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Symptôme physique d’un mal moral, une douleur abdominale m’injecte sa surdose léthale. J’ai l’art d’éluder les questions et personne n’insiste, c’est con. Si seulement tu avais la bonne idée de nouer des liens autour de mes poignets, que je ne puisse plus me cacher.
Recalée à l’oral, est-ce que je peux avoir une séance de rattrapage écrite ? Est-ce que tu sauras lire entre mes lignes ? Et d’ailleurs, est-ce que ce serait vraiment me rendre service ?
Toi tu m’appelles, me tends les bras et je voudrais m’y réfugier, mais je suis là, tétanisée. Cachée dans la profondeur glacée, la seiche asséchée balance son encre noire et file se cacher. Toute couillonne, derrière son rocher.
Paralysée, elle fixe un point imaginaire, comme une gamine butée. Les mots sont des fenêtres ou alors ce sont des murs. J’ai tout lu, j'ai tout compris mais je ne trouve plus la boîte à outils. Je feins le détachement et me recroqueville comme une feuille morte. Like a leaf clings to a tree, oh my darling cling to me.
C’est la deuxième fois que sa silhouette juvénile m’attend sur le quai d’une gare. Cette fois c'est chez elle, les enfants ne sont pas là et le chat erre comme une âme en peine dans l’appartement. Au déjeuner, Quine me gâte : saucisse de Morteau-aligot puis la parenthèse fromage s’ouvre sur une boulette d’Avesnes nature, aussi savoureuse qu'odorante.
Enfoncées dans les poufs colorés, nous discutons tellement que lorsque nous levons les yeux sur l’horloge, 4 heures se sont écoulées. « On va boire un verre avant le resto ? demande-t-elle. Nous marchons sur les trottoirs jonchés de feuilles mortes, et autour de nous, ça fait « chtonc ! chtonc ! ». Ce sont les marrons qui dégringolent des arbres, sur les voitures garées là, et nos crânes échappent aux bosses par miracle. Sur le quai Bélu, les cafés et restaurants sont animés mais le bar dans lequel nous entrons est vide et nous picorons des olives noires autour d’un fizz framboise et d’un daiquiri fraise (pour info, elle en raffole).
Nous nous attablons ensuite dans la salle lounge d'un restaurant voisin et faisons généreusement profiter les oreilles indiscrètes de nos voisins de notre conversation de femmes. Quine a poussé le raffinement jusqu’à commander un plat assorti à son tee-shirt ! (je vous rassure, dans la vraie vie, elle a des bras)
Le lendemain, elle s’est levée avant moi pour ramener des viennoiseries. Nous buvons des litres de café en rêvant au nouveau canapé. En quête de nouveauté, Quine me fait découvrir de nouveaux blogs sur son agrégateur.
Maintenant nous sommes 3 et les caipirinhas concoctées par Mr. Good nous chauffent les oreilles tandis que nous le soumettons au questionnaire des couleurs. J’ai l’impression de beaucoup parler. C’est plutôt bon signe, certes, mais quand même, je ne voudrais pas filer une migraine à mes compagnons. L’heure du repas approche et je suis préposée au remuage régulier de la marmite. Elle est remplie de bonnes choses qui dorent et mijotent. On mange du riz à la sénégalaise, avec du poulet, des poivrons, tomates et ça sent rudement bon. Je me désole que Boug’ rate ce festin. Les caipis nous ont tellement chauffé les oreilles que nous déjeunons à l’eau. La tarte tatin maison qui suit – en pâte feuilletée et crème fraîche Isigny sa mère - est tout simplement une tuerie . Je ne peux plus arquer et moyennement convaincue de ma capacité à mouvoir une quelconque partie de mon corps, je m’engouffre dans la voiture. Je l’ai pourtant attendue, cette visite des hortillonnages d’Amiens.
Une fois dans la barque à cornets, je me sens légère comme une libellule (enfin, presque). La jeune femme à l’arrière qui a tout prévu, même les parapluies, explique l’origine des hortillonnages, particularité amiénoise. Ces jardins flottants façonnés par l’homme au Moyen-âge, d’abord potagers, aujourd’hui essentiellement jardins d’agrément, ont nourri les Amiénois jusqu’au siècle dernier. Les hortillons vendent encore, chaque samedi sur un marché flottant, les récoltes issues de ces terres riches en tourbe et d’autant plus fragiles. Les typiques barques à cornets et fond plat permettent d’accoster sans abîmer les berges. Pourtant situés au cœur de la ville, la balade de 45 minutes autour des hortillonnages, inaccessibles en voiture, est particulièrement reposante.
Pour un aperçu de ce trésor écologique, visionnez le film émouvant d’un défenseur des hortillonnages, un temps menacés par un projet de construction de rocade.
En fait, ce billet n'a pas grand intérêt. J'avais juste envie de vous montrer l'intérieur de ma très jolie et très girly Fiat 500. Vous pouvez même cliquer sur la vignette pour la voir en grand. Trop classe, ce rouge et crème sous la pluie.
Cette semaine a mal commencé. Lundi, après avoir oublié ma valise dans le taxi qui m'a déposée à 6h du mat' à la gare Montparnasse (j'ai dû racheter le minimum vital et une chemise de cow-girl, yeeha!), je me suis pris l'équivalent d'un seau d'eau sur la gueule à la gare de Rennes.
Ce soir, je n'étais pas arrivée depuis plus de 5 minutes à Paris que j'ai assisté à une scène affligeante à la gare Montparnasse et dit à un connard qu'il était infect. On s'est quittés en se faisant des doigts d'honneur. Faut que les agences de loc' arrêtent de me filer des bagnoles rouges. Je déteste cette couleur, elle m'énerve. La preuve, je supporte de moins en moins bien les cons.
Cette adresse m’avait été conseillée par mon chef de projet. « Le restaurant porte mal son nom car le service y est très agréable » avait-il dit.
Ce soir-là, profitant d’une visite dans le 5ème arrondissement, j’avais invité Roland, un ami de ma petite sœur, à me retrouver pour un verre voire plus si affinités*. En l’attendant, je déchiffrai les cartes alléchantes des restaurants de la rue Saint-Jacques. Hé oui je ne suis pas tout à fait une fille comme les autres, elles font les boutiques et moi je salive devant les cartes de restaurants. J’avais le souvenir d’un garçon plutôt silencieux et réservé, et je retrouvai un homme enjoué et volubile. « Je ne t’avais pas reconnue », dit-il. Ah bon ? J’évite de me demander comment je dois le prendre.
Après une pinte de Guinness à l’angle de la rue Malebranche, où le serveur derrière le comptoir avait un accent dépaysant – mais pas de jeu de fléchettes – je l’entraîne jusqu’à la Seine. Je ne viens jamais dans ce quartier et tout en marchant, je me laissai charmer par la lumière qui tombait ce soir-là sur le Panthéon. De belles journées de septembre remplissaient encore les terrasses.
Sur le quai de la Tournelle, à deux pas de la Tour d’Argent, je propose un dîner aux Ronchons. La carte l’inspire, nous entrons. (Entre nous, il n'avait pas tellement le choix même si j'ai l'art de laisser croire le contraire). Le patron a quelque chose d’un instituteur de province à l’ancienne, dans sa tenue sobre et bourgeoise. Il nous installe près de l’entrée et des fenêtres, sur lesquelles la pluie tambourine maintenant.
« C’est pour qui, la dose de cholestérol ? » demande-t-il. « Pour moi ! ». O. n’avait pas menti, l’os à moelle rôti au four, fleur de sel et pain grillé est une tuerie que je déguste à la petite cuillère. Roland fait une cure d’iode face à une marinade de sardines fraîches à l'huile d'olive et poivrons doux au curry.
En plat principal, j’avais choisi un filet de poisson rôti au piment d’Espelette et Roro, je ne sais plus, à croire qu'il a bouffé tellement vite qu'on a pas eu le temps de prendre son plat en photo ?
Ce festin date de quelques semaines déjà et ma mémoire me fait défaut, pourtant je me souviens des boutades du patron, également de très bon conseil en ce qui concerne les visn, et d’un moment très agréable aux Ronchons.
« Mais vous n’êtes pas ronchon du tout ! Je suis très déçue ! » lui lançai-je. C’est pas moi, c'est mon frère » répondit-il avec un sourire goguenard.
Les Ronchonsau 25, quai de la Tournelle, Paris 5ème (01 46 34 50 99)
* plus si affinités = resto !
(Roro t'as assuré de prendre ton appareil photo pour relayer mon téléphone portable qui n'avait plus de batterie)
Jeudi soir, le Conseil Général du Val de Marne m’avait invitée à la soirée d’ouverture de l’UPEDD (Université Populaire de l’Eau et du Développement Durable) qui programme, chaque 2ème mardi du mois, à Ivry, une conférence sur le thème de l’eau. Cette soirée d’ouverture se déroulait au cinéma d’art et d’essai le Luxy, à Ivry précisément. J’affectionne cet endroit auquel je trouve un air de cinéma ancien et qui programme des films du monde entier.
Ce soir-là, on y projetait Water makes money, le documentaire allemand de Leslie Franke et Herdolor Lorenz dénonçant la marchandisation de l’eau par les multinationales privées.
Clairement pointées du doigt, Suez et Veolia dont les pratiques furent dénoncées par Jean-Luc Touly dans son livre « L’eau de Vivendi, les vérités inavouables », ce qui lui valut d’être licencié, il y a 5 ans, par Veolia puis réintégré il y a quelques jours suite à une décision du Conseil d’Etat.
« La France a la particularité d'être le pays où la proportion de délégation de service public est quasiment inversée par rapport au reste du monde: près de 80% de l'approvisionnement en eau y est géré par Suez, Veolia et la Saur», souligne Jérôme Polidor de La mare aux canards, distributeur du film en France.
Le documentaire donne aussi la parole à l’UFC-Que choisir qui a mis en évidence les prix de l’eau très abusifs pratiqués dans les grandes agglomérations urbaines. Dans une étude datant de 2007, il a comparé les prix facturés et réels de l’eau potable et décerné la médaille d’or de la surfacturation au SEDIF (Syndicat de l’Eau d’Ile de France, présidé depuis presque 30 ans par André Santini), lequel toucherait une marge de près de 60%, suivi de Marseille (56,1%), Gennevilliers (55%), Lyon, Toulouse, Montpellier, Reims (plus de 40%). A l’inverse, Chambéry, Clermont-Ferrand, Annecy et Grenoble, gérées en régie municipale, présentaient alors des prix proches du coût calculés par l’association (10 à 15% de marge). Vous pouvez lire cette étude là :
Nombre de villes, aujourd’hui font le choix d’un retour à une régie publique de l’eau potable : la ville de Rouen en début d’année 2010 et Paris au printemps dernier, avec un bémol puisque Veolia conserve la gestion des fontaines parisiennes.
En revanche, Veolia a remporté, il y a quelques mois, le contrat de distribution de l’eau potable en Ile de France (contrat qu’elle détient depuis 1923). En Allemagne, la multinationale française a réussi, par des participations dans les services des eaux de plus de 450 communes, à prendre la première place dans l´approvisionnement en eau potable et le traitement des eaux usées (source Watermakesmoney).Pour un état de la remunicipalisation de l’eau, consultez le site France Libertés, créé par Danielle Mitterrand.
S’appuyant sur des séquences chocs où l’on pointe des fuites d’eau gigantesques sur le territoire français (25% en moyenne), « non traitées car facturées à l’usager », le manque d’entretien des équipements « conduisant inévitablement au traitement de l’eau, facturé lui aussi », la forte proportion de chlore et le mauvais goût de cette eau, justement, le documentaire milite clairement pour un retour en régie publique.
Il pointe aussi du doigt les liens étroits entre politiciens et dirigeants des multinationales de l’eau : Dominique de Villepin, ex conseiller international chez Veolia, Eric Besson à la tête de la fondation Vivendi (Veolia), et jusqu’à André Santini qui envoie des courriers officiels sur papier à en tête Veolia …
Si Water makes money est l'objet de nombreuses controverses, une chose est sûre : la guerre de l’eau a déjà commencé. Problèmes et solutions, le débat est ouvert. Et vous, savez-vous au moins à qui vous payez votre eau ?