Il y a quelques semaines, avant de m’envoler pour la Crète, j’ai soudain pris ma chambre en horreur. J’ai fait quelques allers-retours vers le local poubelles, avant d'écumer maintes boutiques de linge de maison pour dénicher une nouvelle housse de couette. Marre des couleurs pétantes, envie de douceur.
La plupart des gens apportent un soin particulier à leur chambre, moi, c’est tout le contraire. Ca a toujours été un lieu strictement fonctionnel, destiné à y dormir. Et la votre, elle est comment ? J’aime les chambres de filles de mes copines, avec guirlandes lumineuses, coussins soyeux et bougies parfumées. Je les trouve marrantes. Ma chambre, à moi, pourrait être celle d’un homme, elle ne dit rien de moi. Elle est froide, blanche et encombrée d’objets que je n’aime pas tandis que mon salon est exotique, chaleureux et ensoleillé. Je me suis demandé, alors, pourquoi j’avais toujours négligé cette pièce de mon intérieur. Celle qui symbolise l'intimité.
Je me suis remémoré toutes les chambres que j’avais occupées, plus ou moins longtemps : 21 chambres en 36 ans ! C'est beaucoup, non ?
Le constat de Myriam, lors de mon bilan de compétences il y a 3 ans, m’est revenu en mémoire « Votre vie est parsemée d’arrachements et de ruptures.» J’avais fondu en larmes, elle était restée à côté de moi, silencieuse. Son regard et son sourire bienveillants étaient comme l’épaule d’un ami. Moment difficile mais sans doute nécessaire, qui m’a permis de comprendre certaines choses et de faire un peu la paix avec mon passé.
Aînée de 3, j’ai pratiquement toujours partagé ma chambre, d’abord avec mon frère, puis avec ma petite sœur. Quand j’ai vécu seule, ce fut en studio où la pièce unique faisait office de tout, salon, cuisine et chambre, et de rien, donc.
En Irlande, les chambres étaient entièrement meublées - et très moches - (en bleu, ce qui est loin d’être ma couleur favorite). Elles auraient dû constituer un refuge pour m’isoler des autres, mais j’y passais finalement peu de temps. Je leur préférais la cuisine où ustensiles et livres de recettes parlaient de moi. Là-bas,pendant 6 ans, j’ai vraiment perdu le goût de décorer mon chez-moi, puisqu’il ne l’était pas.
J'ai déjà prévenu JM que j'allais le réquisitionner bientôt pour peindre et percer les murs. Je vais me débarrasser, une bonne fois pour toutes, des traces du passé qui encombrent mon présent. Je suis prête à laisser s’exprimer le festival de mon intimité. A laisser voir qui je suis, au fond de moi. Enfin.