Cette nuit-là, à 0h01, son téléphone a lancé un rappel. « M., 38 ans ». Elle a fixé l'écran qui clignotait et appuyé sur la touche « arrêter ». Songeuse l'espace d'un instant, elle a eu peur de sombrer dans la tristesse, au souvenir de tous ces anniversaires passés ensemble. De ces étrangers qu'ils sont devenus, l'un à l'autre.
A l'heure du déjeuner, elle l'a appelé. Cet anniversaire serait l'occasion de reprendre contact, puisqu'il y avait encore certains détails à régler.
Quand il a décroché, sa voix était enjouée, il avait reconnu son numéro sur l'écran. Elle lui a souhaité un bon anniversaire, en l'appelant par son nom de famille, comme à l'armée. Il a éclaté de rire, lui a dit qu'il avait pensé à elle, la veille, en visionnant la vidéo de ses 26 ans, leur premier anniversaire ensemble. Au ton de sa voix, cça semblait être de bons souvenirs. Il a demandé des nouvelles des uns et des autres, du boulot. Lui a parlé de ses projets. Elle n'a pas posé de questions.
« Il faut qu'on reprenne contact, cette année. On s'est un peu perdus, depuis 2 ans, hein ? »
Elle n'a pas renchéri. Elle n'a pas rappelé toutes ces fois où il avait téléphoné. « Je viens à telle date, on déjeune ensemble, ok ? » A chaque fois, elle s'était réjouie de le revoir, avait guetté la date, attendu. Le téléphone était resté silencieux et il avait toujours une bonne excuse à laquelle elle faisait semblant de croire. Parce qu'elle l'avait connu sincère et loyal, qu'il l'avait chérie, avant, elle ne pouvait accepter l'idée qu'il la méprise. Et pourtant un matin, l'occasion lui fut donnée, à son grand regret, de faire face à la vérité.
Quelques heures avant celle de leur déjeuner ensemble, après si longtemps, il avait appelé, pretexté un avion raté. Une fois de plus, elle lui avait laissé le bénéfice du doute, avait été désolée de ce contretemps « Ce sera pour une prochaine, fois, hein, tu vas bien, sinon ? » mais quand repensant à quelque chose, elle avait composé son numéro quelques minutes plus tard, elle avait compris qu'il avait menti. Il était là, à quelques kilomètres d'elle. ¨Partagée entre colère et tristesse, elle avait rappelé et demandé, incrédule « Putain, c'est ça que tu es devenu ? »
Aujourd'hui, en entendant son ton faussement désinvolte, elle a souri, partagé entre amertume et ironie. Elle a failli lui dire la vérité, qu'il lui importe peu désormais, qu'elle ne lui réservera plus jamais une minute de son temps et qu'il ne fait plus partie de ceux qu'elle aime. Elle a juste répondu : « On s'est un peu perdus, c'est le moins qu'on puisse dire » mais elle a pensé avec tristesse : « On ne s'est pas perdus, M. Tu m'as perdue ».
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