Station Nation, 14h15, ligne 6, je saute dans le wagon juste avant que les portes ne se ferment.
J'avise, quelques rangées plus loin, des places libres face à un couple d'une cinquantaine d'années. Lui, en veste et pantalon bleu indigo tient un caddie à carreaux d'ou émergent une botte de poireaux et des branches de coriandre parfumée. Elle, contre la fenêtre, les mains posées sur les cuisses, silencieuse et songeuse.
Je m’assois face à elle en esquissant un sourire auquel elle ne répond pas. Ses yeux noirs me scrutent.
Elle porte une robe jaune soleil sous un gilet en acrylique bleu ciel qui souligne sa poitrine alourdie par les maternités. Sur son plastron et au bas de sa robe, des croquets multicolores et des broderies bigarrées lui donnent un air endimanché. Un foulard à franges retient sa chevelure noire et un facétieux pompon rouge roule sur sa tempe au gré des secousses. Elle ressemble à un tableau de Delacroix et je ne peux pas détacher mes yeux d'elle. Je la trouve touchante.
Le pompon rouge frangé lui donne un air espiègle en contradiction avec son visage fermé. J’imagine un parfum piquant, poivré. Ne voulant pas l'embarrasser, je regarde à travers la vitre et je surprends ses yeux noirs qui me fixent, sans aucune gêne. Nous passerons le trajet à nous observer avec curiosité.
De temps à autre, le métro ressort à l'air libre et nous levons toutes deux les yeux vers le ciel bleu. Derrière moi, je sens des effluves de vanille et de crème solaire. Sur le quai, des africaines en boubou marchent d'un pas nonchalant. Deux touristes allemandes, enlacées, hèlent leurs amis.
Paris, mosaïque de cultures ...
Un billet de