A l’ouverture, le directeur me fait visiter son magasin. Cool, les cubis de rhums sont toujours en promo. Il me conseille du St James en vieux et du Plisson ou VSOP Saint-Etienne en blanc. C'est noté.
Je découvre les produits locaux : au rayon surgelés, des bâtonnets Floup et Fruisson. Au rayon frais, des des Yop corossol et litchi, – productions locales -, des briquettes de nectar tropicaux de la marque Caresse Antillaise. Au rayon frais encore, des bocaux de souskay de groin de porc ou hareng saur et un autre, très étonnant, dont je garde le secret car je veux le faire goûter aux parigots.
Lorsque je retrouve mes 3 Martiniquaises en salle de réunion, l’ambiance est bien plus détendue que le premier jour. Des viennoiseries et du café nous attendent.
L’élégante S., celle qui porte un joli fard à paupières bleu turquoise, soulève un sac en plastique : « Sophie, je vous ai ramené des goyaves ».
(Anecdote : j’ai toujours entendu ma mère dire go-iave et je le prononçais ainsi jusqu’à ce que j’entende mon ami JM dire goi-iave. « Est-ce que tu dis « vo-iage ? »)
« Vous connaissez le thé d’ici ? demande S. C’est ce qu’on envoie aux gens en métropole pour les réchauffer pendant l’hiver. Il y a de l’atoumo, du boldo, parfois du basilic, c’est très bon ». C’est la composition de la tisane que j’ai bue après le trempage de mardi soir.
« Ah ! Sophie ! Faîtes moi penser, j’ai une coco pour vous dans mon coffre » dit mon client.
« Je vais essayer de vous trouver des fruits de la passion et des herbes » ajoute S. Et pendant ce temps, l'autre S. dépose des briquettes de nectar de corossol et jus de canne sur la table.
Je rigole : « Oh la la ! Vous ne voulez pas que je parte ou quoi ? Je sens que je vais rater mon avion samedi, moi ! »
Le midi, elles nous emmènent déjeuner au casino de Schoelcher. Il suffit de quelques minutes de marche sous le soleil pour que nous soyons tous en nage. Un bon plan, le restaurant, à l’étage, du casino de Schoelcher. Pour 15 €, vous avez droit à un buffet d’apéritifs (Olivier et moi nous sifflons un vieux), un d’entrées où je prends du groin de porc en vinaigrette et du giraumon râpé, et un buffet de plats chauds (je choisis du thon) avec gratin de bananes et riz.
Le soir, je vais faire mes courses : 2 cubis de 3L d rhum St Etienne, des confitures de coco, mangue et banane, les bocaux de souskay recommandés par L., le directeur.
Je rejoins Bibiche chez lui, je regarde la télé avec les enfants et nous sortons dîner sur le Malecon de Fort-de-France. Ca sent les grillades et beaucoup de gens sont assis sur des chaises en plastique. Bibiche, en chef de famille, commande des brochettes de rognon, du poulet boucané, du riz et haricots rouges et nous nous installons tous les 5 à une table où se trouve déjà un couple âgé.
Elle, c’est Viviane, elle a le port de tête d’une africaine et un foulard enturbanné, lui c’est Daniel, sa barbe est grise. « C’est notre sortie du jeudi », me confie-t-il. Bras dessus, bras dessous, ils viennent ici manger du poulet. Daniel dit avoir beaucoup d’affection pour une des serveuses qui a gardé la façon d’être typiquement martiniquaise même si, regrette-t-il, elle ne parle plus créole. Et c’est vrai que c’est un sacré phénomène, cette plantureuse jeune femme, elle charrie, elle câline, elle a du caractère : « La dame attend ? Et bien, la dame va attendre » répond-elle à sa collègue qui tente de la presser.
Pendant ce temps, Daniel me raconte l’histoire des Caraïbes. Il a travaillé dans la presse et semble en connaître un rayon. « Savez-vous ce qui représente la Martinique, bien plus que la yole ? Le gommier ! » Il est allé 4 fois en France, évoque les Champs-Elysées et les Halles, s’étonne que je n’aime pas ces quartiers. Tous deux s’éloignent, J. s’endort sur la table et nous quittons les lieux, vêtements et cheveux boucanés. Devant chez Bibiche, je reprends ma 107 et dévale la rocade dans la nuit jusqu’à l’accent circonflexe de l’hôtel Valmenière.
Et pour finir, les couettes de Fifille. Elles sont mignonnes, non ?





























