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Une de mes madeleines de Proust

L’autre dimanche, je pianotais, comme maintenant, sur mon ordinateur tandis que mon frère jouait « Parce qu’on vient de loin » (de Corneille) sur sa guitare. Je lève la tête, lui dit à quel point cette chanson m’émeut. Et à quel point j’aime cet instrument, la guitare.

Mon frère me confie que pendant longtemps, il a été incapable de jouer de la guitare en public parce que l’émotion le submergeait.

J’aime les courbes sensuelles de la guitare, la douce plainte des cordes que les doigts pincent, les vibrations qu’elle libère, transformées en ondes sonores dans la chaleur de sa caisse de résonnance, le métal de ses clefs.

La guitare est ma madeleine de Proust. Mon père en joue depuis 50 ans et j’ai grandi au son des chansons de sa jeunesse, entre Johnny (Halliday) et Georges (Brassens). Aujourd’hui encore, je n’aime rien plus que quand, à l’occasion d’une soirée conviviale, il prend sa guitare et que je chante avec lui.

Mais aujourd’hui, j’aime aussi la guitare par sa faculté à rassembler. Je l’appelle « instrument collectif » et ça fait rire mon frère, qui trouve la formule jolie. Peut-être parce que c’est un instrument bon marché, qui ne nécessite pas de technicité complexe, la guitare bénéficie d’un capital sympathie que n’ont pas d’autres instruments plus élitistes. Et puis on la trouve sur tous les continents, sous diverses variantes. Parce qu’elle est facile à transporter, c’est la langue que tout le monde parle, l’humble colombe, la compagne des veillées autour du feu, le truc en plus qui fait tomber les filles.

J’aime la guitare parce qu’elle libère les émotions. Elle fait fredonner même les plus timides. Mon frère répond que c’est vrai pour tous les instruments. Peut-être, mais je n’ai encore vu personne entonner le refrain sur un saxophone. Et réunir plusieurs pianos dans une même pièce n’est pas chose aisée. Le violon et l’harmonica, autres instruments que j’affectionne particulièrement, m’inspirent une indicible  tristesse. La guitare, elle, offre cet étrange mélange d’émotion et de gaieté, entre douleur et plaisir. Une merveilleuse communion.

Un des plus beaux souvenirs de ma vie restera  cette soirée dans un riad de Tetouan, où mes larmes d’épuisement ont été transformées par un poète provençal, et en quelques accords, en un formidable sentiment de fraternité.

Alors, parce que le temps nous est forcément compté, je chéris plus que jamais la guitare qui a construit depuis si longtemps la complicité que je partage aujourd’hui avec mon père, et l’amour que nous nous disons, à travers elle, d’une même voix.

Commentaires

  • Merci pour ce moment. Bises

  • Une de mes madeleine de Proust, c'est un apéro à la Comète avec Nicolas en décembre 2012. J'ai du voir les 2 plus beaux yeux du monde. Pour les 2 oreilles, je n'ai plus jamais eu l'occasion de revoir la belle Fiso pour le lui dire de vive voix.

    C'est ma plus douce madeleine de Proust ... ;-)

  • Hou la la, c'était plutôt en 2007 ...

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