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  • Festival de l'eau (2)

    free music

    A bord d’une barje de bois gris, nous monterons.

    Contre ton torse large, je fredonnerai des gammes,

    Mon orteil dans le fleuve tracera un sillon,

    Le clapotis de l’eau bercera mon vague à l’âme.

    Sur une berge joyeuse, résonnant de flonflons,

    Nous rejoindrons en hâte une foule festive.

    Y’aura Oh ! et Zarxas, peut-être d’autres garçons,

    Sur un violon tzigane, je danserai, lascive,

    Et fermerai les yeux, pour retenir les larmes

    Car le chant des gitans, toujours, noie mes pupilles.

    [L’espace d’un instant, je me rêverai sauvage

    Au flanc d’un cheval blanc, galopant sur la plage.

    Dans la moiteur salée des marais camarguais,

    Au vent, comme un roseau, se dressera ma fierté. 

    Mais soudain acculée, le nez dans la poussière,

    Affaiblie par le sang jailli de mes artères

    La foule qui acclame, et demande ma mort,

    Qui jette contre moi la lance des picadors]

    Et l’archet du violon, témoin de mille drames,

    Dans mon cœur palpitant plantera sa banderille.

    Quand tu t’inquièteras de me sentir absente

    Mon sourire désarmant rétablira le charme

    Dans tes bras, je ferai semblant d’être insouciante,

    Et tes baisers ardents raviveront ma flamme.

    [Le festival de l'Oh!, le vrai, c'est le week-end prochain, 25 escales sur la Seine et la Marne, un carnaval de l'Oh! mêlant cirque, musique, danse et théâtre, des promenades commentées, des activités nautiques, expos, ateliers etc.]

    On vous embarque ?

  • En Crète avec l'UCPA - jour 4

    Réveil tardif. J'ai raté le p'tit déj dans la salle de l'hôtel, et le rendez-vous à 9h30 pour la sortie en kayak. Un autre garçon du groupe aussi, nous nous retrouvons à la terrasse de "Chez Françoise" pour un rapide café grec et yaourt au miel. Nous décidons de prendre un kayak et d'aller nous balader un peu dans la baie. Benji nous a parlé d'une grotte cachée à flanc de falaise. Nous pagayons le long des rochers, il fait un soleil magnifique. Un long moment, nous nous laissons dériver et quand nous rouvrons les yeux, le courant nous a ramené près de la plage. Nous attendons les autres au beach office.

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    Pas de place pour notre groupe de 30 chez Françoise, Dzé pédale jusqu'à l' Erorotokritos qui dresse une table pour notre groupe dans l'arrière-salle, avec vue sur la mer, toujours aussi turquoise. Je ne me mêle pas à mon "crew" pour une fois, et m'attable avec Paola, Mickaelle et les moniteurs. Fred commande un plat de grillades d'agneau et fait le con. Je mitraille la tablée.

    Cet après midi, sortie en trimaran avec Fred, Laurent, Stéphane, Aurélie et Patricia. Je me suis dit que ce serait l'occasion de pioncer un peu et récupérer de ma courte nuit, bercée par les vagues. Tu parles !

    Je n'ai jamais fait de trimaran. Vous avez de la chance, nous dit Fred, car le groupe de ce matin n'avait pas de vent. Il nous fait barrer et tenir le spi, à tour de rôle. Aurélie et Patricia, en bonnes bretonnes, assurent bien mieux que nous. C'est impressionnant de voir toutes ces voiles se dérouler et claquer au vent. Je filme Laurent et Stéphane en prise avec les voiles et fais piquer une crise de fou-rire à Laurent pour une histoire de mousqueton. Une sortie sympa, dommage en revanche, qu'on n'aie pas fait de pause baignade.

    Le soir, je rejoins Karim, Stéphane, et Laurent dans leur chambre pour un apéro aux olives, avant de prendre le bus pour aller dîner et passer la soirée à Chania, l'ancienne capitale. Aurélie et Patricia sont déjà là et ont sorti les olives. Le décolleté affriolant des deux cousines, leurs coiffures soignées, leur maquillage sophistiqué me laissent croire qu'elles ne sot pas insensibles aux charmes de mes copains... Je me fais la réflexion, soudain, que je voyage décidément trop léger. J'ai oublié ma panoplie de fille.

    Je pars toujours en vacances avec le strict minimum, que ce soit au niveau vestimentaire ou en terme d'accessoires. En fait, c'est surtout parce qu'attendre mes bagages, pendant des plombes, après l'atterrissage me gonfle et qu'ayant bossé en compagnie aérienne, j'ai entendu trop d'histoires de vacances gâchées pour cause de bagages perdus. Alors, je m'arrange pour que tout tienne dans un bagage à main. A moi la lessive en tube ! Et si je n'oublie jamais ma trousse d'urgence (Biafine, anti-moustiques, désinfectant, pansements et paracétamol), en revanche, je zappe le superflu (accessoires, ceintures, bijoux, trop faciles à perdre). Et pour le maquillage, c'est crayon noir, mascara et brillant à lèvres. Même pas de parfum, incompatible avec le soleil. Mon frère avait halluciné de me voir débarquer pour 3 semaines au Vénèz avec un bagage à main. Quand je vous disais que je suis la femme idéale ...

  • Dans la peau d'un homme

    865497160.jpgJ'aime bien parler des choses quand ce n'est pas ou plus "à la mode". Comme WajDi, j'avais renoncé à m'essayer à ce drôle d'exercice proposé par Zoridae. Pas facile de se mettre dans la peau d'un homme sans aligner les clichés. Une conversation franchement hilarante, il y a 2 jours, avec mes collègues masculins, m'a soudain donné l'inspiration nécessaire.

    Merci donc à L. et surtout à JN, ma muse inspiratrice, bien malgré lui. 

    J’ouvre les yeux sur une toile beige, à quelques dizaines de centimètres de moi.

    « Tiens, je ne suis pas dans ma toile de tente … »

    Sensation d'étouffement. Le soleil qui cogne au-dessus de moi ravive les odeurs mélées de corps et celle, caractéristique, des toiles de tentes neuves. Qu’est ce qu’il fait chaud !

    Je tourne la tête à droite et dans mon champ de vision,  un préservatif usagé. Sur mon flanc gauche, une présence chaude. Je remue les jambes, et le contact de mon sexe contre le drap me confirme que je suis à poil. Lentement, je jette un coup d’œil sur la gauche. Une masse de cheveux bruns d’où émerge le profil d’une femme et une épaule, nue. Grand moment de solitude. Qui est-elle ? Je fouille ma mémoire à la recherche du déroulé de la nuit passée. Je me souviens de l’arrivée en boîte avec mon pote Stéph’, des nombreuses bières au bar, des jolies filles, toutes plus sexys – et chaudes - les unes que les autres, de la piste de danse, de corps frôlés et d’odeurs mêlées de parfum et d’aisselles nues. Mais comment je me suis retrouvé dans la toile de tente de cette inconnue, avec laquelle visiblement j’ai baisé, aucune idée. Et merde !

    La chaleur, une barre au front qui confirme que j’ai bien trop bu hier soir, je referme les yeux. Concentre-toi, Loïc, t’as quand même pas pu baiser une nana sans en avoir le moindre souvenir ???

    A ma gauche, elle a bougé. Elle se redresse, me découvrant au passage mais je me garde bien de signaler que je suis réveillé. J’entends le zip de la toile de tente, elle est sortie. Ouf ! Mon soulagement n’est que de courte durée. Quand j’étends les bras, je sens autre chose, sur la gauche. Coup de tête paniqué. Merde ! Une deuxième !! Brune aussi, dos tourné. Oh, putain ! Avec laquelle j’ai baisé ? Les 2 ???

    Dehors, des bruits de casseroles, de l’eau. Je suis tétanisé. La brune allongée à ma gauche remue quelques instants, puis se lève aussi. Bruits de discussion dehors, et rire étouffés aussi. Bon, mon coco, va falloir y aller … D’autant plus que j’ai une méchante envie de pisser.

    Je retrouve mon caleçon en boule dans un coin de la tente. J’enfile mon jean tant bien que mal et mon tee-shirt. Lorsque je mets le nez à l’air libre, manquant de me vautrer dans l’ouverture étroite, elles sont là, debout, toutes 2 à me guetter avec un sourire amusé. Putain, mais c’est quoi ces monstres ??? Chacune d’elle fait deux fois ma carrure … !!!

    Je sens des gouttes de sueur perler à mon front.

    « Tu veux un café ? » me demande l’une d’entre elles. Je balbutie un « Oui, merci » étranglé.

    « Vas-y assieds toi ». Je pose la pointe de mes fesses sur un siège pliant de couleur verte. Surtout, fermer sa gueule, attendre et observer. En dire le moins possible, y’aura bien un signe à un moment ou un autre qui me dira avec laquelle j’ai couché. Pendant que la brune au débardeur kaki remplit un mug de café brûlant, je les détaille. Comment j’ai pu finir avec ces meufs, elles sont pas du tout mon genre ! On dirait des videurs de boîte de nuit. Grandes, toutes en muscles, un dos en V, des épaules de nageuses est-allemandes. La vache ! La deuxième me tend un paquet de pains au lait. "Laquelle, bordel ????" Je dois avoir l’air con, mais con !...

    « Alors, bien dormi ? » J'acquiesce et essaie de me détendre. Je ne sais rien, même pas leur prénom ! Le stress, putain, de se retrouver nez à nez avec une (deux?) nanas avec laquelle on a couché, et se rendre compte qu'on ne sait absolument rien d'elle.

    "Tu habites où" demande l'une. "Au camping municipal". "De Biscarosse ?" "Heu, non, de Mimizan ... pourquoi on est où, là ?" "Ben à Bisca." "Ah, ok .." 

    Et merde ! Comment je vais rentrer ? 

    La brune au top kaki passe à côté de moi et me caresse le bras au passage. Bon, ça doit être elle. 

    Elle susurre "Et tu fais quoi dans la vie?"

    C'est ça ma cocotte, continue à causer, ça meuble.

    "Je bosse dans la grande distribution, et vous ?"

    "Nous, on est profs de karaté"

    Je manque m'étrangler en avalant mon café de travers. Le palpitant qui s'emballe. Une peur irraissonnée s'empare de moi.

    Pas question, désormais, de dire "Ecoutez les filles, je ne sais pas laquelle d'entre vous j'ai sauté cette nuit, j'étais bourré, je ne me rapelle de rien, c'était une erreur monumentale, vous êtes pas du tout mon genre, chuis désolé, on oublie tout, ok ?" Je m'imagine déjà, latté comme jamais par 2 nanas rendues hystériques par le fait que je me fasse la belle après une nuit d'amour.  

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    J'ai pas intérêt à déconner, faut la jouer fine. Les pensées défilent à toute vitesse dans ma tête. Je touille mon café, tentant de me remettre les idées en place. Comment je vais faire pour me tirer sans déclencher un drame ? Bon, d'abord pisser parce qu'avec le cerveau embrumé plus la trique matinale, j'arrive plus à réfléchir. Je me dirige vers les toilettes du camping d'un pas traînant. Je vais appeler Stéph' qu'il vienne me tirer de ce cauchemar. Pourvu qu'il réponde ce con, parce que j'ai pas l'intention de faire la causette pendant des heures avec 2 ceintures noires ! 
    Je reviens vers les filles. Visiblement, elles ne se rendent compte de rien et continuent à discuter. 
    "Heu, je dois appeler mon pote, vous savez où il y a une cabine téléphonique ?"
    "Oui, à l'entrée du camping, tu prends la première allée à gauche, là."
    "Ok, bon ben je reviens."
    "Tu voudras un autre café ?"
    "Ouais, super !"
    Je m'éloigne vers la liberté. Au téléphone, Stéphane est mort de rire et me charrie "Ben, mon salaud, t'avais la patate hier soir !"
    "Ramène ton cul et vite, j'ai pas envie de faire un remake de Kill Bill, je t'attend devant la mairie".
    Je raccroche, et file en hâte, sans me retourner.
    Quand je suis arrivé au camping et que j'ai raconté ma mésaventure aux copains, aussi frais que moi, ils m'ont charrié. Moi je riais jaune et tout le reste du séjour, cet été-là, j'ai flippé de recroiser mes profs de karaté. La moindre paire de cheveux bruns se promenant à moins de 50 mètres de moi me donnait des sueurs froides. 
    Pour rien au monde, je ne voudrais revivre l'angoisse de ce réveil dans une toile de tente inconnue. Quand j'y repense, j'ai encore honte de ma lâcheté. J'étais jeune. C'est peut-être ce matin-là que j'ai décidé de ne jamais plus m'enfuir au petit matin.
  • Festival de l'eau

    Enlève moi et voguons

    Sur les méandres du fleuve Amour,

    A fleur de Pô, tu traces mes contours

    Et m’amène à ébullition.

    L’eau à la bouche, tu me mets,

    Et l’écume au bord des lèvres.

    Sur mon corps brûlant de fièvre,

    Lèche le sel cristallisé.

    Tu voudras aborder, mouillé de ma salive, 

    Je noierai ton désir dans mes reflets troublants.

    Les perles de rosée, je cueillerai, lascive,

    Jusqu’à ce que ton plaisir jaillisse, comme un torrent.

    Pose tes mains sur ma chute de Rhin

    Remonte-moi lentement et à contre-courant

    Plante ton duc d’Albe dans mes sables mouvants,

    Ouvre les écluses et remplis moi, enfin.

  • Marthe

    A peine franchie la jolie porte en bois habillée de fer forgé, le salon-salle à manger. Sombre, confiné, jamais aéré. On n’ouvrait jamais la fenêtre, donnant sur la rue, par peur que les passants puissent jeter un coup d’œil à l’intérieur. Au mur, déco façon seventies : de grosses fleurs dans des tons orange et marron. Au centre de la pièce, occupant tout l’espace, une grande table en bois recouverte d’une toile cirée. Sur le buffet énorme, le casque de pompier et le portrait du grand-père.

    La cuisine, illuminée par une verrière.

    Au fond du couloir, les toilettes. On les devine sitôt passé la salle de bains, à cause de la fosse sceptique. Une curiosité, lorsque j’étais enfant, que cette drôle de trappe, sur le côté, qu’on actionne.

    Le jardin, abandonné et triste.

    De la cuisine, une porte qui mène aux étages. Un escalier escarpé, bas de plafond, qu’on emprunte avec prudence. Une première chambre, minuscule, monacale. Effigie de Sainte-Rita accrochée au mur et crucifix au-dessus du lit. Ces signes religieux, disséminés dans toute la maison, me foutaient la trouille.

    Au fond du couloir, LA chambre. Tout aussi sombre et sobre.

    Au 2ème étage, l’ancienne chambre de ma tante, claire, sous les toits. Son vieux tourne-disques y est encore, et même un 45 tours de Sheila qui chante les rois mages.

    Pendant les 6 mois où j’y ai vécu, à l’aube de l’adolescence, la maison a connu un véritable chambardement. Elle a résonné de ces mélodies d’une autre époque, que je chantais à tue-tête. Dans le jardin abandonné, j’ai entrepris le dressage d’Ophélie, la douce femelle caniche noire, qui pensait vieillir peinarde au bout de sa laisse.

    Pas facile d’hériter d’une gamine de 12 ans quand on a dépassé la soixantaine. Mamie Marthe a essuyé mes premiers actes de rébellion. C’est chez elle que j’ai commencé à me maquiller, profitant du fait qu’elle n’y voyait pas bien. Je fardais mes paupières de ses ombres vert pâle. Et c’est aussi sur le chemin de l’école que j’ai crapoté mes premières et uniques cigarettes, avec ma copine Annick.

    Mamie Marthe avait entrepris de me faire porter les vêtements de sa fille. Devant mon refus d’enfiler les gilets Phildar, elle avait confectionné une robe bleue à fleurs tout droit sortie de « La petite maison dans la prairie ». J’avais constaté qu’elle était plus autoritaire que je ne le pensais. Elle avait compris que j’étais la digne fille de mon père. Elle ne s’énervait jamais, mamie Marthe. Elle s’asseyait sur une chaise, dans un coin, et elle écrasait ses larmes.

    Le dimanche, elle calait mon bras sous le sien et on allait à la messe. Et ensuite, souvent, elle m’emmenait chez ses copines, ou dans une salle où avait lieu un thé dansant. Après avoir sacrifié au rituel de la bise sur les joues flasques de dizaines de vieux, je pouvais m’empiffrer de gâteaux à la crème, avant de valser contre les seins généreux de ma mamie et de ses copines endimanchées qui sentaient bon la poudre. C’est elle qui m’a appris à danser la valse. Elle était fière de présenter « la fille de Claude », celui que personne ne connaissait puisqu’il avait fui le Nord à 18 ans. Tout le monde s’extasiait sur mon calme et ma douceur. Elle savait bien, elle, que ma docilité n’était qu’apparente.  

    J'aimais l'accompagner à la boucherie chevaline de la Justice, où je recevais invariablement une rondelle de saucisson de cheval. Me faire à manger était un casse-tête pour elle. Elle n’avait plus l’habitude, pourtant, je mangeais de tout. Elle était fière de son gratin dauphinois, que j’engloutissais. Le dimanche, parfois, elle me faisait du pain perdu saupoudré de vergeoise. Et aussi un plat au nom exotique, que mon père aime encore manger aujourd’hui. Des restes de pot au feu, carottes, pommes de terre, poireaux, grossièrement écrasés et réchauffés à la poêle: le ratafia.

    Parfois aussi, elle arrêtait la camionnette du boulanger dans la rue, et m’achetait une couque.

    Samedi, à la faveur d’une escapade dans le Ch’Nord, je suis retournée dans la ville de mon père, rue Kléber, à Lys Lez Lannoy. Une petite fille a rendu la balade moins triste. Je n’étais pas venue là depuis la mort de ma mamie, en 1991.

    La jolie porte en bois a été remplacée par un volet roulant, laid et quelconque.

    Je l’ai imaginée ouvrant la porte, Ophélie aboyant sur ses talons. Sa poitrine si imposante, ses yeux bleus derrière les lunettes cerclées d’or, les cheveux blonds et ondulés, si fins. Ses robes austères et fleuries de mémé. Je l’ai toujours connue vieille, ma Mamie.

    Elle m’aurait fait quatre bises, du bout des lèvres, avec son accent chti : « Te vas bien, ma poule ? »

    J’ai raconté un peu de son histoire aux amis qui m’accompagnaient. Pudeur extrême et résignation en faisaient une femme mystérieuse. Quels avaient été ses rêves et ses chagrins, je ne le saurai jamais. J’aimais ses exclamations si drôles, les « Misère ! » et les « Hé bé bé bé ! »

    Je ne crois pas qu’à l’exception des dix dernières années de sa vie, elle ait été une femme heureuse. Devenue veuve, elle avait chipé le compagnon de sa copine Gisèle, un colosse au nez gigantesque et violacé. Ancien tailleur pour dames, André avait relooké notre mamie et lui avait donné une nouvelle jeunesse. Robes bigarrées, maquillage, voyages, son regard bleu s’était fait malicieux.

    Le géant veillait tendrement sur sa demoiselle aux 60 printemps. Quand elle s’est éteinte, quelques jours avant Noël, sur son gros nez violacé, les larmes étaient intarissables.