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  • La tour Hassan avec Lotte et la forteresse de Chellah (avec Yo)

    Ce matin, le réveil est plus difficile. Yo, en preux chevalier, a protégé ma vertu, un instant menacée, en dormant avec moi. Ça lui a visiblement réussi, il a dormi comme un bébé et se réveille requinqué.

    Vers 11h, nous retrouvons Lotte dans le quartier qui est encore assoupi. Le contraste est grand entre le matin et le soir, où la foule se presse devant les étals. Il nous emmène d'abord nous promener dans la forêt Ibn Sina. En ce dimanche matin, on se croirait au bois de Boulogne. La forêt est vaste et les joggeurs nombreux, des panneaux promeuvent la lutte contre la désertification.

    Après ce réveil en douceur, Lotte propose de visiter la tour Hassan. Nous traversons le quartier paisible des ministères et ambassades. Lotte pointe le ministère de l'intérieur, l'état-major, "le bureau de Mohamed VI", puisqu'il en est le chef. Dans la voiture de Lotte, il y a du son égyptien, Amr Diab. Je n'ai pas déjeuné ce matin et achète une madeleine dans une boutique.
    La tour Hassan est le vestige du minaret d'une mosquée jamais terminée, projet pourtant ambitieux. A proximité, une construction blanche coifée d'un cône vert abrite les tombeaux de Mohamed V et de ses deux fils, dont Hassan II.

    rabat, maroc

    Vers 13h, nous rejoignons le quartier de Takadoum où nous avons rendez-vous avec B., qui vient de tomber de son lit. Nous nous installons au premier étage du café Miami, juste en face du lycée où B. a fait ses études. Je commande un petit déjeuner Miami, oeuf dur et olives noires, et me fais servir un pain rond au lieu de la crêpe commandée. Je commence à avoir l'habitude de manger ce qu'on me sert et pas forcément ce que j'ai commandé.
    Lotte et B. discutent affaires. De retour à Youssoufia, je monte sur la terrasse pour prendre des photos des toits, couverts de satellites. Je m'allonge un peu mais ne parviens pas à dormir et nous prenons un petit taxi jusqu'à Chellah, le dernier des trois sites inratables de Rabat.

    Cette ancienne cité romaine et nécropole mérinide est majestueuse. Passée la grande porte, on découvre d'énormes couffins de branchages posés au sommet du minaret de l'ancienne mosquée et des arbres environnants; des dizaines de cigognes y nichent et balaient le ciel de leurs grandes ailes. La dernière fois que j'en ai vu, c'était en Roumanie.

    La lumière du soleil couchant sur la muraille ocre jette des reflets dorés. L'endroit, peu fréquenté, respire la tranquilité et c'est un réel plaisir de se promener sous la fraîcheur des orangers et bananiers. Plus loin, Yo, qui a fait des études d'histoire, me montre les ruines du forum, la medersa et les toits arrondis de l'ancien hammam.

    rabat, maroc


    Près du bassin aux anguilles, où les femmes stériles jetaient des oeufs durs en offrande, c'est le royaume des chats. Nous nous promenons longtemps dans cet endroit empreint de douceur et d'histoire.

  • Une soirée avec Abdel

    Vers 18h, nous retrouvons Lotte, qui était venu nous attendre à la sortie de l'avion à Casa, devant les stands d'où s'échappent des volutes de viande grillée, aux abords du mini-parc de Youssoufia. Ces effluves me donnent faim et j'engloutis une brochette de saucisses épicées, en guise d'apéro.

    Peu après, un homme nous rejoint, c'est Abdel, un homme au visage rond et mat, très souriant. Son projet initial de nous inviter chez lui a été bousculée par un deuil survenu la veille. Nous prenons congé de Lotte, que nous retrouverons le lendemain matin et à bord de la Renault de son frère, Abdel nous emmène boire un verre au Bluberry, sur la marina de Rabat.

    Nouvellement aménagé, c'est un endroit très agréable, en bordure du fleuve, prisé de la jeunesse dorée et des famille rabatis. Sur la longue espanande, les amateurs de rollers se laissent glisser.

    Devant un thé à la menthe (pour changer), je fais la connaissance d'Abdel, germanophile ayant vécu 8 ans à Berlin, devenu père de famille depuis sa rencontre avec Yo.
    En comparaison avec les hommes marocains que j'ai croisés jusqu'ici, très réservés, Abdel est volubile et s'adresse directement à moi. C'est agréable, j'avais parfois l'impression d'être transparente.
    Nous remontons en voiture et je prends quelques notes sur mon téléphone, ce qui amuse Abdel. "Sophie, tu notes ? N'oublie pas de noter que nous écoutons de la musique gnawa !"
    J'apprends ainsi qu'Essaouira, capitale de la musique gnawa, a accueilli Jimi Hendrix dans les années 70 et a aussi servi de décor au film Othello d'Orson Welles, un de mes premiers chocs cinématographiques, dans une salle déserte du cinéma Mac Mahon, près des Champs-Elysées.

    Nous longeons une large avenue où les résidences luxueuses se succèdent. Dans un quartier populaire, Abdel gare sa voiture et nous entraîne dans une cour surmontée d'un auvent en toile, sous lequel des tables et chaises de jardin en plastique sont installées. Un homme vient à notre rencontre, c'est le père du petit garçon décédé. Au fond de la cour, des hommes, la plupart âgés, sont assis par terre. Abdel nous tend des chaises, sa femme vient nous saluer puis une petite fille court vers lui et nous dévisage avec curiosité. Bientôt, un homme amène le petit dernier aux joues rebondies et au caractère déjà bien trempé.

    Nous discutons avec Abdel, il demande à la petite de nous montrer comment elle parle bien le français. Elle récite les jours de la semaine, c'est très mignon et son père est fier. Yo distribue les cadeaux aux enfants et le petit Otman semble frôler la syncope devant sa peluche.

    Peu après, un jeune homme, serviette sur l'épaule et plateau dans les mains arrose les notres à l'aide d'une théière. Après lui, un autre dépose devant nous un grand plat rond en fer-blanc rempli de viande, légumes et d'une fine semoule arrosée de bouillon et d'oignons fondants. Je dois dire que j'ai rarement mangé une semoule aussi aérienne et parfumée, c'est un délice. Yo, prudent, me refile sa part de potirons.

    Il est tard lorsqu'Abdel nous dépose devant la mosquée de Youssoufia. Visiblement peu rassuré de nous voir nous enfoncer dans le dédale de ruelles, il nous fait promettre de lui envoyer un sms dès notre arrivée à bon port.

  • La casbah des Oudayas

    La porte de ma chambre s'ouvre : "Tu es réveillée ? Il est 10h".
    Yo n'a pas dormi plus de 2 heures, plié en deux par des crampes d'estomac. Il n'a pas faim du tout mais veut sortir appeler ses autres amis pour les retrouver. Nous prenons un "petit taxi" pour le centre ville.

    Dans la boulangerie-traiteur Le Pacha, je voulais un petit déjeuner marocain, je me retrouve avec un toast oeuf-fromage. Un jeune stationne devant la terrasse, profitant du réseau wifi. J'envoie un mail à Boug' et répond aux commentaires sur mon blog.   
    Nous entrons dans une pharmacie acheter des médicaments pour Yo' et du paracétamol car mon stock est vide.
    Yo m'entraîne dans la médina. Les élégantes se pressent autour de mottes colorées de savons, qui ne sont pas sans me rappeler celles de Lush. Se seraient-ils inspirés des souks arabes ?

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    Yo réprime un haut le coeur devant les étals des bouchers exhibant pieds, têtes et tripes de mouton. Plus loin, un enfant se penche sur des tortues. Je palpe un très beau sac de voyage en cuir et établit déjà la liste de cadeaux que je ramènerai.

    Le souk Tahti est très calme et c'est un vrai plaisir d'y déambuler car on n'y est absolument pas sollicité. Après la rue des Consuls et le souk des tapis, on arrive au pied de la casbah des Oudayas qui, du haut de son promontoire, surplombe l'oued Bou Regreb et l'Atlantique.Nous entrons dans la casbah par la porte Bab Oudaia. Ses ruelles blanchies à la chaux et ses maisons peintes d'un bleu très vif font penser à la Grèce.
    Sur la plateforme du sémaphore, on découvre un très beau panorama : à droite, la ville nouvelle et au loin, le pont Hassan II, le mausolée des rois et la tour Hassan, vestige d'une ambitieuse mosquée jamais terminée, en face, de l'autre côté de l'oued, la ville de Salé, et à gauche, le cimetière et le phare.

    Une petite vidéo maison pour goûter l'ambiance ? C'est .

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    Les jeunes font du surf et en contrebas, un énorme rat furète dans les détritus. C'est le deuxième que je vois aujourd'hui et ça me fait froid dans le dos.
    Nous restons un long moment à goûter l'air vivifiant de l'Atlantique avant d'aller nous installer sur les banquettes du café maure, dans les jardins andalous, lieu de villégiature de nombreux chats et chatons. Là, je grignote quelques pâtisseries; Yo, lui, carbure toujours au Coca.
    Yo, affaibli, commence à avoir froid et nous rentrons. Il dort une heure pendant que je rassemble mes souvenirs sur mon précieux ordi.

  • De Rabat à Salé, en tramway

    J'ai très bien dormi et même l'appel à la prière, à l'aube, m'a bercée. Après seulement une journée, je maîtrise parfaitement le tirage de chasse d'eau sans chasse d'eau  - il n'y en pas chez Y. - et balance mon seau d'eau sans m'éclabousser les pieds. En revanche, j'écourte la douche glacée même si ça retend les tissus (il n'y a plus d'eau chaude chez Y., la réparation est prévue mais quand ?)

    La première urgence, maintenant que mon chef de projet préféré m'a envoyé mon n° de passeport par sms, est d'aller au consulat français. Ben oui, parce que j'ai bien pensé, il y a des années, à faire des photocopies de tous mes papiers, permis de conduire inclus, mais elles sont restées chez moi. Vachement utile, hein ?
    En y réfléchissant bien, je penche plutôt pour le vol de mon passeport que sa perte. Je ne l'ai pas sorti une seule fois de mon sac depuis mon arrivée et je pense que c'est dans la médina des Habbous, à Casablanca, que je me suis fait voler. Il nous est revenu en mémoire l'instant où un gamin a tendu à Yo une carte de visite d'un restaurant parisien, tombée de mon sac. Plus probablement, c'est celui qui y a plongé la main qui l'a faite tomber. Je n'ai jamais aimé ce sac et j'ai manqué de prudence, voilà, punie.
    Au delà des venelles calmes de la médina, nous retrouvons l'agitation des abords du mini-parc de Youssoufia. Yo pointe la façade d'un immeuble "Tu sais ce que c'est ? En tout cas, ça ne donne pas envie d'y aller ..."

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    Au consulat français, j'attends très peu et un homme très gentil me reçoit. "Vous ne faîtes pas votre âge" dit-il. Merci monsieur. Il gratifie son mail de la mention URGENT car sans papiers, je suis bloquée à Rabat. Avec un peu de chance, il aura une réponse lundi.

    Nous retournons ensuite au commissariat central où j'ai commencé la procédure de plainte la veille mais là, on nous envoie au comissariat du 2ème arrondissement dont dépend la gare où, officiellement, le vol s'est produit. Au premier étage, dont les couloirs sont bardés d'intercitions de fumer, un fonctionnaire dans un costume trop grand, clope au bec, nous fait assoir dans un nuage de fumée. Il n'a visiblement jamais entendu parler de la Nouvelle-Calédonie et veut absolument que je sois née en Californie. "Celui-là il est typique" dit Yo. Le fonctionnaire m'envoie acheter un timbre fiscal de 20 drh juste à côté et tend mon dépôt de plainte en demandant si je suis satisfaite.

    Nous retrouvons Y. devant l'hôtel Balima, il nous emmène dans sa famille à Salé, la ville qui fait face à Rabat, juste de l'autre côté du fleuve Bou Regreg. Pour y aller, on prend le tram, mis en circulation depuis 6 mois et très beau avec son plafond reproduisant des zelliges.

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    Après avoir franchi le pont Hassan II, nous sommes à Salé; la famille de Y. habite un bel appartement dans une résidence toute neuve. Une petite fille chaussée de lunettes nous ouvre la porte et dans un grand sourire, dévoile ses dents du bonheur. Hiba est facétieuse et du haut de ses 6 ans, pas timide du tout. Elle commente, en arabe, le dessin animé qui pass à la télé et apporte son cahier de jeux où elle reproduit des phrases en français. Sa maman arrive bientôt, une jolie jeune femme aux yeux ourlés de noir, qui porte le petit dernier sur son dos.

    Y. amène un grand plat dans lequel se trouve un couscous de carottes, oignons, haricots verts et potiron et de la viande. Ca fait du bien de manger car je n'ai avalé qu'un pain au chocolat et du thé depuis le réveil. Après ce bon repas, nous nous assoupissons tous les trois - enfin, surtout moi, apparemment - sur les banquettes, jusqu'à l'arrivée de la mère de Y. qui rentre d'une cérémonie de mariage ratée. Elle ne parle pas français mais étreint Yo qu'elle connaît bien et je profite des formules de politesse pour parfaire mon vocabulaire arabe : la bes, qu'elle répète plusieurs fois.
    Y. me propose de l'accompagner pour acheter des pâtisseries. Dans une boulangerie, il choisit des tartelettes à la crème pâtissière et aux fruits. Devant la boutique, une femme cuit des pains ronds qu'elle retourne inlassablement. De retour à l'appartement, toute la famille se réunit autour d'un thé. ur la table, il y a les tartelettes et des portions de Vache Qui Rit, dont la mère de Y. enduit des rghaifs. Moi je les mange nature et j'aime beaucoup ça.

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    La nuit est tombée lorsque nous prenons congé de la famille. Au moment du départ, j'apprends un nouveau mot au contact des joues rebondies de Hiba : bouss (bisou en arabe)

    Nous montons dans un "grand taxi", tellement grand que nous sommes 4 à l'arrière et 3 à l'avant, soit 7 personnes au total. Y. nous emmène manger au snack La Renaissance, sur l'avenue Mohamed V, où les seules femmes sont européennes. L'endroit est très enfumé et rempli d'hommes qui alignent les bouteilles de Flag. Prudente car les intestins un peu sensibles après le bouillon d'escargots, je choisi un filet de merlan et ne mange que du riz, délaissant les crudités. J'observe à la dérobée le manège du type qui dîne seul, à ma droite : caché derrière une casquette en lainage, des lunettes et une épaisse moutache poivre et sel, il ne perd pas une miette de la conversation de ses voisins en plissant les yeux, un sourire aux lèvres. Il y a quelque chose de parfaitement burlesque dans ce Hercule Poirot local.

    Yo, épuisé, ne mange que des frites; avant de rentrer avec lui, ne me sentant ni l'énergie ni l'envie d'enchaîner une soirée comme celle de la veille, nous achetons des rouleaux de papier toilette, oui car ça non plus, il n'y a pas chez Y., ni dans la plupat des cafés où nous allons. Au Maroc, toujours avoir un rouleau de PQ sur soi !

    De retour dans la maison, je blogue jusqu'à presqu'une heure du matin, reçois quantité de messages d'un admirateur loin d'être anonyme, et m'endors sans difficulté. 

  • Arrivée à Rabat

    16h, notre train entre en gare de Rabat-Ville. Yo est ému. La gare est belle, toute blanche. Notre hôtel se trouve à quelques rues de là. Premier constat : le centre-ville de Rabat est bien paisible, en comparaison avec la cacophonie casablancaise. La chambre est simple mais correcte. Tout s'annonce pour le mieux jusqu'au moment où je dois donner mon passeport à l'hôtelier et que je ne le trouve pas dans mon sac à main. Nous retournons nos deux valises, tous les sacs mais j'ai déjà compris : je ne l'ai plus.

    Pas de passeport = pas d'hôtel au Maroc. Première urgence, trouver un endroit où dormir. Heureusement, Yo a tous ses copains marocains à Rabat et il en appelle un, qui nous donne immédiatement rendez-vous au mini-parc de Youssoufia. Nous prenons un "petit taxi", qui ici sont bleus, pour ce quartier populaire de Rabat. Y. est un jeune hommes maigre et sympathique. L'arrivée jusqu'à chez lui est sportive : il pleut et nous dévalons, jambes écartées, entraînés par nos valises à roulettes,  les venelles escarpées et glissantes de ce qui ressemble à une médina, jambes écartées, pour éviter le ruisselet qui coule au milieu.

    rabat, maroc
    Le salon de Y. est pareil à tous les salons marocains : des banquettes tendues de tissu rouge entourent la pièce d'un U et au centre trône une table basse de bois sombre.
    Nous posons nos valises et discutons un peu. Y. se remet difficilement d'une soirée arrosée la veille, il a la gueule de bois et je lui donne du paracétamol. Nous partons au commissariat central pour que je dépose plainte. Yo redoute de longues démarches administratives. On nous fait assoir quelques minutes et je me fais charrier : "T'es sans papiers au Maroc", dit Yo. C'est vrai, Fiso en mode clando, je ne l'avais encore jamais faite, celle-là ...

    Le jeune homme qui nous reçoit, de surcroît très serviable, a du mal à comprendre pourquoi je suis là. Il pense que je veux mon numéro de passeport et me fait assoir à côté de lui pour remplir le formulaire.
    "Le général de Gaulle, c'était un militaire ? Vous êtes mariée ? Ah, célibataire .... dit-il avec un sourire entendu.
    Moins de 30 minutes plus tard, nous sommes dehors. Je dois revenir le lendemain, après être allée au consulat. Le premier contact avec l'administration marocaine a été plutôt agréable et ma contrariété commence à retomber.

    Y. nous propose de dîner à la Véranda mais l'endroit, au-dessus duquel des mains semblent jaillir du mur blanc, est fermé. "Ca vous dit des huîtres ?"
    - Heu, pas trop, je préfèrerais du poisson.
    Nous voici au Yucatan, un de ses bars préférés. En fait d'huîtres, ce sont de grosses moules en sauce tomate qu'on pose devant nous, sur le comptoir.
    "Ce ne sont pas des huîtres Y, ce sont des moules !"
    "Comme des huîtres, comme des moules" répond-il avec un grand sourire.

    Le Yucatan est un bar bien approvisionné en alcools de toutes sortes, et l'on y passe de la bonne musique jazz et blues. Après un long moment, nous montons nous assoir à l'étage où nous sommes rejoints peu après par un jeune homme brun coiffé d'une casquette. C'est B., un autre des copains de Yo, qu'il a connu lors de sa participation à des chantiers sociaux marocains. B. voyage souvent en Europe et en France. Il est vif et souriant et nous fait rire :
    "En France, j'ai juste un problème avec les policiers. Dès que j'arrive à l'aéroport, ils m'arrêtent pour un contrôle : "Bonjour monsieur" et ils me montrent leur carte mais moi, je suis marocain, je ne reconnais pas leur carte. Je sors de l'aéroport, je vais à la gare pour prendre le train, ils m'arêtent pour un contrôle. J'arrive à Paris, dans la rue, ils m'arrêtent pour un contrôle. Tout le temps des contrôles !"

    Vers 23h, nous montons dans la voiture de B, direction le bar-club "Le 5th avenue", dans le quartier d'Agdal. Un groupe y reprend des tubes, comme The Wall de Dire Straits. Il y a très peu de femmes dans le club, et je soupçonne celles qui y sont d'être des prostituées, mais l'ambiance est bonne. Je danse avec les garçons et Y. réclame aux musiciens un standard marocain. Yo et ses yeux bleus font fureur et un vieux, bien éméché, l'invite même à danser. A la faveur d'une pause, le chanteur, visage fin et cheveux longs, vient s'assoir à notre table, il a énormément de charme. Le guitariste a la migraine et je lui file du paracétamol. A défaut d'avoir un passeport, j'ai au moins ça ...

    Vers 2 heures du matin, nous quittons le club. Sur la petite place, Y. s'arrête devant le stand de vendeurs d'escargots. Tiens, jusement, je n'ai jamais goûté ici ce plat de la rue dont les Marocains raffolent. Le vieil homme dépose devant nous des bol remplis de gastéropodes. Yo me conseille de prendre une photo de lui en train d'en manger car l'instant est rare. La tradition veut qu"on avale également un bol du bouillon de cuisson - aux herbes - des escargots. Je vous le dis, rien de tel que le bouillon d'escargots pour se faire une purge ...

    De retour chez Y., nous buvons un dernier thé et notre hôte pose devant nous un seau en plastique blanc et des cuillères pour que nous goûtions la sfoufe, un mélange de sésame et amande moulue, canelle, anis, muscade, beurre et miel. B. a mal au crâne et finit mon tube de paracétamol. Yo et Y. montent fumer une dernière clope sur la terrasse et je me réfugie sous la couverture en fausse fourrure.

    PS : Cette paire d'yeux charbonneux vaut bien celle-là, non ?

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