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  • Au café avec les hommes et une nuit à Takadoum, en famille

    Au Zenith, avenue Okba à Agdal, nous retrouvons B. avec un de ses amis, auquel Yo trouve des airs de ressemblance avec Djamel Debbouze.

    Peu après, nous sommes rejoints par un autre homme, puis un artiste-peintre qui ne décroche pas un mot, un jeune homme que je crois un instant français, superviseur dans un centre d'appels et travaillant avec un de nos concurrents directs, et bientôt, le cercle s'élargit et je me retrouve au milieu de 8 hommes, dont Abdel qui nous a rejoints. Je savoure mon privilège d'être au milieu d'une assemblée exclusivement masculine.
     
    En lui racontant notre visite à Chellah, Abdel m'apprend que le sultan Abou Al-Hassan qui y est enterré était noir de peau et sa femme, une anglaise, raison pour laquelle il donna Gibraltar aux Anglais. En effet, il était surnommé "le sultan noir" et sa sépulture se trouve dans la forteresse de Chellah, où il repose près de sa femme, "la sultane Chams al Doha, une Anglaise convertie à l'islam".

    Je parle avec Abdel de mon nouveau hobby de guide touristique bénévole et lui promet une visite privée lors de sa venue à Paris.

    La nuit est tombée lorsque B. nous fait visiter les nouveaux locaux de l'association qu'i a créée, dans le quartier de Youssoufia. Deux salles de cours, fraîchement repeintes, sont déja équipées de bureaux et chaises.   

    Ce soir, nous dormirons dans la famille de B., dans le quartier de Takadoum. Nous passons chercher nos valises chez Y. à Youssoufia. Je comprends que Yo aime ce quartier car l'agitation fébrile qui grandit aux abords du mini-parc, au fur et à mesure que la nuit tombe, est fascinante.
    B. s'arrête au carrefour du mini-parc pour que je prenne des photos de ce quartier si animé, ce qui amuse beaucoup les vendeurs dans leurs cahutes, qui crient "Photo ! Photo !"

    L'animation dans le quartier de B. est plus intense même qu'à Youssoufia.
    B. raconte qu'un volontaire de l'association, en découvrant les tentes, les lumières, les grillades et la musique, lui demanda s'il y avait un festival dans son quartier. Un instant perplexe, B. avait répondu, hilare "Un festival ? C'est tous les jours le festival ici !"

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    Nous suivons un dédale de ruelles et nous arrêtons devant une porte de fer. C'est la maison de B., où nous passerons la nuit. Sa soeur et son père nous accueillent; le père va souvent en France, notamment à Marseille, Montpellier et Ajaccio.
    Nous nous asseyons dans le salon familial et ce qui suit est très drôle; le père descend des albums photos du temps de sa jeunesse et même des photos de son propre père, ainsi qu'une carte de famille nombreuse des années 60, faite à Béziers, c'est du collector !

    Sur les photos dentelées, le père de B. a une coupe de cheveux à la Mike Brant et porte les mêmes pantalons moule-boules jaunes soleil que le mien, dans les années 70, et sa mère porte des pattes d'eph rouges comme la mienne alors. C'est marrant de constater à quel point la jeunesse marocaine de l'époque était interchangeable avec la jeunesse française.

    "A table !" crie la mère de B. Nous mangeons des sortes de tortillas fourées de viande hachée, avec une salade de tomates, concombre et oignons. L'avantage d'être une femme, c'est qu'on me réserve toujours la chambre où il y a le lit. Je m'endors donc dans un cocon douillet et le calme le plus complet.

  • La tour Hassan avec Lotte et la forteresse de Chellah (avec Yo)

    Ce matin, le réveil est plus difficile. Yo, en preux chevalier, a protégé ma vertu, un instant menacée, en dormant avec moi. Ça lui a visiblement réussi, il a dormi comme un bébé et se réveille requinqué.

    Vers 11h, nous retrouvons Lotte dans le quartier qui est encore assoupi. Le contraste est grand entre le matin et le soir, où la foule se presse devant les étals. Il nous emmène d'abord nous promener dans la forêt Ibn Sina. En ce dimanche matin, on se croirait au bois de Boulogne. La forêt est vaste et les joggeurs nombreux, des panneaux promeuvent la lutte contre la désertification.

    Après ce réveil en douceur, Lotte propose de visiter la tour Hassan. Nous traversons le quartier paisible des ministères et ambassades. Lotte pointe le ministère de l'intérieur, l'état-major, "le bureau de Mohamed VI", puisqu'il en est le chef. Dans la voiture de Lotte, il y a du son égyptien, Amr Diab. Je n'ai pas déjeuné ce matin et achète une madeleine dans une boutique.
    La tour Hassan est le vestige du minaret d'une mosquée jamais terminée, projet pourtant ambitieux. A proximité, une construction blanche coifée d'un cône vert abrite les tombeaux de Mohamed V et de ses deux fils, dont Hassan II.

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    Vers 13h, nous rejoignons le quartier de Takadoum où nous avons rendez-vous avec B., qui vient de tomber de son lit. Nous nous installons au premier étage du café Miami, juste en face du lycée où B. a fait ses études. Je commande un petit déjeuner Miami, oeuf dur et olives noires, et me fais servir un pain rond au lieu de la crêpe commandée. Je commence à avoir l'habitude de manger ce qu'on me sert et pas forcément ce que j'ai commandé.
    Lotte et B. discutent affaires. De retour à Youssoufia, je monte sur la terrasse pour prendre des photos des toits, couverts de satellites. Je m'allonge un peu mais ne parviens pas à dormir et nous prenons un petit taxi jusqu'à Chellah, le dernier des trois sites inratables de Rabat.

    Cette ancienne cité romaine et nécropole mérinide est majestueuse. Passée la grande porte, on découvre d'énormes couffins de branchages posés au sommet du minaret de l'ancienne mosquée et des arbres environnants; des dizaines de cigognes y nichent et balaient le ciel de leurs grandes ailes. La dernière fois que j'en ai vu, c'était en Roumanie.

    La lumière du soleil couchant sur la muraille ocre jette des reflets dorés. L'endroit, peu fréquenté, respire la tranquilité et c'est un réel plaisir de se promener sous la fraîcheur des orangers et bananiers. Plus loin, Yo, qui a fait des études d'histoire, me montre les ruines du forum, la medersa et les toits arrondis de l'ancien hammam.

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    Près du bassin aux anguilles, où les femmes stériles jetaient des oeufs durs en offrande, c'est le royaume des chats. Nous nous promenons longtemps dans cet endroit empreint de douceur et d'histoire.