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  • Thérapie (1)

    J'ai ouvert le placard et sorti les boîtes en carton que j'y ai oubliées il y a des années. J'ai lu des lettres qu'on m'a envoyées, il y a longtemps, quand communiquer ne pouvait se faire que dans la réflexion, seul face à soi-même et une page blanche. Des lettres de ma mère, de ma soeur, de ma confidente d'alors partie vivre en Afrique, de l'homme au profil d'aigle qui a disparu et qui me manque toujours, 15 ans après. Je l'ai cherché sur ces réseaux qui flattent notre narcissisme et nos angoisses, en vain. Il me parle de solitude et de son amour pour moi, lui le garçon qui désirait des hommes, et emploie des mots qui feraient sourire ceux qui n'ont rien compris. J'aimerais savoir à quels maux de moi son émouvante missive répondait alors.

    J'ai sorti de leur pochette Kodak bleue chacune des centaines de photos qui représentent mon passé. Les regarder me rendait triste, avant. En fait, c'est mon regard, là, sur le papier glacé, qui provoque de la tristesse en moi. Et ça, ça ne part pas. Pas encore. Je suis restée pensive devant ces images de moi, cheveux longs ou en brosse. Je ne me reconnais pas, c'est étrange. J'ai aussi contemplé les visages de gens et bambins sur lesquels je n'ai pas su mettre un prénom.

    J'ai mis de côté les photos qui représentent d'autres personnes, ma soeur, mon frère, ma copine Claire, nos souvenirs de vacances à la Barbade et à Los Angeles, où nous posions dos à dos dans le même bikini Tommy Hilfiger, rouge pour moi, bleu pour elle, mon ami Salim et sa drôle de coupe de cheveux de l'époque, Blaithin avant qu'elle ne devienne mère de famille, les enfants de Jean-Marc, sa photo de mariage, les miennes où posent déjà ceux qui m'entourent encore aujourd'hui, Bibiche, Amel, Jean-Marc, Salim encore, Armando exilé au Danemark et les amis de mon frère, mes petits-frères, Fred, Chrif. Pour les scanner et les leur envoyer.

    Et j'ai jeté les centaines de photos.