Hier, j'ai fait une expérience inédite et surprenante. Une de mes ex-collègues (musulmane), a organisé un dîner dans un restaurant-riad près de Beaubourg, et proposé à ceux qui voudraient éprouver leur volonté et/ou montrer leur solidarité, de jeûner comme elle de 4h57 à 21h32.
Vous me connaissez, je suis une femme de défis. Pourtant j'avais de gros doutes sur ma capacité à supporter, non pas la privation de nourriture puisque je m'essaie au jeûne intermittent depuis plusieurs semaines, mais celle d'eau.
La veille, j'ai profité de la terrasse de ma douce Chacha et savouré un délcieux barbecue aux accents grecs, avec féta grillée et raki artisanal. A 2 heures, après une dernière rasade de flotte, je me couche.
Le lendemain, je réfrène mon premier geste du matin, qui est de boire un verre d'eau. La première moitié de journée ne m'inquiète pas : le weekend, je déjeune rarement avant 15h. Mais je m'imagine déjà en fin d'après-midi, langue dehors, au bord de la syncope et obsédée par la sensation d'une goutte d'eau sur ma ma langue.
Au pire, me dis-je, si je souffre vraiment je me rincerai la bouche, ce qui est autorisé (tant qu'on n'avale pas car avaler, c'est tromper péché).
La matinée se passe sans encombres. Ma collègue s'enquiert gentiment de mon état et m'encourage. Vers 13h, je tourne un peu en rond. C'est que manger, ça occupe, mine de rien. Et pas question de tuer les heures en me lançant dans le ménage !
J'échange des sms avec les 2 autres volontaires; l'une a mal à la tête et l'autre a tellement bu d'eau la veille qu'il n'arrête pas de pisser. Nous tenons bon.
Je m'installe devant mon ordinateur et rédige le long billet précédent, ce qui m''occupe jusqu'à 16h. Toujours pas la moindre sensation de faim, je suis très surprise. Je pourrais boire un verre d'eau, certes, mais rien d'insurmontable et même pas le besoin de me rafraîchir la bouche. Je compte le délai qui me sépare de mes amis : il me reste quand même presque 6 heures à tenir. Le plus dur est devant moi.
Vers 17h30, je ressens un coup de barre et décide de prendre une douche, ce qui m'achève. A 19h, je me glisse entre les draps pour un somme réparateur de 30 minutes. A 20h je sors de chez moi, reposée, pomponnée et toujours pas affamée. Je touche au but et ne peux m'empêcher d'envoyer un message à quelques amis musulmans pour leur annoncer mon dernier exploit, dont je ne suis pas peu fière.
A 21h15, visiblement un peu déphasée, je dépasse le resto et suis hélée par mes compagnons, hilares.
A 21h30, ayant un doute sur l'heure exacte de la rupture du jeûne (ce serait quand même con de se louper à quelques minutes près), nous appelons ma Jam qui confirme : c'est bon pour vous à Paris !
[Ben oui, logique, le soleil ne se couche pas à la même heure pour tout le monde]
Nous avons enfin mérité de lever nos verres (d'eau) à ce défi relevé, sans aucune souffrance en ce qui me concerne, et je dois dire que le bien le plus précieux de l'humanité a une saveur nouvelle dans ma bouche, tout comme le repas que nous partageons ensuite.
Cette expérience a fini de me convaincre : les sociétés occidentales mangent bien plus que nécessaire et tout est question de volonté. L'année prochaine, je pourrais bien m'offrir un jeûne prolongé, recommandé par de nombreux médecins désormais, mais avec eau car je reste persuadée que s'en priver est mauvais pour la santé.