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07.05.2008

Liberté ou esclavage ?

329322713.jpgLe téléphone portable, c’est un moyen de communication. Un bel outil de liberté. Sauf aux moments inopportuns où il devient un effroyable intrus. Je me souviens de mon grand-père qui pestait contre le téléphone, qu'il supportait difficilement. Heureusement qu'il est mort avant l'arrivée des portables, il se serait étranglé de fureur. Il avait pas la langue de bois, mon grand-père, et un jour il avait fulminé : "T'es en train de faire l'amour, en plein orgasme, et là, crac, le téléphone sonne ! Si en plus, l'autre te laisse un message sur le répondeur, c'est fini, tu remballes !"

J'ai hérité de ce souci qu'il avait de préserver son espace. Je suis déjà accro à internet, ça suffit bien. J'ai 5 téléphones : 2 persos (1 fixe et 1 portable) et 3 pros (1 fixe, 1 portable et 1 DECT). Au boulot, je suis donc joignable à tout moment et très fréquemment sollicitée. Alors en dehors, oui, le téléphone m'agresse parfois. Mon téléphone n'est éteint que quand je dors ou prend l'avion, en dehors de ça, il est en mode normal quand je suis seule et disponible, et en mode silencieux quand je ne suis pas seule, ce qui est fréquent : au boulot, au resto, dans un train, au cinéma, au théâtre, avec des amis. Pour moi, ça s'appelle tout simplement du savoir-vivre. Je passe mes coups de fil aux temps morts de la journée, quand j'attend le bus par exemple, ou quand je marche dans la rue et je suis tellement consciente du caractère intrusif d’une sonnerie de téléphone que je commence systématiquement la conversation par « Je ne te dérange pas ? »

Je connais des gens qui en sont tellement esclaves que je me demande s’ils n’y répondent pas même lorsqu’ils sont en train de faire l’amour. Je me souviens notamment d'un verre en terrasse avec une amie, pas vue depuis plusieurs mois, qui était partie dans une grande discussion existentielle avec son interlocuteur alors que nous venions à peine de nous asseoir. Après 10 minutes d'attente, je lui avais fait signe que je me cassais. Elle avait vite abrégé la conversation. Je ne supporte pas le téléphone au sacro-saint moment des repas et n'y répond jamais, sauf à mon coloc', au cas où. Je me suis engueulé plusieurs fois aussi avec mon frère ou ma soeur qui râlaient parce que je les réveillais à midi. "T'as qu'à éteindre ton téléphone si tu veux pas qu'on te dérange."

A contrario, ma mère me reproche régulièrement de ne pas répondre quand elle appelle sur mon portable. J’ai beau lui expliquer que mon boss était dans mon bureau, ou que j'étais dans le tintamarre de la circulation parisienne / à la bibliothèque / sous la douche / à vélo / en train de déjeuner etc., elle se vexe. Je finis par lui dire que de toute façon, je ne suis pas esclave de mon téléphone, point.

Il y a quelques mois, c'est mon boss qui me dit sur un ton de reproche : "Je t'ai appelée sur ton DECT, tu n'as pas répondu".

"J'étais aux toilettes", lui ai-je répondu avec un sourire angélique. Désormais, quand je ne suis pas joignable, il attend sagement quelques minutes que je le rappelle.   

Et vous, quel est votre rapport au téléphone portable ? Maître ou esclave ?