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je vous ai croisé - Page 5

  • Un jeune homme de 90 ans ...

    Un vieux monsieur monte à bord du bus bondé. Lorsque celui-ci redémarre, il est projeté au centre du véhicule et trottine, jambes écartées. Sa posture, le sourire amusé sur ses lèvres et le bonnet en laine gris et rouge enfoncé sur son crâne lui confère quelque chose de comique. Un homme assis sur les strapontins latéraux tente de l’agripper au passage, mais trop tard, et il se dirige vers le fond du bus. Je suis déjà debout et viens à sa rencontre. Je l’attrape par le bras et tente, brinquebalant au rythme des secousses, un sac à un bras et mon p’tit vieux à l’autre, de le diriger vers mon siège désormais libre. Nous sommes deux, maintenant, à tanguer au milieu de tous et à en rire. Il plonge son regard bleu dans le mien et s’écrie « Je suis pris en charge par le plus beau chapeau du bus ! ».

    J’éclate de rire et le hisse difficilement sur le siège. Il continue de me parler tout en clignant des yeux, on dirait vraiment un enfant, il a un regard plein de malice. Une sorte d’Albert Jacquard. Il me fait même rougir. « C’est vrai, vous êtes toute vêtue de couleurs printanières », continue-t-il. « C’est pour conjurer le mauvais temps ? »

    « Exactement ! Le soleil, c’est dans la tête », je lui réponds, avec un clin d’ oeil. Et c’est vrai qu’à cet instant, dans ce bus à la lumière blafarde, il fait 35 degrés, on se croirait au bord d’une plage à siroter des cocktails. Même les gens autour de nous ont changé, ils nous écoutent, leurs yeux sourient. La jeune femme brune à ma gauche a ôté ses écouteurs et se marre franchement.  

    Il pointe un doigt vers le ciel : « Vous n’avez pas oublié, de toute façon, que le soleil brille toujours, au-dessus des nuages ? » « Je ne l’oublie jamais ! » Il continue de s’émerveiller sur mon chapeau de feutre gris, je plaisante sur son bonnet de lutin. Après quelques instants, je tourne la tête, un peu embarrassée et puis, à l’arrêt suivant, un autre homme s’arrête devant moi avant de descendre et me dit quelque chose de très gentil. Un échange qui n’arrive jamais dans la foule parisienne, sauf pour ceux qui ouvrent leurs yeux et leurs oreilles.

    Exactement le genre de choses dont je t’ai parlé, Ain, en buvant un verre avec toi à Paris Carnet, avant que tout le monde n’arrive.

    Je croise le regard de la jeune femme brune et lui lance « Décidément, c’est ma soirée, faut pas que je rentre chez moi, je vais appeler les copains et sortir ! ». Elle acquiesce. Le vieux monsieur est maintenant plongé dans un journal, plongé c’est le mot, il a le nez collé dessus et les yeux écarquillés. Mon arrêt approche, je me penche vers lui, juste assez pou sentir une vague odeur d’urine, et lui souhaite une bonne soirée. Il soulève son bonnet.

    Je ne suis pas ressortie ce soir-là. J’avais eu mon content de chaleur humaine. J'ai pensé avec un sourire que peut-être, il aurait aimé rencontrer ma mémé aux chaussettes aubergine. Elle aurait abandonné sa canne pour s'appuyer sur son bras et leurs jambes cagneuses auraient arpenté de concert les trottoirs parisiens.

    Ne croyez pas les gens, moroses, qui vous disent que les grandes villes sont inhumaines et que la solidarité n’existe plus. Arrêtez juste de fixer le bout de vos chaussures et vous vous rendrez compte que les miracles n’en sont pas. C’est vous qui les faîtes.

  • De Palais-Royal à Vavin

    Je déjeune avec le héros de la série préférée de mon enfance. Rencontré sur les blogs, bien qu’il n’en tienne pas lui-même. Il propose une brasserie qu’il connaît bien, qui aurait également été la cantine de « Navarro ».

    Nous entrons au Café de l’Epoque, chaleureusement accueillis par le fringant patron et nous laissons tenter par une côte de sanglier rôtie accompagnée de polenta, parfaite. En dessert, sur les conseils de mon compagnon, un savoureux pot de crème au chocolat. Le service est parfait, quel bonheur, l’endroit me plaît.

    Tandis que mon ami galope vers les tours de la Défense, sur son fidèle destrier noir, je savoure mes vacances et le soleil qui a pointé le bout de ses rayons en flânant dans ce quartier qui m’est quasi-inconnu. J’ai rendez-vous au métro Cité dans 45 minutes, ça me laisse du temps pour remonter la rue Saint-Honoré, fort plaisante. Je tombe en arrêt devant Scoop, un minuscule restaurant-épicerie fine-glacier, tout en longueur, qui promet des granola comme à NY (mmm, rien que de repenser à ceux de Bubby’s...)

    Plus loin, un restaurant thailandais, Livingstone, ce doit être celui dont m’a parlé mon ami. A travers les vitres, je devine un mobilier graphique, dans des tons noirs et crème. J’entre pour récupérer une carte. L’endroit est luxueux et magnifique, un appel à la volupté, et je m‘imagine déjà lovée dans quelque profond sofa en galante compagnie. Je lis sur leur site –très étrange ce site, pour le menu, cliquer sur la fig. 4 - que le propriétaire est également acteur à ses heures.

    Plus loin, des livres de voyages attirent mon attention. Je pousse la porte de la librairie des voyages « Itinéraires » où plus de 12.000 titres (guides, romans etc.) sont classés par pays. De bien belles idées de cadeaux.   

    A l’approche des Halles, l’église Saint-Eustache, pour laquelle j’ai une affection particulière, se découpe dans le ciel bleu. Rue des Halles, j’entre dans une boutique, Angel & Angel, et en ressors avec deux paires de chaussures vertigineuses et drôles, après avoir tapé la discute un bon moment avec Dany, la patronne originaire de Saint-Domingue.

    J'enjambe la Seine et au métro Cité, retrouve ma petite sœur qui vient s’inscrire au permis de conduire en candidat libre. Nous poireautons plus d’une heure devant la porte tout en discutant. Je l’entraîne ensuite au 8 rue de l’Ecole de Médecine, à une adresse qu’on m‘a recommandé, la Pâtisserie Viennoise. L’endroit est exigu mais les pâtisseries (strudel pour moi, chocolat pour elle) fort goûteuses. A la table voisine, un couple, tout deux vêtus de rouge, lui bouclé, hâlé, les lunettes de soleil sur le crâne, on dirait un surfeur. Il est prof, militant écolo, elle éducatrice, ils sont de Bordeaux, changent de table pour se rapprocher de nous et nous discutons pendant plus d’une heure.

    La nuit tombe lorsque nous longeons le jardin du Luxembourg sur les grilles duquel se dandinent des manchots (exposition Terre des Pôles jusqu’au 4 janvier) puis bifurquons dans la rue Auguste Comte, passons devant le lycée Montaigne avant de rejoindre la rue Vavin. Ma petite factrice n’a pas le temps de boire une pinte dans mon pub préféré, le Shannon, ça nous aurait pourtant réchauffées car il caille sérieusement, d’un coup, mais ce n’est que partie remise.   

    Au 154 : Scoop, resto-épicerie fine-glacier (01.42.60.31.84)

    Au 106 : Livingstone, thailandais branché (01.53.40.80.50)

    Au 60 : Itinéraires, librairie des voyages

    Et le Café de l'Epoque au 12 rue Croix-des-Petits-Champs, métro Palais-Royal

  • Myriam

    Il y a de ces rencontres qui changent votre vie. Myriam est de celles là.

    Myriam, c’est la consultante avec laquelle j’ai réalisé mon bilan de compétences en 2005. Cheveux courts, grisonnants, peu expansive, elle doit approcher la soixantaine.

    Jamais je n’aurais imaginé qu’un bilan de compétences m’apprendrait autant sur moi-même. J’avais entrepris cette démarche sur les conseils de mon ami JM.

    Coach en entreprise et consultante en communication, j’ai tout de suite aimé l’approche de Myriam, qui croise le professionnel et le personnel. C’était autant le bordel dans une sphère que dans l’autre, pour moi à l’époque, de toute façon. Myriam l’a senti et elle m’a aidée à me poser les bonnes questions. La suite s’est mise en place toute seule.

     

    La conclusion à laquelle nous étions arrivées ensemble, après 2 mois de travail, avait été « profil RH à utiliser dans un environnement international ». Alors quand en août, c’est précisément ce type de poste que j’ai décroché, elle est la première personne à laquelle j’ai pensé.

     

    « J’ai une bonne nouvelle à vous annoncer, Myriam » lui ai-je dit quand j’ai enfin réussi à la joindre. « Tu passes quand ?» a-t-elle demandé.

    Pourtant, hier soir, en poussant le portillon de sa maison de banlieue, je l’ai trouvée soucieuse.

    Tout en partageant les pâtisseries que j’avais chopées au vol et qui avaient un peu fait la culbute sur mon vélo, je lui expliquai en quoi consistait mon futur poste. Bien qu’elle fasse des efforts et répète que ça lui faisait très plaisir que je revienne lui donner de mes nouvelles (nous nous envoyons des mails régulièrement), je la sentais ailleurs. Mon enthousiasme fût définitivement calmé quand je m’enquis de sa forme : « J’ai de graves problèmes familiaux ».

     

    Mais revenons au bilan de compétences.

    Une merveilleuse occasion de faire le bilan de sa carrière, à travers un prisme extérieur, de réaliser tout le chemin parcouru, les compétences acquises, dont on ne se rend pas compte, généralement. Et toutes les possibilités qui s’offrent encore à nous, notamment celle de se réaliser vraiment en changeant d’orientation.

    Le choix du consultant est personnel et doit avant tout être une question de feeling; je vous conseille d'en rencontrer plusieurs avant de faire votre choix.
    En moyenne, la durée d'un bilan peut s'étendre sur 4 à 8 semaines (pour un total de 24 heures maximum), au cours desquelles vous aurez des entretiens périodiques avec un consultant et un travail personnel à fournir (réflexion, recherches, prises de contact)
    Le bilan professionnel explore vos différentes facettes : expériences, connaissances, valeurs, motivations professionnelles, traits de caractère, activités extra-professionnelles.
    Il permet au fur et à mesure d'identifier les éléments nécessaires à votre épanouissement professionnel (poste, secteur d'activité, environnement hiérarchique) et les moyens d'y parvenir (formation, réseaux). Pensez-y, ça n’est jamais inutile ni trop tard !

    Il y a 3 ans, le bilan de compétences me redonnait confiance en moi. D’ici peu, je vais en récolter les fruits. Et ça, je me le dois, mais je le dois aussi à Myriam.

  • Un dimanche comme je les aime

    Prendre un café, sous la halle qui abrite le marché de ma ville, le dimanche, est un plaisir solitaire que je m’offre parfois.

    D’ailleurs, quand je débarque dans une ville inconnue, je profite des jours de marché pour m’y imprégner de son caractère. Et lorsque je me suis expatriée, nos marchés sont sans doute les moments de bonheur qui m’ont manqué le plus cruellement. Un de mes plus beaux souvenirs de marché, c'est celui de Saintes dans lequel je me perdais avec un monsieur qui n'eût pas le temps d'être vieux. Nonchalant, la casquette vissée sur la tête, il me demandait invariablement, pour la forme puisqu'il connaissait la réponse,  "Tu veux des céteaux ?"

     

    Je débarque toujours au marché de ma ville dans la dernière demi-heure précédant la fermeture. J’ai en tête une vague liste de victuailles, généralement composée de poissons et primeurs, mais bien souvent, je me perds entre bavardages et rêveries, je flâne, régale mes yeux d’un festival de couleurs et mes oreilles des bribes de conversation saisies ici ou là, et je repars le panier vide.  

    J’aime particulièrement l’ambiance de fin de marché, les maraîchers se lâchent, déconnent et se charrient, dans de grands fracas de chariots et bacs en plastique.

    Les salades étalent leur chevelure, frisée ou soyeuse, tentant d’aguicher les derniers flâneurs, les fromages font de la crème,  les étals du poissonnier dégoulinent et moi, je palpe et hume, vacarme, lisse et velouté.  

    Je me dirige droit vers le comptoir en formica, entre la boulangère, le stand de thés en vrac et les primeurs, je commande un espresso et me positionne de façon à avoir une vue d’ensemble. Il m'est arrivé de regretter de ne pas vivre dans une ville de province où je pourrais donner rendez-vous à mes amis pour le café dominical et puis, je réalise qu’alors, j’aurais les yeux rivés sur eux et pas sur le monde qui m’entoure, et je chéris ma solitude.

     

    Au marché, il y a aussi un petit plaisir que toutes mes lectrices partagent, sans doute. C’est celui de se faire gentiment draguer, avec une légèreté et un humour tels qu’on ne peut y répondre qu’avec le sourire.

    Mon petit plaisir du dimanche, à moi, c’est ce poissonnier aux cheveux noirs et magnifiques yeux bleus qui me demande à chaque fois ce qu’il doit ramener pour le déjeuner. Hier, un de ses collègues l’a pris de vitesse et s’est chargé de préparer les quatre dorades qui me faisaient de l’œil, échouées sur leur lit de glace. Mon poissonnier me guettait du coin de l’œil

    « Mademoiselle, on s’occupe de vous ? »

    « Oui, oui, merci »

    « Faut pas croire, hein, je m’inquiète … »

    « Je sais, je sais, je vous connais »

    « Pas assez à mon goût », répond-il

    « Laissons-nous un peu de mystère », lui lançai-je avec un clin d’œil.

     

    Avant que je ne me sauve, le coquin m’a désigné son tablier, sur lequel on peut lire son prénom et son numéro de portable.

    S’il avait vu comment j’ai pété la carapace au dernier tourteau qui a croisé mon chemin, pas sûre qu’il ferait autant le malin …

  • It's all just a show

    "Un jour dans le métro parisien, 8h du mat, j'avais le moral au fond des chaussettes. Dans ce wagon qui m'amenait à l'abattoir, j'étais la tête basse, au bord des larmes... Doucement, je ne sais pas pourquoi, peut-être pour que le trajet passe plus vite, pour diluer ce début d'eau salée dans mes yeux, dans une vaine tentative de me décoller de mes pensées mais plus sûrement encore dans l'espoir illusoire de trouver autre chose que le collier de stations que je connaissais par cœur, j'ai vaguement levé les yeux. Et là ils ont fait "marche arrière". Je n'avais pas halluciné, quelqu'un s'était amusé à écrire "'n roll" après la station Duroc. Et bien cette personne dans la simplicité de son geste, a sans le savoir réussi à m'arracher un sourire intérieur et m’apporter la lichette de bien-être qu'il me fallait à ce moment très précis. Et je l'en ai remercié."
    (anecdote de PJ lue sur le blog Mes Mots Random)

    Un soir de novembre, en ouvrant la porte sur le vide d'un appartement froid et silencieux, Fiso le petit robot, qui avait bien fait son show toute la journée, s'est écroulée. Longtemps après, quelqu'un a sonné à la porte, elle a hésité, a couru mettre de l'eau fraîche sur ses yeux rougis et a ouvert. Ils sont entrés, se sont assis, ont discuté. Elle les a fait beaucoup rire, ils sont restés longtemps.

    En repartant, le vieux monsieur a dit "Quel plaisir de rencontrer quelqu'un avec une pêche pareille, vous êtes tout le temps comme ça ?" et sa collègue a acquiesé.

    Après leur départ, Fiso a allumé la lumière et mis de la musique gaie. Elle n'avait plus envie de pleurer. Elle a dansé et remercié intérieurement le vieux monsieur.

    Depuis, chaque année, Fiso se répète qu'il faut absolument qu'elle résilie ce contrat d'assurance-décès ...