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  • Il faut savoir

    Sentir au frémissement du visage, imperceptible à d’autres que soi, les émotions qui rapetissent, rétrécissent et tétanisent, la peur et la tristesse. Regarder en face les sentiments qui agrippent, entravent et recroquevillent, la jalousie et la frustration. Alourdir son ventre et sa tête de désir inassouvi, de rêves indécents et humides. Se réveiller seule et coupable aux côtés d’un corps innocent et endormi. Regarder les minutes défiler jusqu’à son réveil. Faire semblant de dormir.

    Reconnaître qu’on est en train de perdre le contrôle de soi-même et qu’on commence à se mentir. Se souvenir de la promesse faite à soi-même. Renoncer aux simulacres et à la médiocrité. Choisir le repos d'un lit vide et froid plutôt que la chaleur du tien où je faiblis. Refuser le jeu et fuir pour ne pas nous perdre.

    Retenir d'un mot la voiture qui s'éloigne déjà et remercier d'un sourire qui n'ose pas dire qu'on n’a pas envie d’être seule, pas tout de suite. Parler à une amie qui n’est pas la nôtre et découvrir beaucoup de courage derrière l'apparente dureté. Caresser le chat aux yeux bleus et au prénom de crooner.  Accepter une bière pour retarder le moment de partir et parce qu’on est bien, là, avec l’homme au physique d’un autre siècle et au sourire si doux, qui nous écoute avec beaucoup d’attention, et sans feindre. Louer ensemble le plaisir à voyager seul et tellement présent aux autres. Penser, avec une pointe de tristesse mais sans pouvoir rien y faire, que d'autres s'enchaînent à des illusions pour ne pas être heureux.

    Et sur l’asphalte, s’envoler vers la liberté de choisir, enfin. Défier l’horizon barré de la vallée encaissée, attaquer les cols à grands coups d’accélérateur, comme des bouffées d’oxygène qu'on avale pour revenir à soi. Frôler les ravins et se dire qu’on a plus d’adhérence qu’on ne l’imaginait. Goûter la fraîcheur de l’air qui augmente et vivifie. Admirer les cimes encapuchonnées d'un blanc virginal et se sentir purifiée. Humer l'odeur du fromage chaud, caresser le bois et le bruit du silence. Et dormir enfin, apaisée, indulgente, réconciliée.