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  • Quel con !

    free music

    Je l'avais appelé il y a quelque temps, pour lui proposer de bosser ensemble sur un dossier brûlant. Ca faisait 2 ans qu'on ne s'était pas vus. Auparavant, O. avait toujours répondu présent lors des missions ponctuelles que je lui proposais. Il cherchait un CDI, mais pas dans ma branche. Ses parents lui mettaient la pression pour trouver un boulot dans le domaine correspondant à ses études. O. m'avait avoué qu'il adorait travailler avec moi et qu'il ne voyait pas le temps passer. Je m'étais vite habituée à lui, il était très réactif et comprenait exactement ce qu'il fallait faire en un clin d'oeil. Pas besoin de lui expliquer, c'était un intuitif. Il adorait les contacts, avait le sens du service et satisfaisait à toutes mes exigences avec un dévouement qui m'avait étonnée. Pourtant, à le voir, comme ça, il ne payait pas de mine.

    La dernière fois qu'il m'avait appelée, il y a 2 ans, pour savoir si je recherchais quelqu'un, je venais d'embaucher un collaborateur au bon potentiel. Sérieux, impliqué, ponctuel. Mais la communication entre nous était très difficile, un vrai mur, et je n'avais pas validé sa période d'essai. Je n'avais plus sollicité O., espérant qu'il trouverait quelque chose lui convenant mieux et que moi, je dénicherais la perle rare. Quand j'ai rappelé O. il y a quelques semaines, je lui ai demandé s'il y avait du nouveau dans sa vie et il avait répondu que non, toujours la même routine. Je lui avais alors raconté mes dernières désillusions, les intérimaires blasés, qui exigeaient un salaire important mais sans montrer de volonté de si'nvestir. La difficulté à trouver quelqu'un de sérieux. Je lui avais dit que je n'avais jamais trouvé quelqu'un comme lui, qu'il restait la référence, pour moi. J'étais heureuse à l'idée de lui faire visiter nos nouveaux locaux et mon bureau lumineux et paisible, avec vue sur le ciel. Il était très enthousiaste, me répétant à quel point il avait gardé un bon souvenir de nos collaborations. Je lui avais envoyé des photos du nouveau siège et il était admiratif, tout excité à l'idée de travailler dans un endroit aussi beau. Le nouveau siège est plus près de chez toi, en plus, lui avais-je dit. "Ben non, je suis retourné vivre chez mes parents, en fait". Quelle drôle d'idée, à 38 ans, avais-je pensé. "Quand est-ce que je peux passer ?" avait-il demandé. "Quand tu veux, plutôt en fin de semaine, appelle-moi" avais-je répondu. J'en avais parlé à mes collaborateurs, vantant ses mérites. " Tu as raison, plutôt que de prendre des intérimaires qui demandent une longue formation pour un résultat décevant, tiens t'en aux valeurs sûres", m'avaient-ils dit.

    Je lui avais laissé un message, lui proposant un rdv le vendredi suivant. Il m'avait rappelée, désolé, un truc à faire. Je n'avais plus eu de nouvelles pendant une semaine. Bizarre, le connaissant. Puis il m'avait laissé un message "Rappelle-moi". Je lui avais mis de côté des fournitures et un agenda classe, avec une bordure chocolat. Débordée, j'avais laissé passer quelques jours.

    Et puis, vendredi, une collègue qui le connait bien me dit" Au fait, tu sais quoi, O. a un nouveau boulot, il est en CDI depuis l'été dernier". Je n'en revenais pas. Pourquoi n'avait-il rien dit ? Je l'ai appelé illico. "Pourquoi tu ne me l'as pas dit, quand je t'ai appelé ?". Sa réponse m'avait sidérée. "J'avais peur que tu le prennes mal et que tu me raccroches au nez" m'a-t-il dit. "En plus, j'ai acheté un appart', j'en ai pris pour 20 ans minimum, j'avais pas le choix".

    Je lui ai di que je ne comprenais pas qu'il m'aie caché tout ça, que j'avais été vexée qu'une autre personne que lui m'apprenne une ausi bonne nouvelle. Vexée qu'il aie pu penser que je lui en voudrais, alors que c'est tout ce que je lui souhaitais. Mais surtout triste d'avoir perdu quelqu'un que je considérais comme un ami et que je ne reverrai sans doute jamais, puisqu'il est muté à l'étranger.

  • Jump around

    Hier soir, après un dîner délicieux dans leur nouveau nid, à deux pas de la porte de la Chapelle, j'ai accompagné ma copine C. et son homme (très bien, son nouvel homme, j'en veux un comme ça) à une soirée Revival 90's qui se faisait au ... Bobino.

    Le Bobino, pfff ... ça devait faire 15 ans que je n'y avais pas mis les pieds !  A l'époque, fin 80's -début 90's, j'y étais tous les vendredis soirs pour des soirées hip hop, avec ma copine Nathalie qui vit maintenant au Bénin. Une boule à facettes a remplacé l'avion qui surplombait la piste et à ma grande déception, pas de vétérans du hip hop, mais des petits bourgeois qui étaient encore dans leurs couches quand je me déhanchais sur "I've got the power". 

    Alors, hier soir, quand après avoir posé mes affaires au vestiaire, je suis entrée dans l'immense salle, j'ai pensé à Nathalie, aujourd'hui maman, et à notre jeunesse. Je suis montée au premier étage et me suis penchée sur la foule qui bougeait sans conviction sur des chansons dont elle ne connaissait pas les paroles. Je me suis revue, là, en bas et je me suis souvenue des promesses non tenues, des garçons croisés et presque oubliés, Lucien, Doudou, Joël, Tex, des petits matins à attendre, dans le froid, que les grilles du métro ouvrent. Et hier soir, comme il y a 15 ans, mais avec Séb et Claire, cette fois, j'ai bondi sur OPP, "Insane in the brain" de Cypress et ça :

     
  • On va aux champignons ?

    c2d89cac4241f52dea9550d1e8bd3e1b.jpgCe matin, remplissant mes poumons d’autant d’oxygène que je pouvais en trouver sur le boulevard des Maréchaux, avant d’attaquer la côte de la poterne des Peupliers, je fus titillée par une odeur familière. Une odeur de feuilles mortes mouillées et de sous-bois moussu.

    Je me souviens.

    Sur une route de Charente, quelque part aux alentours de la Chapelle des Pots, par une belle journée d’automne. Mon grand-père gare sa voiture sur le bas-côté de la route, le long du fossé.

    On sort les paniers en osier du coffre et on s’enfonce dans le sous-bois. Il y a ma mère et  mon frère. « On va aux champignons ? », c’était son expression, une question ressemblant à un ordre. Les jours de pluie, la question variait de peu : « On va aux escargots ? »

    Bon gré, mal gré, encouragés par ma mère « Allez, ça lui fait plaisir … », mon frère et moi montions dans la voiture, n’osant lui refuser le plaisir de nous montrer la beauté de la nature. J’étais rarement enthousiaste, je me sentais cruche, ne sachant pas distinguer les bons champignons des mauvais. Je crois aussi que ma réticence venait du fait que les bois, sombres et touffus, peuplés de bêtes imaginaires ou réelles, me foutaient la trouille. J’imaginais quelque dangereux psychopathe, tapi derrière un arbre, prêt à bondir, ou une main en décomposition dépassant d’un tapis de feuilles. Le moindre craquement d’une branche me faisait tressaillir et je ne m’éloignais jamais de la rassurante présence humaine, guidée par le sifflotement serein de mon grand-père.  

    Pourtant j’aimais la délicatesse des champignons, si fragiles sous le pied du promeneur. Je caressais du bout du doigt le velouté de leur chapeau et effleurais le joli plissé des lamelles. J’admirais la blancheur de vesses de loup perlées, dont je m’amusais à presser la chair molle pour en laisser échapper une petite fumée, et de coprins chevelus qui m’évoquaient une joyeuse bande de hippies.

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    Quand au détour d’un arbre, l’œil connaisseur de mon grand-père découvrait une colonie de quelque espèce savoureuse, cèpes ou girolles, il nous rameutait. Gare à celui qui arracherait le champignon et ses racines, en condamnant la repousse ! Il se ferait sérieusement sermonner, malheureux !   

    Le soir, après la corvée de nettoyage, mon grand-père accommodait notre cueillette en une savoureuse poêlée parsemée d’ail et de persil ou une omelette baveuse, que nous mangions en regardant les infos, ne pipant mot.

    La dernière fois que mon grand-père m’a emmenée dans un sous-bois, il y a plus de 10 ans, il était malade et je ne le savais pas. Il ne lui restait que quelque mois à vivre. Dans le sous-bois baigné d’un soleil printanier, nous avons cueilli des jonquilles qu’il voulait que je ramène à sa fille, restée à Paris. A un moment, alors que j’étais à quelques pas de lui, il s’est mis à m’appeler, d’une voix que je ne lui connaissais pas, angoissée, presque chevrotante. Je me suis demandée ce qu’il avait à paniquer ainsi ; j’avais dû disparaître de sa vue pendant un court instant, dissimulée par un arbre, sans doute.

    Sur le chemin du retour, dans le soir tombant, nul joyeux sifflotement ne vint troubler le silence. Je m'en fis la réflexion. Ce fut notre dernière après-midi ensemble dans les bois.        

     

  • Lettre à une absente

    Qu’il me soit donné, ma tendre absente, de briser le silence de nos vies en déposant au chevet de ton âme les mille couleurs de ma flamme pour dédier au mystère de ta beauté la tendresse de mes baisers.

    Dans ce pli, vois le témoignage de ma passion.

    Après toi, rien d’autre et plus personne.

    Mon amour d’artichaut arc-en-ciel,

    mon beau bigoudi bleu de Bali

    mon cœur de coquelicot couleur clémentine,

    mon drôle de dromadaire décapotable,

    mon élégant escargot étoilé,

    mon fil de fer fleuri,

    mon gros gâteau gonflable à la guimauve,

    mon honorable hurluberlu herbu,

    mon inimitable ibis des îles,

    mon joyeux joujou jaune,

    mon kangourou en kimono de kabouki,

    mon lapin en lapis-lazuli,

    mon merveilleux muguet multicolore,

    mon nénuphar des neiges,

    mon ouistiti des oasis,

    mon petit pingouin à plumes de paon,

    mon quatuor en quadrichromie,

    mon rigolo radis rouge,

    mon super scoubidou sans souci,

    mon tendre tournesol tout torsadé,

    mon univers utopique,

    mon vénérable vison vêtu d’une veste en velours vert,

    mon wapiti wagnérien,

    mon xylophone (classé) X,

    mon yoyo,

    mon zébu zébré de Zanzibar,

    je voulais juste te dire une chose : je t’m.

    (anonyme - trouvé dans un livre de correspondance)