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  • On en apprend tous les jours : je suis une nombe !

    J'entre dans le café y bar de tapas Alhambra, une des autres adresses alléchantes de la plaza Pescaderia, autour de laquelle je tourne depuis plusieurs jours. Sur sa facade, ce restaurant se vante d'offrir de délicieuses tapas concoctées par le chef Pepe.

    Il est encore tôt et l'endroit est assez vide. Je m'installe au fond, sur une chaise haute, me débarasse de mon sac et commande un verre de vin rouge au serveur, fort bel homme par ailleurs. J'ai envie de légumes et commence par unas habas de Granada con jamon de Trevelez. On m'apporte une belle assiette de fèves tendres et sucrées surmontées d'épais copeaux d'un jambon qui exhale le cochon andalou. Absolument délicieux. Je me régale et sauce avec gourmandise l'huile d'olive fruitée qui tapisse l'assiette.

    Sur le comptoir, une belle tortilla jaune, bombée comme une soucoupe volante, me laisse pantoise. Des poulets badigeonnés d'huile et de piments séchés attendent qu'on les grille. Je dégaine mon appareil photo. Pepe, le chef, penché sur ses marmites et casseroles, juste derrière le comptoir, remarque tout de même mon manège. Il rapplique avec une autre tortilla, encore plus ronde que la première, puis encore une autre. Je crois qu'il se moque un peu de moi, mais ce n'est pas grave.

    Alors que, pourtant rassasiée, j'ai commandé un bol de caracoles al estilo Albaicin et un deuxième verre, deux Asiatiques entrent et s'installent à la table voisine de la mienne. Japonais, il me semble. Père et fils ? J'en doute car ils ne se ressemblent pas. Le plus âgé, coiffé d'une casquette, doit approcher la soixantaine et le plus jeune dépasse à peine la vingtaine.
    Je profite de l'intérêt que suscite le bol d'escargots qu'on vient de déposer devant moi pour leur adresser la parole. Le jeune homme parle très bien anglais. Ils sont en effet japonais et c'est leur dernier jour en Andalousie, après des sauts à Madrid, Malaga, Cordoue et Séville.
    " Quelle relation pensez-vous que nous ayions?" me demande-t-il. "Vous êtes amis ?"
    " En fait, ce monsieur est propriétaire d'un restaurant de takono miyaki à 1 heure de Tokyo et aussi mon professeur de guitare. Je rêvais de venir en Andalousie - un de ses amis aurait beaucoup apprécié l'accueil réservé en Espagne aux personnes handicapés et lui aurait donné envie d'y venir - et lorsque je lui ai fait part de mon projet, il a souhaité m'accompagner. Mon professeur a commencé sa carrière en tant que guitariste classique et le but de ce voyage, c'était de voir la Alhambra à cause de l'album "Alhambra Memories".
    [NDLR : Si quelqu'un sait de quel album il parle, je suis intéressée.]

    Nous discutons fort agréablement tandis que j'extirpe mes gastéropodes de leur coquille. Ils baignent dans un bouillon pimenté et parfumé, entre autres, d'amandes hachées, que je déguste à la cuillère. Je n'en saurai pas plus car le serveur me l'a dit : Secreto del chef. Je confie à mes deux compagnons d'un soir que j'aime particulièrement la cuisine japonaise, que mon ami Seiji me fait découvrir.

    Grenade fév 201216.jpg

    "Est-ce que c'est vrai que les Français n'aiment pas parler anglais ?" demande le jeune Yuichi. Je proteste. Il est très sociable et sympathique, ce jeune homme, et à chaque fois que je me tais pour ne pas troubler leur conversation, il se tourne vers moi et me relance. Nous trinquons joyeusement puis ils attaquent un des volatiles pimentés.

    Une table de Français, Papa, Maman et les deux fistons, s'est installée non loin de nous. Ce soir, je suis en mode "chauffeuse de salle", comme dirait mon frère, et je me pointe à leur table en leur demandant ce qu'ils ont commandé. Ils sont de Bordeaux et viennent d'arriver à Grenade. Me demandent quels plats et quels restos je leur conseille. En les énumérant, je me rends compte que j'en ai déjà écumé quelques-uns !

    Je les quitte assez vite car une femme seule, Parisienne de surcroît, qui aborde les gens de façon tout à fait désintéressée, ça peut paraître suspect. Comme j'aimerais être ici avec ma filleule, mam'zelle Gigi, Boug', ou Quine, voire toutes mes copines ensemble, et l'Auvergnate rousse aux taches de rousseur aussi ! Ce serait un joyeux bordel.

    Lorsque je me rassieds sur ma chaise haute, Yuichi se tourne vers moi et me lance :
    " Au Japon, on vous appellerait une nombe."
    Allons bon, quel est donc ce nouveau qualificatif ?
    Il explique : "Une nombe, c'est quelqu'un qui aime boire et parler avec tout le monde. Si vous allez dans une izakaya au Japon,et que vous dîtes "Je suis une nombe", les gens vont beaucoup vous aimer."
    [ Message à l'intention de Seiji : quand est-ce que tu m'emmènes faire la tournée des izakaya ?]

    J'accueille le compliment avec beaucoup de plaisir et lève mon verre en criant "Nombe !", ce qui fait beaucoup marrer le propriétaire du restaurant de Takono Miyaki.

    Puis le jeune Yuichi propose ce que je n'ai pas osé faire jusque là (mais je ne crois pas que je les aurais quittés sans le proposer) : prendre une photo-souvenir de nous deux. Quà cela ne tienne, nous sollicitons le jeune ado bordelais pour une photo de nous 3, sur leur appareil et le mien. Nous échangeons également mails et coordonnées, et je leur propose de leur faire visiter Paris, si jamais, en dépit de notre mauvaise réputation, il leur prenait l'envie de venir en France.

    A la caisse, je papote avec un couple palois (décidément, il y a eu un arrivage de Français ou quoi ?), règle 17€55 car c'est rare, mais cela arrive, et en particulier dans les endroits où l'on sert des tapas gastronomiques comme au restaurant La Alhambra, seul la première tapa est offerte.

    Enfin, à moins de 3€ l'excellent verre de rouge et 3,50€ la tapa, je vous recommande cette adresse. A la carte des tapas, on trouve entre autres spécialités : paella, salpicon de marisco con aceite, cazuela de gambas con setas al ajillo, calamaritos a la plancha, bacalao frito con tomate de la huerta, salmorejo, chistorra de la Alpujarra a la sidra ou encore le fameux pollo al ajillo con pimentos secos.

    Mon estomac et mes papilles expriment leur plus profonde gratitude au chef Pepe !

  • Balade dans le Rialejo

    Mon réveil me tire du sommeil à 10h. Je petit-déjeune en terminant Salammbô puis me fais une session nostalgie en écoutant un album de Wham ! sur lequel je chante. Un des ouvriers de B. monte même en croyant que c'est B. qui fait des vocalises. En fait, B., après un premier réveil, est retourné se coucher. Il se lève peu après et je lui raconte mon voyage au Maroc avec Yo pendant qu'il déjeune. J'ai prévu, au mois 5 comme on dit là-bas, de retourner dans le nord du Maroc pour séjourner à Tanger, Tetouan, Chefchaouen et peut-être même Meknès, que je n'ai vues que furtivement. J'aimerais commencer mon voyage ici, en Andalousie, mais cette fois sur sa côte Ouest, en aterrissant à Jerez, où j'ai travaillé mais peu flâné, et en allant surtout me perdre à Cadiz et alentours. De là, je suivrai la côte et prendrai un bateau pour Tanger. B. envisage même de m'y rejoindre et cela m'enchante.

    Vers 12h30, je descends à pied dans Albaicin, prenant des ruelles qui me sont maintenant familières. A certains angles de rues, il y a ces jolies plaques bleues et blanches qui signale leur nom, comme celle-ci "Cruz de arqueros". Je me perds - suivant les conseils de B mais avec beaucoup de zèle - dans le labyrinthe de Albaicin, tant et si bien que j'atterris non pas près de la Plaza Nueva, comme prévu, mais du côté de celle del Triunfo.

    De là, pour éviter la calle Elvira, sans intérêt, je monte et descends des escaliers, tourne à droite puis à gauche. Enfin, j'atteins la Caldaderia Vieja et entre dans la brasserie La Riviera, celle où nous avons mangé de roboratifs tapas samedi soir.

    Grenade, Andalousie, WajDi, Zarxas

    Après avoir dévoré montadito, brochette et salade et sifflé le verre que m'a offert le serveur, qui m'a reconnue, je prends la Santa Escolastica en direction du Realejo, l'ancien quartier juif de Grenade. Un bandeau lumineux affiche 24°C. Le quartier derrière les statues des rois catholiques est très sympa, les rues sont bordées de quantités de bars.

    Je me perds dans Damasqueros, où les terrasses au soleil sont prises d'assaut, longe la place Campo del Principe, remonte jusqu'à la plaza San Cecilio où, surplombée par le palace hotel Alhambra, se dresse la petite église de San Cecilio. Digestion aidant, j'ai un sérieux coup de barre et profite un long moment, sur ses marches, du soleil et d'une brise rafraîchissante. Les rues du Realejo sont désertes, on se croirait dans un village de campagne écrasé par la moiteur d'une après-midi d'été. Il y a bien deux touristes anglophones qui jaillissent d'on ne sait où, en shorts, et aussi ces deux jeunes, elle hurlant sur le porte-bagages de la bicyclette, dont je me demande bien comment ils arrivent sains et saufs en bas de la pente qu'ils dévalent à toute allure.

    Grenade, Andalousie, WajDi, Zarxas

    Après cette pause, je m'engage dans une jolie allée bordée de maisons magnifiques, signalée comme étant une impasse et qui s'avère être, en effet, une impasse, même pour les piétons.

    De là, je redescends sur la calle Molinos et tombe devant un bâtiment, voisin du théâtre Alhambra, qui me semble d'inspiration mauresque et arbore le mot Masagra sur sa façade. Il faudra que je demande à B. ce que ça peut être. Un peu plus loin, à gauche, le centre de lettres modernes se trouve lui aussi dans un ensemble architectural très élégant, en jaune safran et blanc.

    Grenade, Andalousie, WajDi, Zarxas

    Je descends la cuesta Molinos, débouche sur le paseo de la Bomba qui longe la rivière Genil et rejoins le Paseo del Salon. Là, je traverse la terrasse du restaurant Las Titas. J'aimerais bien me poser dans un café avec option wifi. Je dédaigne la terrasse du café Futbol, pourtant proche mais privée de soleil.

    Finalement, je traverse Puerta Real et déniche, près de la cathédrale, un salon de thé marocain où je tente, tant bien que mal, d'écrire mes billets en retard tout en discutant avec le serveur berbère et fort sympathique, originaire de Nador. Lorsque mon ordinateur s'éteint, à bout de batterie, je plie bagage. C'est l'heure des tapas.

    NB : J'ai demandé à B. : Masagra, c'est le siège départemental des services de l'eau.