19.06.2009

Looking for Eric

LOOKING FOR eRIC.jpgC'était il y a déjà 2 semaines mais j'ai été tellement emballée par ce dernier film de Ken Loach qu'il fallait que je vous invite à le découvrir, si ce n'est déjà fait.

Je suis piètre critique cinématographique. Moyennement enthousiaste au départ car si j'aime Ken Loach, le football me laisse indifférente. Pourtant, je me suis passionnée pour cette émouvante histoire d'un postier anglais, fan d'Eric Cantona. Le genre de mec qu'on qualifierait de "looser". Entre drame et absurde, chaque apparition de "l'ange" Cantona est délicieusement drôle.

On rit franchement et beaucoup. Quelques séquences des meilleurs moments de Cantona sur le terrain et je me suis fait avoir : j'avais envie d'applaudir !

La scène finale est magnifique. Là encore, je résiste difficilement à l'envie d'exprimer ma joie.

Ken Loach, une fois de plus, fait la part belle aux classes populaires et célèbre l'amitié, la solidarité et la sincérité.

07.09.2008

Errance Polonaise

J'ai récemment retrouvé Cyril, rencontré lors d'une soirée blogueurs il y a un an. Il est parti à la rencontre de ses origines et en a fait une  expo qui se tient en ce moment au Sélect, du côté de Montparnasse. Et j'irai, bien sûr. 
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19.08.2008

Deux jours à tuer

2 jours à tuer.jpgBien que j’aie vu ce film dès sa sortie, attendue avec impatience, je n’en ai alors pas parlé ici.

Non que j’aie été déçue, mais parce que je ne savais pas comment l’aborder sans en dévoiler le thème, si éloigné de ce que j’avais imaginé en visionnant la bande-annonce.

Albert Dupontel est un artiste pour lequel j’ai une affection ancienne et particulière. C’est mon frère qui me l’a fait connaître dans ses one-man shows à la fois cyniques et tendres. Je préfère Dupontel en acteur plutôt qu'en réalisateur; je n’avais pas accroché avec « Bernie ».

En revanche, dans « Irréversible », le personnage posé, moral, qui glisse dans la violence aveugle, m’a interrogée – et pour longtemps - sur la part d’animalité et les instincts qu’on a tous en nous.

 

"Deux jours à tuer", l’histoire d’un quadra à qui tout a réussi - femme, enfants, argent - et qui envoie tout valser en un week-end.

La scène du dîner avec les amis, où Antoine est absolument odieux, met mal à l’aise. Au début, pourtant, j’ai souri. Qui n’a pas rêvé au cours d’un repas de famille bien pesant – mes amis, je les choisis - de rentrer dans le lard d’un tel ou telle qu’on a jamais pu saquer mais qu’on subit parce que « tu comprends, c'est la famille, quand même » ?

Mais dans cette fameuse scène, quand Antoine en vient aux mains, que sa femme et ses amis pleurent devant l’inconnu qu’il est devenu, on comprend que quelque chose de grave est arrivé.  

Le malaise s’accentue au fur et à mesure qu’Antoine s’enfonce dans l’autodestruction. Et puis, Antoine se barre et prend un ferry pour … l’Irlande. Putain, encore elle ! Le choc quand j’ai reconnu les paysages du Connemara ! Je les ai sillonnés si souvent, sous la pluie ou le soleil, avec ma sœur, mon frère, mes amis.  

Et là, devant ces paysages sauvages, à couper le souffle, j’étais accrochée à mon fauteuil avec une boule dans la gorge et une envie soudaine de m’attabler devant un panier de crab claws et une pinte de Guinness bien fraîche, dans un pub surplombant les lacs. Je me suis souvenue des après-midi à jouer aux fléchettes, simplement, au son d’une cornemuse, en papotant avec les papis du coin, tout burinés. De l’eau fraîche et cristalline qui filait entre mes doigts. Des murets de pierre et des moutons badigeonnés de peinture avec lesquels on se trouve nez à nez, au détour d’une route.

J’ai eu mon petit coup de cafard, quoi, et le secret d’Antoine, qu’on apprend là, au cours d’une partie de pêche, n’a fait que donner une dimension plus dramatique à ces paysages sauvages et somptueux, où le sentiment de solitude peut être si écrasant et exaltant.

La scène finale du film, si elle m’a mise en colère contre Antoine, ne m’a pas surprise. Je l’ai trouvé terriblement égoïste, cruel, et donc tellement humain. L’être humain est ainsi fait  qu'il veut qu’on l’aime, quoi qu’il en dise, et Antoine n’a pas assumé sa décision jusqu’au bout.

Ca faisait longtemps que je n’avais pas pleuré au cinéma. Je m’étais même demandé si je ne devenais pas insensible, avec l’âge. Mais là, j’ai pleuré des rivières, et la chanson du générique de fin, « Le temps qui reste », par Serge Reggiani, n’a fait que redoubler ma tristesse.  

Plus tard, je me suis souvenue que j’avais imaginé, il y a des années, que quelque chose de similaire m’arrive. Je m’étais alors juré de faire comme Antoine. En serais-je capable aujourd’hui ? La réponse est non. J’ai des défauts mais je ne suis pas orgueilleuse.

« Deux jours à tuer », si vous l’avez vu, vous en avez pensé quoi ?

 

PS : J’ai volontairement omis de révéler le secret d’Antoine, pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui n’auraient pas encore vu ce film de Jean Becker, tiré du roman éponyme de François d’Epenoux.

PS2 : Allez, pour finir sur une note gaie, je vous remets un sketch d’Albert …. vous pourrez en trouver d'autres .

 

01.07.2008

A demain soir ?

oumar_thiam_sunset_myspace.jpgDemain soir, Paris Carnet à l’Assassin et Oumar Thiam en concert au Sunset.

Je me coupe en 2 ? Non, je vais aux deux !

Paris Carnet, c’est la 60ème, et c’est demain à partir de 19h30, à l’Assassin.

On peut s’inscrire ou se pointer comme une fleur, boire, manger (ou pas), en tout cas, c’est convivial et toujours sympa. (Mona, Mademoiselle Ciguë, vous venez ?

=> Nicolas, oui, y'a une buvette :)

Oumar, c’est 2 concerts, un à 20h et un à 22h, au Sunset, rue des Lombards. Ca déchire, je suis fan, j'en ai déjà parlé et .

Alors, à demain ?

06.04.2008

Il y a longtemps que je t'aime

1546231012.jpgJe déteste qu'on me prenne pour une conne, et qu'on dispose de mon temps, surtout un samedi. C'est ce qui est arrivé ce midi. J'ai donc passé une journée très moyenne, mais ça se règlera.

Ce soir, donc, comme il y avait un brin de soleil, je suis allée au ciné pour voir un film auquel on emmène généralement pas un homme.

Kristin Scott-Thomas est une de mes actrices favorites, je la trouve très belle et chic. J'aime les beautés froides, femmes ou hommes. Fanny Ardant, Nathalie Baye, Nastassja Kinski, Isabelle Huppert et Julianne Moore sont toutes, pour moi, de très belles femmes. Kristin Scott-Thomas, je l'avais découverte dans "Lunes de fiel" mais surtout remarquée dans "Le patient anglais".

Les premiers plans de "Il y a longtemps que je t'aime" la montrent brune, sans maquillage, cernée. Grossie, engoncée dans des vêtements austères, elle est bien loin de la garce blonde sophistiquée du patient anglais.

Elle sort de 15 ans de prison pour le meurtre de son fils et est accueillie par sa jeune soeur (Elsa Zylberstein). Laquelle Elsa, désarmante de fraîcheur et de spontanéité, m'a rappelé ma jolie luciole provencale aux yeux bleus.

J'ai pleuré une bonne partie du film. Il faut dire que j'avais déjà bien chialé hier soir dans mes sashimi, et bizarrement, la situation était assez similaire. Le choc et des larmes de tristesse d'apprendre que quelqu'un qu'on connaît depuis près de 20 ans a vécu un drame terrible dont on a jamais rien su.

"Il y a longtemps que je t'aime" est un film bouleversant sur l'enfermement, la culpabilité, le manque d'amour et le jugement. En plus, en générique de fin résonne "Dis quand reviendras-tu" de Barbara, que j'ai chantonné sur le chemin du retour. A voir, mais préparez les mouchoirs !

26.02.2008

Biennale d'art contemporain à Eragny sur Oise

Vendredi dernier, mon ami Igor, dont les œuvres avaient été sélectionnées, m’a invitée au vernissage de cette exposition. Cet évènement se veut être le témoin des croisements culturels et métissages dans l’Art Actuel. Les œuvres très africaines de mon ami hongrois y avaient donc tout naturellement leur place.

Une vingtaine d’artistes venus principalement d’Europe, avec en « tête d’affiche » le peintre-sculpteur français Rachid Khimoune, sont exposés à la 5èmeBiennale d’Art Contemporain : Ghani Alani(Irak), Dorota Baer (Pologne), Carla Benvenuto et Valéria Capitanio(Italie),Corinne Bretel, Pascal Catry, Jean-François Chenais, Nathacha, Laurent Vignais et Marie Wermuth(France), Alvar Calvet-Castells et Gabriel Hernandez(Espagne), Knagny Folly (Togo, France), Bruno Gérard (Belgique), Igor Laszlo(Hongrie), Noé Nguyen (Vietnam), Stoïmen Stoïlov (Bulgarie) Diana Stoïlova (Autriche)

J’ai aimé la clarté de la salle et le regroupement des œuvres par artiste. D’emblée, mon œil fut attiré par les sculptures longilignes, en acier, de Laurent Vignais qui rappellent le style de Giacometti. Je restai songeuse devant un couple enlacé dans un baiser.

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Je tombai ensuite devant un arbre étrange, œuvre du peintre-sculpteur Rachid Kimoune (et compagnon d’Eve Ruggieri). L’arbre s’appelle « Strange fruit » et porte de drôles de fruits, comme dans la chanson de Billie Holiday : les masques de visages humains se balançant au bout de chaînes.

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Un peu plus avant, sur un monticule de sable, de drôles de tortues dont la carapace est remplacée par des casques des armées de tous pays :

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J’avais vu un reportage sur cet artiste, Rachid Khimoune, qui s’amuse à composer un monde imaginaire et poétique en utilisant des objets de notre quotidien : plaques d’égout, prises électriques, ampoules etc. Son oeuvre la plus célèbre, « Les Enfants du Monde » est installée dans le parc de Bercy depuis 2001. Chacune des 21 sculptures a son jumeau dans le pays « d’origine », d’où Rachid Khimoune a prélevé la « peau des sols », nécessaire à leur construction. Ci-après, vous pouvez découvrir Enzo le Vénitien et Ayako la Japonaise. Mignons, non ?

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Je restai un long moment dans l’espace consacré au plasticien espagnol Alvar Calvet-Castells. Ses pièces en noir et blanc, graphiques et apaisantes, m’ont intriguée tout autant qu’un livre dans lequel il pose une série de questions à des Marocains. Pour chaque question figure la réponse en arabe de son interlocuteur et sa traduction en espagnol. Rejointe par mon ami O., nous nous amusâmes à déchiffrer ensemble, lui en arabe et moi en espagnol, les réponses des personnes interrogées. Des réflexions empreintes de sagesse, parfois surprenantes. Par exemple, à la question « De quoi rêves-tu ? », il n’est jamais fait allusion à la richesse et l’argent.

Par exemple :

C’est quoi pour toi l’Espagne et l’Europe ?

"L’eau salée nous sépare" mais aussi "des pays de droits humains ou, paradoxalement, où certains ont beaucoup et d’autres rien".

Ou encore :

De quoi as-tu peur ?

"De rien" mais aussi "De l’intolérance et du terrorisme".

C’est quoi pour toi le paradis ?

"Rien" mais aussi "Un endroit où il n’y a plus de races parce que nous sommes tous les enfants de Dieu".

Ensuite, je me suis extasiée avec Igor devant les tableaux remarquables du bulgare Stoïmen Stoïlov qui retranscrit les symboles des mythes et légendes des civilisations antiques. Ses œuvres d’une finesse remarquable ont l’aspect du parchemin. J’ai lu depuis qu’il avait été fort influencé par les aborigènes parmi lesquels il avait vécu.

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Bien sûr, j’ai retrouvé avec plaisir les mosaïques d’Igor que j’ai la chance de pouvoir admirer à loisir chez lui. Je vous en mets une, pour le plaisir, ma préférée, "Séduction wodaabe" :

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Le temps d’un discours, de quelques petits fours et du tintement joyeux d’une flûte de champagne et nous sommes allés dîner tous les 3 dans une brasserie … ch’timi !

Pour l’expo, si vous passez dans le Val d'Oise, c’est jusqu’au 6 avril !

Salle des Calandres (Théâtre de l’Usine) à Eragny-sur-Oise (95)

Entrée libre

Mardi, mercredi, jeudi, de 14 h à 19h

Vendredi de 14h à 20h

Samedi et dimanche de 10h à 12h et de 4h à 18h

Renseignements au 01 34 48 35 55

 

23.02.2008

"Au nom du père"

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Mon frère m'a offet récemment le DVD de ce film de Jim Sheridan, un de mes favoris. On l'a regardé ensemble il y a quelques jours. En VO, obligé, pour savourer les expressions et l'accent irlandais qui caresse ma mémoire.

Ce film poignant fut tiré du roman autobiographique de Gerry Conlon, "Proved Innocent". Il retrace un scandale judiciaire majeur des années 80 : la condamnation à la prison à vie de Gerry Conlon, jeune délinquant irlandais, arrêté à Londres en 1975 avec 3 autres, (les 4 de Guidford) pour un attentat de l'IRA dans un pub. Avec lui, son père et plusieurs membres de sa famille furent emprisonnés, avant qu'ils soient innocentés, 14 ans plus tard.

Bien sûr, le thème du film est le conflit en Irlande du Nord et la situation des Irlandais, humiliés et méprisés en Angleterre. Mais "Au nom du père" est surtout un film sublime sur les rapports père-fils.

A l'époque, j'avais été bouleversée par la performance de Pete Postlethwaite qui interprète Giuseppe Conlon, le père de Gerry. Il est depuis un de mes acteurs préférés.

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Daniel Day-Lewis, autre acteur - irlandais - absolument génial, exprime à merveille la souffrance de Gerry et sa haine pour l'image du père, si parfait et intransigeant, mais aussi résigné et victime de sa vie. La scène ou Gerry parle de son enfance, "tu étais toujours là quand je faisais quelque chose de mal, jamais quand je faisais quelque chose de bien" est d'une violence rare. La droiture inébranlable de Giuseppe et l'amour qu'il a pour son fils, malgré tout, sont bouleversants. Ce film évoque aussi les regrets de n'avoir pas eu le temps de dire cet amour. J'aime la pudeur des personnages, les errances de Gerry, rebelle immature. Si vous ne le connaissez pas encore, rattrapez votre retard. Vous ne le regretterez pas.

16.01.2008

Into the wild

678f281cd2c39920889d49f6834ffb23.jpgHier soir, j’ai laissé mon vélo au boulot, il tombait des cordes et surtout il faisait un vent à décorner un cocu. J’aime bien le sport mais me taper des côtes avec le vent de face, y’a des limites… Une gentille collègue m’a déposée porte d’Orléans et je me suis hâtée jusqu’au cinéma où la douce Fauvette m’attendait. La semaine dernière, je lui avais proposé de découvrir ensemble le dernier film de Sean Penn, adaptée du livre de John Krakauer et racontant l’histoire vraie de Chris Mc Candless, un étudiant de 23 ans, promis à une brillante carrière, qui décide de tout quitter et de partir vivre en ermite en Alaska.

Je tenais absolument à voir ce film. D’abord parce que j’ai beaucoup d’estime pour Sean Penn, immense acteur et homme engagé, notamment contre l’invasion de l’Irak par les troupes américaines, à une époque où l’opinion américaine y était massivement favorable.  Ensuite, parce que l’histoire de Chris Mac Candless, qui abandonne une vie confortable mais dépourvue de sens pour se retrouver seul au milieu de la nature, est au cœur de mes interrogations actuelles. Il fait sienne une phrase de son auteur préféré, Henry David Thoreau : "Plutôt que l'amour, plutôt que l'argent, plutôt que la célébrité, donnez-moi la vérité". Chris envoie ses économies à Oxfam, détruit argent, papiers d’identité et carte bleue et prend la route.

Se mettre en danger pour se sentir vivant, se réaliser en surmontant des obstacles, éprouver les limites de son corps, reprendre contact avec notre animalité, celle qui nous rend humble et nous permet de vivre en harmonie avec la nature et les autres êtres vivants, à une époque où on ne cherche que facilité, confort et douceur, voilà ce qui me fait rêver alors que je vous écris, perdue dans l’immensité surchauffée d’une structure de verre, métal et béton.

Hier soir, assise dans mon fauteuil, j’ai ressenti l’ivresse de la liberté et du possible en suivant le périple de Chris, parti de Virginie, à travers les champs de blé du Dakota, sa folie invincible quand il dévale les flots tumultueux du Colorado en canoë. Les paysages sont magnifiques et écrasants de puissance, les animaux que croise Chris, devenu lui-même un animal luttant contre le froid et la faim, sont à la fois fragiles et inquiétants. Dans sa quête de lui-même, Chris rencontre des personnes abîmées, merveilleuses, bouleversées par sa détermination. Il les pousse à se surpasser, à ouvrir les yeux sur la beauté du monde et à trouver en eux un nouvel espoir.

On pourrait voir dans cette aventure tragique le caprice d’un enfant gâté vomissant le monde bourgeois qui l’a nourri. On peut aussi reconnaître qu’il questionne en nous les sources principales du mal-être occidental : le matérialisme et l’ennui.

Lorsque Chris a rendu son dernier souffle, seul dans sa camionnette, les yeux ouverts sur le ciel bleu, en pensant à ses parents « Si je courais vers vous maintenant, en souriant, verriez-vous ce que je vois ?»,  je n’ai pas ressenti de tristesse. Il est allé jusqu’au bout de son idéal, il a vécu en quelques mois plus de sensations, donne plus d’amour et admiré plus de merveilles que bien des hommes en une vie. Sa mort est absurde, mais pas plus que la vie.

Franchement, ça ne vous arrive pas, à vous, de vous demander si ce que vous accomplissez dans une journée a véritablement un sens ? Vous n’avez pas envie, parfois, de redevenir l’enfant que vous avez été, de retrouver ce sentiment d’invincibilité, d’avancer dans le monde sans peur ?

Moi parfois, j’ai envie de m’élancer au milieu du hall d’accueil de ma boîte et de faire le poirier, juste pour rire. De balancer mon badge d’accès à la tronche de mon big boss et de claquer la porte de la salle de réunion en criant « vous me faîtes chier, gros naze, je me casse ».De dévaler une colline en faisant des roulades, sans avoir peur de me salir ou de me faire des bleus.

Et vous, de quoi vous rêvez ?

 

13.01.2008

Once

Vu "Once" hier, film irlandais de John Carney, sur les conseils de ma copine Chacha. La vérité, c'est que j'appréhendais de voir défiler sur l'écran des bouts de cette ville que je connais si bien, Dublin, et de laisser mes oreilles s'emplir de cet accent qui me serre le coeur, désormais. Enfin, une vie est peuplée de fantômes et il faut vivre avec, hein!

Ce joli film musical, qui a reçu plusieurs prix, ne passe plus que dans quelques petites salles, dont l'Entrepôt, haut lieu culturel du 14ème arrondissement. Dès la première scène du film, un sourire se dessine sur mon visage car je reconnais Grafton street, rue incontournable et toujours bondée de monde de Dublin, ou se produisent les musiciens de rue. Glen qui chante sur sa guitare est emmerdé par un toxico qui veut lui piquer son fric (un knacker comme on les appelle là-bas, équivalent de notre "racaille"). C'est sur Grafton street d'ailleurs qu'ont débuté bon nombre de chanteurs irlandais, dont Paddy Casey, un de mes chouchous, et Glen Hansard, le personnage principal de Once et fondateur du groupe The Frames (inconnu ici mais star là-bas). Marketa Irglova est elle aussi une chanteuse tchèque.

Le pitch ?

"Dans les rues de Dublin, deux âmes seules se rencontrent autour de leur passion, la musique... Il sort d'une rupture douloureuse. Elle est mariée à un homme qu'elle n'aime plus. Dans un monde idéal, ils seraient faits l'un pour l'autre. Ensemble, ils vont accomplir leur rêve de musique."

J'ai découvert ce film comme un album photos des 6 années passées là-bas. L'avantage, c'est que je n'ai pas regardé une seule fois les sous-titres. L'accent irlandais, je l'adore. Les "oki doki", les "what's the story" et autres expressions savoureuses qu'on apprend pas dans les livres ... J'aime la bienveillance naturelle de ce peuple de poètes et de musiciens. J'ai reconnu Dunnes Stores, the Camera Centre de Grafton street, O'Connell bridge, le revêtement des sièges des bus, le mobilier kitsch qui décore les intérieurs irlandais, l'aéroport de Dublin dont je franchissais les portes dans mon joli tailleurs vert, chaque jour. J'ai ri en découvrant la troupe des Hare Krishna passant devant Glen, leurs clochettes m'ont suivie ou devancée si souvent ! La scène ou Marketa marche dans la rue, en pyjama et pantoufles en chantant "If you want me" m'a donné des frissons.

26.11.2007

Hiroshima, mon amour

Hier soir, je me suis reposée de mon week-end frénétique chez un couple d’amis, dans la chaleur de leur maison nichée en région parisienne, poutres au plafond et murs ornés des œuvres magnifiques d’ Igor et du père d’O.

Pendant que O. faisait sauter les crêpes, j’ai fait rire I. aux éclats avec mes histoires de bottes à éperons, tout en buvant du vin de pêche (merci tata X., il est très bon, ton p’tit vin).

Après le repas, j’ai proposé des DVD que j’avais apportés. Je me suis enfoncée dans les coussins du moelleux canapé. J’avais besoin de tendresse, de paix, d’amitié, de douceur. J’ai eu tout ça.

Hiroshima, mon amour. Découvert à Dublin il y a plus de 10 ans. Quand le film s’était arrêté, j’avais appuyé de nouveau sur « play ». Un choc.

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Le film s’ouvre sur un plan d’un dos, nu. Histoires de peaux. Celles, douces et chaudes des amants pendant l’amour. Une main qui effleure, des ongles de femme qui se crispent sous les spasmes.

Puis l’insoutenable. La nausée. Les peaux en lambeaux des blessés d’Hiroshima. 200.000 morts en 9 secondes. Les mots d’Emmanuelle Riva, oiseau de mauvaise augure qui assure «Ca recommencera. 200 000 morts, 80 000 blessés en 9 secondes, ces chiffres sont officiels, ça recommencera. Il y aura 10 00 degrés sur la terre, 1000 soleils dira-t-on. »

« La colère des villes entières contre l'inégalité posée en principe par certains peuples envers d'autres peuples, contre certaines races envers d'autres races... ». J’ajouterais « par certains hommes envers d’autres hommes. »

Ce film m’agace aussi. Le rythme des dialogues, le lancinant « J’ai tout vu à Hiroshima, tout » et lui qui réplique « Tu n’as rien vu à Hiroshima », la voix empruntée d’Emmanuelle Riva avec son « Tu me tues, tu me fais du bien ».

Mais ensuite, quelle profondeur dans les mots, les gestes, les non-dits ! Quelle émotion dégage cet amant japonais qui lui souffle à l’oreille son français éraillé « Je crois bien que je t’aime ». Quelle pudeur et vérité dans les dialogues :

« Rien. De même que dans l'amour cette illusion existe, cette illusion de pouvoir ne jamais oublier. De même, j'ai eu l'illusion devant Hiroshima que jamais je n'oublierais, de même que dans l'amour ? Comme toi, j'ai essayé de lutter de toutes mes forces contre l'oubli, comme toi j'ai oublié. »

Images insoutenables, si proches de mon histoire, de cette française déshonorée d’avoir aimé un soldat allemand, rasée et enfermée dans la cave, qui griffe les murs de sa douleur animale jusqu’à s’en faire saigner. Que serait-il advenu de Marguerite, amoureuse d'un prisonnier français, si elle n’avait pas quitté l’Allemagne vaincue ? Quelle absurdité que ces guerres qui jettent 2 amis l’un contre l’autre !

« Je suis d'une moralité douteuse. Qu'est-ce que tu appelles, être d'une moralité douteuse ? Douter de la morale des autres. »

 

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