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  • Salsa en liberté

    20h15 hier soir, je descends dans un parking près de chez moi pour y récupérer une voiture que j'ai louée pour la soirée auprès d'une société d'auto-partage. Particulièrement adaptée aux citadins, que ce soit pour des raisons écologiques ou économiques, ce concept se développe dans de nombreuses villes de France. A Paris, on trouve Caisse-Commune, Mobizen et Okigo , mais aussi en Alsace, à Lyon, à Marseille, bientôt à Toulouse (en projet) etc.

    Je passe ma carte d'adhérent sur le pare-brise, les portières se dévérouillent. J'ouvre la boîte à gants, compose mon code secret sur un clavier qui libère la clé de contact. Carte grise, carte de carburant (celui-ci est compris dans le prix de la location), tout est là. Je passe faire un plein - gratos, si vous avez bien suivi -sur le quai d'Ivry avant de prendre l'autoroute A4. Ma Clio toute neuve a 20 kms au compteur.

    Au bord d'un lac, en plein air, de la musique latina, une soirée salsa. Un homme tatoué cuit des merguez et des cuisses de poulet sur un grill. Je suis un cours, histoire de me remémorer ceux dispensés à Dublin par Tony, mon ami cubain, il y a plus de 10 ans. Les pas de salsa, mambo, rumba, ça je connais. Les habitués nous rejoignent et je m'applique à mémoriser le "di le qué si" (dis-lui oui) et son pendant, le "di le que no"(dis-lui non). Les danseurs mâles sont tous confirmés et me font virevolter. Je m'amuse beaucoup même si je dois faire attention à ce que mes talons aiguille ne se coincent pas dans les interstices des lattes du ponton.

    Vers minuit, je reprends l'autoroute et gare ma voiture dans son parking. Je papote un peu avec le gardien et lui explique le concept, qu'il ne connaît pas. Il risque de me voir souvent car je suis enchantée de cette prémière expérience de l'auto-partage.

  • Ils ne manquent pas d'Eire !

    En 1996, suite à un plan social de mon entreprise qui délocalisait tous ses bureaux européens en Irlande, j'atterrissais à Dublin. J'y vécus 6 ans. Le pays, jadis l'un des plus pauvres d'Europe, faisait alors l'admiration de tous. Une croissance record, un taux de chômage ridicule. Les constructions allaient bon train, les voitures étaient toutes neuves, les bars et boutiques branchées se multipliaient et les agences de recrutement fleurissaient à chaque coin de rue. Avec moi, une flopée de français, italiens, allemands, espagnols etc. vendit son exotisme dans des centres d'appels. Nous étions courtises par les plus grandes entreprises internationales - principalement américaines - pour travailler sur les marchés de la zone EMEA (Europe- Middle East-Africa). Les Africains francophones ne tardèrent pas à rappliquer, eux aussi, des pays européens ou ils vivotaient. C'est alors que la légendaire hospitalité irlandaise fut mise à mal. Le "tigre celtique" n'avait pas été préparé à l'immigration, habitué qu'il était à se vider de sa population. Une vague de xénophobie s'empara du pays et les passages à tabac se multiplièrent. Mes amis Irlandais étaient horrifiés que leurs compatriotes reproduisent un comportement dont leurs ancêtres, fuyant la misère, avaient été victimes en Australie, USA ou Angleterre.

    Je me suis retrouvée dans la peau des étrangers en France qui sont si souvent accusés de venir "piquer le boulot" des autochtones (sic).

    Moi et mes amis étrangers ne manquions pas alors de souligner ce que tous semblaient avoir oublié. Les immeubles, les bus, toutes les constructions portaient la mention "Financé par la Communauté Européenne". En adhérant à l'UE en 1972, l'Irlande sortait de la misère grâce à l'argent de la communauté européenne. Certes, d'autres pays ont bénéficié des mêmes aides et n'ont rien su en faire. Les Irlandais sont courageux et travailleurs. Mais l'attitude populaire était puante d'arrogance et de xénophobie. Au moment du vote pour le traité de Nice, les banderoles "L'Irlande ne veut plus d'étrangers" et "Le traité de Nice va appauvrir l'Irlande" ne se comptaient plus.

    Pourquoi l'Irlande a-t-elle dit non, par deux fois déjà ? Moi je dis : parce qu'elle est xénophobe et parce que, maintenant qu'elle s'en met plein les poches, elle ne veut pas participer au budget de l'Union. Il suffit de lire les gros titres des journaux irlandais pour le constater.

    Ingrate Irlande ! As-tu oublié d'ou tu venais ?