de salles, chacune consacrée à une période de la vie du camp (de 1895 à 1990) expose quantité de photos, objets et documents du camp de la 42ème Compagnie et du dépôt de Breithullen.
J'apprends même qu'un village, Gruorn, fut exproprié pour agrandir le camp de manoeuvres et qu'aujourd'hui, on peut y faire des randonnées. Dans une pièce, un mannequin en uniforme est assis à un bureau. Il y a même un bidasse assis dans un des fauteuils de MON cinéma !
Sur un panneau au-dessus de lui, je déchiffre les noms de ceux que j'ai connus : les colonels Delarbre et Woirgard. Ce n'est qu'en redescendant, lorsque je demande à Reinhard où se trouvait l'entrée de l'économat, que je refais le trajet, resituant immédiatement l'endroit où se trouvait le tourniquet d'entrée dans lequel mon frère, ce couillon, s'était coincé, un matin.
Nous remontons dans la voiture de Reinhard qui nous emmène maintenant au « mixte mess », l'endroit où nous allions parfois déjeuner le dimanche mais surtout là où se tenaient nos arbres de Noel et la distribution de cadeaux qui allait de pair, ainsi que les bals militaires auxquels ma mère se rendait en robe de soirée. Et là, lorsque caméra au poing, j'entre dans l'immense salle aux poutres de bois qui fut un formidable terrain de jeux et d'aventures pour moi et les autres gosses de militaires, je fonds en larmes. Reinhard, qui s'est déjà avancé, se retourne, revient vers moi et en me voyant, ses yeux se remplissent de larmes. Il me serre le bras. A cet instant, nous ne sommes plus un vieux monsieur allemand et une petite française, amenée là par une armée d'occupation, mais 2 êtres émus de partager la même nostalgie d'un passé heureux. Je sèche mes larmes et continue la visite, m'amusant de reconnaître la salle aux baies vitrées où nous déjeunions.
Nous sillonnons de nouveau l'asphalte des chemins du camp et Reinhard nous amène jusqu'à l'infirmerie où les bidasses apprentis dentistes se sont fait la main sur mes dents - et vu l'état dans lequel elles sont, je ne leur dis pas merci -. Il confirme que le cinéma a disparu ainsi que les courts de tennis.
Reinhard stoppe sa voiture devant un baraquement que je ne connais pas, le BT 34. A l'intérieur, des chambrées de soldats, allemands et français ont été reconstituées à l'identique. Tout y est, les couvertures grises et rugueuses de l'armée, les uniformes et rangers, les boîtes de ration que mon père nous amenait parfois et que nous trouvions bonnes, forcément. Chaque chambrée a même sa table de bois avec pour les uns, des bouteilles de Kronenbourg et pour les autres, des bières allemandes.
22:57 Publié dans Souvenirs | Lien permanent | Commentaires (35) | Envoyer cette note | Tags : france roumanie, münsingen, souvenirs, boug'
12/04/2010
Jour 2 : retour à la cité-cadres
Un peu avant 9h, nous descendons dans la salle à manger de l'hôtel. Le buffet du petit déjeuner est pantagruélique : pain noir comme j'aime, brioche aux amandes et fleur d'oranger, assortiment de confitures et miel, charcuteries diverses dont le goûteux jambon fumé local et salami, des fromages non identifiés, fruits frais, céréales et meuleuse à grains, fromages blancs nature et aux framboises fraîches. Je presse des oranges et comme nous avons décidé de ne faire que 2 repas quotidiens, nous nous en mettons plein la panse. Repues mais par l'odeur d'œufs frits alléchées, nous nous laissons tenter une dernière fois par des œufs brouillés.
Ce matin, nous n'avons pas le temps de faire grand-chose avant de rejoindre Beate à 14h. Nous nous garons devant la piscine - pour ceux qui n'auraient toujours pas compris, celle ou j'ai gagné mon certificat de triton d'or - et j'y pénètre. Un monsieur m'informe qu'elle est réservée aux « pupils » et n'ouvre au public qu'à 17h. Je prends quelques clichés, c'est incroyable, rien n'a changé en 25 ans, même les mosaïques sont les mêmes.
Un peu plus loin, le grand moment tant attendu est arrivé, nous nous engageons dans la Koenigstrasse. Le château du colonel est plus beau que dans mon souvenir, un vrai château de conte de fées. Dans le parc attenant, des chevaux, des chèvres et des poules s'ébattent en liberté.
Tout en conduisant, je désigne à Boug' le bois où nous jouions des heures. Nous nous garons sur le parking de la cité-cadres, les bâtiments n'ont pas changé, les sapins sont toujours là, seuls nos balançoires et tape-cul ont disparu, je prends la pose devant la fenêtre de ma chambre.
J'entraîne Boug' sur le chemin tapissé de feuilles mortes qui menait à notre école primaire. L'odeur de mousse et de sous-bois humide m'assaille. Les corbeaux croassent au-dessus de nos têtes, les chats filent en silence, si je fermais les yeux, je me retrouverais projetée 25 ans en arrière. Les marches en bois vermoulu qui menait à l'école ont disparu, elle, et le passage est barré par un grillage.
Derrière mon immeuble, je raconte ma collision à vélo, particulièrement réussie, avec le fils L. Mes genoux gardent les traces de mes jeux d'enfants ici. Je reconnais les immeubles où habitaient mes petits camarades de l'époque, celui de Sacha, de Nathalie, de Laetitia, de Bertrand, avec lesquels je suis toujours en contact. Impossible de pénétrer dans le camp de ce côté, je prends des photos à travers le grillage. Le camp est immense et intact, visiblement très bien entretenu. Apercevant des voitures qui circulent dans ses murs, je décide de tenter une incursion discrète. Je me gare devant l'entrée du camp, hésitant à braver le signe Verboten et y pénètre d'abord à pied, cachant mon appareil photo dans mon blouson. Je reconnais les baraquements en briques rouges dans lesquels les bidasses passaient leur service militaire. Un peu plus loin, un bâtiment très beau surmonté d'une belle horloge m'est familier, il abrite aujourd'hui un musée sur l'histoire du camp militaire de Mûnsingen. Plus loin à droite, une croix avec Jésus mais la chapelle où je m'égosillais chaque dimanche a disparu, visiblement.
Alors que je prends des clichés, un monsieur blond et massif, accompagné de son chien, s'approche et m'apostrophe en allemand. Ca donne à peu près ça : « Du bist franzose ? » « Ya » « Kleine kinder hier ? » « Ya » « Mit papa soldat? » « Ya ». Le monsieur me propose de revenir le lendemain matin à 10h, il me fera visiter le musée et le « mixte mess ». Nous baragouinons chacun dans notre allemand-anglais approximatifs, nous serrons la main et échangeons nos prénoms, il s'appelle Reinhard.
Je retourne à la voiture et décide, vu l'étendue du camp, de tenter une infiltration véhiculée avec la Boug' en guetteuse et caméraman. Intrusion réussie, seul Reinhard nous repère, je m'arrête de nouveau, lui présente Boug' et RDV est repris pour le lendemain. Nous faisons le tour du camp et du mess des sous-off' où le dimanche était jour de fête puisque nos parents nous y emmenaient régulièrement pour manger couscous ou poulet rôti, l'occasion pour nous tous de cavaler allègrement dans les couloirs du mess et de foutre un sacré bordel, nos parents étant occupés à autre chose. Seul manque le cinéma où j'ai amorcé ma culture cinématographique avec des chefs d'œuvre tels que « Cul et chemise », « Goofy aux sports d'hiver », « Rox et Rouky » et quand même, « Excalibur » qui figure aujourd'hui dans ma DVDthèque.
Nous repartons vers Bottingen où j'espère retrouver la trace de M. Mans, un ami de mon père mais les rues du village sont désertes. Je pousse jusqu'à Breithullen, où se trouvait le dépôt de munitions sur lequel travaillait mon père et où j'ai de fabuleux souvenirs de méchouis sur fond de guitare et de nuits étoilées mais je n'en trouve plus trace. En attendant l'heure du RDV avec Beate, nous nous posons dans le Mc Do de Munsingen, espérant capter une connexion wifi mais ici c'est payant et cher (8€ l'heure).
23:10 Publié dans Souvenirs | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : france roumanie, souvenirs, munsingen, boug'
23/05/2009
Retour à Ivry sur Seine
« Salut ma poule, c’est Fiso »
Celui que j’appelle affectueusement « ma poule », c’est L., mon ex-collègue, de la bande des 3 terribles, également connus comme le gang des « noeuds roses » (hé hé ... c'est juste le sigle de leur marque de vêtements préférée).
« Dis donc, figure-toi que pour une fois, je bosse en région parisienne. Je donne même une formation au centre de …, je passe tous les matins devant vous, ce serait l’occasion de venir déjeuner ou boire un café avec vous, non ? ».
Dès le lundi, j’ai compris qu’abandonner mes stagiaires pour aller déjeuner avec mes anciens collègues serait impossible. Mes 3 stagiaires étaient super sympas. Ce serait donc un café, et L. et JJ commençant très tôt et finissant donc avant 17h, je devrais avancer mon réveil d’au moins 30 minutes si je voulais passer un peu de temps avec eux avant d’attaquer ma journée de formation. Mercredi, j’ai avancé mon réveil de 30 minutes. C’est dire si je les aime.
J’ai pris un ticket visiteur et me suis garé dans le parking à 8h15. C’est la première fois que j’y gare une bagnole et pas mon vélo. A la barrière, il y avait toujours cet ancien gendarme avec lequel je discutais parfois.
JJ et L. m’attendait dans le hall d’entrée. JJ a fondu depuis 6 mois, ça lui va super bien mais je me suis retenue de faire une remarque car on ne sait jamais pour quelle raison quelqu’un perd 10 kilos en si peu de temps. En fait, je l’ai appris le soir même, il a tout simplement arrêté de manger 3 desserts à chaque repas et s’est mis au jogging.
Ce matin, on me sert mon café. Avant c’était moi qui étais de corvée (une douce corvée dont je m’acquittais avec le sourire). Rien n’a changé si ce n’est que le trophée qu’ils m’ont soutiré le jour de mon départ a disparu du tableau de chasse.
On discute comme si on s’était quittés la veille. Peu avant que je ne les quitte, j’entends un pas dans le couloir et les deux coups à la porte caractéristiques. Mon ex-boss entre dans le bureau. Ca me fait plaisir de le revoir. Je lui explique mon nouveau job avant de promettre de repasser à la première occasion et de filer.
A l’accueil je retrouve une de mes anciennes hôtesses d’accueil. Mes 2 quinquas sont en vacances. Les employés affluent, déjà certains se retournent vers moi d’un air interrogateur, il faut que je me sauve avant de croiser trop de têtes connues et de me mettre en retard.
Le soir, je suis de nouveau devant l’entrée. JN, ma muse bloguesque, m’attend depuis une heure car j’ai eu du mal à quitter mes stagiaires. 5 mois que je ne l’ai pas vu. On en aura des choses à se raconter, dans un recoin du Shannon pub. Qui a dit "loin des yeux, loin du coeur" ?
18:40 Publié dans Souvenirs | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
10/11/2008
2 jours à revivre*
Il a suffi d’une note d'elle, d’une voix rocailleuse sur une mélodie d’amour, comme ce paysage de landes et de pierres que j’aime tant et qui me manque, pour que le souvenir de cette journée, pourtant banale, me revienne.
Je pense souvent à l’Irlande, ces derniers temps.
Peut-être parce que l’automne est une saison qui lui va bien, et que la pluie d’ici me rappelle celle de là-bas.
Cette journée là, pourtant, était une journée d’été, mais l’été irlandais, vous savez …
J’avais emmené un ami sur les routes du Connemara, pour plusieurs jours de flâneries, sans montre ni télévision. Nous roulions au hasard de nos envies, nous arrêtant au hasard d'un lac, d'un pub ou d'un port, et dormions dans quelque Bed & Brekfast qui nous avait plu. Mes yeux d'enfant émerveillé embrassaient les falaises, jouaient avec les mouettes, dialoguaient avec les old Paddy's burinés du coin, s'embuaient au fond d'un pub noirci par la fumée, où des musiciens chantaient ma mélancolie. Ce jour-là, l'air était vif, et nous avons partagé un panier de pinces de crabes dans un pub, sur le port du vieux village de pêcheurs de Roundstone.
Je m’en souviens, nous nous étions attablés près d'une fenêtre et nous sucions avec gourmandise les pinces charnues en mordant dans du pain maison, à la mie bien brune. Pour étancher notre soif, une pinte de Guinness, bien sûr, à la mousse bien noire.
La lumière était belle et le soleil dardait parfois ses rayons à travers l'épais voile gris.
Après le repas, nous nous sommes promenés sur le port de Roundstone.
Nous avons admiré ses jolies maisons colorées qui se découpaient dans les gris des pierres et du ciel, ses jardinets fleuris, ses barques abandonnées au fil de l’eau et la silhouette des twelve Bens qui se découpaient sur le ciel. Nous avons respiré le vent iodé, il nous fouettait les joues et emmêlait me cheveux.
Pus tard, nous avons repris la voiture. Je voulais m’arrêter à chaque virage tellement la beauté de la nature me coupait le souffle.
Ici, les ruines d’un château posé au bord d’un lac, là une maison au toit de chaume, ailleurs des rocailles, avec pour seul horizon le bleu de la mer.
Des panneaux écrits en gaélique, source de fou-rires mémorables et répétés, parfois un vieux papy irlandais, la casquette vissée sur le crâne, pédalant nonchalamment sur une bicyclette aussi rouillée que lui.
Dans le Connemara, le temps n'existe pas, à l’instar de ces troupeaux de moutons tranquillement allongés au milieu de la route. Que faire, sinon couper le moteur et attendre qu'ils daignent aller brouter ailleurs ?
Le vert n'a jamais été aussi beau que sur cette terre arrosée par la pluie et battue par le vent. Et la tourbe brune et luisante, comme des mottes de chocolat noir, et des buissons de bruyère pour toute végétation, dans ce paysage lunaire.
Plus tard, pour nous réchauffer, nous nous sommes arrêtés dans un pub qui surplombait un lac magnifique. Il était vide et le patron, un jeune homme jovial, a discuté avec nous. Nous avons joué aux fléchettes, bu de la Guinness, encore, et puis, alors que nous repartions, ils nous a offert un pack de deux pintes de Guinness, que j’ai longtemps gardées, et utilisées.
C'était il y a dix ans mais je n'ai pas oublié cette après-midi là. Je la garde au chaud dans mes souvenirs, quand j'ai besoin d'un rayon de soleil à travers le voile gris qui s'abat parfois.
J’espère que tu ne l’as pas oubliée, toi non plus, où que tu sois maintenant. J’aimais ton profil d'oiseau de nuit, ton catogan, ta misanthropie, ton cynisme et ta culture.
Ton amitié me manque, parfois, mais les paysages du Connemara me manquent si souvent, si tu savais.
* parce que Jean Becker a magnifiquement filmé le Connemara dans "2 jours à tuer". J'ai eu un énorme pincement au coeur en y reconnaissant Rounstone, justement.
17:44 Publié dans Souvenirs | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note | Tags : m. me comprendra c'est sûr, irlande, les hommes de ma vie, je vous a croisé





