25/02/2013

A l'aise dans le nid de l'aigle

Voilà, on y est. Le train s'ébranle et je garde l'image de ta silhouette derrière la porte vitrée et du sourire de tes yeux noirs. Jusqu'ici tout va bien.

Depuis deux heures, au moment où j'ai bouclé ma valise, j'ai de toutes mes forces fait le vœu de vivre l'instant présent, jusqu'au bout, de ne pas le ternir en redoutant le moment où je devrai m'éloigner de toi. Si enfin je pouvais te quitter sans que s'ensuive une vague de désespoir, à coups de pourquoi qui tuent à chaque fois le cœur du bonheur, alors j’aurai fait un pas vers la sérénité.

Je me sens grandie et meilleure après cette parenthèse de vie ensemble, pendant ces 10 jours. Sans souffrance, je te le jure. Juste quelques pincements au cœur et au ventre, parfois, parce que je suis humaine et femme, avec tout ce que ça comporte de merveilleux.

L'expérience que nous avons décidé de vivre ensemble révèle des forces en moi que je ne soupçonnais pas. Les ami(e)s dans la confidence répètent qu'ils se demandent comment je supporte d'être à tes côtés sans me donner à toi. C'est parce que notre relation naissante a plus de prix à mes yeux, désormais, que le plaisir que je pourrais prendre dans tes bras.

Sais-tu que j'ai eu moins de désir pour toi ? Pourtant je n'ai jamais dormi 9 nuits avec un homme sans me donner à lui. Etre allongée à tes côtés, sentir ton souffle paisible caresser mon visage, te respirer, contempler l’ivoire de ta peau sans y poser les mains, c'était un exploit de ma part et d'une certaine façon, ça m'a comblée. N'importe qui, sauf toi.

Parfois pourtant, je l'avoue, j'ai profité que ton regard soit absorbé par le ruban d’asphalte pour laisser mes yeux s'attarder sur tes mains que je trouve si belles, une bague à l'annulaire droit, et une autre sur la main gauche, et je me suis souvenue qu'une nuit, elles m'avaient découverte à tâtons, timidement, et caressée jusqu'à l'extase.

J'ai regardé ta bouche aussi et je me suis revue buvant ton haleine jusqu'à la lie, ce soir-là, au pied du château. Tu étais un des hommes de ma vie bien avant cette soirée magique et au jour du dernier soupir, je me souviendrai de ceux que ta saveur m'arrachait.

M'as-tu entendue te remercier en silence de ne plus jouer à me séduire, de ne pas faire vaciller mes fragiles résolutions, de ne plus instiller, avec une cruelle insouciance, de vains espoirs dans ma solitude ? Je te l’avais demandé, comme on supplie le bourreau, et tu l’as respecté parce que tu souhaites devenir mon ami. Tu m’as aidée, par ta réserve, à ne pas me laisser empoisonner par un futur illusoire que j’aurais échafaudée seule alors que depuis quelques mois, tu manifestes la volonté de le redéfinir ensemble.

Il y a autre chose que je voudrais te dire parce que je t'ai vu t'assombrir, ce soir-là et que je me suis mordu les lèvres pour ne pas la contredire, cette amie qui réprimande tes facéties et plaint sincèrement la femme qui t’aimera.

Je suis cette femme et je les aime, moi, tes trots désordonnés, tes chansons pourries, tes jeux de mots doûteux et tes vannes de chambrée. Et ton regard joueur qui cherche une complice.

23/12/2012

Les pluies fauves (part II)

de l'amour comme s'il en pleuvait,les hommes de ma vieUn peu plus tard, au restaurant, l'alcool et sa féminité l'enhardissent et il ne peut s'empêcher de jouer le séducteur. Elle s'en amuse et se moque gentiment, mais déjà sous l’emprise de son charme, elle ne se nourrit plus que de sa présence.

Ce soir, comme à chaque fois qu'elle l'a retrouvé, ses yeux pétillants et son sourire éternel pourrait lui donner l'illusion de lui être un précieux joyau. Mais "Loin des yeux, loin du cœur" est un proverbe qui lui va comme un gant, elle l'a appris à ses dépens.

Il la questionne maintenant à propos de l’homme qu’elle fréquente depuis quelques mois et feint d’en être jaloux. Elle évoque brièvement la récente prise de conscience d'un scénario douloureux qui se répète depuis trop d'années : un attachement aveugle et borné à des hommes torturés qui la fuient. C'est ainsi qu'elle justifie sa décision de s'intéresser à cet homme qui la laisse tiède.

Il dit sa lassitude d'une vie sentimentale instable, sa souffrance d'être tiraillé entre le désir d'une relation durable et une irrépressible attirance pour les feux de paille. Elle vante le véritable amour, celui qui se construit, et peint d'elle-même le portrait d'une femme raisonnable et réfléchie, ennemie de la passion. Celle-là même qui, il y a quelques mois, aurait tout laissé pour le rejoindre, si seulement il le lui avait demandé. Il la laisse quelques instants et la retrouve pensive, les yeux dans le vague.

"Ne réfléchis pas, dit-il, tu as raison, prends la fuite, c'est mieux".

Elle lui en veut, l'espace d'une seconde, et formule une supplique restée muette :

"Ne joues pas avec moi ou tu me perdras vraiment."

La nuit est tombée depuis longtemps lorsqu'il la raccompagne au pied du château, dans les hauts de la ville. L'explication n'a toujours pas eu lieu mais leur tendresse l'un pour l'autre semble intacte. Une pluie fine vernit les pavés gris. Il souligne le romantisme du décor, elle le contredit, tentant de garder la tête froide devant ses multiples appels du pied. Ils s'embrassent, le ton léger, le cœur joyeux, sur une promesse intemporelle. Pourtant, tous deux restent plantés là, comme ne pouvant se résoudre à cet au revoir teinté d'indifférence.

Elle observe la haute silhouette, debout devant elle, sous la pluie. Dans quelques instants, il disparaîtra dans la profondeur de la ville et elle retournera à la solitude de sa chambre d'hôtel.

Combien de mois s'écouleront avant qu'elle ne le revoit ? Après l'euphorie insouciante des retrouvailles, la tristesse entreprend déjà son travail de sape. Mue par une pulsion désespérée, elle le prend dans ses bras, s'autorisant sans risque, croit-elle, un élan de tendresse qu'elle s'est interdit jusque là. Mais elle s'attarde sur son épaule, caressée par le souffle chaud de sa bouche sur ses cheveux mouillés. Dans son oreille, il prédit leur perdition. Elle rit et imprudent papillon de nuit, lève son visage vers le sien. Instantanément leurs bouches s'unissent, aimantées.

de l'amour comme s'il en pleuvait,les hommes de ma vie

Les yeux clos, le front offert au baptême céleste, sa langue goûte l'haleine virile aux parfums de miel et de tabac. Enivrée, elle perd l'équilibre, comme une carencée qui prend une dose trop forte, trop vite. Il chancelle lui aussi, emporté par elle accrochée à son cou et un baiser étouffe leurs rires.

de l'amour comme s'il en pleuvait,les hommes de ma vie

Enserrant la tête blonde entre ses mains, il boit à la coupe de ses lèvres. Elle explore le visage de l'aimé, goûte la chaleur du cou, le rugueux du menton. Plongée dans la chaleur de sa bouche, elle ébouriffe les cheveux courts, caresse son visage, pince la peau fraîche entre ses lèvres. Sur le visage offert, l'amant lèche l'eau qui ruisselle, comme des larmes de joie. 

de l'amour comme s'il en pleuvait,les hommes de ma vie

Sous l’ondée nocturne et la lueur complice de la voûte bleutée, la tendre étreinte se mue en une joute féline. Comme deux lionceaux intrépides qui se défient avant de rouler dans le sable, ils s'abandonnent à un corps à corps empli d'une infinie tendresse. Galvanisés par l'érotisme animal qui s'intensifie, ils se mordillent, se lèchent, se respirent et se boivent. Bouches et mains s’autorisent ce que les corps s'interdisent. La passion alterne avec la douceur. Elle love le velours de sa joue dans la chaleur de sa main, ses lèvres chaudes baisent la paume nervurée, sa bouche avale les doigts habillés de métal. Il effleure la vallée des seins, arrosés de pluie.    

Le jour n'est plus très loin lorsqu’épuisés par la tension, leurs corps se séparent. La pluie est tombée sans discontinuer, lavant craintes et blessures. Il s’éloigne lentement et envoie un dernier baiser. Sur le parking désert, elle est quasi nue, l'étoffe légère comme une seconde peau sur son corps trempé. La pluie a plaqué la fine chevelure sur son crâne brûlant et dessiné un halo charbonneux autour de ses yeux.

Elle démarre le véhicule, enclenche chauffage et radio et s’éloigne dans la nuit noire. Après le désir qui a engourdi son corps et anesthésié son cerveau, c’est le bonheur qui l’inonde. Dans un état second, comme flottant entre rêve et réalité, elle sent la chaleur de ses bras et frissonne dans l’habitacle désert. Sur sa langue, les traces volatiles qu’ont laissées l’haleine et l’odeur mâles prolongent la magie de cet instant d’éternité.

de l'amour comme s'il en pleuvait,les hommes de ma vie

Les messages qui se succèdent sur son téléphone témoignent de l’intensité partagée. Elle se souvient de ses mots : coup de foudre, feux de paille et ... cendres.

Séduite mais lucide, elle ne s’immolera plus sur l’autel de l’amour. Drogué aux sensations, accro aux émotions, l'homme qu'elle chérit semble ne se sentir vivant que dans la douleur ou l’extase. Elle accepte, en toute conscience, d'être un de ses nombreux shoots mais elle ne se laissera pas diluer dans ses veines.

 

29/08/2010

Dernier jour en Martinique

Photo124.jpgCe matin, la lumière du soleil me réveille. Le ventilateur a beau faire, j’ai la peau moite. Je me lève, Bibiche est déjà debout, il est 6h58. Je m’assois un moment au salon puis retourne me coucher, mon masque sur les yeux.

J’émerge de nouveau à 8h20, en même temps que S. les yeux lourds de sommeil. Bibiche me montre où est le café avant de filer acheter du pain. Lorsqu’il revient, nous nous attablons devant mon premier petit déjeuner martiniquais : une tartine de rillettes de hareng saur aux carottes râpées, bien pimenté, préparé par Tatie, que nous mélangeons à des dés d’avocat. Bibiche pose aussi devant moi un verre de jus de coco frais qu’il a ouverte ce matin, ainsi qu’une briquette de jus de prune de cythère. C’est délicieux, je me régale et regrette que mon hôtel ne m’ait proposé que des viennoiseries.  

Les ingrédients :

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Le résultat :

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Ensuite, nous attaquons mes valises. Et là, y'a du boulot. Heureusement, Bibiche est un pro de l’emballage des bouteilles de rhum. Sa cousine lui a conseillé de couper le cul de bouteilles en plastique et de mettre les bouteilles de rhum dedans, après en avoir scotché le goulot. Le relief des bouteilles en plastique évite les chocs directs sur le verre. Il insère également du papier journal entre les bouteilles pour qu’elles ne s’entrechoquent pas. J’ai bien fait d’amener 2 valises quasi-vides : j’ai 4 bouteilles de punch coco, 3 de punch cacahuètes, 2 de liqueur de banane, 1 de liqueur de gingembre, cadeau de mes 3 Martiniquaises, 3 de rhum + 2 cubis de 3 litres chacun. Ajoutez à ça 6 avocats, des citrons verts, goyaves et un corossol, les bocaux de confiture et souskay, les fleurs d’atoumo, la citronelle, les citrons verts spécial punch. Nous pesons les valises  et sommes obligé d’ôter 3 bouteilles et 3 avocats, que W. l’aîné de Bibiche, transportera pour moi au retour. Je dois encore enlever 3 avocats que je case dans mon sac d’ordinateur, pourvu qu’on ne me les confisque pas aux rayons X !

Pendant que je prends en photo les très belles fleurs d'atoumo offertes par S., Bibiche cuisine (j'ai toujours trouvé sexys les hommes aux fourneaux, pas vous?)

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Vers 11h30, nous prenons la route de la plage pour mon dernier bain de mer. Dernier arrêt à la cabane de canne à sucre, à l'entrée du Lamentin, la coco calée entre les pieds, c'est parti. Je regarde tout comme le premier jour, ce trajet entre FDF et le Robert qui m'est devenu familier au fil des jours et dont le souvenir s'estompera moins vite grâce à 2yeux2oreilles, ma béquille mémorielle.

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Aujourd'hui passagère, je découvre la presqu'île de la Caravelle.

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Puis la plage de Tartane, que je n’ai vue que de nuit, ses barques abandonnées au fil des vagues, les frégates qui tournoient dans le ciel, à l’affût de poisson à chaparder et les familles, assises à l’ombre des arbres, avec hamacs, tentes, marmites et tables.

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Bibiche emprunte une machette et fend la coco, si crémeuse que je la déguste à la cuillère.

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Elle est vachement bien, la plage de Tartane ! Les enfants m’entraînent jusqu’au ponton de bois. Je saute dans l’eau avec eux, envie les voltiges et saltos de J., qu’on croirait monté sur ressorts. Je suis restée très souple mais désormais j’appréhende les poiriers, roues et ponts auxquels je soumettais mon corps élastique, jusqu’à l’adolescence. L’autre jour, au bureau, j’ai bien fait le pont devant les yeux écarquillés de J., la commerciale qui m’avait accompagnée sur l’île de Ré, mais la roue du haut d’un ponton, c’est autre chose …. Pourtant là j’ai envie de me lancer, de faire un pied de nez à cette trouille de se faire mal que les enfants ignorent. « J’ai envie de faire la roue sur le ponton pour tomber dans l’eau » je dis aux trois gosses. Ils m’encouragent bien sûr, je n’en attendais pas moins. Dans 3 heures, tu montes dans l’avion de retour. Manquerait plus que tu te pètes un truc le jour du départ.   

J’hésite quelques minutes, vérifie mes amarrages (on n’est jamais trop prudente) et puis hop, 1, 2, 3, S. m’accompagne, je prends mon élan, pose la main droite sur le ponton de bois mouillé, puis la gauche et hop, à l’eau ! Rien de cassé, me suis pas fracassé la tête sur le bois, alors c’est reparti, je me sens des ailes, p’tain quand même, ça a quelque chose de jouissif de faire l’andouille avec des gosses à presque 40 piges.

Quand Bibiche sonne le rappel et que nous le rejoignons sur la plage, il me lance « C’est bien tes pieds que j’ai vus en l’air tout à l’heure ? »

Nous ne sommes pas en avance et retournons tambour battant à Fort-de-France. Sur la route, je retrouve ces quartiers que j'ai découverts, au fur et à mesure de mon séjour, et mon hôtel, perché au-dessus de la rocade.

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Je charge mes lourdes valises dans ma petite 107, embrasse tout le monde et file à l’aéroport où grâce à la carte d’embarquement imprimée par mon client la veille, je n’ai plus qu’à rendre la bagnole et déposer mes bagages au comptoir.

En une demi-heure, après avoir fendu la foule amassée devant le sas des départs (on dirait un hall d’arrivée en métropole, ça s’embrasse et se fait des grands signes « A dans 3 ans ! », ça pleure aussi de voir partir un enfant, un frère ou une sœur), je suis en salle d’embarquement. Mes trois énormes avocats ont passé l’épreuve rayons X sans se faire repérer dans la sacoche de mon ordi. L’arrivée en tongs au petit matin, dans la grisaille parisienne, va être douloureuse.  

 

 

 

 

 

24/08/2010

Début de soirée à l'anse Cosmy : trempage !

Photo368.jpgCette semaine, je finis mes journées plus tôt, à la demande de mes clients, ce qui nous oblige à déjeuner très rapidement, dans un snack proche de la Z.I. Place d’Armes. Il n'y aura donc sans doute plus de photos de mes déjeuners qui n’ont plus rien de créole.

 Je pars chaque matin avec maillot de bain, serviette et crème solaire. Et depuis ma douche tropicale la veille à Trinité et ma soirée chez Léger, je laisse un spray anti-moustiques, des tongs et ma robe de plage – celle de l’île de Ré -  en permanence dans la voiture.  

Ce soir, Bibiche a récupéré sa marmaille d’ados et propose de me retrouver après le travail pour aller à la plage. Je lui envoie un sms et il me récupère sur un des ronds-points du Lamentin. Il y a 3 têtes de plus dans sa bagnole. Je le suis sur la route désormais familière qui relie le Lamentin au Robert. A la Trinité nous traversons la ville puis à la sortie, juste après le point de vente des pêcheurs où d’énormes poissons sont exposés (et l’odeur très forte), nous tournons à droite en direction de l’anse Cosmy. J’aime bien cette ville où les gens se promènent en borde de mer, le soir, je lui trouve quelque chose qui ressemble à la douceur de vivre.

A l’Anse Cosmy, les vagues font des rouleaux et il y a du monde. Je me change dans ma voiture, comme d’hab, et je retrouve Bibiche et ses enfants. La dernière fois que je les ai vus, c’était un soir où je les ai emmenés tous 3 chez Toritcho. Ils ont vachement grandi, ses deux chenapans de 13 ans. Sous les arbres, des tables sont dressées : posé sur des feuilles de bananier, un monticule de pain émietté et parsemé de dés d’avocat, en fait toute la longueur. « Ce soir, c’est trempage » dit Bibiche. « Ah bon ? Mais je croyais que c’était ce matin ? » « Moi aussi, mais finalement non, tu vas pouvoir goûter ».

Là, je comprends que je suis une sacrée chanceuse, comme me le confirmeront Olivier et mes stagiaires, le lendemain. Ils ouvriront même des yeux ronds car « Beaucoup de Martiniquais n’ont même jamais assisté à un trempage ».  

Un trempage, pour les non-initiés comme moi, c’est « un mélange de pain trempé, pressé, de pois rouges, de morue rôtie pimentée, de ragoût de viande, de bananes mures coupées en rondelles » (source Tidiane N’Diaye)

Pour les curieux, voici même une des nombreuses variantes de cette recette très conviviale :

Nous rejoignons son ami P., vacancier aussi (c’est ainsi qu’on désigne les Martiniquais en vacances au pays) qui est là avec sa mère et sa tante, et qui nous a invités. « Tu en auras vu des choses en seulement 15 jours ! » dit Bibiche. Le temps d’un plongeon dans l’Océan avec les enfants et on sonne l’heure de la cérémonie. « Tout le monde s’est lavé les mains ? » s’enquiert le maître de cérémonie.  

 

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Je prends place autour de la table, de profil et suivant l'exemple de ceux qui m'entourent, je fais une boulette avec le pain trempé et la porte à ma bouche . Je pourrais tenter de vous retranscrire l’ambiance mais ce serait faiblard comparé au live (et surtout, j’ai une pensée pour Jeff et Jean-Marc qui auront un sourire sur la face à l’écoute de l’extrait qui suit)

 
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Bien sûr, étant la seule blanche du groupe, ma présence intrigue les invités ; on me questionne et on tente de me faire des blagues. « Tu manges où ? » demande un monsieur rigolard et lorsque je réponds, il frotte ma portion à l’aide d’un piment coupé en 2. Mais justement, j’aime le piment alors après avoir fourré la boulette dans ma bouche, je le charrie : « Y’a plus de piment ? » Je ne suis pas la seule à prendre des photos et à filmer, dans le groupe il y a pas mal de vacanciers, caméra au poing. Je discute avec l’un d’eux qui vit à Maison-Alfort. L’organisatrice de ce sympathique rassemblement souhaite connaître mon impression et j’en profite pour la questionner sur la composition du trempage de ce soir : on a parsemé du hareng saur sur le pain émietté puis recouvert l’ensemble d’une sauce rouge contenant des moules, bananes, avocats et viande poulet.

Je rejoins Bibiche et les enfants, qui me sautent dessus et tentent de me couler, dans la flotte. Le soir tombe, le ciel est clair et je photographie mentalement ce moment privilégié tandis que Bibiche et P. vantent la saveur d’un autre plat inconnu de moi : le migan, composé de fruit à pain et queues de cochon salées « qui donne à la sauce l’onctuosité d’une béchamel ».

Bibiche, de loin, parce qu'il est pudique :

 

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Sous les arbres, les hommes se sont emparés de tambours et chantent à tue-tête. Ambiance filmée disponible prochainement si j'arrive à convertir mon fichier, de retour à Paris.

Quand la nuit tombe, après nous être rincés, nous repartons en diretion de Ducos. Shana et ses couettes se sont invitées dans ma voiture, elle a changé de fréquence et chante à tue-tête sur Trace FM en se dandinant sur son siège. Je me marre, ça me rappelle une autre ado, il y a presque 15 ans, qui me faisait la même sur les routes du Connemara. Ma petite sœur qui a quitté Paris, elle aussi. Ma fratrie m’a lâchée.

Au cassoulet de papa, les enfants ont préféré les double madras du snack Elize. Ce soir, ados obligent, je ne ferai pas dans la gastronomie mais je dois avouer que j’ai préféré cette soirée à celle d’hier (et pas seulement parce que j’ai fait la nique aux moustiques).

Pour le plaisir et parce que je l’ai trouvé rigolo, voici le site de l’office de Tourisme de Trinité, celui là-même qui organise chaque année, en juillet, un Trempage Show, contre une modique participation (moins de 10€).

 

21/08/2010

Enfin !

Photo095.jpgCouchée à 4h du matin après avoir zouké avec Bibiche et ses amis à l’As Club, je me réveille à 8h30 puis me rendors jusqu’à 10h. J’ai raté le petit-déjeuner. Bibiche m’envoie un sms et 1 heure plus tard, il m’attend devant l’entrée de l’hôtel.

Aujourd’hui, nous passons la journée sur la plage des Salines, la plus belle de l’île, aux dires de tous. Bibiche a la situation en main : « On achètera du poulet boucané et des accras, on fait tous ça ici, et on le mangera sur la plage ». Ca me va, comme programme. Je suis impatiente d'être dans l'eau. Contrairement aux apparences, j'ai bossé toute la semaine et n'ai pas encore mis un orteil dans la mer. En attendant, comme je n’ai pas pris de petit-déjeuner, je me tape un sandwich salade- morue à la sauce chien suivi d’un café.

Au Lamentin, en prenant la direction de Ducos, Bibiche laisse échapper un regret « Zut ! Je n’y ai pas pensé, il y a une dame qui vend du jus de canne, je t’aurais fait goûter. C’est un rituel, dès que j’arrive en Martinique, il me faut mon gobelet de jus de canne ». Moi aussi j’ai un rituel, en Irlande, c’est mon fish & chips sur le port de Howth. Nous dépassons Canal Cocotte, qui me fait toujours sourire puis arrivons à Trois Rivières. « C’est le Trois Rivières du rhum ? » Oui, c’est là, d’ailleurs peu après, sur la droite, on aperçoit le moulin emblématique et en lettres noires sur la pierre, « Habitation Trois Rivières ».

Juste après Sainte Luce et le Trou au Diable, au rond-point, Bibiche prend, à droite, la direction « Anse Figuier / plage Poirier » et s’arrête devant une cahute, en contrebas. Là, deux femmes, fichus sur la tête, grillent des cuisses de poulet et ribs. Des seaux en plastique contiennent des accras de poisson, crevette, morue et des boudins créoles.

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Après Le Marin, le ciel est gris devant nous et quelques minutes plus tard, nous voici sous des trombes d’eau. « Là, c’est mal barré. Ca va se finir aux Trois Ilets, ma chérie » soupire Bibiche. A 5 kilomètres de Sainte-Anne, grand ciel bleu et soleil éclatant. Olivier n’avait pas tort quand il disait qu’il y avait des microclimats en Martinique. « Parfois, on  se prend un déluge sur la tête. Avant, c’est sec, après c’est sec. A croire que le nuage s’est posté là et n’en a plus bougé ».

Nous dépassons Sainte Anne et Bibiche gare ma 107 sur la plage des Salines. Il est un peu plus de midi et les familles sont attablées, à l’abri sous des parasols.

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Nous posons nos serviettes sur le sable. Bibiche sort les boudins ficelés entre eux, les séparent à l’aide d’un couteau et me les tend.  J’observe la chose. « Vas-y, je sens que tu vas dire une grosse connerie ». Et bien non. « Je ne peux pas toujours être là où on m’attend », dis-je en vidant le contenu du boudin dans ma bouche. Bon, après usage, ça a quand même l’air d’une capote vide.

Le boudin  est bien pimenté-même Bibiche le dit- et la rasade de boisson au gingembre que je siffle après ça ne calme pas les choses. Les accras sont délicieux aussi mais je n’ai plus de place pour le poulet. Le temps de me tartiner d’indice 50 et je suis dans l’eau, délicieusement chaude. Nous y resterons quasiment toute l’après-midi. « Dommage, j’ai oublié mon masque » dit Bibiche. Merde, moi aussi.

Sur la plage, il y a une femme aux seins nus et un homme qui la vaporise de crème solaire. On la remarque parce que le monokini ne se pratique pas vraiment, dans le coin. Lunettes de marque sur le nez, elle passe son temps à se badigeonner de crème et à ajuster son maillot au plus près pour bronzer au maximum. Au bout d’un moment, comme nous n’avons pas grand-chose d’autre à faire que de regarder ce qu’il se passe autour de nous, nous remarquons leur petit manège.  Quand il sort de l’eau, elle y entre et quand il vient nager autour d’elle, elle s’éloigne. En fin de journée, ils nagent près de nous et nous assistons à leur engueulade. En fait, ce n’est pas une femme mais une gamine. Elle a à peine la vingtaine et lui, 40 piges facile.

Peu avant 18 heures, le jour décline, il est l’heure de rentrer. Nous rinçons nos peaux pleines de sable sous la douche de la plage et reprenons la voiture. Berçée par le zouk, je suis cassée et j’ai une méchante envie de dormir. Dans le soir couchant, on aperçoit le rocher du Diamant. Le ciel est magnifique. Bibiche me quitte devant l'hôtel : « Bon, ma chérie, tu dors, moi aussi et je t’appelle pour sortir un peu plus tard, ok ? ». A 19 heures, après m'être tapé la cuisse de poulet boucané que j'ai dédaignée ce midi, je sombre dans les bras de Morphée. A 23 heures, je me réveille, complètement dans le gaz et 4 minutes plus tard, je reçois un sms de Bibiche : « Ca va ? Pascal propose d’aller à Rivière Salée ».

Je saute dans la douche, dans une robe, je mets un peu de mascara et mon eau de toilette du moment, « 5 sur 5, lotion anti-moustiques » et c’est reparti pour zouker.