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2yeux2oreilles - Page 81

  • Autour de la place Jemaa el Fnaa (pouah!)

    Hier soir, j’ai retrouvé J. sur la place Jemaa el Fnaa. Quelle horreur que cet endroit ! A peine y avais-je mis les pieds que je n’avais qu’une idée : en sortir. Pourtant, j’ai voulu voir de quoi il s’agissait. C’est simple : des centaines de stands numérotés, des mecs qui te racolent fort bruyamment pour que tu manges ici ou là. Ah oui, et puis, parmi la multitude de gargotes proposant des menus touristiques, certains stands où le menu est en arabe, sous-entendu : « touristes non bienvenus »; là, les gens sont attablés autour d'une tête de mouton posée sur un plat. Le seul truc marrant ce sont les escargots qui mijotent dans de grandes marmites et les mobylettes qui fendent la foule sans renverser qui que ce soit ni se vautrer, on se demande par quel miracle. Un joyeux bordel.

    J. a faim et n'a aucune envie de bouffer des escargots. Je ne vais pas lui refaire le coup de la veille et le faire marcher des kilomètres pour échapper aux attrape-couillons, alors je me résigne et nous montons sur la terrasse « panoramique » d’un restaurant où l’on nous dit à peine bonjour et encore moins au revoir, et où l’on doit écrire nous même notre commande sur un bout de papier. Il n’y a que des touristes, bien sûr, la salade marocaine de J. est ridicule, son poulet-frites misérable – car oui, J. a craqué – mais mon tajine kefta-œufs-tomates s’en sort pas trop mal.

    Nous fuyons vite ce restaurant et nous éloignons de la place. Dans une rue perpendiculaire, quantité de restaurants, certes pas beaux mais c’est clair, les Marocains mangent là. « C’est ici qu’on aurait dû manger » dis-je à J. Au bout de la rue, un homme au visage creusé m’interpelle. C’est triste cette méfiance que je ressens ici alors qu’à Casa je me sentais en confiance. Je m’éloigne déjà mais il insiste et nous commençons à discuter. Un de ses amis, S. travaille dans une agence de voyages, il entraîne J. qui doit prendre un bus dans 2 jours pour Esaaouira et Ibrahim m’offre un thé. Ce moment se révèle plus agréable que je ne l’aurais pensé. Ibrahim me fait rire aux larmes en me racontant que les Anglais l’appellent Brian. Il est berbère et ses frères vivent à Perpignan et en Espagne. Il m’indique un bon restaurant où manger des grillades, pour mes prochains repas.

    J. et S. nous ont rejoints et conversent en anglais. Une mendiante ralentit à notre hauteur et tend la main. Elle alpague S. en arabe, Ibrahim m'explique qu'elle lui rappelle qu'il ne lui a pas donné les chaussures promises. Elle pointe son verre de thé du doigt, il lui tend et elle le vide en le remerciant. Il ne semble pas perturbé outre-mesure et rigole, puis se ressert un verre de thé tandis qu'elle s'éloigne. La scène est surprenante pour nous, occidentaux, car en France, il est inimaginable de donner à boire dans son verre à un clochard et encore moins de boire après lui.

    Ibrahim me questionne sur ma religion. Il ne comprend pas que je ne sois pas croyante et tente de me démontrer que Dieu existe et que l’islam est la meilleure religion. « Je suis têtue, tu sais » lui dis-je. Nous nous charrions mutuellement et rigolons beaucoup. Il me donne son numéro de téléphone et propose que nous nous retrouvions le surlendemain pour qu’il me fasse visiter la ville et m’accompagne dans mes achats. Mais je ne sais pas. Cette ville pue le fric et le tourisme stupide, tout ce que je déteste. Cette impression sera confirmée par les journées suivantes.

    Pour échapper à Ibrahim qui me suit déjà, je demande à J. de me raccompagner. « Tu sais quoi, j’ai vu Marrakech, c’est bien. Mais je ne reviendrai pas ici ». Sur l’avenue, à proximité de l’hôtel de ville, J. me fait beaucoup rire en me racontant son trajet de retour la veille, après m’avoir quittée. « Je ne comprenais pas, des hommes me sifflaient ». Je lui parle du tourisme homosexuel au Maroc, sur lequel les autorités ferment les yeux, même si officiellement c’est interdit. Plus loin, J. me dit « Regarde, tu vois, ces deux garçons, ils se tiennent la main ». Je rigole et lui explique que c’est pratique courante dans les pays arabes. Je lui parle aussi de la promiscuité des hammams, qui déroute au premier abord puis séduit. « Oui mais un homme hier a été très direct avec moi » dit J.

    Nous sommes poursuivis par un jeune homme qui veut nous vendre des roses, je lui dis que J. est mon frère et il nous lâche.  

    Mon avis sur Marrakech n'a pas changé.

  • Dernier jour de travail dans le quartier de Guediz

    H., le chef de projet de mon client vient me chercher à l’hôtel comme la veille mais cette fois, il propose que nous partagions un thé et s’installe avec moi au bord de la piscine.

    Sur l’autre continent, O., mon chef de projet parisien  appelle pour faire le point quotidien et H. répond : «J’informe Fiso, elle est juste en face de moi. D’ailleurs, pour tout te dire, nous sommes au bord de la piscine en train de prendre le thé. Est-ce que j’en rajoute ou ça va ? »

    Il raccroche et je secoue la tête « Alors là, H., je vais me faire charrier » Pas loupé, quelques minutes plus tard, je reçois un sms de ma collègue parisienne, d’origine marocaine : « Alors, on prend le thé en charmante compagnie au bord de la piscine ?»  Je me marre et lui envoie une photo de ladite piscine, pour en rajouter un peu.

    Piscine.jpgIl est l’heure de partir bosser (quand même !). En sortant de l’hôtel, je glisse sur la céramique et me casse la gueule. Fallait bien que ça m’arrive, depuis le temps que j’évite de justesse les chutes sur les trottoirs marocains. Talons bobine de merde ! H. m’aide à me relever « Tu es témoin, H., je n’ai bu que du thé à la menthe ! »

    Aujourd’hui je retrouve la pétillante et toute jeune maman S., qui me claque deux bises sonores, et D. qui fait de même, chose surprenante pour un homme. C’est lui que je formerai en priorité. Au fur et à mesure des jours, ma formation s’est faite plus appropriée. Comprendre le mode de fonctionnement d’un nouveau client et discerner ses priorités prend du temps et je n’en ai que peu. Parfois, ce que je pensais de peu d’intérêt pour eux  se révèle fort utile, d’autres fois, ce que je suis fière de leur présenter comme une super nouveauté les laisse indifférents. C’est toute la difficulté et l’intérêt de mon métier.

    Maintenant que je vais à l’essentiel, nous avançons plus efficacement et D. acquière même une compétence supplémentaire par rapport à ses collègues. Il fume depuis l’âge de 15 ans, soit depuis 11 ans, et je l’accompagne à l’extérieur pour sa pause cigarette qui ressemble à n’importe quelle pause cigarette chez nous. Femmes et hommes se retrouvent, discutent, plaisantent.

    « J’ai voté pour toi, D., lance une jeune femme. Catégorie intellectuel ». Curieuse, je demande à D. de m’expliquer de quoi il s’agit. La société organise régulièrement des tombolas. Cette fois, chaque employé est invité à voter pour « le meilleur employé » dans 5 catégories différentes : intelligence, élégance, solidarité, créativité, humour.

    Le midi, nous déjeunons devant l’ordinateur des habituels sandwiches au poulet grillé, frites et Coca que je mets dans mon sac, au cas où. Vers 17 heures, je remballe mon matériel. Enfin le week-end, j’ai 2 jours devant moi pour visiter Marrakech, munie de quelques recommandations de restaurants et spas.

  • Premier contact avec Marrakech

    Aujourd’hui, pas de chauffeur pour m’emmener chez mon client mais le chef de projet qui sirote un thé sur la terrasse de mon hôtel. Les bureaux se trouvent à 3 minutes à pied de l’hôtel. J’y retrouve C., qui dormait dans le même hôtel que moi à Casa et avait avancé son départ d’une journée, me faisant ainsi soupçonner de l’avoir embarrassé en l’invitant à partager mon dîner du soir.

    Pourtant, à la pause, il m’invite à boire un thé à la terrasse d’un café voisin. C. porte son alliance, je lui raconte ma conversation avec M. « Moi je la porte toujours. J’ai des amis qui sortent de la maison avec et la mettent dans leur poche une fois dehors. Je ne trouve pas ça correct. » C. est un jeune marié de 3 mois. Il est originaire de Fès. La journée se passe très bien, parfaitement même car sans problèmes techniques, et nous bossons très efficacement.  Peu avant 13 heures, il m’installe en salle de pause « Je vais faire la prière, je reviens ».  Nous déjeunons de sandwiches au poulet grillé. 

    Après ma journée de travail, je retrouve le sourire enjoué des jeunes garçons à l’accueil de l’hôtel El Hadna. Vers 19h, je reçois un sms de J., le baroudeur germanique, qui m’informe qu’il ne trouve pas trace de mon hôtel sur son GPS et propose que l’on se retrouve sur la place Jemaa El Fnaa. Merde, moi qui voulais l’éviter … J. qui m’a écrit la veille : « Mon séjour dans la médina de Fès est chaotique ». Je demande aux garçons de l’hôtel si la place est loin : « Non, 10 minutes ». Cela m’étonne, vu la distance que je devine sur mon plan. « Je peux y aller à pied ? » Oui, oui !

    Il cercle l’endroit où nous nous trouvons sur le plan et je pars. A peine sortie de l’hôtel, une femme me demande de l’argent. Ça commence bien. Après une bonne marche de dix minutes, je réalise que je suis dans la mauvaise direction. Je scrute le plan et réalise que le jeune homme s’est trompé de quelques centaines de mètres en situant l’hôtel. Et me voilà arpentant l’avenue Mohamed V qui n’en finit pas. Je me fais siffler par les hommes à mobylette, et un jeune lance «25.000 chameaux » à mon passage. Je t’en foutrais des chameaux, moi … A hauteur du Techno Park, j’en ai ras-le-bol de marcher et demande à .J. de venir à ma rencontre.

    « Alors, ça voulait dire quoi, un séjour chaotique dans la médina de Fès ? » « Ben ça veut dire que le premier taxi m’a déposé au mauvais endroit et le deuxième taxi ne connaissait pas l’adresse. Tu peux oublier ton GPS quand tu es dans la médina, donc j’ai tourné pendant 2 heures dans toutes les ruelles avant de trouver mon hôtel ».  

    Ce mec me fait vraiment marrer ; il a choisi l’immersion totale pour son premier séjour en pays maghrébin et pionce dans toutes les médinas du pays. Comme moi, il apprécie peu ses premières heures à Marrakech. Déjà, il a mis 2 heures à trouver son hôtel dans la médina. « Je crois qu’après le Maroc, ce sera fini pour moi les médinas ». Je préviens J. que je n'ai aucune envie d'aller sur la place Jemaa machinchose et nous cherchons un restaurant local. Nous nous perdons vers la gare routière où l'on vend des grillades en plein air, mais J. n'a pas l'air emballé alors nous nous perdons du côté du jardin Majorelle où nous ne trouvons que des cafés et pâtisseries.  

    Finalement, nous revenons sur la place du 16 novembre et nous installons à la terrasse du café restaurant Elite où je mange un tajine berbère. En regardant le plan de la ville qu'on m'a donné à l'hôtel, j'estime que nous avons marché quelque chose comme 7 kilomètres. Je rentre à l'hôtel, les hommes dans la rue me lancent des "bonsoir" et "ça va". Non, décidément, je crois que je ne vais pas aimer Marrakech.

  • Dernier jour à Casablanca

    Maroc11.jpg

    Ce matin, nous traversons la ville pour rejoindre le Techn Ppark de Casablanca, une zone d’activité où se trouve beaucoup de sociétés. Là, je retrouve M., que j’ai rencontré le jour de mon arrivée. Le midi, il m’emmène déjeuner de brochettes à la Grillardière. 

    Nous discutons un peu. M. a passé 3 mois en stage à Paris, entre Voltaire et le 13ème arrondissement. « Quand j’habitais à  Paris, je ne connaissais pas mes voisins ». Il demande, comme à chaque rencontre, si je suis mariée, je retourne la question, il répond par l’affirmative. « Et où est ton alliance ?» demandais-je. « Je ne la porte pas toujours ».

    Je balaie la salle du restaurant du regard, la plupart des hommes attablés ne portent pas d’anneau à la main gauche. Ils sont pourtant sans doute mariés. Je partage ma réflexion avec M. En France, si un homme marié ne porte pas son alliance, il a des problèmes avec sa femme ». « Et les femmes aussi peuvent ne pas porter l’alliance ? » « Ah non, les femmes c’est obligatoire » dit M. « Ah oui ? Hé ben ! C’est du beau ! » Il se marre et reconnaît que ce n’est pas très équitable. « Moi je peux te dire que si je me mariais et que mon mari ne portait pas son alliance, je ne la porterais pas non plus ! ».

    M. fume et nous prenons de nombreuses pauses thé à la menthe-cigarette dans la journée. Le soir, je retrouve Aziz, le fringuant chauffeur que je n’ai pas revu depuis plusieurs jours, toujours aussi élégant dans son costume vert amande. Je lui raconte mon séjour, ma soirée au hammam et lui montre la photo de ma métamorphose. Il me dépose à la gare ONCF de l’Oasis, qui ressemble à s’y méprendre à une gare française. Juste à côté, un bureau de poste, en tout point identique aux nôtres. Pour le dépaysement, on repassera. Il me reste une heure à attendre avant le départ de mon train pour Marrakech. J’avise un café peuplé d’hommes. Rien d’autre. Je déboule avec ma valise et m’installe en terrasse. Au moment où je m’assois, 2 hommes se lèvent d’un même élan. J’ai un moment de crainte. Si tout le café quitte les lieux, j’aurai  pas l’air con, moi ! Mais non, tout le monde reste à sa place et je sirote mon dernier thé casablancais. Peu avant 18h50, je rejoins le quai où un chat rôde, chassé à grands gestes par une jeune fille, ce qui me surprend ! Je croyais qu’on aimait les chats, en pays musulman. Mais après tout, peut-être souffle-t-elle d’allergie.

    Dans le train, j'écris mes billets en retard. Peu avant l'arrivée à Marrakech, je relève la tête et un homme face à moi entame la conversation. Il vante la beauté de Marrakech et s'étonne que je n'aie pas très envie d'y aller. Originaire de Fès, il a travaillé dans le transport en Europe et connaît bien Paris. Il me questionne sur mon séjour à Casa et ce que j'y ai vu. "Quand certains parlent de travail d'arabe, dit-il, j'aimerais bien qu'ils soient capables de réaliser ce que les artisans marocains ont fait dans la mosquée Hassan II"

    En arrivant à la gare de Marrakech, il veut s'assurer que mon chauffeur est bien là. Un monisuer àç la bouille bien ronde, très jovial, m'attend avec sa pancarte à la main. Sur le parvis de la gare, il s'arrête près de 2 enfants. "Ce sont mes enfants", dit-il. Le plus jeune me claque deux bises, puis il grimpe sur la mobylette derrière son grand-frère et ils nous suivent jusqu'à mon hôtel. J'y suis accueillie par de jeunes garçons. Donnant sur une cour centrale , ma chambre, décorée de stuc, est très belle avec ses portes en bois sculpté. Il est 22h30, j'avale une salade vite fait sur la terrasse et vais me coucher.

  • Fiso dans un hammam de la médina casablancaise (un incontournable!)

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    Après quelques heures de repos, je retrouve Mohammed devant l’hôtel. Il m’emmène à la recherche d’un hammam dans la médina. « Tomate ici, tomate ici,  dit-il en se pinçant les pommettes, et après tu vas bien dormir ». Pour le moment, j'essaie surtout de ne pas me casser la gueule dans les ruelles glissantes.

    Dans une cour, une femme nous attend et nous ouvre sa porte. Aïcha a la peau noire comme l’ébène et des dents du bonheur qui étincellent dans son large sourire. Elle me fait assoir sur la banquette couverte de tissus, qu’elle a changés pour moi, dit-elle, et s’excuse de n’avoir pas eu le temps de me cuisiner quelque chose.

    « Tu veux aller au hammam ? Je vais t’emmener ». J’ai ramené mon gant de gommage de Paris mais je n’ai ni savon ni shampoing. Sur un stand, nous achetons du savon noir à l’huile d’argan et un shampoing à la papaye et huile d’argan.  24 drh pour un pot de savon à l’huile d’argan, soit 2€50 … « A dans une heure trente », dit Mohammed.

    Aïcha pousse la porte d’une maison sur laquelle sont peintes des lettres en arabe. Dans une petite pièce, des femmes me dévisagent avec une curiosité bienveillante et la gommeuse m’indique la marche à suivre. Mon irruption dans la salle carrelée de blanc ne passe pas inaperçue; là, c’est clair, je suis l’attraction. On me fait des ourires et des signes, on me savonne le dos, me frotte comme un nourrisson et me déverse des seaux d’eau sur la tête et le corps. Le confort est rudimentaire sur le carrelage blanc mais l’ambiance conviviale. Certaines font des étirements. Une autre femme, Khadija, me tend un pot pour que je me badigeonne le corps de henné. Elle a décidé de m’appeler Sophia et s’amuse à crier mon prénom. En quittant la pièce, les femmes m’envoient un baiser.

    Le foulard jaune réapparaît dans l'embrasure de la porte. Aïcha est de retour, il est l’heure de se rhabiller. Visiblement, il est hors de question que je reparte jambes nues dans la petite robe dans laquelle je suis venue. « Tu vas attraper froid » dit Aïcha. Et là, je me retrouve en quelques minutes dans la peau de Nastassja Kinski dans « Harem ». Aïcha me tend un pantalon blanc estampillé « lovely little pig », je ne peux pas m’empêcher de rigoler, et elles avec. La vieille femme très gentille qui a communiqué avec moi par signes dans le hammam m’aide à l’enfiler, puis on me couvre d’une veste en molleton blanc. Enfin, Aïcha applique sur mes cheveux un triangle de coton blanc qu’elle noue sur mon front, puis un foulard  couleur caramel. Je me trouve très belle en orientale, il ne manque plus que le khol. « Une vraie femme marocaine » dit Aïcha, visiblement très satisfaite. Les jeunes filles proposent de me prendre en photo et après avoir frôlé l’incident diplomatique, je salue tout le monde d’un baiser envoyé du bout des doigts. A l’extérieur, Mohammed, hilare, est bluffé par la transformation. A un carrefour, Aïcha m’embrasse. « Mais et le pantalon ? La veste ? Les foulards ?». « Tu les gardes. Cadeau. Et quand tu reviens à Casablanca, tu viens chez moi »

    « On ne voit plus que je suis une française, hein ? » je demande à Mohammed. « Si, si, on le voit à tes yeux. Mais peut-être que tu as raison, car certaines filles maintenant portent des faux yeux. Alors, peut-être qu’on croit que tu es marocaine ». A y bien réfléchir, le trench années 50 à carreaux noirs et blancs de Mamie Coco trahit sans doute mes origines.

    Mohammed s'est arrêté devant une autre porte. Une jeune fille à la peau claire nous ouvre et m'embrasse chaleureusement puis elle nous fait entrer dans un salon couvert de zellige, et assoir sur des banquettes de tissu rouge. Un petit garçon d’environ 6-7 ans me dévisage avec curiosité, il s’appelle Omar. Il ne parle pas français, alors pour l’amuser, j’ai l’idée de sortir mon téléphone et de faire défiler les photos sous ses yeux, seulement il ne veut plus lâcher l’appareil et tapote sur l’écran tactile comme un forcené.

    Quelques instants plus tard, Mohammed s’avance dans la pièce, soutenant une femme que je devine encore jeune mais courbée en deux. Elle s’assied à côté de moi, c’est la maîtresse de maison. Elle ne parle pas français, alors Mohammed traduit : elle a eu un accident cérébral, sa fille vient d’accoucher, elle est désolée car tout est rangé pour préparer la fête du mouton qui aura lieu dans moins de 2 semaines. Nous mangeons tous ensemble autour d’un plat de poulet. Mohammed fait répéter à Omar l’alphabet français et m’apprend à écrire mon prénom en arabe. La maîtresse de maison me propose de dormir là et se désole que je reparte en France avant la fête du mouton, à laquelle elle m’aurait conviée. Nous quittons la maisonnée et Mohammed propose un dernier thé à la terrasse de l’Excelsior mais excessivement détendue par le hammam, je baille aux corneilles et ne tiens plus debout.

    Je suis un peu triste de n’avoir pas pu dire au revoir à K. et aux autres personnes de la Sqala, où je pensais retourner pour ma dernière soirée à Casa. Mais je suis trop fatiguée et il est minuit trente alors je note l’adresse mail de Mohammed, qui a résolu de se mettre à l’internet, et m’enfonce sous la couette. Quelle journée  bien remplie !