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  • Balade à Montmartre avec M. et Mme Usclade

    Dimanche, peu après 13h, je pousse la porte d'un restaurant, à deux pas de Pigalle. A une table, ils sont là, et elle, que je rencontre pour la première fois, est très souriante. Le contact est naturel et la conversation s'enclenche sans efforts.

    Deux heures plus tard, Usclade et sa femme m'entraînent dans la Cité du Midi, une impasse arborée dans laquelle on peut encore voir les céramiques des anciens bains-douches de Pigalle.
    Nous remontons la rue Germain Pilon, où plus tôt, ils ont acheté de jolis livres, chez Claire Dupoizat, une illustratrice à suivre; un carnet de voyage au Maroc, destiné aux enfants et un album illustré des "gueules de son quartier".

    Sur la place des Abbesses, où le soleil lumineux remplit les terrasses d'une foule joyeuse, nous prenons la rue de la Vieuville jusqu'à celle des trois frères. Ce drôle de nom vient des frères Dufour qui étaient propriétaires de parcelles montmartroises.
    Au n°56, une épicerie bien achalandée fait un angle de rue; c'est la maison Collignon du film "Amélie Poulain", où Jamel se faisait houspiller.
    Juste après, la place Emile Goudeau est elle aussi remplie de touristes qui jouissent de la vue plongeante. La lumière rasante est magnifique. J'entraîne mes compagnons jusqu'au n°13 où des ateliers d'artistes ont remplacé la bâtisse de bois du Bateau Lavoir, calcinée lors d'un incendie en 1970. Ce lieu a accueilli des peintres et poètes comme Braque, PIcasso, Modigliani, Max Jacob, Apollinaire et Mac Orlan et aurait vu naître Les Demoiselles d'Avignon.

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    Au centre de la place trône une des 50 fontaines d'eau potable en fonte verte mises à la disposition des Parisiens par sir Wallace, militant antialcoolique notoire.
    A gauche, c'est la rue d'Orchampt, au bout de laquelle un groupe de touristes campe devant la maison de Dalida. A droite, on rejoint la rue Lepic et on tombe nez à ailes avec le moulin Radet, qui fait partie du moulin de la Galette.
    [En préparant ma balade avec Usclade, j'ai appris que le moulin Radet se trouvait d'abord sur la butte Saint-Roch, dans le quartier du Palais-Royal, et fut démonté et transféré jusqu'à celle de Montmartre.]
    Plus loin, c'est le moulin de la Galette sur son promontoire, totalement inaccessible aux promeneurs et protégé de grilles. Le Moulin de la Galette, ancien Blute-Fin, domine la butte depuis plus de 400 ans.
    Son histoire est tragique car le meunier Debray le défendit en 1814, lors du siège de Paris, et fut crucifié sur les ailes de son moulin. Sous la Restauration, son fils le transforma en salle de bal où on pouvait manger de savoureuses galettes. A la fin du 19ème, devenu bal populaire, il inspira Renoir, Toulouse-Lautrec et Van Gogh.    

    Il est déjà 15h34 et mes compagnons prennent un train à 16h30. Nous descendons la rue Tholozé, au centre de laquelle on trouve le Studio 28, plus ancien cinéma parisien encore en activité. Devant leur hôtel, je les embrasse et n'ayant pas envie de rentrer chez moi, je décide d'approfondir ma découverte de ce quartier que je connais très mal.




    Je remonte jusqu'à la rue Tholozé et pénètre dans le cinéma Studio 28. Le hall d'entrée, meublé d'un piano et d'un divan de velours rouge, est tapissé de photos d'acteurs et réalisateurs, de dédicaces (de Simone Signoret et Montand, Marion Cotillard, Pierre Tchernia), d'empreintes de pied moulées de Brigitte Fossey, Jeanne Moreau. Au boutà droite, une courette fait office de jardin intérieur. Je scrute la programmation et arrête mon choix sur "Apollonide, souvenirs de la maison close". La séance est à 17h, j'ai donc encore une heure pour me balader dans le quartier.

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    Je remonte la rue, passe devant une épicerie italienne et un bar animé, "Le petit parisien". A l'écart des places toruristiques, les prix sont abordables.
    Dans la rue Lepic, je rate l'avenue Junot et descends la rue. Les accès à certains escaliers de la butte, raccourcis fort pratiques, sont désormais fermés par des portes à code. Ca a le don de m'énerver, ce patrimoine commun qui devient privé. Au passage, j'avise au n°46, la maison où Van Gogh vécut avec son frère Théo. Et puis, juste à côté, mon oeil attentif déniche, derrière un porte, une belle facade sertie de quatre statues antiques.

    Plus bas, au n°15, un modeste café désormais célèbre fait l'angle: le Café des 2 moulins.

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    Peu avant d'atteindre le boulevard de Clichy, je bifurque à droite dans la rue Constance. Au bout, il y a l'impasse Marie Blanche et au n°7, une maison intéressante. Deux hommes discutent devant la maison et me jettent un coup d'oeil; je redoute de me faire virer mais on me laisse photographier la superbe demeure sans problème. Une affichette indique d'ailleurs qu'elle est ouverte au public la semaine et lors des journées du patrimoine. Sympa, le proprio !

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    A la sortie de l'impasse, j'arrête deux touristes asiatiques et leur conseille d'aller admirer la maison. Elles en profitent pour me demander si je sais où est la maison de Van Gogh. Ben oui, ça tome bien.
    Têtue, je rebrousse chemin et remonte la rue Lepic. Je repère un homme en terrasse qui m'a repérée (j'ai des yeux derrière la tête) et quelques mètres plus loin, il m'aborde. Répondant à ses questions, je prétends être prise. Il propose un café, je réponds que je vais au ciné. "Il n'y en a pas ici" dit-il. Ben si, mon garçon, même que c'est le plus vieux de Paris. "Ca fait 13 ans que jhabite ici, j'ai jamais su qu'il y avait un cinéma". Après un dernier coup d'oeil à ma silhouette, il me quitte sur un "Rien à dire". Ca c'est de la drague. Je remonte toute la rue jusqu'à l'avenue Junot, "une des plus belles de Paris" selon mon guide. Elle cache, elle aussi, un tout petit ciné-théâtre.

    Les demeures qui bordent la paisible avenue Junot sont magnifiques. Une plaque rend hommage à Francisque Poulbot, peintre qui croqua les gosses de Montmartre. Juste à côté, la maison de Tristan Tzara, fondateur du mouvement Dada.
    A l'entrée de la villa Léandre, il y a des gens qui boivent un verre en terrasse, et aussi un buste discret de l'artiste, caché par des feuillages. L'impasse ressemble à celles qui bordent le parc Montsouris.

     

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    Il est 16h53, houlala mon film comence dans 7 minutes, je file dare-dare dans les rues, mes talons font un boucan d'enfer, hop à droite devant le moulin et puis à gauche. Il est 16h59 quand l'ouvreuse me tend mon ticket pour "l'Apollonide, souvenirs de la maison close". Dans la salle luxueuse aux rideaux de velours rouges, les lustres dessinés par Jean Cocteau donnent à la pièce tout son théâtral.

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    Je m'installe et plonge dans l'univers feutré et féminin d'une maison close parisienne à la fin du 19ème siècle. Les plans sur les nuques, le rondelé d'une épaule, les lourdes chevelures qui ondoient sont d'une très grande sensualité et les robes de soirée sont magnifiques. Pourtant adeptes des films d'horreur, j'ai détourné les yeux devant une scène d'une grande violence. La BO, anachronique, est savoureuse et la chute, délicieusement décalée, donne à réfléchir.

    Peu après 19 heures, je retrouve un Montmartre plus calme. Rue des Abbesses, j'admire le portail de l'église Saint Jean l'Evangeliste, premier édifice religieux construit en béton armé. Je me promets de revenir tâter les jolies chaussures colorées d'une boutique. Rue des Martyrs, au n°80, Michou voit la vie en rose à côté de son voisin africain.

    Je prends le métro et en chemin, décide de finir mon trajet en bus. J'aime bien le prendre quand je ne suis pas pressée. Ce soir-là, bien inspirée, je fais irruption dans un bus désert où 4 jeunes improvisent sur leurs guitares un concert de jazz manouche, sous le sourire complice du chauffeur.
    "Les yeux noirs", je ne résiste pas et j'entonne la chansonnette avec eux en tapant des mains. Arrivés à leur arrêt, je décline leur invitation à les suivre et les salue. Demain, c'est lundi, faut que je sois fraîche ...

  • Lapine de 6 semaines

    A la fin de l’été, j’ai envoyé un mail à un de mes mystérieux commentateurs. Au fil des jours, j’avais développé un intérêt manifeste pour ses interventions toujours très conviviales, et souhaitais en savoir un peu plus sur cet homme de l’ombre. Depuis, j’entretiens avec lui une riche correspondance qui au fil des échanges, s’est muée en joyeuse déconnade.

    En attendant l’occasion de boire une mousse avec lui, je ne résiste pas à l’envie de partager un de ces épisodes qui m’a fait pleurer de rire  (et accessoirement réaliser que je n’avais rien perdu de ma naïveté)

    Le chasseur : La saison de la chasse a débuté pour moi. Une bonne journée sportive à poursuivre le perdreau (j'ai bouffé du maïs et écrasé des betteraves, le bonheur), et j'ai un splendide tableau à mon actif :  "0" bestiole ! Sans prétention, c'est bien la première fois. Bon j'ai pas eu de chance (c'est souvent passé chez mes voisins), mais je dois admettre que j'ai tiré comme une bitte. Et puis j'ai été sympa, j'ai même poussé un ptit lapereau mort de trouille vers son terrier, avant que les chiens ne déboulent. En bref une journée écolo quoi.

    Fiso : Tu sais que j'ai failli me pisser dessus de rire avec tes histoires de chasseur à la mords moi le nœud qui sauve les lapereaux ? T'es trop fort, j'ai bien ri. C'est pour titiller ma fibre maternelle que tu me racontes des histoires pareilles ? ;)

    Le chasseur : (…) NB 2: la saison de chasse continue...et je ne sais pas ce qui se passe mais je suis toujours aussi nul (dingue non?), y a pas un des ces p...de volatiles qui veut se prendre du plomb de mes cartouches. Jamais vu ça. Mais bon passer une ptite journée sous le soleil comme hier, c'est toujours agréable, puis il y a des instants sympas: à un moment un faisan passe à proximité de ma voisine: elle tire et le faisan se pose 50 mètres derrière elle. Faut savoir qu'elle en touche pas une (un peu comme moi pour l'instant)...et là j'ai pas pu m'empêcher: je lui ai dit qu'elle devait l'avoir touché (mais vu l'atterrissage c'était plus qu'improbable), du coup elle a cavalé toute heureuse dans les betteraves à la recherche de la bébête, et moi de loin je lui faisais des signes "un ptit peu plus à gauche" - "un ptit peu plus à droite", avec mon autre voisin on étaient mort de rire... puis bon, après quelques minutes j'ai été lui dire qu'à mon avis cette crapule de faisan avait du se faire la malle à pied (je sais c'est pas bien)

    Fiso : (…) T'as réussi à déguster un petit civet de quelque chose, depuis, ou tu bouffes des pizzas ?
    Je pense que j'aurais fait exactement comme toi avec ta collègue ... C'est jouissif ce genre de connerie.

    Le chasseur : (…) Quant à mon tableau de chasse (je parle bien d'animaux), il s'est fort heureusement amélioré, ce qui ne m'empêche pas de manger des pizzas (on ne se refait pas).

    Et donc pas de civet, mais 2 perdreaux qui m'attendent dans mon congélo, encore tout complet-avec plumes-pattes-bec: pas eu le temps de les plumer après ma dernière chasse, donc je les congèle (emballé dans de l'alu quand même...je vois ta tête d'ici).

    Je vais donc me les préparer un de ces 4 ... et donc faudra passer par le déplumage, et là rien de tel que ma méthode:

    Une fois la bête dégelée (dans ce cas-ci), tu prends une pompe à vélo (sur pied), tu enfonces l'embout dans le fion du perdreau, tu coinces la bête entre tes deux pieds, puis tu gonfles à fond! Et là toutes les plumes se retirent par pans entiers. Ne surtout pas décoincer le perdreau entre tes pieds, sinon c'est le même effet qu'un ballon que tu gonfles et qui t'échappes: il fout le camp à toute blinde avec un bruit plus ou moins similaire (pppffffffffrrrrrtttttttttttt)...pour aller s'écraser contre le premier obstacle venu, ce qui est con parce que tu abîmes la viande.

    NB: maintenant que j'y pense...évite la pompe si un jour tu dois déplumer un perdreau...

    Fiso : (…) Je viens encore de piquer un fou-rire en public avec tes conneries de pompe dans le fion des volatiles !!
    J'ai partagé avec mes collègues, du coup, et nous avons des questions d’ordre technique :
    est-ce que ça marche aussi sur des bestioles jamais congelées ?
    PS 1: Pourquoi le NB ?
    PS2 : Je pense à un nouveau concept d'épilation définitive, tu crois qu'il y a potentiel ? :p

    Le chasseur : (…) Ca marche pas mal avec les volatiles non congelés. Mais (car il y a un mais), le problème se situe à deux niveaux:

    -1 / l'étanchéité du fion (l'idéal: colmater avec un chewing gum pour pas que l'air sorte entre l'embout et le fion)

    -2 / les trous de plombs: ça rend le truc totalement inefficace, sauf si on veut obtenir une sonorité proche de celle du pipeau (et si tu repères les trous, tu peux jouer un air avec tes doigts, mais alors tu souffles toi-même, c'est plus simple).

    Pour le NB c'était...attends, je me planque derrière un meuble..... (voilààààà c'est fait...je suis prêt!)

     --> C’était au cas où t'aurais pris le truc au sérieux (maintenant tu peux balancer tout ce qui te tombe sous la main!)