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2yeux2oreilles - Page 78

  • Maintenant il faut dormir

    Voilà. Ce soir, elle l’a dit. C’est fini. Tu as reçu un sms, alors que tu passais une soirée agréable à rire dans un restaurant. Ton téléphone était en mode silencieux alors c’est bien plus tard, au moment de partir, que tu as lu sa question : « Est-ce que je peux t’appeler dans un quart d’heure ? » Tu as hésité. Peut-être qu’elle dormait. Toi-même tu étais épuisée, ton âme était, depuis des jours, teintée de gris malgré la gaieté apparente, et tu as pensé : « Je ne veux pas savoir. Je veux dormir ce soir ». Mais tu as pensé à elle, à sa solitude, à son désarroi. Tu t’es souvenue de tes nuits sans sommeil, de tes yeux gonflés, de ta lassitude de trop pleurer. Alors tu l’as appelée. Et sa voix était grave. Tu as compris que plus rien ne serait comme avant. Elle racontait et tu ressentais ses émotions parce que tu les avais vécues avant elle. Tu parlais à une femme et tu disais "Je te comprends, Maman". Tu te souvenais de ta détermination, de ce toi dans la glace que tu fixais et ne reconnaissais pas, et pourtant c’était bien toi et tu ne t’étais jamais sentie aussi vivante. Et tu pensais à lui aussi, à sa souffrance, à sa sagesse. Et tu étais soulagée de cette sagesse parce que tu avais craint le pire.

    Et là, maintenant, tu as claqué la porte de ton appartement. Tu t’es retrouvé seule, comme d’habitude, depuis si longtemps. Tu as souri en pensant « Allez ma vieille, il faut y passer ». Tu as réalisé qu’une part de ta vie était en train de mourir, ce soir. Et tu t’es souvenue. Tu as été adulte bien avant l’heure. On a toujours loué ta maturité. Tu t’es revue, enfant, lorsque tu as commencé à comprendre. Ton intuition et ta sensibilité exacerbée t'ont fait grandir vite, absorbant toutes les émotions et les humeurs comme un buvard. Puis adolescente,  quand il te rejetait et que tu t’évertuais à t’attacher à de jeunes hommes qui lui ressemblaient, réservés et insondables  comme lui. Et enfin, jeune femme, quand tu as commencé à subir des ruptures. Tu étais alors persuadée que tu aurais le même destin qu’elle. Tu disais préférer être victime plutôt que bourreau. Tu essayais, comme elle, de faire de ton mieux pour que ça marche. Mais tu n’y croyais déjà pas. Longtemps, tu as été celle qu’on quittait. Tu les avais sous les yeux. Ils pensaient constituer un modèle et tu t’étais déjà juré de ne pas vivre leur vie. Le moins qu’on puisse dire, c’est que tu as réussi.

    Cela fait des années que tu t’y attends. En fait, pour toi, ils n’ont jamais été un. Maintenant il va falloir affronter tout cela. Etre présente pour l’un et pour l’autre, parce que tu les aimes tous les deux. On ne peut pas te demander d’être neutre, c’est impossible. Tu connais leur histoire et leur intimité, malgré toi. Tu as passé chaque année de ta vie à les observer. Tu as longtemps nourri une colère sourde contre eux et puis un jour, elle s’est déversée, en torrents de larmes et alors tu as décidé de leur pardonner, pour te sauver, te donner une chance d’être heureuse. Tu as entamé un travail sur toi-même pour tenter de les comprendre, de leur pardonner d’avoir fait de leur mieux. Tu as vu en eux cette effroyable humanité et tu les as enfin aimés. Ils ont fait de toi ce que tu es et tu aimes ce que tu es. Vraiment. Ils t’ont aidée à grandir, t’ont rendue sensible et humaine et ont construit ton indulgence. Tu as décidé de ne pas subir ta vie. Alors, le jour où tu as été bourreau, tu as écouté en toi l’enfant qui pleurait et tu t’es pardonnée. Et depuis, tu décides.

    L’année commence vraiment mal. Depuis des mois, tu en plaisantes, histire de dédramatiser. Tu en as pleuré des rivières à cause d'eux, et traversé un océan pour te construire loin d'eux. Tu as réussi et tu as appris à aimer ces hommes dont tu te défiais auparavant.   

    Tu seras là pour eux. Eux tous. Tu es forte, tu l’as déjà prouvé à plusieurs reprises. Etre un vainqueur relève principalement du mental. Mais surtout essaies de te préserver.Car tu n’es pas aussi forte que tu le crois.  

  • "An(goût)lême"

    Ce fut mon dernier petit matin glacial à la gare d'Angoulême. Le TER Poitiers-Angoulême ne me manquera pas mais Angoulême restera comme un feu de bois dans un coin de mon âme.

    "On mange bien à Angoulême" déclarait Dominique Besnehard. J’acquiesce pleinement. C’est aussi une petite ville pleine de charme dans laquelle on croise des personnes attachantes.

    Au Côté Gourmet où j'ai déjeuné souvent, place de la gare, je n'ai regretté qu'une chose : que les créatives mises en bouche restent de savoureux mystères, déposées devant nous sans un mot de présentation. Plus généralement, il m'a semblé que cette cuisine inventive n'était pas présentée avec toute la fierté qu’elle mériterait.

    Moi j'aurais annoncé, à la manière de Petitrenaud, un pavé de saumon juste saisi accompagné de son clafoutis de petits légumes fondants, ou encore un Paris-Angoulême croustillant de pistache sous une boule de glace Blue Lagon. En dehors de ce constat, rien à redire. Dans un cadre sobre offrant quelques tables, on dine à l’étage. Le menu déjeuner à 14€50 propose l’inspiration du jour en entrée-plat ou plat-dessert mais on peut aussi opter pour un menu de 3 plats pour 22€50 ou la carte. J'y ai dégusté une « pièce de veau comme un rôti, légumes d’automne mijotés » et « un crumble de potiron aux cèpes, pistou de noisettes ».

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    Au Nulle Part Ailleurs, l’irascibilité du patron gâte grandement le plaisir qu’on éprouve à se régaler de plats copieux et savoureux dans un décor ultra-chic (ah les incrustations de rondins de bois devant la cheminée, à l’étage …. J’espère que ce décor n’a pas été trop abîmé par l’incendie qui a eu lieu il y a 2 semaines). En dépit d'un service très amateur, je garde un souvenir ému de mon premier déjeuner angoumoisin à sa terrasse, sous les derniers rayons de soleil de l’automne, d’une généreuse parillada de poissons suivie d’un café gourmand offrant un superbe éventail de desserts.

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    Au Passe-Muraille, mon grand favori découvert par hasard, je pourrais m'assoupir de plaisir. J’ai narré une de ces soirées mémorables il y a quelques semaines.

    A deux pas du Passe-Muraille, rue de la Cloche Verte, on trouve l'Atlas Marocain, à la déco étrangement similaire à celle de l’hôtel du Palais. Là, on dîne d’une excellente cuisine marocaine sur fond de musique lounge. Le premier lundi de janvier où frigorifiée, je me suis réfugiée dans ce restaurant, un des seuls ouverts, Papa était aux fourneaux et Fiston dépannait en salle. Je le sais parce que c’est ainsi qu’il a justifié ainsi «  n’être pas très au point ». Au couple voisin qui s’étonnait qu’il demande comment ils trouvaient leur apéritif, il expliqua « C’est mon premier kir ». Moi j’ai trouvé ça trop mignon et il était charmant, s’enquérant régulièrement de ma satisfaction, il m’a même apporté de la semoule pour accompagner le tajine de poulet aux légumes que je suçotais à l’abri des regards des autres clients, face à la fenêtre.

    Cerise sur le gâteau, alors que je réglais mon repas, il ouvrit sous mes yeux une boîte dans laquelle je fus invitée à piocher; le genre d’attentions qui fait la différence.

    Le dernier jour, le Passe-Muraille étant fermé, ma stagiaire m’entraîna dans son restaurant italien préféré, rue de Genève. Angolo d’Italia est un beau restaurant, comme tous ceux dans lesquels j’ai dîné à Angoulême, où l'on ne trouve pas de pizzas. On nous a installées au sous-sol, dans une belle cave voutée. Le menu en V.O. avec traduction annonce que le patron est romain et propose, outre une carte de pâtes, poissons et viandes, des menus très intéressants à 22 et 30 € (mise en bouche + 3 plats). Ma convive avait commandé une assiette d’antipasti à 9€ débordant de jambons, brochettes de tomates et mozarella, crostini au saumon et gambas. Déplorant une rupture de stock m’empêchant de goûter le carpaccio d’espadon, je choisis une entrée de Saint-Jacques en sauce citronnée puis une assiette de spaghetti à l’encre de seiche, moules, crevettes, langoustines et calamars puis une tarte feuilletée pommes-amaretto. Le service fut très long mais l’Angolo d’Italia est une très bonne adresse.

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    Parmi les essais qui n’auront pas marqué mes papilles, je compte « Chez Paul », où le service est impersonnel et la cuisine inégale et « Le Terminus » face à la gare, trop guindé pour moi.

    Et puis, je pleure de m'être fiée à mes stagiaires qui m'assuraient qu'il n'y avait pas d'hôtels "biens" à Angoulême. Certes, cela m'a permis d'aller me balader du côté de Bassac, chez l'ami Serge, mais quand même, quel dommage de n’avoir passé qu’une nuit dans le décor théâtral de l'hôtel du Palais, favori des stars de cinéma qui fréquentent la ville. Quel magnifique endroit ! Un accueil sincèrement chaleureux, un service aux petits oignons (on m’a confié plusieurs clés pour que je choisisse la chambre que je préférais), des tapis épais et lourdes tentures et puis le coup de coeur pour la chambre Pourpre, élégant mariage de bois et pierre où je m’apprêtais à dormir comme un bébé.

    Hélas, je fus tenue éveillé fort tardivement par la conversation téléphonique de la chambre voisine et le matin, bien longtemps avant la sonnerie de réveil de MON téléphone, je fus tirée de mon sommeil par les vibrations de celui de la chambre voisine. Soit j’ai l’oreille qui s’affine avec les années, soit les murs de l’hôtel du Palais sont fins comme du papier. Quittant les lieux, je poussai la porte des autres chambres fort colorées qui font de cet hôtel un endroit enchanteur.

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  • Fin d'année très bien entourée

    Je suis revenue dans la maison du bonheur, aux confins de la Suisse. Mes joues ont résonné de leurs baisers francs. Je savais que là, avec elles, j'accueillerais 2011 avec sérénité, en toute simplicité.

    Un petit déj' au camembert (c'est pas moi!), une virée en Suisse allemande pour des soldes avant l'heure, et sur la route un bircher muesli savoureux, Anthony & the Johnsons à fond dans la nuit helvétique, mon décolleté pris d'assaut, les douze coups de minuit fêtés à la vodka, du caviar, du brie à la truffe - une tuerie sur place -, du nougat italien au rhum, un panettone, des cadeaux qui me tiendront chaud cet hiver, "Allelujah" de Jeff Buckley chanté comme un hommage et le lendemain pour décrasser tout ça, une bonne fondue suisse, la fameuse moit-moit' de la Migros, avant un train attendu avec elle sur le quai d'une gare déserte et la promesse d'un autre ensemble, bientôt.

     "C'est meilleur qu'un coup d'pied au cul" qu'elle a dit la dame.

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    Merci les filles, je vous aime !

  • Cabaret New Burlesque

    Tournée.jpgDiscret, absent de la presse people, jouant souvent des personnages torturés, en tout cas singuliers, Mathieu Amalric est peut-être l'acteur français que je préfère. Je n'ai vu que très peu des nombreux films dans lesquels il a tournés mais en 2007, j'ai eu la révélation en visionnant "La question humaine",où apparaissait aussi Michael Lonsdale, un autre de mes géants.

    Alors quand au printemps dernier, j'ai aperçu dans le métro l'affiche de son dernier flm, "Tournée", j'ai proposé à la petite lurker italienne une séance au cinéma. J'ai découvert le new burlesque, "spectacle au féminin fondé sur le striptease mais quidésamorce en partie la dimension érotique de la nudité en la transformant en une forme de comédie ou de spectacle décalé et drolatique". Je suis ressortie enchantée de la projection de ce film qui, en magnifiant des femmes pulpeuses, cassait les diktats inaccessibles de la beauté qui voudraient nous faire ressembler à ces mannequins de 15 ans anorexiques au teint d'endive, comme dirait ma copine VéroPapillon. Magnifique, j'ai admiré la sensualité de leurs rondeurs - parfois très larges-, leurs mollets solides, leurs fesses rebondies, le moelleux de leur ventre. Sous le maquillage outrancier, les faux-cils et les lèvres rouge vif pointait une fragilité émouvante, ma préférée de toutes étant Mimi le Meaux (à prononcer Mimi le Miaou pour lui faire plaisir) qui fait onduler ses jolis tatouages comme personne. J'ai pensé que toutes les femmes qui ont fait de la balance le baromètre de leur séduction devraient visionner le film, comme on s'offre une séance de shopping pour se réconcilier avec son image.

    Pourtant la petite lurker italienne n'a pas du tout apprécié la prestation, elle, ni n'a goûté la beauté de ces américaines décomplexées. Moi je n'en ai que plus estimé Mathieu Amalric et je me suis réjouie qu'il décroche le prix de la mise en scène au festival de Cannes. J'ai récemment appris, sans grand étonnement, que des cours d'effeuillage, dans la plus pure tradition burlesque, suscitaient un véritable engouement de la part de femmes qui avaient oublié que nos suposés défauts font de chacune de nous un être unique.

    Aux premiers jours de l'automne, alors que je me promenais avec VéroPapillon (tiens, encore elle), dans le parc de la Cité Internationale, j'ai découvert avec une joie non dissimulée que la troupe du Cabaret New Burlesque se produisait à Paris en fin d'année. J'avais d'abord pensé organiser une sortie entre filles et puis, comme je m'y suis prise un peu tardivement, je l'ai finalement proposée à Boug' et mes deux amis berlinophiles qui ont accepté l'invitation sans vraiment savoir de quoi il retournait.

    Mardi dernier, donc, voilà le club des 5 disséminé dans l'élégant théâtre plein à craquer. En maîtresse de cérémonie, Kitten on the keys présente sa troupe de copines, certaines parées de corsets luxueux, de robes fourreau, de boas aériens et de bas à frous-frous, d'autres quasi-nues. J'ai retrouvé avec plaisir les prestations souvent sensuelles et parfois cocasses qui animaient le film. J'ai beaucoup ri, toutefois moins que mes deux jeunes voisines qui elles, se sont carrément esclaffées lors du strip-tease totalement loufoque, un vrai numéro de maître, du seul homme de la troupe. Perchée au balcon, j'ai passé la soirée à encourager chaque effeuillage, finissant quasi-aphone, tout en guettant anxieusement les mouvements de bras de ma copine Boug' et son compagnon, en contrebas.

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    A la sortie, tout le monde était enchanté, voire euphorique (je pense à un certain chanceux qui a réussi à se faire photographier avec la copie conforme, en brunette, de Jessica Rabbit). Moi je n'avais qu'une envie : m'en repayer une tranche. Hélas, les séances sont complètes. Revenez vite les filles !

    Le Cabaret New Burlesque se produit à la Cité Internationale jusqu'au 14 janvier, puis au 104 du 21 au 23.

    (Crédit photos : Boug')