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  • Bonne nuit mon chéri

    Elle dit :

    « Pendant des années, je lui ai dit bonne nuit avant de dormir. Parce que chaque nuit peut être la dernière. Et puis, un jour j’en ai eu marre. Maintenant je me couche sans dire bonne nuit, et ça me rend malade."

    A ce moment là, j’ai eu envie de l’embrasser. Elle avait les larmes aux yeux. Tant d’espoirs déçus, d’élans retenus. Tant d’amour. Juste une petite phrase. Est-ce que c'est si désagréable de mettre un sourire sur son visage ?

  • Commence à me gonfler sérieux...

    Ce midi, en soupirant, je pensais « Faudrait que je me calme là ». Et puis, je me suis posé la question : « Ai-je envie de me calmer ? ». La réponse est non.

    J’ai envie d’aller au conflit et de lui dire qu’il commence sérieusement à me gonfler. C'est la saison.

    Je sais qu’il le faut, d'ailleurs, parce que maintenant, dès qu’il débarque dans mon bureau ou que je vois son nom apparaître sur mon téléphone, je me raidis, je serre les dents et que mon agacement est de plus en plus perceptible, quand je ne le fusille pas du regard.

    Ca fait un moment que ça monte. Je l’aimais bien pourtant, quand il est arrivé. Et de fait, il est plutôt sympa. Il me faisait sourire, en réunion, dans son jean ajusté, ses santiags et  sa chemise ouverte sur chaînes en or qui brillent, à la Pacino. Il ne lui manquait pas grand-chose pour être élégant, à côté de mon big boss, bien plus jeune mais bourré de tics, et tout raide dans son costard à rayures.

    Sa première grave erreur, ça a été d’essayer de se la jouer paternaliste avec moi. Je n’aime pas ça en général, je ne l’accepte pas du tout dans le travail, et encore moins d’un homme qui est mon boss et pourrait presque être mon père.  Il m’a dit un truc un jour, et là, je me suis promis « toi mon coco, je vais te la faire ravaler, celle-là ».

    Une de ses vérités préférées, c’est « dans une meute, il y a toujours un dominant ». Sous-entendu, lui, bien sûr. La première fois qu’il nous l’a servie à table, j’ai grincé des dents. Meute, dominant, s’il se considère comme un animal, moi non.

    La rupture est venue le jour où il a fait un méga coup de vice à un de mes jeunes collaborateurs. Mon collab’ est venu me voir, paniqué. Il se voyait déjà viré. Comme je suis très rancunière, j’ai résolu le problème à ma façon.

    Ensuite, j’ai commencé à boycotter les déjeuners parce qu’il avait choisi comme bouffon du roi un collègue que j’aime beaucoup mais qui n’a pas de répondant. L’entendre, lui, charrier un mec dévoué et compétent sur le ton du « T’es un peu con, mon garçon » parce qu’il est calme et plutôt rêveur, et voir les autres glousser comme des groupies dès que le chef balançait une vanne, ça me faisait pas rire et je me retenais même difficilement de les envoyer chier à sa place. Y’a des moments où je me fais vraiment violence.

    Et là, depuis quelques semaines, je ne fais même plus semblant. J’en ai marre de sa mauvaise foi, de ses ronds de jambe, que ce soit toujours nous qui avons mal compris et jamais lui qui s’est planté. Il a des méthodes de dressage à la militaire que je ne supporte pas.  

    Donc ça va péter. De toute façon, j’ai décidé de refuser la mascarade de l’entretien d’évaluation annuelle cette année. Je ne suis plus à ça près …

  • Mott street

    free music

    J’aurais dû aller courir, tiens. J'ai hésité, renoncé. Le soleil était absent, je manquais d’énergie. J’ai préféré me caler sur ma chaise longue en cuir, dans mon pyjama japonisant. « Breakfast tea », confiture de fraises maison sur des crumpets farineux malencontreusement rebaptisés « muffins »par ED, tiens, ça me donne des envies de bagels au cream cheese.

    Et me voilà à New York, lors de mon premier voyage, le nez en l’air. Bagels, carrot cakes, pastrami sandwiches, canards laqués de Mott street.

    Le téléphone sonne, un ami, je l’écoute en buvant mon thé brûlant du bout des lèvres. Il raconte une étreinte passionnée. Ca me fait rêver de dos tournés, de moues boudeuses, de peaux qui se frôlent comme par inadvertance, de mains qui s’égarent vers des chemins connus, d’odeurs, de souffles, les yeux fermés, la bouche ouverte. Je raccroche un peu plus tard et là, bam, sans crier gare, des idées noires, ou plutôt grises.

    Alors je me grise, dans un bar quelconque, d’un kir puis deux, au sirop de rose, c’est doux, ça me fleurit la bouche, et mes paupières sont comme deux pétales buvant l’eau du ciel.

    Sur l’écran de mes 17 ans, une gamine rejoue mes errances. Ses yeux sont secs et ses mots déshumanisés me font l’effet d’un coup de poing. « Mignonnet », a dit ma copine, en sortant. Non, pas du tout. Pathétique, désespérant, triste à pleurer. Je me souviens, comme si c’était hier, de mes nuits sans sommeil, du gâteau d’anniversaire que j’ai soufflé, le cœur serré. Trop jeune, trop vieille, toujours trop. J’ai repris mon vélo qui avait pris la pluie, lui. Selle mouillée, fesses mouillées, pas de lumière, pas de gilet, pas de casque. Pas bien, Sophie. Suffit d’une fois, on dit.

    Et puis, sur un autre écran, un preux chevalier, jailli non pas d’une forêt légendaire, mais tombé d’un olivier, vole à mon secours. Il me fait rire, éclater de rire même. Vous savez comment on dit « spéculum » en provençal ? Escartefigue ….