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J'aime - Page 3

  • Du pont de l'Alma au Ranelagh

    Les weekends prolongés sont les meilleures occasions de se balader dans Paris, en grande partie vidée de ses casse-couilles habitants. Depuis un petit moment, le 16ème, peut-être l'arrondissement le plus provincial de Paris, me trottait dans la tête.

    Peu après 15h, munie du"Jeux de piste et énigmes à Paris", offert par ma copine Boug', et de "Paris méconnu", je monte sur un Vélib. Rue Vercingétorix, les promeneurs s'égarent sur la piste cyclable. Place de Catalogne, dont je fais le tour en sifflant à tue-tête "Beguin the beguine", par Django Reinhardt et Stéphane Grappelli, que j'ai écoutés toute la matinée, un jeune homme me fait écho avec un clin d'oeil complice. Je dévale le boulevard Pasteur à toute beurzingue, sifflant toujours. Django a le don de me mettre la patate depuis que je l'ai découvert, à l'aube de mes 20 ans.

    Avant Cambronne, je tourne dans l'avenue de Ségur, déserte, jusqu'à l'avenue Duquesne. De là, je rejoins l'École Militaire et continue sur l'avenue Bosquet, où vendredi soir, j'ai fêté le weekend avec 2 collègues, aux Crocs de l'Ogre, devant une superbe côte de boeuf. Je franchis le pont de l'Alma et dépose mon Vélib car c'est là que mon jeu de piste commence :

    "Ce peut être un moine bouddhiste, un mammifère ruminant, ou un chanteur français amoureux des petites femmes de Pigalle. La place servant de départ à ce parcours sera l'anagramme de ce mot."

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    "Rejoins une flamme qui brille pour marquer l'amitié de la France avec un grand pays. Puis tu prendras l'avenue portant le nom de la ville éclairée par l'original de cette flamme."

    [Cet endroit est devenu célèbre depuis la mort de la princesse Diana. Entourée d'une chaine alourdie de ces hideux cadenas qui plombent les ponts de Paris, on lit sur son socle : " Réplique exacte de la flamme de la statue de la liberté offerte au peuple français par des donateurs du monde entier, en symbole de l'amitié franco-américaine, à l'occasion du centenaire de Herald Tribune (1887-1987)"]

    "Des femmes dévêtues resteront de pierre lorsque tu passeras devant elles, et peu après, Charles Péguy parlera aux mères de leurs fils qui se sont tant battus."

    Sur le parvis du palais de Tokyo, de jeunes skaters torse nu s'élancent dans les airs. Et au pied du palais, il y a des tentes de SDF, parce que c'est ca aussi, maintenant, le pays des droits de l'homme et de la fraternité.

    palais de Tokyo

    "Si tu ne peux pas le traverser, contourne cet édifice qui a la peinture, l'architecture et la sculpture pour devise. Tu parviendras ainsi à la porte principale."

    Ça tombe bien, mon guide "Paris méconnu" signale une curiosité rue de la Manutention. Un jardin potager longe le palais et les habitants ont laissé libre cours à l'humour et la poésie. Olivier, par exemple, y a planté un écriteau où on peut lire :

    Mon potager du palais de Tokyo

    • Les soins d'arrosage
    • Mes tomates-cerises
    • Un coin de paradis en plein Paris
    • Les melons fugueurs
    • Un loisir qui se mérite
    • Mes radis rouges
    • Les pique-nique du dimanche
    • La poule rousse de Maurice
    • Un lieu qui facilite les contacts

    Et mon jardin secret

    rue de la manutention, le jardin aux habitants du palais de Tokyo

    Plus loin, au pied des marches qui mènent à l'avenue du président Wilson, Corinne et Didier ont écrit une ode toute en couleurs à l'amitié :

    "Le pot ... âgé du Palais" parce que nous sommes de vieux amis ... Le vert caresse l'espoir d'effleurer le rose Le rose effleure d'amour de caresser le vert, Le rose s'enivre de quelques gouttes de vert, Le vert goûte aux gouttes enivrantes de rose, Pour le plaisir et sans modération : soyons "terre à terre" ...

    Derrière le palais de Tokyo, il y a le palais Galliera et c'est lui qui porte la devise citée plus haut. Je n'ai pas encore visité ce bâtiment de style Renaissance italienne (ne vous imaginez pas que je sois calée en architecture, c'est mon guide qui l'écrit) qui abrite le musée de la Mode et du Costume, mais je crois me souvenir que Gi a essayé de m'y entraîner lors d'un de ses séjours parisiens.

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    "Un maréchal de France te montrera la direction à suivre pour rejoindre un général, également président du pays pour lequel il s'est battu."

    Alors moi, question grands hommes qui ont servi leur pays, je ne suis pas trés douée. Alors je triche car j'ai lu la suite.

    "Sur cette place le musée Guimet (du nom de son donateur) est l'un des plus grands musées d'art asiatique au monde. En remontant la façade oùles carrés entourant les ronds sont plus nombreux, tu passeras devant un institut portant le nom d'un poète allemand."

    Je parie sur Goethe. Partons donc à la recherche de l'institut Goethe, mais cette fois sans tricher, ce qui me vaut de prendre la façade à l'envers et de m'embarquer dans la rue Hamelin. Je feuillette "Paris méconnu", pour m'assurer de ne rien rater d'intéressant en route, et il me signale un jardin japonais à l'arrière du panthéon bouddhique, annexe du musée Guimet. Il est 17h14 et le jardin est annoncé comme fermant à 17h mais je décide de tenter ma chance et fais le tour du pâté de maisons.

    "Il ferme bientôt" me dit une dame à l'accueil (chouette!). Je fonce. Le panthéon bouddhique, gratuit, est totalement désert. Je m'assieds et me rafraichis quelques instants à l'ombre de l'exigu jardin japonais, bercée par le bruit de l'eau. Le petit pavillon de bois accueille, environ 2 fois par mois et, d'après leur site, uniquement le jeudi, des cérémonies du thé (12€).

    panthéon bouddhique, jardin japonais

    "Puis après avoir longé successivement le territoire koweïtien puis l'état de Bahreïn, tu retrouveras un général récemment rencontré, en compagnie de son ami français."

    Bon, va falloir que je m'y habitue, le 16ème est l'arrondissement des ambassades. Je dépasse les ambassades mentionnées. Sur la place des États-Unis, ils sont là, comme 2 vieux potes, tels Nico et Tonnegrande, mais sans le comptoir.

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    "Dans le dos de cet Américain, la rue du cardinal archevêque de Paris te mettra dans la direction d'un astronome et mathématicien."

    Les religieux, c'est encore moins mon fort. Mais l'astronome mathématicien, je sais ! C'est Galilée ! Je m'engouffre joyeusement dans la rue qui porte son nom et de drôles de choses sur ses façades : un drapeau du Salvador au-dessus d'un restaurant asiatique, un portrait de Galilée, une hélice ...

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    Je débouche sur l'avenue Kléber et mon guide me rappelle à l'ordre :

    "Puis tu longeras des pays dont les capitales sont Caracas et Beyrouth."

    Et merde, c'est reparti pour la chasse aux drapeaux. La vexillologie - de vexillum, nom de l'étendard dans les armées romaines - mon autre point faible. J'ai beau y avoir passé un séjour mémorable en 2004 (dommage je n'étais pas encore blogueuse), aucun souvenir du drapeau vénézuélien !

    Dans la rue Cimarosa, j'en repère 2. J'avance jusqu'à eux ... raté, ce sont les ambassades d'Afrique du Sud et d'Argentine. Ah ! Un autre sur l'avenue ! Encore raté, c'est le Pérou ... Tant pis, j'abandonne et continue ma balade en bifurquant dans la rue Copernic. Ah ben tiens, la voilà l'ambassade du Vénèz' !

    "Entre les deux, le bateau présent sur la façade aurait pu naviguer dans ce réservoir d'eau de la ville de Paris, dissimulé derrière ces hauts murs."

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    Juste avant d'atteindre la place Victor Hugo, j'avise un traiteur chinois et décide de m'offrir une douceur, pourtant sans grand intérêt gustatif, dont je raffole depuis mon adolescence : un gâteau à la crème de soja. Je mords dedans, pouah ! Ça a un vieux goût de moisi ! Je l'inspecte, repère une minuscule tache verte et le rapporte au magasin. La patronne me rembourse sans un mot d'excuse. Tant mieux, en fait j'avais plus faim que soif.

    Place Victor Hugo, je ne trouve pas trace de Jeanne d'Arc.

    "Cette pucelle, brûlée en 1431 par les Anglais, est considérée par certains comme une sainte. Sa statue est adossée au bâtiment dans lequel un saint est honoré. Tu seras sur la bonne route lorsque tu la croiseras."

    Alors je triche et recherche sur internet l'adresse de l'ambassade du Nigéria, à laquelle on fait allusion après une énigme arithmétique incompréhensible (hé, c'est que j'ai eu 1/20 au bac, moi!)

    "Dans la même voie, recherche le numéro de l'immeuble dont le chiffre des unités est le double de celui des dizaines qui est, lui-même, le double de celui des centaines. Tu passeras ainsi devant la l'emplacement de la dernière demeure de " celui qui mourut en son avenue ."

    Bon, comme je n'ai pas envie de rater l'endroit où l'auteur de Notre Dame de Paris, roman qui m'effraya autant qu'il me captiva, a poussé son dernier soupir, je triche encore. Au 124, une plaque indique l'emplacement de l'hôtel où il vécut et son visage est gravé sur la façade. Une plaque de l'histoire de Paris m'apprend que l'avenue d'Eylau fut rebaptisée de son vivant, permettant à ses amis d'écrire "à Monsieur Victor Hugo, en son avenue." Le 1er juin, deux millions de personnes l'escortent en hommage funèbre et triomphal jusqu'au Panthéon, rendu, en son honneur, à sa destination de sépulture des grands hommes.

    Je me demande bien qui pourrait susciter un tel hommage aujourd'hui, en tout cas pas nos hommes politiques, ça c'est sûr ...

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    "Un peu plus loin, tu dépasseras le pays dont Lagos est la capitale."

    Bon, si je ne suis douée ni en histoire militaire, ni en vexillologie, ni en maths, les mappemondes, ça me fascine. Et fan de Fela Kuti, je sais que Lagos est la capitale du Nigéria. Je continue sur l'avenue et stoppe devant le nom d'un artisan bien connu, qui mature ses viandes, que j'ai goûtées lors d'un Fooding, pendant 2 mois. Le temps d'une photo volée de ses canons de côtes en maturation et d'une citronnade au Pain Quotidien, je continue ma route.

    "Il peut être de science, de pétrole, de lumière, de mine, mais dans notre cas, il est artésien et n'en a pas l'apparence. Tu pourras probablement voir les habitants du quartier venir y chercher celle qui est peut-être une des meilleures de Paris, bien qu'elle soit à 28°."

    Ça tombe bien, le puits artésien du square Lamartine était aussi un des spots à ne pas manquer de "Paris méconnu". J'aurais pu le rater si je n'avais été intriguée par un attroupement de bouteilles de plastique. Je traverse l'avenue, et oui, c'est bien le square Lamartine où les gens vienent remplir leurs bouteilles.

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    Comme moi, vous vous demandez : mais qu'est-ce-que c'est qu'un puits artésien ? Et bien, c'est un puits duquel l'eau jaillit spontanément, contrairement à un puits traditionnel où l'eau reste stagnante. Mon guide m'apprend l'histoire de cette petite curiosité. Le forage de cinq puits parisiens fut une des solutions imaginées pour alimenter les Parisiens en eau non contaminée, après l'épidémie de choléra qui frappa la capitale en 1832. Inauguré en 1866, le puits de Passy est le dernier puits artésien de Paris encore en activité. Foré à une profondeur de 587 mètres, il avait pour ambition d'approvisionner les riverains, mais aussi d'assurer l'irrigation du bois de Boulogne et même d'en remplir les deux lacs ! Intriguée par la mention de son goût ferrugineux, incompatible avec la frénésie avec laquelle les gens présents remplissent leurs bouteilles,et puis, hey ! Ce n'est pas si souvent que j'ai l'occasion de boire à la source, je la goûte. Elle n'est pas à 28° ou alors c'est la lourde chaleur qui me la fait trouver fraîche ... et bonne !

    " Grâce à Rodin, il batifole en tenue légère avec les Muses. Va le retrouver à la fin de son avenue." Non ??? Rodin n'a quand même pas foutu le vénérable Victor à poil ? Ben si !

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    "Éloigne toi de cet écrivain en allant du côté du soleil artificiel qui l'éclaire la nuit. S'il est 8h45, les pointes de l'aiguille de l'horloge t'indiqueront dans quel sens tu devras parcourir cette avenue, qui porte le nom de famille peut-être le plus courant en France" (hé non, ce n'est pas Dupont, je mensuis faite avoir aussi !;-) )

    Alors, je voudrais pas faire ma chieuse, mais je me demande quels paradis artificiels fréquentent les auteurs du bouquin pour nous pondre ces énigmes à la mords moi le noeud ! J'ai mis 3 plombes à comprendre le coup des 8h45, qui en plus m'aurait envoyée dans la direction opposée (ben oui, parce que si on veut prendre la bonne route, il vaut mieux, face à Totor à poil, partir vers du 15h15 ou 3 heures et quart pour les insomniaques). Tu comprends rien, cher lecteur ? Moi non plus !

    "Ensuite, tu déboucheras sur une place qui sentirait bon le café si les noms de pays avaient une odeur. Mais tu en sortiras en croisant, toujours aussi vêtu, l'écrivain rencontré récemment. Il te montrera que la vision du poète n'est pas toujours très joyeuse."

    La verdoyante place de Colombie était nimbée d'une jolie lumière, hier soir. Dans le lointain, on distinguait les tours de La Défense.

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    "Pour l'agrément de ta promenade, il sera préférable de choisir un chemin de terre bordé de verdure. À cet endroit, le 21 novembre 1783, on effectua la première ascension en montgolfière."

    Ça tombe bien, j'avais naturellement abordé la place par la droite, longeant un enclos de verdure où se dresse un batiment que je devine être cette organisation pour laquelle travaille ma copine Choups (et où ma foi, je bosserais bien aussi parce qu'ils ont de sacrés avantages, le salaire n'étant pas le moindre).

    " Tu longes le siège permanent de l'Organisation de coopération et de développement économique (O.C.D.E) qui est, depuis 1948, un territoire international."

    Me voici dans le jardin du Ranelagh. Il fut dessiné en 1860 sur l'emplacement du Petit Ranelagh, salon de danse et haut lieu de plaisir pour Marie-Antoinette et la cour jusquà la Révolution Française. Le petit Ranelagh parisien tenait son nom de la rotonde pour concerts édifiée à Londres par Lord Ranelagh, Irlandais amateur de musique. Plus d'histoire ici.

    Ranelagh, un quartier au sud de Dublin dans lequel j'ai vécu quelques mois, porte donc aussi son nom. Vous allez me croire terriblement distraite mais jusqu'ici je n'avais pas fait le lien, ou en tout cas pas consciemment, entre le Ranelagh d'ici et celui de là-bas. Que pourtant je prononçais, comme les Dublinois et à l'inverse des Parisiens, "Ranela". Depusi quelques mois, à l'instar de ma copine Choups, je me forçais à le terminer par un sonore G. Je vais donc reprendre les bonnes habitudes, puisqu'irlandais le Ranelagh est !

    Le jardin est envahi de flâneurs par cette chaude journée ensoleillée. Des jeunes jouent au ping pong, ou plutôt ils s'engueulent bruyamment, s'accusant de tricherie. Tiens, des adultes ont piqué les jeux des enfants ? Ah non, c'est un espace libre de remise en forme, avec des machines comme on en trouve dans les salles de gym.

    Le jardin du Ranelagh est un endroit très agréable et je m'étonne de n'être jamais venue me promener jusqu'ici. Je ne sais pas si c'est la proximité de la place de Colombie mais j'entend pas mal parler latino dans le coin. Sur un banc, je m'offre ma première pause de la journée et note quelques détails de ma balade quand ma copine Jam m'appelle.

    "Tu passeras entre deux tennis bien plus petits et d'un usage différent que ceux utilisés au stade de Roland-Garros, non moin d'ici. Ensuite, dès que l'occasion se présentera, traverse celui que l'on dit clouté et qui ne comporte plus de clous depuis longtemps."

    Un rapide coup d'oeil au musée Marmottan et c'est là que j'abandonne le jeu de piste. Je suis à mi-parcours, il est 20h et mine de rien, j'ai parcouru pas mal de kilomètres depuis 15h. Et puis, j'ai envie d'aller me perdre du coté de la rue du Ranelagh où le guide " Paris méconnu" signale des sites intéressants.

    Je traverse la petite ceinture et débouche sur le boulevard de Beauséjour, désert. Je me dirige vers la rue du Ranelagh qui commence ici avant de me raviser et de poursuivre jusqu'à la rue de l'Assomption. De là, je rejoins la rue Mallet-Stevens, une impasse où se cache "un véritable manifeste de l'architecture moderne : des jeux de cubes blancs et lisses, des décrochés, des gradins, des tours, des jeux d'ouverture, des auvents et des terrasses. Je m'attend à découvrir à tout instant la maison futuriste du film "Mon oncle"de Jacques Tati.

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    Puis je continue la descente de la rue de l'Assomption qui est longue, très longue. Je traverse l'avenue Mozart et note l'adresse du Bô Zinc Café, aux tarifs inespérés dans un quartier aussi chic (plats à moins de 10€). Il est d'ailleurs bondé d'une jeunesse bruyante. Je continue ma route.

    Le 16ème est l'arrondissement des ambassades, mais aussi des terrasses. Du haut de chaque immeuble et de tous les balcons s'échappent des toupets verts.

    Rue Jean de La Fontaine, je tourne à droite pour aller jeter un œil au numéro 14. A posteriori, je réaliserai que c'est là que m'aurait amenée mon jeu de piste, si je l'avais continué. On y trouve le Castel Béranger, un immeuble construit par Hector Guimard entre 1897 et 1898, et qui, en remportant le premier concours de façade de la ville de Paris en 1899, rendit immédiatement célèbre son architecte.

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    Un immeuble étrange, alliant pierre et briques rosées, bois, fonte et acier, grès vernissé et briques émaillées. De surprenantes gargouilles métaliques vert tendre s'accrochent à sa façade. A l'époque, le plus grand nombre renomma cet édifice Art Nouveau "Castel dérangé" mais certains ne s'y trompèrent pas, comme le peintre Paul Signac qui s'y installa. Devant l'immeuble, une station Velib. Il fait doux, le soleil a disparu et je traverse la Seine, rejoins la rue Linois, celle des Entrepreneurs puis celle de l'abbé Groult, et je rentre tranquillement chez moi, alanguie et moite.

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    Une petite balade de 6,1 kms quand même, allongée de 14 kms à vélo aller-retour et une parenthèse à l'écart du bruit et de la fureur de ma jungle urbaine, qui me fait dire encore : Paris je t'aime !


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  • Mi-Carême

    Et oui, c'est aujourd'hui et ça veut dire qu’il me reste la moitié du Carême à accomplir. Je vous rappelle mon régime depuis 20 jours : un repas toutes les 24 heures (le soir) et suppression de toute graisse animale (viande, lait, fromage, beurre) et excitants (alcool, café, thé, hommes). Je dois en être à 3 litres d’eau par jour à ce stade.  En revanche, l’eau à si grandes doses c’est vite lassant, alors maintenant je l’allonge de pastis l’équivalent Franprix du Pulco citron (parce que dans le Pulco, il y a du sucre).

    Je vous imagine déjà, en lecteurs bienveillants que vous êtes, inquiets : « Quoi, not’Fiso, l’épicurienne, privée de barbaque et desserts, et réduite à un repas par jour ?  Mais elle doit dépérir !! » . C’est pourquoi j’écris ce billet afin de vous rassurer : oui, je fais toujours le Carême et non, je ne suis pas en dépression nerveuse. Bien au contraire.

    Je me sens dans une forme que je n’ai pas connue depuis bien longtemps. Je suis alerte comme jamais et tout au long de la journée : finis les habituelles baisses d’attention dues aux phases de digestion. Du coup, après une première semaine régie par la prudence, je me suis remise au saut à la corde, en plus de mes 7 kms quotidiens à vélo pour aller bosser.

    Et mon estomac, comment il va ? Il doit être touuuuuuuuut petit ! J’ai très rapidement perdu l’appétit et ne ressens aucune frustration dans la journée ; je mets même ma volonté à double épreuve puisque j’accompagne mes collègues, que j’adore, à la cafétéria et les regarde manger.  

    Le soir, je casse mon jeûne par quelques fruits secs et m’attable sans impatience. Je pourrais même ne pas manger. Le plus drôle c’est que quand je suis chez moi, je passe mes soirées à cuisiner ! C’est très étrange mais être privée de nourriture m’a redonné le goût de cuisiner. Au hasard de mes recherches de recettes sans viande, j’ai ainsi découvert le bobo aux crevettes, un plat brésilien au manioc, lait de coco et tomates, très savoureux. Hier soir, j’ai cuit des petits gâteaux à la patate douce, que j’ai ramenées à mes collègues ravis ce matin. La semaine dernière, ils ont eu droit à des madeleines.

    Outre cette envie retrouvée de cuisiner, le Carême a été l’occasion de surprises biologiques. Ben oui, parce que forcément, le corps réagit : au bout de quelques jours, des urines quasi-transparentes (car débarrassées des toxines) puis un arrêt complet des selles. D’abord un peu inquiète, j’ai vérifié sur internet que ces symptômes étaient normaux. Aux dires de ma mère, j’ai un teint superbe (autre effet du décrassage). Et enfin, un sommeil serein et profond (merci Sleep As Android). Je sais, c’est pas très intéressant pour vous, mais ça pourrait l’être pour ceux qui, comme moi, se poseraient des questions et trouveraient la réponse ici.

    Depuis quelques jours, la gourmandise a refait son apparition mais pas la faim. Il parait que le retour de la faim est le signe, lors d’un jeûne, que l’on peut revenir à une alimentation normale. Finalement, tout est si simple …

    Et la suite ? Et bien, il est désormais clair que cette expérience, que je pensais ponctuelle, va changer ma façon de me nourrir. Le sentiment de liberté, que de nombreux jeûneurs vantent et qui me restait un mystère, je le connais maintenant. Je me sens tellement bien et libre (car en manque de rien) que je n’ai aucune envie de reprendre mes mauvaises habitudes. Ma consommation de café, que je buvais par habitude plus que par réel plaisir (pause=café), va prendre une sacrée baffe : je pense que je la réserverai désormais aux weekends. Obligée de zapper la caféine et théine au petit déjeuner du dimanche, j’ai découvert une boisson au malt et cacao, que je bois avec du lait de soja, et c’est délicieux (en plus d’apporter 25% des besoins journaliers en magnésium). Après le Carême, je pourrais bien tomber en mode régressif et me remettre à l’Ovomaltine, que j’adorais étant gamine. Quand au petit verre de vin qui accompagnait systématiquement mes nombreux diners  à l’extérieur, il pourrait bien ne plus être systématique.

    A partir du 21 avril, je pense que je vais, à de rares exceptions (déjeuner à l’extérieur avec des clients ou mes collègues), continuer à sauter le repas du midi. Je prendrai un petit-déj léger au bureau (ou pas) et un repas le soir, et ce sera tout.

    La composition de mes repas va changer aussi. J’ai réintégré les légumes secs et céréales complètes dans mon alimentation (je n’ai pas mangé une seule fois des pâtes en 20 jours). J’ai découvert de délicieuses recettes végétariennes où le tofu, par exemple, remplace la viande sans ôter le côté gourmand (le chili sin carne, par exemple).

    Seul bémol : il se pourrait bien qu’à l’issue de ces 40 jours, j’aie à refaire une grande partie de ma garde-robe. C’est la Croix-Rouge qui va être contente.

  • Fiso fait le Carême (Amen !)

    Tout a commencé l’année dernière, en août, avec cette invitation.


    A la suite de cette expérience dont je suis sortie victorieuse, je me suis de nouveau intéressé au jeûne.


    Ca fait des années que ces histoires de jeûne me fascinent. Adolescente, j’avais lu la biographie de Gandhi et étais restée perplexe devant sa force mentale. Jeune adulte, j’avais plusieurs fois eu envie de faire le Ramadan mais l’impossibilité de boire m’avait paru vraiment trop dure et, je dois le dire, néfaste pour la santé. Puis je m’étais souvenue du Carême et en avais fait un billet, au tout début de ce blog. Mais n’ayant aucune volonté devant la – bonne - bouffe, je me sentais incapable de franchir le pas. Tous ceux qui me connaissent s’accordent d’ailleurs à me définir comme une épicurienne et ce blog, qui fait la part belle à mes découvertes gastronomiques, en est la preuve incontestée.


    En tout début d’année dernière, je suis tombée sur l’interview du docteur Frédéric Saldmann qui faisait la promotion de son bouquin « Le meilleur médicament, c’est vous ! ».  et vantait, entre autres, les vertus du jeûne, et en particulier du jeûne intermittent. Il y démentait les messages qu’on nous assène depuis toujours, « 3 repas par jour », « Les produits laitiers sont nos amis pour la vie » en les accusant de n’avoir pour objectif que de nous faire consommer, toujours plus.
    Force est de constater qu’aujourd’hui, les habitants des pays dits riches sont malades et meurent de ce qu’ils mangent. Nous ingurgitons autant voire plus que nos ancêtres alors que nous sommes, pour la plupart, sédentaires et quantités de produits raffinés, pesticides, OGM etc.

    J’ai recherché des infos sur ce mystérieux jeûne intermittent et de blogs en forums, lu pas mal de témoignages d’adeptes du jeûne et ses dérivés (le jeûne intermittent, par exemple). La description qu’il faisait de leur ressenti donnait très envie de s’y mettre. Au même moment, un reportage démontrant les bienfaits du jeûne sur les patients atteints de cancer, diffusé sur Arte,  acheva d’éveiller mon intérêt pour ce sujet.


    Du coup, à l’automne, j’ai pris l’habitude de jeûner chaque lundi. Un repas le dimanche soir, beaucoup d’eau, un peu de café, et un repas le lundi soir. Sans aucune faiblesse.


    Cette année, ragaillardie par une fin d’année 2013 marquée par une double libération mentale (professionnelle et personnelle), je décidai qu’il serait bon de décrasser aussi mon corps. Ce qui est top avec le Carême, c’est qu’il tombe toujours au même moment, au printemps, quand les oiseaux pépient de joie au lever du jour, que le soleil commence à nous caresser, qu'on se lève avec entrain et que les jupes des femmes raccourcissent. En préambule, j’ai épluché internet pour être sûre d'en respecter les préceptes.


    Hormis l’obligation de jeûne et de prière, le Carême est très différent du Ramadan (qui ajoute l’aumône aux devoirs du croyant). Il dure 40 jours, du mercredi des Cendres au vendredi Saint (hors dimanche, jour de fête), contre 30 pour le Ramadan. Il interdit toutes les graisses animales (viande, lait, œufs, fromage, beurre et dérivés) et sucreries (en gros tous les superflus comme l’alcool et les excitants) mais autorise l’eau et les jus de fruits purs.  L’église catholique ne préconise plus aujourd’hui que 2 jours de jeûne : le mercredi des Cendres et le Vendredi Saint. Trop fastoche. D’autres invitent à ne manger que frugalement, avant et après le coucher du soleil. Moi j’ai décidé de suivre le Carême à l’ancienne (je fais rarement dans la demi-mesure) : un seul repas par jour, le soir, composé de poisson, légumes, féculents, fruits. Eventuellement un petit-déjeuner végétal le week-end. Et le dimanche, quartier libre. Mais ni café ni alcool pendant 40 jours.


    Pour tout vous dire, j’avais hâte de commencer et comptais les jours. J’ai fêté le Mardi Gras chez Toritcho, avec mon cousin chéri, et fait un super gueuleton où j’ai savouré mes derniers tempuras et brochettes. Ensuite, nous sommes allés boire un Irish Coffee au Rosebud.


    Le lendemain, je me suis levée d’excellente humeur. Le soleil brillait, j’ai enfourché un Vélib’ et pédalé jusqu’au boulot. La journée s’est passée sans difficulté. Le midi, je suis sortie m’acheter un succédané de café, une boisson aux céréales. Le soir, j’ai acheté un maquereau à la poissonnerie, que j’ai mangé avec des pommes de terre vapeur et des épinards. Mais les 2 jours suivants, j’ai eu plusieurs coups de barre et ça a été un peu difficile. La tête me tournait par moments. Il faut dire que je suis en formation pendant presque 1 mois ; passivité, néons et écran d’ordinateur, il y a mieux pour rester alerte.


    Le jeudi soir, j’ai retrouvé ma copine Choup’s dans un restaurant japonais du 15ème spécialisé dans les grillades de viandes et mes quelques noix de Saint Jacques m’ont laissée sur ma faim (j’ai d’ailleurs pas mal louché sur la table voisine où 2 joyeux drilles s’enfilaient des kilos d’une belle viande lardée).


    Le vendredi soir, j’étais vraiment fatiguée et ravie d’être en weekend. Mes collègues m’ont proposé d’aller boire un coup, j’ai pris un jus de raisin. Vers 20 heures, j’ai emmené Esperanza chez Yasube et là, je me suis régalée : soupe miso, thon mariné, filet de sanma grillé, légumes salés, riz et quartiers d’orange en dessert (offerts par la maison). Esperanza m’a dit que ma sensation de tête qui tourne était sans doute due à l’arrêt de la caféine, un phénomène bien connu pendant les premiers jours du Ramadan.


    Le samedi, je me suis levée en excellente forme après une bonne nuit de sommeil. Je me suis même demandé si je n’allais pas m’offrir une petite séance de saut à la corde mais j’ai joué la prudence. J’ai pris un petit déjeuner frugal (j’aime trop mes petits déj’ du weekend) : un demi-pamplemousse, un bol de céréales au lait d’amande. Ma sœur  a fait pour seul commentaire sur ma nouvelle lubie « Tant que tu rentres pas dans les ordres, ça me va bien ». Vers 17 heures, j’ai retrouvé Yo sur les quais de Seine pour un autre bain de soleil et surtout un bain de tendresse. Dans un bar mexicain, nous avons bu un cocktail de fruits. Le soir, ma petite framboise m’avait invitée à diner. A l’apéro, jus de pomme, chips de soja et pommes de terre, une découverte (trop bon !) et au menu, un pavé de saumon aux baies roses et des tagliatelles à l’huile d’olive. Et en dessert, une compote.


    Le dimanche (jour libre), petit-déj de pain et confiture de mirabelles maison. Le midi, je n’avais pas faim, je n’ai donc pas mangé. Et vers 15h, j’ai retrouvé mon frère et sa petite pour une balade dans le quartier du Jardin des Plantes. J’avais dans l’idée de nous offrir une petite pâtisserie chez Carl Marletti mais il était trop loin pour les petites jambes de mon poussin, nous avons donc choisi une pâtisserie de la rue Monge, juste à côté des arènes de Lutèce. Et une fois à l’intérieur, rien ne me faisait envie. Incroyable mais vrai ! J’ai donc zappé le gâteau. Je suis rentrée à pied jusqu’à chez moi et en chemin j’ai appelé ma cops de Carême, Choup’s, pour partager mon étonnement. Ne pas ressentir de gourmandise est une expérience tout à fait nouvelle pour moi. Vous noterez que je n’écris pas « résister à la gourmandise » car je n’ai ressenti de tentation ni de frustration à aucun moment. A l’issue de ce weekend, je me sentais pleine d’une force tranquille. « Tu vas voir que tu vas faire le Carême toute l’année » m’a dit mon frère. Y’a pas de risque, j’aime trop la viande rouge.


    Aujourd’hui est mon 7ème jour de Carême. Hier soir, je me suis régalée d’un chili sin carne mijoté ce weekend. Finis la sensation de tête lourde et les coups de fatigue, mon corps semble s’être accoutumé à son nouveau rythme. Je me sens bien, me couche légère. Mon système digestif au repos me remercie en silence. Je n’ai désormais aucun doute sur ma capacité à aller au bout de cette expérience. Et à la renouveler.

  • "Alors avançons ensemble !" - part 2 (Les dés sont jetés !)

    [Episode précédent ici]

    Le soir, à 17h30, je pique un sprint jusqu'aux bureaux de l'employeur convoité. A peine assise, ma potentielle future N+2 (appelons la ma N+2 puisqu'elle l'est désormais) me dit " A. et moi avons réfléchi depuis notre entretien ce matin et nous avons peur que vous vous ennuyiez vite sur les solutions pour lesquelles nous recrutons. Vous êtes visiblement dynamique et curieuse, on sent qu'il faut vous "nourrir" dit-elle, et ce domaine n'est pas le plus fun. Mais je vous rassure, ajoute-t-elle, votre profil nous intéresse et j'ai besoin de collaborateurs dans différents domaines. Et vous, qu'avez-vous pensé de notre échange de ce matin ?"

    Je réponds que j'ai réfléchi aussi. Que je suis très intéressée par le domaine couvert par leurs solutions (les RH) et que, celui-ci étant nouveau pour moi, je ne crois pas que je vais m'ennuyer, en tout cas pas avant un bon moment. En revanche, 2 points m'interpellent dans la description du poste qui m'a été faite. Le premier, c'est que l'objectif fixé aux consultants en terme de nombre de jours de prestations est élevé et même supérieur à celui de mon précédent employeur. Or, après plus de 4 ans à partir chaque semaine, j'avais envie d'un poste qui demanderait moins de déplacements, plutôt sur un rythme d'1 semaine sur 2 voire 3. Le deuxième point, c'est que leurs produits sont "franco-français" et que je trouve dommage de se priver de 2 de mes compétences, à savoir ma capacité à dispenser des formations en anglais et en espagnol.

    Mon interlocutrice acquiesce : "Nous y avons pensé aussi". Elle poursuit :

    "J'ai eu un peu de temps depuis ce matin et je suis allée consulter votre profil sur les réseaux sociaux .... Vous avez un sacré parcours !"

    Je souris : " J'ai un parcours atypique, en effet".

    Elle continue " Vous avez fait du management, n'est-ce-pas ? Loin de moi l'idée de vous mettre mal à l'aise mais ... je sens chez vous du leadership, de la rigueur, le gout de l'écriture ... alors, si je peux me permettre, pourquoi n'êtes vous "que" consultante" ?

    Je suis parfaitement bluffée et rend intérieurement hommage à sa clairvoyance. Elle m'a "devinée" en un peu plus d'une heure d'entretien. Je comprends qu'il puisse paraitre surprenant de passer d'un poste de responsable à celui de consultante formatrice (sous-entendu subalterne) alors j'explique : des difficultés alors dans mon poste de manager, une remise en question, le besoin de trouver, après 15 années d'un parcours dense et varié, MA voie, celle dans laquelle je m'épanouirais et donnerais le meilleur de moi-même. Un bilan de compétences et un changement de cap avec en ligne de mire un poste dans lequel j'étais débutante et avais tout à apprendre.

    Je conclus : " Je ne voulais plus faire de management mais j'ai l'impression que c'est mon destin car dans les postes que j'ai eus depuis, il m'est souvent arrivé de trouver qu'on n'allait pas assez loin et pas assez vite. Je pense qu'aujourd'hui, je ne ferais plus les erreurs que j'ai pu faire alors." J'explique que j'ai d'ailleurs proposé à ma précédente manager de la seconder en créant un poste de chargée de qualité mais que cette donnée ne faisait alors pas partie des priorités de ma direction.

    Mes interlocutrices sont à leur tour bluffées :" Vous avez un vrai projet professionnel, c'est rare."

    J'en rajoute une couche " C'est sûr, je ne cherche pas un boulot alimentaire. J'ai beaucoup appris sur moi-même, et aujourd'hui, à défaut de savoir exactement ce que je veux, je sais au moins ce qui ne me convient pas."

    [Depuis 2005, je constate à quel point la démarche d'entamer un bilan de compétences a été une des meilleures décisions de ma carrière. Il m'a permis de mesurer tout le chemin parcouru, de redorer une estime de moi alors mise à mal, de lister avec précision les conditions de ma réussite mais surtout de me convaincre que mon mental est tout et que CE QUE JE VEUX, JE LE PEUX. Mon bilan de compétences, en donnant un sens à mes choix et en me légitimisant, a tué pour toujours mon complexe d'autodidacte.]

    Notre échange continue. Elles souhaitent savoir pourquoi j'ai quitté mon employeur précédent, celui chez lequel je suis restée 4 ans et demi. Je les sens réceptives et décide de jouer cartes sur table car en prenant la décision, 1 mois et demi plus tôt, de tout mettre en œuvre pour fausser compagnie à mon employeur, j'ai aussi pris une résolution : celle de ne le faire que pour un employeur qui me mérite. Ca peut paraitre prétentieux, comme ça, mais j'assume et m'explique : j'ai décidé de travailler désormais pour un manager qui me recrute précisément pour ce que je considère être des qualités et qui ont visiblement été perçues comme des défauts par mon employeur actuel : ma franchise, mon exigence, mon besoin de toujours remettre en question et progresser. Il y a quelques années, mon ami JM a mis un nom sur cette posture quasi intuitive "La roue de Deming" ou PDCA.

    Alors j'explique que je n'étais plus en accord avec les choix de la direction, qui avait décidé de tout miser sur la conquête  de nouveaux clients au détriment des clients existants. Que mon boulot, c'est la qualité et que j'avais eu le sentiment qu'on empilait des étages supplémentaires sur un édifice devenu branlant. Qu'ayant essuyé à plusieurs reprises les plâtres de nouvelles fonctionnalités insuffisamment testées, et vécu plusieurs grands moments de solitude face à un outil bugué et instable, et n'étant plus en phase avec direction qui selon moi, pensait court terme, j'avais décidé de partir.

    Ma N+2 sourit : " Vous avez que notre PDG est un financier aussi ?" Je souris et acquiesce, consciente que je la joue à pile ou face : "Faire de l'argent n'est pas sale; tout dépend comment on le fait." Elle compatit : " Je vois très bien ce que vous voulez dire. NOtre direction ne voit le métier de consultants qu'en termes de jours facturés. On essaie de leur faire comprendre que facturer n'est pas tout, on se bat et croyez-moi, ce n'est pas évident tous les jours mais j'ai bon espoir". Elle continue " Moi je cherche des collaborateurs qui nous font avancer."

    Elle revient sur la proposition du matin "Je reviens à la charge avec mon poste de directeur de projets. Franchement, je vous vois tout à fait dans ce poste mais comme vous ne connaissez pas le domaine sur lequel nous intervenons, j'ai peur que vous manquiez de crédibilité si vous devez manager des consultants. Il n'est pas nécessaire de connaître le domaine, mais pour vous ce serait quand même plus confortable. Ecoutez, je vais débriefer notre entretien avec mon responsable. J'ai plusieurs postes en tête pour vous. Je pars en vacances ce soir et vous recontacte avec une proposition mi-septembre, ok ?"

    Lorsqu'elles me raccompagnent à la porte et me serrent chaleureusement la main, je me dis que, quoi que soit la suite, cet échange a été un des plus enrichissants et "réconfortants" que j'ai eus depuis bien longtemps. Qu'après toutes les expériences d'entretiens désagréables que j'ai eues ces dernières semaines, ces deux femmes m'ont redonné foi dans les recruteurs. Et que j'ai désormais très très envie de travailler pour et avec elles.

  • Cabbages and Condoms

    IMG_20131119_211353.jpgJ’avais repéré ce restaurant dans mon guide touristique et m’était promis d’y aller ; son propriétaire, Mechai Viravaidya, en reverse les recettes à la PDA, une association fondée en 1974 et  impliquée dans l’information et le développement de la population thaïlandaise. Il est surtout célèbre pour son implication dans l’accès à la contraception et la lutte contre le sida et s’investit dans de nombreuses autres belles causes, comme l’accès à l’eau, l’éducation des enfants ou la défense des droits humains. Donner son argent à une telle association, voilà une belle occasion de manger utile.

    Cabbages and Condoms se trouve entre les stations Nana et Asok, dans un quartier très animé, où les « salons de massage » et bars pour touristes à la recherche de sexe pas cher se succèdent. Musique rock, bière à gogo, pléthore de jeunes thaïlandaises court vêtues, qu’on croise au bras de vieux (et jeunes) Européens.  M. Viravaidya a du boulot.

    La première surprise, pour moi qui pensais trouver un modeste restaurant familial, c’est la beauté du lieu qui abrite Cabbages and Condoms.  Au bout d’une allée, une boutique vend plein d’objets artisanaux, fabriqués par les populations rurales, dont les fonds sont eux aussi reversés à l’association de M. Viravaidya . Je sais où je vais venir acheter mes cadeaux, moi (elle ferme à 22h30) … L’entrée, qui  débouche sur  un magnifique jardin intérieur, est gardée par deux mannequins aux tenues surprenantes ... Je prends un ticket car il y a 25 minutes d’attente et je vais boire un jus de goyave (si, si !) au Captain Condom bar, où la décoration est pleine d’humour et, contre toute attente, franchement réussie (qui eut cru qu’on puisse habiller des lampes d'objets  aussi moches ?)

    (Comme d'hab, cliquer sur la photo pour la voir en grand)

    Condoms.jpg

    [Z'avez vu, j'ai enfin retrouvé le mode d'emploi des montages photos !]

    Ca y est, une table s’est libérée pour moi. A l’étage, je m’installe dans un espace rafraichi par de nombreux ventilateurs et brumisateurs, surplombant les dineurs. Je suis absolument ravie d’être dans un endroit aussi beau, original et utile. La carte offre un très grand choix de plats végétariens, salades, soupes, curries, poissons, viandes, est prometteuse et originale, elle aussi.

    En entrée, j’opte pour des Kha Nom Jeeb (à moins que ce ne soit des Chaw Muang, j’ai un doute). C’est joli, ce mauve, et c’est bon !

    Ensuite, j’hésité à goûter la version C&C de ce crabe au curry pour lequel j’en pince, et je choisis un Gang Phed Ped Yang, un canard rôti au poivre vert cuit dans du lait de coco, accompagné du petit panier de riz gluant auquel je suis devenue accro.

    En dessert, je vais enfin pouvoir goûter ce dessert thaï si réputé, Khao Niew Mamuang, mangue et riz sucré. La carte des desserts est très alléchante - j'y ai même trouvé les fameux Bua Loi Nam King dont je me régale avec mon pote Jack à la Perle de Dalyan - et j’espère bien pouvoir revenir avec Rob et Richard pour en goûter d’autres !

    Cabbages.jpg

    Je remplis le questionnaire de satisfaction, paie la modique somme de 582 Bt. (+/- 14€) et gagne encore un cadeau surprise … un préservatif féminin ... alors ça, j’ai déjà testé et franchement, pas concluant, j’ai plutôt eu envie de rire !

    Je repars absolument ravie de cet endroit.Une seule suggestion : diminuer la ventilation et éteindre les brumisateurs (pas très écolo) car les plats refroidissent à la vitesse grand V. En dehors de ça, chapeau bas, M. Viravaidya !

    Cabbages and Condoms on 10 Sukhumvit Soi 12, Bangkok (TLJ jusqu'à 22h)

    Tel : (662) 229 4610 ou 229-4611-28