Un homme s'assied à sa droite, dans l'obscurité de la salle. Elle hume avec délice l'odeur de son cuir mouillé par la pluie. Elle déteste son contact froid, mais elle a toujours aimé l'odeur du cuir. Du coin de l'oeil, elle scrute le profil viril, les cheveux en bataille, la bouche gourmande, le jean moulé sur les cuisses massives.
L'inconnu la trouble. Elle a envie de coller son nez contre la peau animale et de la respirer, les yeux fermés, comme elle le fait souvent avec ce sac en cuir grainé qu'elle aime tant. Que porte-t-il sous le blouson brillant ? Elle imagine une chemise blanche et large, aussi légère que le cuir est lourd. Ses mains s'immisceraient dans l'encolure du cou, feraient lentement sauter les boutons en le regardant dans les yeux, fôlatreraient dans la toison douce du torse, glisseraient le long des côtes, effleureraient le nombril. Ses cheveux humides exhalent l'odeur âcre d'un sous-bois d'automne, sa bouche est parfumée au tabac blond.
Lorsqu'une larme coule sur sa joue gauche, elle l'écrase le plus discrètement possible. Elle préfère être seule pour voir des films tristes. Et si elle le pouvait, elle se mettrait au premier rang pour que personne ne la voit. Zut, une autre larme, et une autre encore, elle les laisse couler et se perdre dans son cou, c'est froid et désagréable mais elle retient sa main qui se ferait trop remarquer sur ses joues. A sa droite, le cuir s'agite et fait du bruit, l'inconnu se penche vers elle et lui tend un mouchoir. Elle le regarde alors, elle jurerait que ses yeux sont humides aussi, ou alors ils brillent très fort, il lui sourit timidement, semble prêt à parler, se ravise et saisit sa main. Alors elle pose sa tête sur l'épaule de cuir et respire fort.