19/05/2013

Voyage dans le ventre de Paris

je vous ai croisé,louchébem,restaurants,paolaHier, vers 15h30, j'ai retrouvé ma petite Colombienne, Paola, au pied de l'église Saint-Eustache, pour un déjeuner quelque peu tardif. Elle avait envie de viande, je l'ai donc emmenée au Louchébem, restaurant boucher des Halles depuis 1878. Ne commencez pas à saliver, le propos de ce billet n'est pas le contenu de mon assiette, même si je vous défie d'avoir encore de la place pour une deuxième assiette du rôtisseur (jambon rôti, cuisse de boeuf et gigot d'agneau, 22€90, à volonté) servi avec 3 sauces et une savoureuse purée maison, elle aussi à volonté. Bon, je vois déjà Phil faire la moue, ok une petite photo, mais elle n'est pas de moi :

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Paola a vite calé et le serveur, habillé en garçon boucher, lui a gentiment emballé le reste de son assiette de viandes pour qu'elle puisse le savourer à la maison; attention assez rare à Paris pour être soulignée.

La salle étant quasi-vide, j'ai discuté un peu avec le serveur, m'enquérant de l'activité du restaurant : le mois de mai est une catastrophe, m'a t-il dit. Un peu plus tard, j'explique à Paola la signification du mot louchébem, qui signifie "boucher" en argomuche, langage inventé par les bouchers du quartier, à l'époque où les Halles n'était pas un centre commercial mais véritablement des halles maraîchères, le fameux "ventre de Paris". Ces halles étaient fournies par les abattoirs de Paris, ceux de la Villette et aussi ceux de Vaugirard, une de mes balades préférées. Je pointe du doigt, par la fenêtre, la facade en boiseries du restaurant "Chez Denise" autre institution du quartier, et en profite pour glisser sur la magnifique et toute proche tour Saint-Jacques, dernier vestige de l'église Saint-Jacques de la Boucherie, où les découpeurs de viande venaient prier.

M'aidant d'internet, je lui révèle aussi la présence d'un immense charnier humain, le cimetière des Innocents, à l'emplacement de la fontaine du même nom, dont les ossements furent déplacés dans les catacombes lorsque les fosses commencèrent à s'écrouler sous le poids des squelettes qu'elles contenaient. En y réfléchissant, c'est peut-être ce qui a coupé l'appétit de ma jolie Colombienne, qui en redemandait pourtant et m'écoutait en ouvrant de grands yeux. Je prends à partie le serveur, qui s'ennuyait ferme à quelques pas, pour qu'il complète mes propos. Il nous invite à regarder les nombreuses photos, de l'époque du "ventre de Paris" qui ornent les murs du restaurant, en bas, dans l'escalier et à l'étage.

Après le dessert où Paola suit mes conseils et déguste un Paris-Brest, l'occasion pour elle autant que moi de découvrir (merci Internet), l'origine du nom de cette pâtisserie, tout en picorant les desserts de mon café gourmand (que chevere ! el arroz con leche de mi mama ! s'écrie-t-elle en dégustant une cuillerée de mon riz au lait à la cannelle), nous partons en exploration dans le restaurant.

Un autre serveur, plus âgé que le précédent, nous rejoint et fournit les légendes des photos. Il montre celle d'un type rougeaud, coiffé de gigantesques oreilles de porc, verre à la main. "C'est ce qu'on appelait un fort des Halles, dit-il. Ce sont les types qui portait des quartiers de viande entiers sur leurs épaules, à l'époque. Ce monsieur est venu il y encore 5 ans, c'était un colosse, plus grand que moi. Ils portaient le chapeau qui est dans l'escalier." Accroché au mur, il y a un chapeau à larges bords ronds, une sorte de sombrero. Après recherches, il s'agit du coltin, un chapeau muni d'un disque de plomb. Un site rend un fort bel hommage aux forts des Halles, et en musique, ici. Je pique une photo :

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Didier, puisque c'est son prénom, complète ma mémoire défaillante en donnant les dates de la destruction des Halles.

"C'était l'équivalent des Halles de Rungis d'aujourd'hui, n'est ce pas ? demandai-je. On vendait tous les produits frais, ici, pas seulement la viande ?"
Didier confirme et pointe le doigt : " Du côté de la bourse du Commerce, ancienne halle aux blés, c'était le marché aux volailles. Au pied de Saint-Eustache, le marché de la viande."

Je l'interromps : "Vous avez connu les Halles de l'époque, on dirait ?"

- Oui, j'étais tout gamin et j'accompagnais mon père qui venait au cul des camions aider au déchargement, pour gagner un peu d'argent avant de partir travailler. Moi je l'attendais dans la voiture mais je m'en souviens bien."

Quelle chance de rencontrer quelqu'un qui qui n'est pas là par hasard mais véritable contributeur de la mémoire du quartier. Un griot des Halles !

Paola est aussi ravie que moi de ce déjeuner très culturel. Didier nous entraîne jusqu'à l'écran LCD, à l'entrée du restaurant, qui diffuse des images de l'époque, qu'ils ont eu quelque mal à retrouver. On y voit une photo de la facade du restaurant, à l'époque, lorsque son entrée se trouvait dans l'angle.

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" Vous trouverez toutes les infos sur le site internet du restaurant " précise Didier. Moi, je crois que je ne vais pas tarder à me programmer une balade-reportage dans ce quartier, un must pour la gourmande que je suis, non ?

Si l'histoire du restaurant et du quartier vous intéresse, cliquez sur l'onglet Historique, . Pour des photos d'époque, c'est ici. Si vous êtes tombée amoureuse d'un boucher qui le parle ou que vous voulez juste faire le malin au prochain dîner avec vos potes en parlant l'argomuche, cliquez . Et surtout, ne manquez pas d'aller vous taper un morceau de la savoureuse barbaque du Louchébem, où les serveurs sont si sympas (parce que ce sont de vrais Parisiens, eux ! )

Le Louchébem au 31 rue Berger, Paris 1er (Tel 01.42.33.12.99)

22/09/2012

D'Alain à l'autre

Dans le train entre Bruxelles et Paris, j'envoie un sms au groupe d'amis que je dois rejoindre à mon arrivée. La belle Nantaise est parisienne pour quelques jours et à la faveur d'une formation annulée par mon client, je vais pouvoir me joindre à eux pour la soirée. Dans ma boite mail, je découvre, éberluée, l'adresse où mes compagnons festoient déjà. D. a osé ! Après l'Oustaou, voilà que mes proches continuent d'investir mes repaires !

En retrouvant le quartier de ma jeunesse, je regrette un instant que mon ami ait choisi cet endroit car le fils du boxeur ne sera pas là ce soir. C'est oublier qu'une soirée dans le bistrot jaune est toujours riche en surprises.
Je soulève le heurtoir, un homme m'ouvre et me demande le mot de passe avant de me livrer passage. Calée par les deux St Feullien que je me suis sifflé en terrasse à Bruxelles, je picore dans l'assiette de la piquante Nantaise tout en racontant ma folle journée à mes camarades.

Un peu plus tard, un homme vieillissant s'approche de notre table, micro en main.
"Tiens, tu n'étais pas là toi tout à l'heure !" dit-il en me tendant la main. Il  plonge un regard perçant dans les notres et nous offre "J'me voyais déjà", que nous ne tardons pas à entonner avec lui, puis "Je bois". Je découvre que la belle Nantaise est, comme moi, amatrice des mélodies de Charles. Amusée, je fais le deuil de mon espoir de récupérer ce soir de mes nuits trop courtes. On ne "passe" pas chez le boxeur, on s'y installe et on n'a plus envie d'en partir. Minuit, 2 heures, quelle différence, finalement ?

Après la poignante "Mamma", je demande "Les deux guitares", ma préférée sans doute, puis l'homme qui enchante ma soirée caresse les cheveux de D. sur "Comme ils disent", nous faisant rire, et enfin nous nous époumonons sur La bohème.
Vers minuit, je suis en train de danser avec D. sur "Ring ring ring" de De La Soul, puis je valse avec l'homme au visage creusé, le laissant essoufflé. Au hasard des conversations, nous découvrons qu'il habite notre quartier. "Vous venez boire un verre à la maison ?" demande-t-il. C'est parti, nous 3 en voiture, les 2 hommes en scooters.

Dans l'appartement de notre hôte, baigné d'un sensuel halo bleuté, une barre de métal fixée à la rembarde et ornée de lanières en cuir attise ma curiosité et délie ma légendaire spontanéité  :"Dis donc, tu fais dans le sado-maso ou quoi ?"  
Après une seconde d'hésitation, il avoue une vie sexuelle un peu débridée, qu'il illustre en ouvrant un placard rempli de gadgets sexuels dont un gigantesque godemiché. Nos têtes éberluées auraient mérité à cet instant, je crois, une photo souvenir ...

Passée la surprise, nous nous installons sur le sofa et D. s'écrie à côté de moi : "Quand je pense que quand j'amène une fille chez moi, je lui montre mon robot Kenwood ! Je suis vraiment à côté de la plaque !"
- Laisse tomber le Kenwood, D., et trouve-toi un truc qui vibre" lui dis-je en éclatant de rire.
S'ensuit une bonne demi-heure de déconnades, encouragées par les récits orgiesques de A., libertin depuis plus de 30 ans et inscrit à l'Amicale des Pompiers. Nous nous taquinons et si ça ne vole pas très haut, nous rions de bon coeur. Pourtant, au fil des minutes, son ton se fait plus grave et il se confie à la belle Nantaise :
" Dans la vie, t'es libertin ou t'es cocu, y'a pas d'autre choix."
Je renchéris "Tu peux aussi être libertin et cocu". "C'est vrai, l'un n'empêche pas l'autre.
Il continue, s'adressant à D. : " Tout ce que tu peux imaginer au niveau cul, je l'ai fait. Tu me donnes une feuille, tu écris ce que tu veux, je te coche toutes les cases. Du cul, j'en ai autant que je veux. Je passe un coup de fil, là, j'en ai plusieurs qui arrivent dans la demi-heure. Mais aujourd'hui, je suis comme un con, tout seul, c'est pathétique. Les femmes que j'ai aimées ou épousées, elles se sont toutes barrées.

Il plonge son regard dans les yeux de la belle Nantaise :
" Tu sais ce que c'est mon plus grand fantasme aujourd'hui ? Serrer dans mes bras une femme que j'aime, et m'endormir avec elle. Juste la serrer contre moi, même sans cul. C'est triste, hein ?"
Il narre ses amours défuntes, les morts toujours vivants, ses regrets, ses enfants, les corps s'enchevêtrant, la surenchère de la chair jusqu'à l'écoeurement. Il parle d'amour, nous enjoignant de le vivre à 200%, parce qu'il ne dure pas, jamais, de le dévorer à pleine dents, de savourer le grain d'une peau, d'avaler chaque souffle de vie.

Je regarde ses mains qui se tordent dans une supplique muette, j'écoute ses mots qui ont perdu leur écho et je suis partagée. Son numéro de clown triste n'est-il pas celui du prédateur espérant attendrir la chair fraîche et si proche ?
Seul le danger suscite la peur et je ne me sens pas en danger. Je trinque donc au hasard de cette soirée improbable qui nou a tous réunis. Et à cette soif de vivre chaque instant qui me fait dédaigner la raison.
Il est plus de 2 heures lorsque chacun de nous retourne à sa solitude. Pensive, je regarde le traversin qui orne ma tête de lit. Est-ce qu'un jour moi aussi je dormirai contre lui pour me donner l'illusion d'une présence ?

17/06/2012

L'ascenseur

Je poursuis mes petites expériences comportementales et relationnelles avec mes sources inépuisables d'observation : les habitants de ma jungle urbaine ...

Un matin de cette semaine, je me poste devant la cabine d'ascenseur sur le quai de la ligne 14. Un grand métis, musique sur les oreilles, s'y trouve déjà ainsi qu'une femme dans la cinquantaine, cheveux courts et clairsemés. Une silhouette toute de noir vêtue se glisse à côté de moi. Amusée, j'observe le manège de celle que j'ai remarquée quelques jours plus tôt et à laquelle je ne parviens pas à attribuer une tranche d'âge : fine et fluette, elle a la tenue vestimentaire d'une très jeune fille et le visage d'une quadra. Je l'ai surnommée "la préposée à l'ascenseur" tant elle semble s'être attribué une mission. Elle se rue sur la porte et garde le doigt appuyé sur le bouton, les yeux levés guettant la descente de la lourde cabine, la main sur la hanche, jusqu'à ce que celui-ci s'ouvre enfin devant nous. Ce contrôle du bouton d'appel de l'ascenseur semble être d'une importance vitale pour elle. Nous montons et la porte, sensible au moindre mouvement, se ferme sans anicroche sur nous quatre.

A l'étage suivant, nous voilà stoppés dans notre élan. Un jeune asiatique, tenant à la main un vélo pliant, se tient devant la porte ouverte. La femme aux cheveux courts ne semble pas décidée à lui laisser de l'espace mais le jeune homme avance et elle se plaque contre la vitre en secouant la tête d'un air désapprobateur. Les minutes qui suivent sont assez amusantes car le jeune homme, lui tournant le dos, ne le voit pas mais la femme le fusille du regard en continuant de secouer la tête, visiblement excédée.

Au niveau -2, damned ! on s'arrête encore ! Cette fois, c'est une femme et un homme rondouillard qui entreprennent d'investir l'ascenseur, maintenant plein comme un oeuf. Et ce à quoi nous avions miraculeusement échappé jusque là arrive : la porte de l'ascenseur reste obstinément ouverte et sonne sans discontinuer. On laisse échapper des soupirs étouffés, une agitation à peine perceptible se fait sentir et j'invite les deux derniers arrivants à s'écarter de la porte pour qu'elle se ferme. Notre petit groupe se resserre en un bloc compact mais rien n'y fait, la porte sonne toujours. Une dame qui attend la prochaine fournée à l'extérieur signale, compatissante : "C'est le sac de la dame qui bloque".
La quinqua ennemie des vélos pliants perd alors tout contrôle d'elle-même et glapit "Moi je vais descendre, là, c'est pas possible, j'en peux plus !" Elle semble au bord de l'apoplexie.

Elle est incroyable cette femme, elle est en train de se fabriquer un ulcère, ma parole ! Je me retiens de répliquer vertement "Ah non, vous allez pas nous faire chier à faire bouger tout le monde pour sortir, maintenant que vous êtes là, vous y restez !" mais je souris et dis calmement "Respirez, détendez-vous, c'est vendredi, ça va bien se passer". Elle réplique "Oui mais je suis pressée moi !"
"On est tous pressés mais il y a vraiment des choses bien plus graves dans la vie"

Et là, sans doute mû par la tournure dramatique que prend notre équipée, le papy rondouillard balance une grande tape dans le dos de la vieille au sac qui, soudain projetée en avant, manque atterrir dans mon décolleté. Elle se tourne vers lui, furieuse, et lève le poing. Et là, j'éclate de rire devant cette scène surréaliste, suivis par tout le groupe à l'exception des deux vieilles.
Ça y est, la cabine se met enfin en branle mais moi je n'arrive pas à réprimer un fou-rire nerveux. Profitant de la complicité indulgente du métis et de la préposée à l'ascenseur qui me sourient, je lâche "Ma parole, c'est trop drôle, on se croirait dans un sketch des Monthy Python !" Le métis éclate d'un rire franc, suivis par quelques autres.

Enfin arrivés à l'air libre, le vieux rondouillard demande "C'est bien ici qu'on descend ?" Je réponds "Ah oui, c'est ici, et je pense qu'on va tous jaillir de l'ascenseur tellement on en a ras-le-bol d'être coincés là !"
Et c'est un groupe hilare qui se sépare en se souhaitant une bonne journée, sourire aux lèvres. Je suis ravie d'avoir joué, une fois de plus, à renverser une situation en la faisant glisser de la colère vers le rire.

Rejoignant le quai de mon train, je me remémore les paroles de Laurent. L'émotion, c'est ce que nous faisons d'une situation. Et être libre, c'est vivre ce qu'on a envie de vivre. J'ai choisi.

13/06/2012

Dans un village de Paris : mémoires

Il y a quelques mois, un homme avec lequel j'avais échangé quelques mails sur un site de rencontres m'avait fixé rendez-vous. Il faisait commerce de vins rue de Vouillé, non loin du quartier de ma jeunesse et c'est là que je le retrouvai, à l'heure de la fermeture.

Après dégustation d'un bon rouge, il propose de dîner dans un restaurant de ses habitudes. Chemin faisant, nous évoquons ce quartier, si empreint de la présence d'un de ses illustres habitants, Georges Brassens. Atteignant le bas de la rue Brancion, je mentionne ce bistrot mythique et privé, dans lequel je rêve d'entrer.


"Ce sont des amis, on y va, si tu veux !" s'écrie R.

Quelques minutes plus tard, il frappe à la porte, on ouvre et je pénètre dans ce temple de la boxe, que m'avait décrit mon père. L'éclairage est tamisée et la salle sombre laisse entrevoir de nombreux visages qui scrutent ceux des nouveaux arrivants, à la recherche d'un ami. Sur les murs, de grands miroirs piquetés disputent la place à des dizaines de photos d'acteurs, boxeurs et affiches noir et blanc vantant leurs exploits.   
A une des tables, un homme au visage rond se tourne vers nous et serre la main à mon compagnon.
"Installez-vous" dit-il, poussant quelques chaises. Je devine qu'il s'agit du fils de Walczak.
A ma gauche, sur la banquette, un homme blond à lunettes me sourit franchement et me sert un coup de rouge.

Ce soir, trois hommes vont rendre hommage à Eddy Mitchell. Le visage du chanteur m'est assez familier, R. me donne son nom, il s'agit de Béjo, compagnon de Renaud et Bashung. En attendant les premières notes, R. me présente à JL comme étant une enfant du quartier. Je parle de mon père, copain du sien disparu il y a déjà de longues années. Mon Pap's et JL ont exactement le même âge et JL est certain de l'avoir croisé.

J'ai fait la connaissance de mon voisin de gauche, un ami de Renaud, et déjà abondamment trinqué quand le concert commence. Je redécouvre le répertoire de Eddy, parfaitement interprété par Béjo en imaginant Brassens, Piaf, Cerdan et Brel sous le même plafond que moi, il y a des années, à l'époque où les abattoirs étaient encore là.

Accrochés tout en haut d'un pilier central, des chaussures et gants de boxe prennent la poussière. Face à moi, Lino Ventura, Edith Piaf, Belmondo et bien sûr, Brassens qui pose avec ses chats témoigne de l'incroyable rendez-vous que fut le bar de Walczak, et de l'atmosphère encore si particulière qu'y entretient son fils qui n'a rien changé au décor surrané du père.

Lorsque je referme la porte sur la devanture jaune vif, c'est après avoir promis de ramener mon père, si j'arrive à le convaincre de venir à Paris.

Depuis, je suis retournée 2 fois chez Walczak. Un midi ensoleillé de mai, où mon coeur était lourd et en demande de chaleur humaine, j'ai garé mon vélo pour déjeuner avec JL d'une délicieuse entrecôte. Une nouvelle photo ornait le mur, celle de Belmondo aux cheveux blancs, venu peu auparavant parler avec JL de son père.
"Tu fais partie de la famille", m'a -t-il dit, tout en se plaignant que la veille, un groupe de 20 l'avait planté 30 minutes avant leur réservation :
"Qu'est ce qu'ils ont à me casser les couilles, ils ont qu'à aller chez Hippopotamus" avait râlé JL dans un franc-parler qui plante le personnage.

Chez Walczak, on se délecte d'anecdotes croustillantes et de soirées arrosées, toujours sous le signe de l'amitié. On y croise un Michel Bouquet, arrivé là par hasard, qui après s'être inquiété que tout le monde se serve dans son pinard, repart en lâchant "Je n'ai jamais mangé dans un bordel pareil mais qu'est-ce-que je me suis éclaté !"

Hier soir, c'est en comité très restreint, pour cause de match de foot et météo humide, que j'y ai écouté, avec mon frère, un concert donné par Serge, grand gaillard basque au regard bleu et Martine, petit piaf à la voix cristalline.
"J'ai commencé ma vie à 51 ans, quand j'ai rencontré ma femme" nous confie Serge qui s'est installé, entre deux morceaux, à notre table.
Un peu plus tard, un homme entre, au physique de Hugues Aufray en plus jeune (je trouve que Hugues Aufray est un vieillard absolument magnifique). Je le dissuade de s'installer seul au bar et désigne une chaise à notre table.  Une heure plus tard, il a pris ses aises, chante avec nous "Les copains d'abord" et déclare être au paradis.

Je sais désormais où aller quand j'ai envie de me sentir comme à la maison, en moins seule : chez Chichi et Kamel, à l'Oustaou, ou chez JL, au bar des Sportifs Réunis.

19/12/2011

Dégustation d'unagi chez Nodaiwa

main_04.jpgLa semaine dernière, un changement dans mon planning m'avait envoyée à Liège, annulant notre soirée "dégustation d'anguilles". Nous étions convenus de dîner ensemble ce soir, premier jour de mes vacances. Vers 19h30, en avance pour une fois, je pousse la porte du 272 rue Saint-Honoré où se trouve le restaurant Nodaiwa, dont la spécialité est l'unagi, l'anguille grillée.

Un occidental raffiné m'y accueille et m'installe à une table laquée au fond du restaurant. Au passage, je chipe un exemplaire de Wasabi, un magazine culinaire japonais et gratuit dont j'ai déjà une petite collection.
Au brouhaha de mes cantines habituelles de la rue Sainte-Anne, Nodaiwa oppose une atmosphère feutrée où seul perce le babillage d'un enfant japonais. D'ailleurs, les quelques tables occupées le sont par d'authentiques nippons. La décoration est sobre, murs beiges, chaises habillées de tissu gris, tables laquées, bouquets en plastique. Je réchauffe mes mains engourdies au contact d'un oshibori qu'une femme longiligne, aux cheveux courts, pose devant moi.

En édito de Wasabi, son rédacteur en chef revient sur l'année 2011 qui fut une bien mauvaise année pour le Japon, secoué par un séisme qui a entraîné une catastrophe nucléaire. Il salue la belle initiative de 30 chefs français (ci-dessous, le sushi légumier d'Alain Passard) qui ont réuni dans le livre "Sushi solidaire" des recettes de sushis et makis très originaux, dont les bénéfices seront entièrement reversés aux associations d'aide aux victimes de cette catastrophe. Cet ouvrage, belle idée de cadeau pour Noël, est en vente au prix de 25€ à la librairie Junkudo et sur le site Wasabi.

passard2.jpg Mon convive est arrivé, transi de froid sous son bonnet de laine, il est donc temps de plonger le nez dans le menu, en japonais pour lui, en français pour moi, qui décline l'anguille sous presque toutes ses formes : flan d'anguille au sésame noir, anguille en gelée, frite, fumée, pochée, grillée, sushis d'anguille. Je choisis le menu Sakura à 30€ qui comprend unadon, dashimaki, salade d'anguille et suimono.
Peu après, l'élégante jeune femme dépose sur la table deux objets qui m'intriguent. Mon compagnon répond à ma curiosité et soulève délicatement le capuchon du bel objet en bois rouge. "Sens comme ça sent bon". Je me penche, l'odeur est délicate et puissante, il s'agit du sanshô, aussi appelé poivre de Sichuan en Chine. L'autre réicpient en céramique blanche contient la sauce taré, spéciale anguille.

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Enfin nos plats arrivent dans divers bols laqués que l'élégante jeune femme dépose devant nous avec la même douceur. La délicatesse avec laquelle on est servi dans les établissements japonais participe à la magie de soulever les couvercles et de découvrir le raffinement qui s'y cache. Mon compagnon décrit les plats que je découvre.
Ici, l'unadon, la délicieuse anguille grillée et disposée sur un lit de riz. S. m'invite à la saupoudrer de sanshô et à l'arroser légèrement de taré. Mes baguettes déchirent la chair tendre, c'est délicieux et je découvre la saveur piquante et citronnée du sanshô.

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Dans un bol, délicatement posée sur des algues légèrement sucrées, des morceaux d'anguille pochée et dans un autre, un fumet brulant, le kimosui, un bouillon dans lequel trempent des foies d'anguille. S. n'aime pas ça, je récupère donc sa portion.
Enfin, je goûte le moelleux du dashimaki, une omelette tiède fourrée à l'anguille et coupée en portions :

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Ce festin raffiné est un plaisir que S. s'offre rarement car la note chez Nodaiwa est plus élevée que nos habituels restaurants populaires. Il est surpris d'apprendre qu'en France aussi, on mange l'anguille. Mais ma description des barbecues d'anguille chez Mimi et Lucien, à la Tremblade, un des festins de mon enfance, dessine une grimace sur son visage.

Je le questionne. L'anguille est un mets assez cher au Japon aussi. Les régions du Kanto (Tokyo) et du Kansai (Osaka) sont spécialisées dans l'élevage d'anguilles. D'ailleurs, la façon de les ouvrir diffère selon la région; dans celle de Tokyo, on les ouvre par le dos tandis que celle d'Osaka, on les ouvre par le ventre. C'est parce qu'on trouvait de nombreux samouraïs dans la région de Tokyo et que ceux-ci n'aimaient pas ouvrir les anguilles par le ventre car cette technique leur rappelait le cérémonial du harakiri.

Je décide de prolonger cette parenthèse gourmande en goûtant un des desserts maison. La patronne me conseille la panacotta au lait de soja et yuzu, un agrume utilisé en cuisine mais aussi lors de la coutume populaire de bains parfumés au yuzu. S. choisit des wagashi, des gâteaux de riz gluant.

Ma panacotta ressemble à une crème caramel très rafraîchissante. Les gâteaux de S. sont de toute beauté, l'un est un daifuku, un mochi saupoudré de poudre de soja grillé et l'autre, un sakura mochi, un gâteau de riz gluant, fourré de pâte de haricot rouge et coiffé d'une délicate feuille de cerisier à fleurs saumurée :

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Peu avant 22 heures, nous ressortons dans l'humidité et le froid parisien, ravis de cette nouvelle soirée ensemble. Nous avons encore tant d'adresses à partager !

Nodaiwa au 272, rue Saint-Honoré, Paris 1er (01.42.86.03.42)

12/12/2011

Balade à Montmartre avec Yo et un joli bouchon lyonnais

"Coucou ! On va se promener en début d'aprèm à Montmartre. Tu nous fais la guide ??"

J'ai reçu ce sms hier midi, alors que je vidais une cafetière, en pyjama devant la télé.

A 15h15, je les retrouve à Barbès, devant Tati (A). Yo nous fait remonter la rue Christiani, jusqu'à l'angle de la rue Myrrha, où se dresse un drôle d'établissement : le Floors, sans carte mais dont j'apprends, de retour chez moi, qu'il s'agit d'un restaurant américain à burgers. Puis nous empruntons la rue Muller en direction du Sacré-Coeur.

Juste après la jolie terrasse multicolore de l'Eté en pente douce, nous attaquons nos premières marches et rejoignons le parvis (B), au pied de la basilique blanche, où les touristes prennent des photos de la vue quelque peu couverte. Tout le long du parvis, les marchands ont profité de l'approche de Noel pour installer de pseudos chalets en bois, vrais attrape-couillons. Ils vendent foie gras et autres spécialités françaises, comme des mini-macarons à 1€50 ou encore de la brioche vendéenne à 23€ le kg !

Nous prenons la rue du Chevalier de la Barre puis celle du Mont Cenis. Je cherche, en vain, le fameux calvaire, chemin de croix de neuf stations en plein coeur de Montmartre, décrit dans mon bouquin de fouineuse, "Paris méconnu". L'agitation de la place du Tertre, toute proche, se fait sentir.

Après avoir visité le bas de Montmartre avec M. et Mme Usclade, j'ai formulé mon envie de découvrir la butte Montmartre, la vraie, celle que la plupart des touristes délaissent pour les alentours de la place des Abesses. Tout au bout de la rue du mont Saint-Cenis, je découvre, sur le mur surplombant les escaliers menant au métro Lamarck-Caulaincourt, la mention "Ancienne rue Saint-Denis". La rue Saint-Denis s'étendait donc jusqu'ici !

Nous empruntons maintenant  la rue Saint-Vincent qui s'écarte de la foule. Hélas, une grille fermée nous interdit l'accès au jardin sauvage Saint-Vincent, qui n'est ouvert que d'avril à octobre. Mais jouxtant le jardin, les vignes du clos Montmartre (D), plantées en 1933 sur l'emplacement d'une guinguette champêtre, « Le Parc de la Belle Gabrielle », s'étalent sur quelques niveaux. La fête des vendanges qui célèbre la cueillette de ce raisin - véritable piquette, selon Yo, qui y a goûté - a lieu le deuxième weekend d'octobre. 

A droite, à l'angle de la rue des Saules, une petite bicoque rouge brique, palissée de vert, étale son célèbre nom : le Lapin Agile (C), ancien Cabaret des Assassins, qui doit son nom à la célèbre enseigne peinte par André Gill, habitué des lieux. Le lapin à Gill devint ainsi le Lapin Agile, fréquenté par Alphonse Allais, Toulouse-Lautrec et Picasso.

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C'est aussi au Lapin Agile que fut peinte la célèbre oeuvre du peintre Joachim Raphaël Boronali "Coucher de soleil sur l'Adriatique", pied de nez aux critiques de la peinture non académique. En effet, l'oeuvre, saluée par les critiques au Salon des indépendants de 1910, étaient celle de Lolo, l'âne de Frédé, alors propriétaire du lapin Agile, à la queue duquel Roland Dorgelès et ses amis avaient attaché un pinceau.

Après avoir longé le cimetière Saint-Vincent, nous bifurquons à gauche et rejoignons la place Dalida (E) où se dresse le buste de cette célèbre habitante de Montmartre. A gauche, la rue de l'Abreuvoir remonte vers le Sacté-Coeur A droite, à l'angle de l'allée du même nom, la bâtisse blanche du château des Brouillards, où habita Gérard de Nerval, se dresse.

Nous prenons la rue Girardon jusqu'au square Suzanne Buisson (F) qui rend hommage à la célèbre résistante mais d'abord à Saint-Denis, dont la statue, tenant sa tête entre ses mains, trône au centre de la place. Montmartre tire son nom de "Mont des martyrs", en référence à celui subi par Saint-Denis, décapité par les Romains au 3ème siècle. La légende dit qu'il aurait trempé ici sa tête dans une fontaine et qu'après l'avoir prise sous son bras, il aurait continué son périple jusqu'à l'actuelle ville de Saint-Denis.

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Au bout du square, nous rejoignons l'avenue Junot où j'entraîne mes compagnons jusqu'à la villa Léandre (G). Puis nous remontons jusqu'au moulin Radet et la rue d'Orchamp (H) où Yo se recueille quelques instants devant la maison de Dalida. Au Studio 28, rue Tholozé (I), nous nous réchauffons quelques minutes et mes deux titis profitent de la fin d'une séance pour se faufiler dans la salle 1 jeter un oeil aux lustres dessinés par Cocteau.

Nous descendons la rue, croisons celle des Abbesses et continuons la descente de la rue Lepic. Je suis contente de constater que je me repère désormais plutôt bien dans les rues de Montmartre.

Juste avant le café des deux moulins, nous prenons à droite dans la rue Constance et jusqu'au bout de l'impasse Marie-Blanche (J), plongée dans l'obscurité. On y distingue encore pourtant très nettement la belle façade de la maison de l'Escalopier et à travers ses fenêtres, de magnifiques escaliers. J'ai hâte d'être à l'été prochain pour visiter cette belle demeure, dont je peux déjà admirer quelques photos ici et .

Je crois que je peux désormais prétendre à servir de guide dans le village montmartrois. Vers 17h30, nous reprenons le métro à Pigalle (K). Mes deux flâneurs m'accompagnent dans le centre de Paris, rue de Rivoli, où j'ai rencard devant le BHV avec un homme de 29 ans croisé sur le site de la Société Protectrice des Hommes ...

22/11/2011

Balade à Montmartre avec M. et Mme Usclade

Dimanche, peu après 13h, je pousse la porte d'un restaurant, à deux pas de Pigalle. A une table, ils sont là, et elle, que je rencontre pour la première fois, est très souriante. Le contact est naturel et la conversation s'enclenche sans efforts.

Deux heures plus tard, Usclade et sa femme m'entraînent dans la Cité du Midi, une impasse arborée dans laquelle on peut encore voir les céramiques des anciens bains-douches de Pigalle.
Nous remontons la rue Germain Pilon, où plus tôt, ils ont acheté de jolis livres, chez Claire Dupoizat, une illustratrice à suivre; un carnet de voyage au Maroc, destiné aux enfants et un album illustré des "gueules de son quartier".

Sur la place des Abbesses, où le soleil lumineux remplit les terrasses d'une foule joyeuse, nous prenons la rue de la Vieuville jusqu'à celle des trois frères. Ce drôle de nom vient des frères Dufour qui étaient propriétaires de parcelles montmartroises.
Au n°56, une épicerie bien achalandée fait un angle de rue; c'est la maison Collignon du film "Amélie Poulain", où Jamel se faisait houspiller.
Juste après, la place Emile Goudeau est elle aussi remplie de touristes qui jouissent de la vue plongeante. La lumière rasante est magnifique. J'entraîne mes compagnons jusqu'au n°13 où des ateliers d'artistes ont remplacé la bâtisse de bois du Bateau Lavoir, calcinée lors d'un incendie en 1970. Ce lieu a accueilli des peintres et poètes comme Braque, PIcasso, Modigliani, Max Jacob, Apollinaire et Mac Orlan et aurait vu naître Les Demoiselles d'Avignon.

usclade,paris

Au centre de la place trône une des 50 fontaines d'eau potable en fonte verte mises à la disposition des Parisiens par sir Wallace, militant antialcoolique notoire.
A gauche, c'est la rue d'Orchampt, au bout de laquelle un groupe de touristes campe devant la maison de Dalida. A droite, on rejoint la rue Lepic et on tombe nez à ailes avec le moulin Radet, qui fait partie du moulin de la Galette.
[En préparant ma balade avec Usclade, j'ai appris que le moulin Radet se trouvait d'abord sur la butte Saint-Roch, dans le quartier du Palais-Royal, et fut démonté et transféré jusqu'à celle de Montmartre.]
Plus loin, c'est le moulin de la Galette sur son promontoire, totalement inaccessible aux promeneurs et protégé de grilles. Le Moulin de la Galette, ancien Blute-Fin, domine la butte depuis plus de 400 ans.
Son histoire est tragique car le meunier Debray le défendit en 1814, lors du siège de Paris, et fut crucifié sur les ailes de son moulin. Sous la Restauration, son fils le transforma en salle de bal où on pouvait manger de savoureuses galettes. A la fin du 19ème, devenu bal populaire, il inspira Renoir, Toulouse-Lautrec et Van Gogh.    

Il est déjà 15h34 et mes compagnons prennent un train à 16h30. Nous descendons la rue Tholozé, au centre de laquelle on trouve le Studio 28, plus ancien cinéma parisien encore en activité. Devant leur hôtel, je les embrasse et n'ayant pas envie de rentrer chez moi, je décide d'approfondir ma découverte de ce quartier que je connais très mal.




Je remonte jusqu'à la rue Tholozé et pénètre dans le cinéma Studio 28. Le hall d'entrée, meublé d'un piano et d'un divan de velours rouge, est tapissé de photos d'acteurs et réalisateurs, de dédicaces (de Simone Signoret et Montand, Marion Cotillard, Pierre Tchernia), d'empreintes de pied moulées de Brigitte Fossey, Jeanne Moreau. Au boutà droite, une courette fait office de jardin intérieur. Je scrute la programmation et arrête mon choix sur "Apollonide, souvenirs de la maison close". La séance est à 17h, j'ai donc encore une heure pour me balader dans le quartier.

usclade,paris

Je remonte la rue, passe devant une épicerie italienne et un bar animé, "Le petit parisien". A l'écart des places toruristiques, les prix sont abordables.
Dans la rue Lepic, je rate l'avenue Junot et descends la rue. Les accès à certains escaliers de la butte, raccourcis fort pratiques, sont désormais fermés par des portes à code. Ca a le don de m'énerver, ce patrimoine commun qui devient privé. Au passage, j'avise au n°46, la maison où Van Gogh vécut avec son frère Théo. Et puis, juste à côté, mon oeil attentif déniche, derrière un porte, une belle facade sertie de quatre statues antiques.

Plus bas, au n°15, un modeste café désormais célèbre fait l'angle: le Café des 2 moulins.

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Peu avant d'atteindre le boulevard de Clichy, je bifurque à droite dans la rue Constance. Au bout, il y a l'impasse Marie Blanche et au n°7, une maison intéressante. Deux hommes discutent devant la maison et me jettent un coup d'oeil; je redoute de me faire virer mais on me laisse photographier la superbe demeure sans problème. Une affichette indique d'ailleurs qu'elle est ouverte au public la semaine et lors des journées du patrimoine. Sympa, le proprio !

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A la sortie de l'impasse, j'arrête deux touristes asiatiques et leur conseille d'aller admirer la maison. Elles en profitent pour me demander si je sais où est la maison de Van Gogh. Ben oui, ça tome bien.
Têtue, je rebrousse chemin et remonte la rue Lepic. Je repère un homme en terrasse qui m'a repérée (j'ai des yeux derrière la tête) et quelques mètres plus loin, il m'aborde. Répondant à ses questions, je prétends être prise. Il propose un café, je réponds que je vais au ciné. "Il n'y en a pas ici" dit-il. Ben si, mon garçon, même que c'est le plus vieux de Paris. "Ca fait 13 ans que jhabite ici, j'ai jamais su qu'il y avait un cinéma". Après un dernier coup d'oeil à ma silhouette, il me quitte sur un "Rien à dire". Ca c'est de la drague. Je remonte toute la rue jusqu'à l'avenue Junot, "une des plus belles de Paris" selon mon guide. Elle cache, elle aussi, un tout petit ciné-théâtre.

Les demeures qui bordent la paisible avenue Junot sont magnifiques. Une plaque rend hommage à Francisque Poulbot, peintre qui croqua les gosses de Montmartre. Juste à côté, la maison de Tristan Tzara, fondateur du mouvement Dada.
A l'entrée de la villa Léandre, il y a des gens qui boivent un verre en terrasse, et aussi un buste discret de l'artiste, caché par des feuillages. L'impasse ressemble à celles qui bordent le parc Montsouris.

 

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Il est 16h53, houlala mon film comence dans 7 minutes, je file dare-dare dans les rues, mes talons font un boucan d'enfer, hop à droite devant le moulin et puis à gauche. Il est 16h59 quand l'ouvreuse me tend mon ticket pour "l'Apollonide, souvenirs de la maison close". Dans la salle luxueuse aux rideaux de velours rouges, les lustres dessinés par Jean Cocteau donnent à la pièce tout son théâtral.

usclade,paris


Je m'installe et plonge dans l'univers feutré et féminin d'une maison close parisienne à la fin du 19ème siècle. Les plans sur les nuques, le rondelé d'une épaule, les lourdes chevelures qui ondoient sont d'une très grande sensualité et les robes de soirée sont magnifiques. Pourtant adeptes des films d'horreur, j'ai détourné les yeux devant une scène d'une grande violence. La BO, anachronique, est savoureuse et la chute, délicieusement décalée, donne à réfléchir.

Peu après 19 heures, je retrouve un Montmartre plus calme. Rue des Abbesses, j'admire le portail de l'église Saint Jean l'Evangeliste, premier édifice religieux construit en béton armé. Je me promets de revenir tâter les jolies chaussures colorées d'une boutique. Rue des Martyrs, au n°80, Michou voit la vie en rose à côté de son voisin africain.

Je prends le métro et en chemin, décide de finir mon trajet en bus. J'aime bien le prendre quand je ne suis pas pressée. Ce soir-là, bien inspirée, je fais irruption dans un bus désert où 4 jeunes improvisent sur leurs guitares un concert de jazz manouche, sous le sourire complice du chauffeur.
"Les yeux noirs", je ne résiste pas et j'entonne la chansonnette avec eux en tapant des mains. Arrivés à leur arrêt, je décline leur invitation à les suivre et les salue. Demain, c'est lundi, faut que je sois fraîche ...

25/10/2011

Brassens est en moi


Agrandir le plan

(psst ! Je teste une nouvelle fonctionnalité : dessiner mes itinéraires sur Google maps. C'est top, vous pouvez suivre mon parcours et zoomer à loisir. Je le mettrai en place sur les balades précédentes.)

Aujourd'hui, je suis partie sur mon vélo, la tête pleine des anecdotes d'un livre passionnant "Je me souviens du 14ème arrondissement", décliné pour chaque arrondissement de Paris. Le temps est magnifique, ces jours-ci, et je ne me déplace qu'à vélo.

J'ai emprunté l'avenue du général Leclerc, ai reluqué la fesse du Lion de Denfert-Rochereau et y ai décelé la cicatrice de sa blessure de guerre. Hé oui, le Lion, petit frère réduit aux deux tiers de celui de Belfort, s'est fait griller la couenne des fesses un soir de fête où un oriflamme lui est tombé dessus. Car il est en cuivre, le fauve, et pas en bronze comme l'indiquent de nombreux guides. Bref, on lui a cousu une plaque de cuivre sur le cul et ni vu, ni connu, l'affront fut lavé. Il paraît qu'on peut lire des inscriptions sur sa statue, mais je me demande bien qui, aujourd'hui, pourrait traverser la place et atteindre le Lion avant de se faire écrabouiller. Pauvre Lion, tout seul au milieu des bagnoles ..

Moi je file sur mon vélo et emprunte maintenant la portion la plus sinistre de l'avenue Denfert-Rochereau, peut-être à cause de la présence de l'hôpital Saint-Vincent de Paul. Je bifurque dans la rue Cassini, à la recherche des traces d'un bougna, bistro et marchand de charbon. Hélas, le café a disparu. La rue Cassini débouche sur l'avenue de l'Observatoire, où se trouve justement l'Observatoire de Paris, plus ancien observatoire en service dans le monde. Les tentes de quelques sans-abri sont installés devant sa grille. L'observatoire indique le "temps universel coordonné" ; il est 17 heures 22, indique un faisceau lumineux. 

A quelques pas de là, un immeuble singulier et orné d'une fresque à sa base attire mon regard. De retour chez moi, j'apprendrai qu'il s'agit d'un immeuble Art Déco des années 30, construit par Charles Abella. Jean Moulin y aurait vécu.

mon 14ème,brassens

La rue Cassini, où vécurent également Honoré de Balzac et Alain-Fournier, méritera une deuxième visite mais pour l'heure, je file sur l'avenue de l'Observatoire, tourne à gauche sur le boulevard du Montparnasse, jette un rapide coup d'oeil à la Closerie des Lilas, repaire d'Apollinaire, James Joyce et F. Scott Fitzgerald avant de tourner à gauche dans la rue Campagne Première. Au n°3, un immeuble quelconque a remplacé le célèbre restaurant "Chez Rosalie", devant lequel Utrillo et Modigliani se battaient quans ils avaient un peu forcé sur la bouteille.

En haut de la rue, presqu'à l'angle du boulevard Raspail, un imposant et très bel immeuble que j'ai déjà remarqué, en passant en bus à proximité. Il date de 1912 et Aragon et Man Ray louèrent ses ateliers.

mon 14ème,brassens

Je traverse le boulevard Raspail et immortalise le Raspail Vert avant d'emprunter le boulevard Edgar Quinet. J'appelle Bibiche qui est chez lui, il descend avec son fils, avec lequel j'ai fait l'andouille en Martinique l'été dernier, beau gosse qui n'en finit pas de grandir. Nous faisons quelques courses puis Bibiche m'accompagne dans ma quête du Montparnasse d'avant. Je prends un cliché du Bobino, où j'allais danser quand j'étais jeune. Même Bibiche se prend au jeu du avant / après.

mon 14ème,brassens

Puis nous descendons la rue d'Odessa et nous postons au milieu des bagnoles pour retrouver l'angle du photographe d'alors. Ca n'a pas beaucoup changé, hein ? La banderole lumieuse du Cinéac de Montparnasse, qui diffusait alors chaque heure les actualités, a été remplacé par celui des Galeries Lafayette. Le café "Le Saint-Malo", lui, est toujours là ...

mon 14ème,brassens

En remontant la rue d'Odessa que j'ai arpenté dans tous les sens des dizaines de fois, je découvre les traces des Bains d'Odessa; on a même laissé l'enseigne. Depuis que je lève le nez, j'en découvre des choses. Et je ne me suis même pas encore mangé un poteau (mais ça ne saurait tarder ...)

(en fait, de retour chez moi, je découvre que les Bains d'Odessa sont toujours actifs et même un des plus vieux bains de Paris, reconvertis en sauna gay. Pourtant, leur entrée ressemble à un immeuble d'habitation tout ce qu'il y a de plus normal)

Bibiche, il assure côté bouffe, il te fait même des petits dômes de riz comme au restaurant. Et il a une collection de pantoufles qui déchirent, je ne m'en lasse pas.

mon 14ème,brassens

Après un bon dîner de noix de Saint-Jacques aux épices, je reprends mon vélo.

"Prends la rue, au feu à droite", dit Bibiche. Tu rejoindras la rue des Plantes, c'est tout droit et il n'y a pas beaucoup de circulation. 

- La rue à droite, c'est celle qui traverse le cimetière du Montparnasse ?, dis-je avec une grimace.

- Oui, pourquoi ? J'ai grandi en face d'un cimetière, répond-il.

Je prends la rue Emile Richard qui coupe le cimetière dans lequel reposent Sartre, de Beauvoir, la chanteuse Joelle de "Il était une fois" (j'ai encore rêvé d'elle, vous vous souvenez ?), Baudelaire et Gainsbourg. Un crachin breton tombe maintenant et les rues luisent.

Dans la rue des Plantes, je me ravise et bifurque à droite, rue Hippolyte Maindron, où se trouvait l'atelier de Giacometti, pour rejoindre la rue de l'Ouest et une épicerie indienne, Happy Malikai où j'achète du ghee. Du coup, me voilà au métro Plaisance et le titre de ce billet s'explique.

En parcourant "Je me souviens du 14ème arrondissement", j'ai appris que la si émouvante chanson "L'Auvergnat" de Brassens fut écrite en hommage à monsieur Malet, patron du café situé à l'angle des rues Bardinet - Alésia, qui eut pitié de l'infortune du poète sétois et lui offit l'assiette de soupe du soir. Chez l'Auvergnat, c'était là :

 mon 14ème,brassens

La maison de Jeanne est juste là, à quelques mètres, au fond de l'impasse Florimont que j'aperçois en la dépassant. 

Et vous savez quoi ? Le plus drôle, c'est qu'en arrivant chez moi, je zappe sur les chaînes de télévision et regarde les derniers instants d'une émission sur la 3, "Brassens est en nous", sur le générique de laquelle chante Renaud, un autre habitant du 14ème arrondissement, qui grandit avenue Paul Appell, le long du stade Elizabeth. Alors, je n'ai pas résisté, j'ai écrit ce billet.

Je n'ai pas fini d'arpenter les rues du 14ème arrondissement, et de vous parler des artistes, des poètes et des Bretons, et de le faire découvrir aussi aux touristes inscrits aux balades de Parisien d'Un Jour ...

Pour ce soir, c'est fini. J'ai pourtant plein de billets en brouillon mais je m'envole demain pour Casablanca la belle et un périple qui me mènera jusqu'à Tanger, en passant par Rabat, Fès et Meknès. A bientôt !

22/10/2011

A l'est des rails

Peu avant 11 heures, je quitte les couloirs chauds du métro pour le parvis glacé, quoiqu'ensoleillé, de la gare de l'Est. Ce matin, j'ai rendez-vous pour une visite du CNOF, le Centre National des Opérations Ferroviaires de la SNCF, au 21 de la rue d'Alsace. "Je viens pour une visite" dis-je aux deux hommes à l'entrée, qui pointe mon nom sur une liste. A l'accueil, sous une verrière lumineuse, on me remet un badge et un homme en costume prend en charge le petit groupe de bénévoles parisiens du jour.
La visite commence dans le passage qui relie la rue d'Alsace à celle du Faubourg Saint-Denis. Notre guide nous présente d'abord le bâtiment qui fut construit pour abriter le siège de la compagnie ferroviaire d'alors. Le bâtiment de briques de deux couleurs, serti de mosaïques et de grandes fenêtres habillées de métal bleu, jure étrangement avec celui qui le prolonge pourtant parfaitement. Ce dernier fut en effet ajouté quelques années plus tard et son architecture est beaucoup plus classique et imposante, pour s'acorder à l'architecture de la gare. L'"embarcadère de Strasbourg", comme on appelait alors la gare de l'Est, plus ancienne des gares parisiennes actuelles, fut construit en 1849 et inauguré par Napoléon 3.
Dans le passage, un superbe mur végétal de 1400 m² et 27 mètres de haut recouvre la quasi-totalité de la façade. C'est la plus grande réalisation de Patrick Blanc , inventeur de ce concept.

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Notre guide nous invite maintenant à pénétrer au coeur du sujet. Tout d'abord, une vidéo nous présente le Centre National des Opérations Ferroviaires, créé en 1999 à l'initiative de Guillaume Pépy et suite aux problèmes rencontrés en 1997 dans le Rhône. En vue de l'ouverture à la concurrence, la SNCF a confié la gestion de ses infrastructures à la RFF. Le réseau SNCF, c'est 30.000 kms de ligne, 15 à 20.000 trains par jour, 1 milliard de voyageurs par an et 500 millions de tonnes de fret. Le CNOF coordonne les actions des 23 centres régionaux.
Jean-Louis explique les raisons des nombreux problèmes que doit gérer le centre : absentéisme, matériel défaillant, intempéries, incivilités, vol de matériel.
Les exemples que donnent Jean-Louis me font réviser mon jugement sur les messages d'excuse maintes fois entendus en gare et qui me donnent à chaque fois un rictus agacé.

Les signaux d'alarme tirés dans les trains ? Dans la plupart des cas, ils le sont pour convenances personnelles : permettre à des compagnons de voyage retardataires de prendre le train, récupérer son bagage oublié sur le quai, obtenir un billet de retard de la SNCF etc.
Les intempéries (10 cms de neige qui me faisaient doucement rigoler l'hiver dernier) ? Notre guide nous explique que sur les lignes à grande vitesse, la neige se transforme en glace et lors d'un croisement avec un autre train en autant de projectiles qui détériorent le matériel.
La SNCF fait aussi face à un accroissement des vols de matériel, notamment des câbles qui contiennent un cuivre précieux et cher. Ces actes occasionnent en moyenne 35 dépôts de plainte pour vol par semaine. Pour y remédier, la SNCF, en plus de faire appel à des rondes de police, enterrent désormais ces câbles qui jusqu'ici, étaient enserrés dans des sortes de caniveaux munis d'un couvercle.
Mes compagnons de visite demandent si les grèves ont un impact. Depuis la loi qui oblige les grévistes à se déclarer, la SNCF prévoir un plan de transport alternatif.


Nous quittons le hall et rejoignons la plateforme, tour de contrôle du réseau ferré national. Les photos sont maintenant interdites. La plateforme du CNOF emploie environ 100 personnes qui travaillent en 3 x 8. Sur 3 rangées, chaque bureau dispose de 2 à 6 écrans où des lignes matérialisent l'avancée des trains et des rectangles, leur ponctualité (vert) ou retard (rouge). Dans l'angle, le modeste bureau du Directeur des Opérations.
Après 1 heure 30, notre guide nous invite à remplir une évaluation. En discutant avec lui, j'apprends que notre conférencier, ancien commercial à la SNCF, est maintenant retraité. D'ailleurs, si cela vous intéresse, vous pouvez vous inscire pour une visite .

03/10/2011

Balade dans le 9ème avec P_o_L

Nous avons rendez-vous place Clichy. P_o_L a très faim, première urgence : trouver un resto. Le Bistro des Dames m'avait tapé dans l'oeil il y a quelques semaines. P_o_L est d'accord pour tenter le coup malgré une première expérience décevante (un service exécrable, alors, ce que semblent appuyer de nombreux commentaires sur internet).
L'endroit est en tout cas tout à fait ravissant et asymétrique comme j'aime. Le jardin est complet et on nous propose la véranda, où nous nous installons après avoir salué les cuisiniers et descendu quelques marches.
La salle au plafond bas laisse entrevoir des pavés sous le sol. On envie ceux, chanceux, qui déjeunent dans la verdure à quelques pas du vacarme de la place Clichy.  

Paris, P_o_L


N'empêche, on est bien quand même malgré la table voisine où un homme s'esclaffe fort bruyamment.
Les plats se font un peu attendre mais nous ne sommes pas pressées et puis, avec P_o_L, on trouve plein de sujets de discussions, même si je l'ai vue la veille.
Je lui raconte le meuble de ma salle de bains démonté à 23h avec un tournevis de merde et remonté dans la foulée, à la Fiso. Mon meuble, c'est la tour de Pise, msieu-dames, mais il tient debout (enfin, pour l'instant).
Mon confit de pintade est très correct, le melon de P_o_L pas vraiment gorgé de soleil et le service tout à fait agréable. En dessert, j'hésite entre moelleux chocolaté au piment d'Espelette, panacotta à la verveine et cheesecake (ahhhhh, le cheesecake !) mais comme P_o_L est super raisonnable aujourd'hui et choisit une salade de fruits, je me rabats sur une verrine de perles de coco à la mangue.
Bon c'est pas le tout mais on a une visite à faire. P_o_L va être ma touriste test (je vous en reparlerai).
Le site de l'hotel dont dépend le Bistro des Dames est fort sympathique, je vous le mets donc en lien (goûtez la petite zik version jazz manouche)


Mon bouquin commence son parcours à Opéra, je le rejoins donc en cours de route.  P_o_L me guide jusqu'à la rue de Douai.
Rue Chaptal, nous voilà devant le Musée de la Vie Romantique, que je me promet de visiter depuis un moment. Aujourd'hui, je veux juste prendre une photo de l'hotel particulier qui l'abrite mais la jeune femme a l'entrée nous convainc "La visite est gratuite et le musée n'est pas très grand". J'interroge P_o_L du regard, banco !

La grande maison verte et blanche, où il s'installa en 1830, entrepose bronzes et portraits d'artistes et amis du peintre Ari Scheffer et de nombreux objets ayant appartenu à George Sand, qui y séjournait fréquemment. Dans le jardin, on peut s'offrir une pause.

Paris, P_o_L


Nous, on veut boire un panaché, on va donc se poser à l'angle des rues de Douai et Fontaine, face au bar Crown qui ne s'appelait pas comme ça lorsque P_o_L le fréquentait, dans sa jeunesse (ouais, t'as vu, je raconte tout, P_o_L ! )
Rue Fontaine, je stoppe, perplexe, devant un panneau de l'histoire de Paris qui indique, au n° 19 bis, l'atelier du peintre Degas (de Gas, en fait). Sauf que su le panneau, il est question de ses ateliers rue Pigalle et ailleurs mais pas là ! Le mec qui l'a posée était bourré ou provincial ?
[en fait, P_o_L, Degas a réellement tenu atelier là, mais au n°21 ... ils sont d'ailleurs nombreux à avoir logé dans cette rue, Toulouse-Lautrec, Pissarro, André Breton ... et même Mimie Mathy, grande copine de Deftones. Pour bien faire, faudrait que je me balade avec mon ordinateur dans les bras!)
Nous continuons dans cette rue bordée de boutiques d'instruments de musique d'où s'échappent parfois des accords de guitare électrique.
A l'angle de la rue Pigalle, une enseigne dorée attire mon regard. C'est chez Moune, club à .... (faites la rime)

Rue Victor Massé, à gauche, se trouve l'avenue Frochot et un édifice couvert de vitraux. Mon bouquin ne les mentionne pas, je me carre donc mes questions où je pense, et j'apprendrai, de retour chez moi, que cette impasse a accueilli Alexandre Dumas, les frères Renoir, Victor Hugo à son retour d'exil, Toulouse-Lautrec et Django Reinhardt. La jolie maison à l'entrée serait même hantée ! (ptain, je vais te les faire flipper, les touristes !)

Quand à l'édifice à vitraux, c'est le théâtre en rond de Paris (ça c'est une info pour Boug' qui s'est extasiée devant en rentrant du théâtre, jeudi dernier)
On ne peut quitter la charmante ruelle pavée sans remarquer cette demeure de 1837 qui fait angle avec la rue Frochot.

Paris, P_o_L

[Dans les années 1920, elle fut reconvertie en cabaret, Le Shangaï. Sa façade incurvée s'orna alors d'un magnifique vitrail Art déco inspiré d'une estampe du peintre japonais Hokusaï. Ce tableau représente le mont Fuji près d'être submergé par de gigantesques vagues. Sur chaque côté, un couple de cigognes en fer forgé peine à fuir ce désastre imminent. En 1954, A. Gomis et J. Peccoux la transformèrent en Théâtre en rond,  salle de théâtre expérimental au centre de laquelle se trouvait la scène. Aujourd'hui, un cercle de jeux occupe les lieux. En prenant du recul, on peut apercevoir au-dessus une terrasse bordée d'une balustrade en ferronnerie et les faux pilastres qui encadrent les fenêtres. Une corniche saillante à modillons délimite le second étage en retrait coiffé d'une toiture en parapluie. La façade de la même maison mais côté rue Frochot au n° 2 se signale par deux statues à l'antique posées dans des niches.] [source]


Malheureusement, l'avenue Frochot est fermée au public mais j'ai trouvé un filon : on peut la visiter au travers d'un "parcours imaginaire" annuel, tout ce qu'il y a de plus réel, et grâce au conseil de quartier Lorette-Martyrs (P_o_L, tu notes ?)
Rue Victor Massé, il faut lever le nez, car l'achtiecture est belle.

Paris, P_o_L


A gauche, un décroché mène à la cité Malesherbe. Cité Malesherbe, cité Malesherbe ... ?? Mais oui, m'écrié-je, devant une P_o_L médusée. C'est là qu'est la maison de Cuvelier ou Juvelier ! Heu, Jollivet, le fameux gars qui a peint les plaques scandaleuses de l'église Saint Vincent de Paul (allez, faites marcher votre mémoire ou remontez de quelques jours)
Hélas, la porte de fer est fermée et bien fermée. Quoi ??? m'étranglai-je en couinant, comme Coluche en son temps. Je peste déjà contre ces voies publiques qui deviennent privées pour préserver la tranquilité des nantis. Mais je n'ai pas dit mon dernier mot et P_o_L sur les talons, j'atteins la place Lino Ventura, bifurque à gauche et hèle un trio qui vient de me claquer la porte au nez. "Il faut appuyer sur le P de Porte pour l'ouvrir " dit-il. Je ne l'aurais pas deviné. Donc, ami lecteur, si tu veux aller flâner dans la cité Malesherbe, la lettre magique c'est P comme "Personne ne m'empêchera de rentrer".
Dans la cité Malesherbe, P_o_L repère vite la facade couverte de lave volcanique émaillée qui porte le nom de son propritétaire. Il y a aussi la villa Clara et d'autres belles demeures où vécurent, au n° 18, les Lesueur, couple de comédiens et amis de George Sand, Drieu de la Rochelle ...

Paris, P_o_L


P_o_L file récupérer son scooter et m'abandonne à la suite de ma flânerie. Moi je descend la rue Pigalle ... (à suivre)