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2yeux2oreilles - Page 171

  • Into the wild

    678f281cd2c39920889d49f6834ffb23.jpgHier soir, j’ai laissé mon vélo au boulot, il tombait des cordes et surtout il faisait un vent à décorner un cocu. J’aime bien le sport mais me taper des côtes avec le vent de face, y’a des limites… Une gentille collègue m’a déposée porte d’Orléans et je me suis hâtée jusqu’au cinéma où la douce Fauvette m’attendait. La semaine dernière, je lui avais proposé de découvrir ensemble le dernier film de Sean Penn, adaptée du livre de John Krakauer et racontant l’histoire vraie de Chris Mc Candless, un étudiant de 23 ans, promis à une brillante carrière, qui décide de tout quitter et de partir vivre en ermite en Alaska.

    Je tenais absolument à voir ce film. D’abord parce que j’ai beaucoup d’estime pour Sean Penn, immense acteur et homme engagé, notamment contre l’invasion de l’Irak par les troupes américaines, à une époque où l’opinion américaine y était massivement favorable.  Ensuite, parce que l’histoire de Chris Mac Candless, qui abandonne une vie confortable mais dépourvue de sens pour se retrouver seul au milieu de la nature, est au cœur de mes interrogations actuelles. Il fait sienne une phrase de son auteur préféré, Henry David Thoreau : "Plutôt que l'amour, plutôt que l'argent, plutôt que la célébrité, donnez-moi la vérité". Chris envoie ses économies à Oxfam, détruit argent, papiers d’identité et carte bleue et prend la route.

    Se mettre en danger pour se sentir vivant, se réaliser en surmontant des obstacles, éprouver les limites de son corps, reprendre contact avec notre animalité, celle qui nous rend humble et nous permet de vivre en harmonie avec la nature et les autres êtres vivants, à une époque où on ne cherche que facilité, confort et douceur, voilà ce qui me fait rêver alors que je vous écris, perdue dans l’immensité surchauffée d’une structure de verre, métal et béton.

    Hier soir, assise dans mon fauteuil, j’ai ressenti l’ivresse de la liberté et du possible en suivant le périple de Chris, parti de Virginie, à travers les champs de blé du Dakota, sa folie invincible quand il dévale les flots tumultueux du Colorado en canoë. Les paysages sont magnifiques et écrasants de puissance, les animaux que croise Chris, devenu lui-même un animal luttant contre le froid et la faim, sont à la fois fragiles et inquiétants. Dans sa quête de lui-même, Chris rencontre des personnes abîmées, merveilleuses, bouleversées par sa détermination. Il les pousse à se surpasser, à ouvrir les yeux sur la beauté du monde et à trouver en eux un nouvel espoir.

    On pourrait voir dans cette aventure tragique le caprice d’un enfant gâté vomissant le monde bourgeois qui l’a nourri. On peut aussi reconnaître qu’il questionne en nous les sources principales du mal-être occidental : le matérialisme et l’ennui.

    Lorsque Chris a rendu son dernier souffle, seul dans sa camionnette, les yeux ouverts sur le ciel bleu, en pensant à ses parents « Si je courais vers vous maintenant, en souriant, verriez-vous ce que je vois ?»,  je n’ai pas ressenti de tristesse. Il est allé jusqu’au bout de son idéal, il a vécu en quelques mois plus de sensations, donne plus d’amour et admiré plus de merveilles que bien des hommes en une vie. Sa mort est absurde, mais pas plus que la vie.

    Franchement, ça ne vous arrive pas, à vous, de vous demander si ce que vous accomplissez dans une journée a véritablement un sens ? Vous n’avez pas envie, parfois, de redevenir l’enfant que vous avez été, de retrouver ce sentiment d’invincibilité, d’avancer dans le monde sans peur ?

    Moi parfois, j’ai envie de m’élancer au milieu du hall d’accueil de ma boîte et de faire le poirier, juste pour rire. De balancer mon badge d’accès à la tronche de mon big boss et de claquer la porte de la salle de réunion en criant « vous me faîtes chier, gros naze, je me casse ».De dévaler une colline en faisant des roulades, sans avoir peur de me salir ou de me faire des bleus.

    Et vous, de quoi vous rêvez ?

     

  • Joli, non ?

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    Ah, le délicieux instant

    Où tes pouces s’immiscent

    Entre peau et dentelle

    Et plongeant dans mes yeux ton regard insolent,

    Lentement s’évanouissent

    Tous mes instincts rebelles.

     

  • Sueurs froides

    En 10 minutes ce matin, j’ai entendu assez de conneries pour la journée.

    Dans « Les 4 vérités », M. Henri Guaino, conseiller de Nicolas Sarkozy, répond à la question de Françoise Laborde « La politique de civilisation, c’est quoi ? » :

    « […] Et puis, il y a la politique de civilisation sur le plan international. […] Quand on parle de la relation entre l’Occident et l’islam, on est au coeur de la politique de civilisation. Il s’agit d’éviter le choc des civilisations, il faut faire reculer le terrorisme et la barbarie, c’est ça la politique de civilisation ».

    Y'a pas de doute, Bush est bien le modèle du petit homme ...

    et puis « Est-ce que, sur le terrain du pouvoir d’achat, M. Sarkozy et vous avez déserté ? », demande Mme Laborde :

    « Les Français ne sont pas sensibles qu’au pouvoir d’achat, ils sont sensibles à l ’identité, à l' immigration, à la sécurité … »

    Sur la différence entre la police de proximité, supprimée par Sarkozy, et la police de quartier bientôt réintroduite par le même, il a bafouillé :

    « La police de quartier sera davantage une police et fera moins d’assistanat social, c’est une police qui va renouer des contacts avec les habitants des quartiers ».

    Ah oui, et puis, il y a eu aussi le journal de 8h, presque à 8h et presque de l’information : « 6 ans après la guerre, 6 ans après avoir été chassés d’Afghanistan, les talibans ont prouvé qu’ils avaient encore les moyens de frapper … »

    J’ai dû rater un épisode …Vous l’avez vu, vous, l’exode des talibans ?

     

  • Si

    Si tu acceptes d’être sans adresse

    Ce que la vie t’a refusé

    C’était un horizon fermé

    Un animal sauvage se meurt dans une cage.

    Si tu laisses couler les larmes

    Ce que la vie t’a refusé

    C’était d’aimer au singulier

    Un cœur trop plein ne tient pas dans une main.

    Si tu cesses d’attendre les mots,

    Ce que la vie t’a refusé

    C’était de t’y attacher

    Le sourire d’un enfant surpasse tous les serments.

    Si tu tais tes rêves insensés

    Ce que la vie t’a refusé

    C’était de les voir piétiner

    Un oiseau s’élevant défie les éléments.

     

  • Once

    Vu "Once" hier, film irlandais de John Carney, sur les conseils de ma copine Chacha. La vérité, c'est que j'appréhendais de voir défiler sur l'écran des bouts de cette ville que je connais si bien, Dublin, et de laisser mes oreilles s'emplir de cet accent qui me serre le coeur, désormais. Enfin, une vie est peuplée de fantômes et il faut vivre avec, hein!

    Ce joli film musical, qui a reçu plusieurs prix, ne passe plus que dans quelques petites salles, dont l'Entrepôt, haut lieu culturel du 14ème arrondissement. Dès la première scène du film, un sourire se dessine sur mon visage car je reconnais Grafton street, rue incontournable et toujours bondée de monde de Dublin, ou se produisent les musiciens de rue. Glen qui chante sur sa guitare est emmerdé par un toxico qui veut lui piquer son fric (un knacker comme on les appelle là-bas, équivalent de notre "racaille"). C'est sur Grafton street d'ailleurs qu'ont débuté bon nombre de chanteurs irlandais, dont Paddy Casey, un de mes chouchous, et Glen Hansard, le personnage principal de Once et fondateur du groupe The Frames (inconnu ici mais star là-bas). Marketa Irglova est elle aussi une chanteuse tchèque.

    Le pitch ?

    "Dans les rues de Dublin, deux âmes seules se rencontrent autour de leur passion, la musique... Il sort d'une rupture douloureuse. Elle est mariée à un homme qu'elle n'aime plus. Dans un monde idéal, ils seraient faits l'un pour l'autre. Ensemble, ils vont accomplir leur rêve de musique."

    J'ai découvert ce film comme un album photos des 6 années passées là-bas. L'avantage, c'est que je n'ai pas regardé une seule fois les sous-titres. L'accent irlandais, je l'adore. Les "oki doki", les "what's the story" et autres expressions savoureuses qu'on apprend pas dans les livres ... J'aime la bienveillance naturelle de ce peuple de poètes et de musiciens. J'ai reconnu Dunnes Stores, the Camera Centre de Grafton street, O'Connell bridge, le revêtement des sièges des bus, le mobilier kitsch qui décore les intérieurs irlandais, l'aéroport de Dublin dont je franchissais les portes dans mon joli tailleurs vert, chaque jour. J'ai ri en découvrant la troupe des Hare Krishna passant devant Glen, leurs clochettes m'ont suivie ou devancée si souvent ! La scène ou Marketa marche dans la rue, en pyjama et pantoufles en chantant "If you want me" m'a donné des frissons.