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2yeux2oreilles - Page 81

  • Arnaque XXL

    J’ai donné rendez-vous à J. devant le Théâtre Royal, où une tente installée pulse de la musique moderne.  Je découvre la très belle et toute neuve gare de Marrakech.  Pour une fois, c’est J. qui est en retard et je me divertis en observant le manège sur le carrefour.

    Entre les coups de klaxon intempestifs, les coups de sifflet stridents du policier en uniforme qui règle la circulation et la musique moderne, la cacophonie est impressionnante. Sur le rond-point, on trouve de tout : les vélos, plus ou moins transformés en mules, qui fendent la circulation, frôlés par les voitures, un vieil homme qui s’élance sur sa charrette conduite par un âne, les mobylettes pétaradantes sur lesquelles on trouve parfois 3 personnes : 1 sur le guidon, 1 sur la selle et 1 sur le porte-bagages. Finalement, pratiquer le 2 roues dans Paris est une balade relaxante, comparé à ici.

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    J. apparaît à ma droite, nous nous mettons en route vers le jardin de Majorelle, évitant les nombreux pièges des trottoirs marocains. Les calèches à cheval postées devant l'entrée du jardin et les nombreux vendeurs témoignent du caractère ultra-touristique de l'endroit, qui pullule de Français. Peu propice à la rêverie, le jardin est tout de même très beau, écrin vert tendre dans des tonalités de bleu roi.

    Dans le jardin des cactées, que j'affectionne plus particuilèrement, je fais profiter J. de mes maigres connaissances en botanique, et lui apprends que le cactus qu'il voit, là, est très nutritif. Il produit les figues de Barbarie, on en tire aussi la célèbre tequila et au Mexique, on mange même ses feuilles.

    Outre un mémorial rendant hommage à Yves Saint-Laurent, qui racheta Majorelle, le jardin compte un salon de thé. Le thé à la menthe y est facturé 30 drh, hé bne, on se torche dans la soie, ici, quand on sait que le thé à la menthe ne coûte jamais plus de 10 drh.

    Il est 16h et nous n'avons pas déjeuné. J. propose d'acheter des pâtisseries dans la boulangerie Alpha 2000, remarquée sur l'avenue Allal Elfassi, l'avant-veille. Derrière des portes vitrées, des cornes de gazelle et  délicates bouchées serties de perles en sucre ou ornées de corolles sont proposées à partir de 60 drh le kilo. Nous en choisissons une vingtaine, ce qui nous coûte 45 drh, et les dégustons à la terrasse d'un café voisin.

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    La soirée commence à peine. Je propose à J. de s'essayer au hammam car j’ai moi-même décidé de m’offrir un massage avant de rentrer en France. Nous repassons par mon hôtel et je sollicite des adresses auprès des garçons de l’accueil. « Nous connaissons un très bon spa, je les appelle pour qu’ils viennent vous chercher. Le prix ? Vous aurez tout sur place». Je n’ai pas eu le temps de dire quoi que ce soit qu’il a déjà saisi le combiné et nous offre le thé, en attendant.

    Quelques minutes plus tard, une jeune femme est là. Quand elle nous invite à grimper dans une navette de transfert entre hôtels et spa, je comprends  que je suis en route pour une belle arnaque. Nous voici devant le « spa des Mille et un soins ». A l’intérieur, une salle de fitness et une armée d’esthéticiennes qui nous attendent. Je souris jaune.

    On nous présente une carte. Certes, les prix (en euros) sont bien inférieurs à ceux pratiqués à Paris. La jeune femme insiste pour que je fasse un hammam avec J. Ah bon ? Les hammams sont mixtes, ici ? Devant son insistance, je l’informe donc que nous ne sommes pas un couple mais des amis. Tant qu’à être là, j’opte pour un massage royal des pieds à la tête, à la fleur d’oranger. Je crois que mon idée de faire découvrir un vrai hammam à J. est tombée à l’eau.

    Une heure plus tard, on me conduit dans la salle de repos où J. est allongé, des compresses à l’eau de rose sur les yeux. On m’installe et me sert un thé mais j’ai à peine le temps de le boire qu’on m’invite à me rhabiller. « Où ? » « Ici ». 2ème édition : JE NE COUCHE PAS AVEC J. Bon je ne le dis pas comme ça, quand même. Je tempère mon franc-parler et cela me coûte. On m’emmène donc dans une cabine séparée. Au Spa des Mille un soins, les prix sont affichés en euros mais on paie en dirhams.

    Devant l’hôtel, je demande à J. si le hammam lui a plu. « Ouais, c’était pas mal. C’était grand ? Non, il n’y avait qu’une pièce ». Je fronce les sourcils. J. dit qu'il a été un peu gêné par cette expérience, il a eu l'impression d'assister au nettoyage d'un cirps mort. Je ris "Mais c'est horrible, ce que tu dis, J. ! Moi j'ai plutôt l'impression d'être un enfant manipulé par sa mère !" « Le monsieur t’a bien gommé ? »  « Ce n’était pas un monsieur mais une femme ». Qwaaaaaaaaa ? Il rit devant ma fureur. Je peste pendant de longues minutes. Ah ils vont m’entendre à l’hôtel ! Une femme qui gomme un homme ? N’importe quoi !

    A l'hôtel, en même temps que le spa, on nous a recommandé un restaurant voisin. Je préviens J. : « On y va mais si c’est un attrape-couillons, on va dîner dans le restaurant populaire que m’a recommandé H. »

    Sur la rue indiqué, nous ne trouvons pas le restaurant Al Fassia. Je demande à un homme dans la rue. Vraisemblablement drogué plutôt que saoul, il répond qu’il va nous emmener jusqu’à la porte du restaurant. Je ne suis pas d’humeur ce soir et le rabroue gentiment. « Dis-moi juste où c’est ». « Je ne demande pas d’argent », dit-il. Soit. Le restaurant est dans un renfoncement et bien sûr, arrivé là, l’homme me demande s’il a été gentil et s’il mérite quelque chose. « Tu as dit que tu ne demandais pas d’argent. Donc merci pour tout et bonne soirée ». Le restaurant Al Fassia est beau mais les tarifs, parisiens, prohibitifs.

    Nous tournons les talons, j’essaie de modérer ma mauvaise humeur et nous nous installons à quelques dizaines de mètres de mon hôtel, sur le trottoir devant le restaurant « Chez Bejgueni », un restaurant populaire recommandé par H., le chef de projet marocain.

    Note : De retour à Paris, je découvrirai que ce restaurant qui ne paie pas de mine est très célèbre ! On en parle ici, par exemple.

    Derrière une vitrine de boucher, le patron nous désigne des cervelles de mouton, de la viande hâchée, des côtelettes d’agneau, des merguez. Ici on paie au poids et la viande est grillée sous vos yeux. J. choisit des merguez et moi des côtelettes d’agneau avec une grande assiette d’olives et une salade marocaine 3 fois plus copieuse que celle servie dans le restaurant de la place Jemaa el Fnaa. Les chats rôdent autour de nous et nous couvent des yeux. Ce délicieux repas nous a coûté 100 dirhams à deux soit une dizaine d’euros.  Je propose un dessert à J., dans un restaurant chic où  la serveuse ne nous remercie même pas pour le large pourboire laissé.

    Sur la place du 16 novembre, j’embrasse J. qui continue son périple vers Essaouira le lendemain matin. Demain, je visiterai la ville seule. Cette perspective m’enchante peu.

  • Autour de la place Jemaa el Fnaa (pouah!)

    Hier soir, j’ai retrouvé J. sur la place Jemaa el Fnaa. Quelle horreur que cet endroit ! A peine y avais-je mis les pieds que je n’avais qu’une idée : en sortir. Pourtant, j’ai voulu voir de quoi il s’agissait. C’est simple : des centaines de stands numérotés, des mecs qui te racolent fort bruyamment pour que tu manges ici ou là. Ah oui, et puis, parmi la multitude de gargotes proposant des menus touristiques, certains stands où le menu est en arabe, sous-entendu : « touristes non bienvenus »; là, les gens sont attablés autour d'une tête de mouton posée sur un plat. Le seul truc marrant ce sont les escargots qui mijotent dans de grandes marmites et les mobylettes qui fendent la foule sans renverser qui que ce soit ni se vautrer, on se demande par quel miracle. Un joyeux bordel.

    J. a faim et n'a aucune envie de bouffer des escargots. Je ne vais pas lui refaire le coup de la veille et le faire marcher des kilomètres pour échapper aux attrape-couillons, alors je me résigne et nous montons sur la terrasse « panoramique » d’un restaurant où l’on nous dit à peine bonjour et encore moins au revoir, et où l’on doit écrire nous même notre commande sur un bout de papier. Il n’y a que des touristes, bien sûr, la salade marocaine de J. est ridicule, son poulet-frites misérable – car oui, J. a craqué – mais mon tajine kefta-œufs-tomates s’en sort pas trop mal.

    Nous fuyons vite ce restaurant et nous éloignons de la place. Dans une rue perpendiculaire, quantité de restaurants, certes pas beaux mais c’est clair, les Marocains mangent là. « C’est ici qu’on aurait dû manger » dis-je à J. Au bout de la rue, un homme au visage creusé m’interpelle. C’est triste cette méfiance que je ressens ici alors qu’à Casa je me sentais en confiance. Je m’éloigne déjà mais il insiste et nous commençons à discuter. Un de ses amis, S. travaille dans une agence de voyages, il entraîne J. qui doit prendre un bus dans 2 jours pour Esaaouira et Ibrahim m’offre un thé. Ce moment se révèle plus agréable que je ne l’aurais pensé. Ibrahim me fait rire aux larmes en me racontant que les Anglais l’appellent Brian. Il est berbère et ses frères vivent à Perpignan et en Espagne. Il m’indique un bon restaurant où manger des grillades, pour mes prochains repas.

    J. et S. nous ont rejoints et conversent en anglais. Une mendiante ralentit à notre hauteur et tend la main. Elle alpague S. en arabe, Ibrahim m'explique qu'elle lui rappelle qu'il ne lui a pas donné les chaussures promises. Elle pointe son verre de thé du doigt, il lui tend et elle le vide en le remerciant. Il ne semble pas perturbé outre-mesure et rigole, puis se ressert un verre de thé tandis qu'elle s'éloigne. La scène est surprenante pour nous, occidentaux, car en France, il est inimaginable de donner à boire dans son verre à un clochard et encore moins de boire après lui.

    Ibrahim me questionne sur ma religion. Il ne comprend pas que je ne sois pas croyante et tente de me démontrer que Dieu existe et que l’islam est la meilleure religion. « Je suis têtue, tu sais » lui dis-je. Nous nous charrions mutuellement et rigolons beaucoup. Il me donne son numéro de téléphone et propose que nous nous retrouvions le surlendemain pour qu’il me fasse visiter la ville et m’accompagne dans mes achats. Mais je ne sais pas. Cette ville pue le fric et le tourisme stupide, tout ce que je déteste. Cette impression sera confirmée par les journées suivantes.

    Pour échapper à Ibrahim qui me suit déjà, je demande à J. de me raccompagner. « Tu sais quoi, j’ai vu Marrakech, c’est bien. Mais je ne reviendrai pas ici ». Sur l’avenue, à proximité de l’hôtel de ville, J. me fait beaucoup rire en me racontant son trajet de retour la veille, après m’avoir quittée. « Je ne comprenais pas, des hommes me sifflaient ». Je lui parle du tourisme homosexuel au Maroc, sur lequel les autorités ferment les yeux, même si officiellement c’est interdit. Plus loin, J. me dit « Regarde, tu vois, ces deux garçons, ils se tiennent la main ». Je rigole et lui explique que c’est pratique courante dans les pays arabes. Je lui parle aussi de la promiscuité des hammams, qui déroute au premier abord puis séduit. « Oui mais un homme hier a été très direct avec moi » dit J.

    Nous sommes poursuivis par un jeune homme qui veut nous vendre des roses, je lui dis que J. est mon frère et il nous lâche.  

    Mon avis sur Marrakech n'a pas changé.

  • Dernier jour de travail dans le quartier de Guediz

    H., le chef de projet de mon client vient me chercher à l’hôtel comme la veille mais cette fois, il propose que nous partagions un thé et s’installe avec moi au bord de la piscine.

    Sur l’autre continent, O., mon chef de projet parisien  appelle pour faire le point quotidien et H. répond : «J’informe Fiso, elle est juste en face de moi. D’ailleurs, pour tout te dire, nous sommes au bord de la piscine en train de prendre le thé. Est-ce que j’en rajoute ou ça va ? »

    Il raccroche et je secoue la tête « Alors là, H., je vais me faire charrier » Pas loupé, quelques minutes plus tard, je reçois un sms de ma collègue parisienne, d’origine marocaine : « Alors, on prend le thé en charmante compagnie au bord de la piscine ?»  Je me marre et lui envoie une photo de ladite piscine, pour en rajouter un peu.

    Piscine.jpgIl est l’heure de partir bosser (quand même !). En sortant de l’hôtel, je glisse sur la céramique et me casse la gueule. Fallait bien que ça m’arrive, depuis le temps que j’évite de justesse les chutes sur les trottoirs marocains. Talons bobine de merde ! H. m’aide à me relever « Tu es témoin, H., je n’ai bu que du thé à la menthe ! »

    Aujourd’hui je retrouve la pétillante et toute jeune maman S., qui me claque deux bises sonores, et D. qui fait de même, chose surprenante pour un homme. C’est lui que je formerai en priorité. Au fur et à mesure des jours, ma formation s’est faite plus appropriée. Comprendre le mode de fonctionnement d’un nouveau client et discerner ses priorités prend du temps et je n’en ai que peu. Parfois, ce que je pensais de peu d’intérêt pour eux  se révèle fort utile, d’autres fois, ce que je suis fière de leur présenter comme une super nouveauté les laisse indifférents. C’est toute la difficulté et l’intérêt de mon métier.

    Maintenant que je vais à l’essentiel, nous avançons plus efficacement et D. acquière même une compétence supplémentaire par rapport à ses collègues. Il fume depuis l’âge de 15 ans, soit depuis 11 ans, et je l’accompagne à l’extérieur pour sa pause cigarette qui ressemble à n’importe quelle pause cigarette chez nous. Femmes et hommes se retrouvent, discutent, plaisantent.

    « J’ai voté pour toi, D., lance une jeune femme. Catégorie intellectuel ». Curieuse, je demande à D. de m’expliquer de quoi il s’agit. La société organise régulièrement des tombolas. Cette fois, chaque employé est invité à voter pour « le meilleur employé » dans 5 catégories différentes : intelligence, élégance, solidarité, créativité, humour.

    Le midi, nous déjeunons devant l’ordinateur des habituels sandwiches au poulet grillé, frites et Coca que je mets dans mon sac, au cas où. Vers 17 heures, je remballe mon matériel. Enfin le week-end, j’ai 2 jours devant moi pour visiter Marrakech, munie de quelques recommandations de restaurants et spas.

  • Premier contact avec Marrakech

    Aujourd’hui, pas de chauffeur pour m’emmener chez mon client mais le chef de projet qui sirote un thé sur la terrasse de mon hôtel. Les bureaux se trouvent à 3 minutes à pied de l’hôtel. J’y retrouve C., qui dormait dans le même hôtel que moi à Casa et avait avancé son départ d’une journée, me faisant ainsi soupçonner de l’avoir embarrassé en l’invitant à partager mon dîner du soir.

    Pourtant, à la pause, il m’invite à boire un thé à la terrasse d’un café voisin. C. porte son alliance, je lui raconte ma conversation avec M. « Moi je la porte toujours. J’ai des amis qui sortent de la maison avec et la mettent dans leur poche une fois dehors. Je ne trouve pas ça correct. » C. est un jeune marié de 3 mois. Il est originaire de Fès. La journée se passe très bien, parfaitement même car sans problèmes techniques, et nous bossons très efficacement.  Peu avant 13 heures, il m’installe en salle de pause « Je vais faire la prière, je reviens ».  Nous déjeunons de sandwiches au poulet grillé. 

    Après ma journée de travail, je retrouve le sourire enjoué des jeunes garçons à l’accueil de l’hôtel El Hadna. Vers 19h, je reçois un sms de J., le baroudeur germanique, qui m’informe qu’il ne trouve pas trace de mon hôtel sur son GPS et propose que l’on se retrouve sur la place Jemaa El Fnaa. Merde, moi qui voulais l’éviter … J. qui m’a écrit la veille : « Mon séjour dans la médina de Fès est chaotique ». Je demande aux garçons de l’hôtel si la place est loin : « Non, 10 minutes ». Cela m’étonne, vu la distance que je devine sur mon plan. « Je peux y aller à pied ? » Oui, oui !

    Il cercle l’endroit où nous nous trouvons sur le plan et je pars. A peine sortie de l’hôtel, une femme me demande de l’argent. Ça commence bien. Après une bonne marche de dix minutes, je réalise que je suis dans la mauvaise direction. Je scrute le plan et réalise que le jeune homme s’est trompé de quelques centaines de mètres en situant l’hôtel. Et me voilà arpentant l’avenue Mohamed V qui n’en finit pas. Je me fais siffler par les hommes à mobylette, et un jeune lance «25.000 chameaux » à mon passage. Je t’en foutrais des chameaux, moi … A hauteur du Techno Park, j’en ai ras-le-bol de marcher et demande à .J. de venir à ma rencontre.

    « Alors, ça voulait dire quoi, un séjour chaotique dans la médina de Fès ? » « Ben ça veut dire que le premier taxi m’a déposé au mauvais endroit et le deuxième taxi ne connaissait pas l’adresse. Tu peux oublier ton GPS quand tu es dans la médina, donc j’ai tourné pendant 2 heures dans toutes les ruelles avant de trouver mon hôtel ».  

    Ce mec me fait vraiment marrer ; il a choisi l’immersion totale pour son premier séjour en pays maghrébin et pionce dans toutes les médinas du pays. Comme moi, il apprécie peu ses premières heures à Marrakech. Déjà, il a mis 2 heures à trouver son hôtel dans la médina. « Je crois qu’après le Maroc, ce sera fini pour moi les médinas ». Je préviens J. que je n'ai aucune envie d'aller sur la place Jemaa machinchose et nous cherchons un restaurant local. Nous nous perdons vers la gare routière où l'on vend des grillades en plein air, mais J. n'a pas l'air emballé alors nous nous perdons du côté du jardin Majorelle où nous ne trouvons que des cafés et pâtisseries.  

    Finalement, nous revenons sur la place du 16 novembre et nous installons à la terrasse du café restaurant Elite où je mange un tajine berbère. En regardant le plan de la ville qu'on m'a donné à l'hôtel, j'estime que nous avons marché quelque chose comme 7 kilomètres. Je rentre à l'hôtel, les hommes dans la rue me lancent des "bonsoir" et "ça va". Non, décidément, je crois que je ne vais pas aimer Marrakech.

  • Dernier jour à Casablanca

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    Ce matin, nous traversons la ville pour rejoindre le Techn Ppark de Casablanca, une zone d’activité où se trouve beaucoup de sociétés. Là, je retrouve M., que j’ai rencontré le jour de mon arrivée. Le midi, il m’emmène déjeuner de brochettes à la Grillardière. 

    Nous discutons un peu. M. a passé 3 mois en stage à Paris, entre Voltaire et le 13ème arrondissement. « Quand j’habitais à  Paris, je ne connaissais pas mes voisins ». Il demande, comme à chaque rencontre, si je suis mariée, je retourne la question, il répond par l’affirmative. « Et où est ton alliance ?» demandais-je. « Je ne la porte pas toujours ».

    Je balaie la salle du restaurant du regard, la plupart des hommes attablés ne portent pas d’anneau à la main gauche. Ils sont pourtant sans doute mariés. Je partage ma réflexion avec M. En France, si un homme marié ne porte pas son alliance, il a des problèmes avec sa femme ». « Et les femmes aussi peuvent ne pas porter l’alliance ? » « Ah non, les femmes c’est obligatoire » dit M. « Ah oui ? Hé ben ! C’est du beau ! » Il se marre et reconnaît que ce n’est pas très équitable. « Moi je peux te dire que si je me mariais et que mon mari ne portait pas son alliance, je ne la porterais pas non plus ! ».

    M. fume et nous prenons de nombreuses pauses thé à la menthe-cigarette dans la journée. Le soir, je retrouve Aziz, le fringuant chauffeur que je n’ai pas revu depuis plusieurs jours, toujours aussi élégant dans son costume vert amande. Je lui raconte mon séjour, ma soirée au hammam et lui montre la photo de ma métamorphose. Il me dépose à la gare ONCF de l’Oasis, qui ressemble à s’y méprendre à une gare française. Juste à côté, un bureau de poste, en tout point identique aux nôtres. Pour le dépaysement, on repassera. Il me reste une heure à attendre avant le départ de mon train pour Marrakech. J’avise un café peuplé d’hommes. Rien d’autre. Je déboule avec ma valise et m’installe en terrasse. Au moment où je m’assois, 2 hommes se lèvent d’un même élan. J’ai un moment de crainte. Si tout le café quitte les lieux, j’aurai  pas l’air con, moi ! Mais non, tout le monde reste à sa place et je sirote mon dernier thé casablancais. Peu avant 18h50, je rejoins le quai où un chat rôde, chassé à grands gestes par une jeune fille, ce qui me surprend ! Je croyais qu’on aimait les chats, en pays musulman. Mais après tout, peut-être souffle-t-elle d’allergie.

    Dans le train, j'écris mes billets en retard. Peu avant l'arrivée à Marrakech, je relève la tête et un homme face à moi entame la conversation. Il vante la beauté de Marrakech et s'étonne que je n'aie pas très envie d'y aller. Originaire de Fès, il a travaillé dans le transport en Europe et connaît bien Paris. Il me questionne sur mon séjour à Casa et ce que j'y ai vu. "Quand certains parlent de travail d'arabe, dit-il, j'aimerais bien qu'ils soient capables de réaliser ce que les artisans marocains ont fait dans la mosquée Hassan II"

    En arrivant à la gare de Marrakech, il veut s'assurer que mon chauffeur est bien là. Un monisuer àç la bouille bien ronde, très jovial, m'attend avec sa pancarte à la main. Sur le parvis de la gare, il s'arrête près de 2 enfants. "Ce sont mes enfants", dit-il. Le plus jeune me claque deux bises, puis il grimpe sur la mobylette derrière son grand-frère et ils nous suivent jusqu'à mon hôtel. J'y suis accueillie par de jeunes garçons. Donnant sur une cour centrale , ma chambre, décorée de stuc, est très belle avec ses portes en bois sculpté. Il est 22h30, j'avale une salade vite fait sur la terrasse et vais me coucher.