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2yeux2oreilles - Page 54

  • Gueuler en silence

    J'ai dû me faire violence ce soir pour aller au cours de théâtre. En sortant du bureau, un froid mordant a contracté mes épaules déjà endolories et je n'avais qu'une envie : me lover au chaud sur mon canapé. Pourtant, je n'ai pu me résoudre à lâcher mon groupe et je suis descendue à la station Vavin.

    Peu motivée, j'avais décidé de rester en arrière-plan. Au premier jeu, qui consistait à faire un cercle, dans le noir, et se "lâcher" en criant, racontant des blagues, riant, je me suis contentée de rigoler en entendant les autres qui, eux, se lâchaient.

    Au deuxième jeu, qui consistait, toujours dans le noir, à se toucher "en évitant les parties stratégiques", méfiante, j'ai croisé les bras pour protéger mes seins. On m'a touchée et étreinte, mais je n'ai pas désserré les bras.

    Puis le prof lance le thème suivant : vous préparez un défilé de mode. Il y a 2 mannequins capricieux, 1 couturier épidermique, 2 petites mains. Je ne veux pas de photographe. Soyez drôles et n'oubliez pas l'élément perturbateur et la chute.
    Je n'ai pas envie de faire l'andouille ce soir. Je choisis donc le rôle de petite main, en l'occurrence une maquilleuse qui panique et se fait houspiller parce que sa collègue est en retard. Quand enfin les rôles et le scénario sont définis, le prof insiste pour que je prenne le rôle de la couturière épidermique. J'essaie d'esquiver mais il tient bon. Je m'éxécute de mauvaise grâce. En observant la prestation du premier groupe, je réalise que ce sont souvent les mêmes qui héritent des premiers rôles, soit qu'ils les sollicitent, soit que le groupe les désigne comme meneurs, comme  dans mon cas. Du coup, je me suis amusée à questionner mes camarades sur leur métier, pour tenter de faire des parallèles.

    C'est le tour de notre groupe. Rémi déambule sur le catwalk improvisé, la chemise nouée sur son nombril velu. Il est très drôle. Moi j'ai du mal à entrer dans la peau de la couturière hystérique qui hurle sur tout le monde. Du coup, je prends un accent américain, pour m'aider. Le sketch se termine sur les trois mannequins qui chutent lamentablement comme des dominos.

    Le prof fait un bilan. Certains ont encore des progrès à faire et doivent s'aventurer dans la prise de risques. Il s'adresse plus particulièrement à un jeune homme rougissant, au physique très particulier, et l'enjoint à s'exprimer davatage. Il lui demande d'inviter une jeune fille du groupe à danser, le fait recommencer. Puis il se tourne vers moi : "Toi, Fiso, tu as un caractère très fort mais tu ne te lâches pas. C'est bizarre, je ne comprends pas pourquoi, pourtant tu aurais beaucoup à y gagner."
    Nous rangeons nos affaires et tandis que je médite ses paroles, le prof vient vers moi, s'inquiète de m'avoir froissée. "Tu as raison, j'ai du mal à exprimer certaines émotions".

    En fait, j'ai clairement identifié, au fil des impros, que j'aimais jouer les déconneuses, les fantasques, les grandes gueules, les râleuses, les alummeuses, les dominatrices mais pas les femmes en colère. Le prof a raison. Jouer la colère m'aiderait peut-être à l'exprimer dans la vraie vie.

    Nous nous dirigeons tous vers le café où nous avons l'habitude de finir la soirée. En chemin, j'interpelle le jeune homme rougissant et le taquine "Bon alors il faut qu'on apprenne à se lâcher, à sortir de nos corps ?" Il me confie avoir été vexé par la remarque du prof et très embarrassé du sketch qu'il lui a fait jouer, juste après. "Je suis très timide avec les femmes, c'était horrible pour moi, ce sketch." Au café, il s'installe en face de moi. Il est temps que je fasse la connaissance de ce jeune homme auquel je n'ai jamais adressé la parole jusqu'ici.

  • C'est pas passé loin

    C'est quand même marrant.

    Ma mère flippe sa race dès que je prends l'avion, à fortiori pour une destination hors zone euro, mais là, alors que je suis arrivée ce matin à Liège, juste 3 heures avant qu'un taré n'arrose la foule à la kalachnikov, place Saint-Lambert où j'ai mes habitudes, silence radio.

    Mon père passe pourtant ses journées vissé devant I>Télé, où les infos tournent en boucle. Tu parles d'une retraite paisible.

    Du coup, vexée, j'ai envoyé un sms "Ca va, vous ne vous inquiétez pas trop pour moi, on dirait ?"

    PS : J'ai craint quelques heures de devoir passer la soirée barricadée dans mon hôtel. Le calme semble revenu, je verrais ça d'ici quelques instants quand je me rapprocherai du centre. N'empêche, il a fait un sacré carnage, ce barge, c'est bien triste.

  • Balade à Montmartre avec Yo et un joli bouchon lyonnais

    "Coucou ! On va se promener en début d'aprèm à Montmartre. Tu nous fais la guide ??"

    J'ai reçu ce sms hier midi, alors que je vidais une cafetière, en pyjama devant la télé.

    A 15h15, je les retrouve à Barbès, devant Tati (A). Yo nous fait remonter la rue Christiani, jusqu'à l'angle de la rue Myrrha, où se dresse un drôle d'établissement : le Floors, sans carte mais dont j'apprends, de retour chez moi, qu'il s'agit d'un restaurant américain à burgers. Puis nous empruntons la rue Muller en direction du Sacré-Coeur.

    Juste après la jolie terrasse multicolore de l'Eté en pente douce, nous attaquons nos premières marches et rejoignons le parvis (B), au pied de la basilique blanche, où les touristes prennent des photos de la vue quelque peu couverte. Tout le long du parvis, les marchands ont profité de l'approche de Noel pour installer de pseudos chalets en bois, vrais attrape-couillons. Ils vendent foie gras et autres spécialités françaises, comme des mini-macarons à 1€50 ou encore de la brioche vendéenne à 23€ le kg !

    Nous prenons la rue du Chevalier de la Barre puis celle du Mont Cenis. Je cherche, en vain, le fameux calvaire, chemin de croix de neuf stations en plein coeur de Montmartre, décrit dans mon bouquin de fouineuse, "Paris méconnu". L'agitation de la place du Tertre, toute proche, se fait sentir.

    Après avoir visité le bas de Montmartre avec M. et Mme Usclade, j'ai formulé mon envie de découvrir la butte Montmartre, la vraie, celle que la plupart des touristes délaissent pour les alentours de la place des Abesses. Tout au bout de la rue du mont Saint-Cenis, je découvre, sur le mur surplombant les escaliers menant au métro Lamarck-Caulaincourt, la mention "Ancienne rue Saint-Denis". La rue Saint-Denis s'étendait donc jusqu'ici !

    Nous empruntons maintenant  la rue Saint-Vincent qui s'écarte de la foule. Hélas, une grille fermée nous interdit l'accès au jardin sauvage Saint-Vincent, qui n'est ouvert que d'avril à octobre. Mais jouxtant le jardin, les vignes du clos Montmartre (D), plantées en 1933 sur l'emplacement d'une guinguette champêtre, « Le Parc de la Belle Gabrielle », s'étalent sur quelques niveaux. La fête des vendanges qui célèbre la cueillette de ce raisin - véritable piquette, selon Yo, qui y a goûté - a lieu le deuxième weekend d'octobre. 

    A droite, à l'angle de la rue des Saules, une petite bicoque rouge brique, palissée de vert, étale son célèbre nom : le Lapin Agile (C), ancien Cabaret des Assassins, qui doit son nom à la célèbre enseigne peinte par André Gill, habitué des lieux. Le lapin à Gill devint ainsi le Lapin Agile, fréquenté par Alphonse Allais, Toulouse-Lautrec et Picasso.

    yo,montmartre,paris

    C'est aussi au Lapin Agile que fut peinte la célèbre oeuvre du peintre Joachim Raphaël Boronali "Coucher de soleil sur l'Adriatique", pied de nez aux critiques de la peinture non académique. En effet, l'oeuvre, saluée par les critiques au Salon des indépendants de 1910, étaient celle de Lolo, l'âne de Frédé, alors propriétaire du lapin Agile, à la queue duquel Roland Dorgelès et ses amis avaient attaché un pinceau.

    Après avoir longé le cimetière Saint-Vincent, nous bifurquons à gauche et rejoignons la place Dalida (E) où se dresse le buste de cette célèbre habitante de Montmartre. A gauche, la rue de l'Abreuvoir remonte vers le Sacté-Coeur A droite, à l'angle de l'allée du même nom, la bâtisse blanche du château des Brouillards, où habita Gérard de Nerval, se dresse.

    Nous prenons la rue Girardon jusqu'au square Suzanne Buisson (F) qui rend hommage à la célèbre résistante mais d'abord à Saint-Denis, dont la statue, tenant sa tête entre ses mains, trône au centre de la place. Montmartre tire son nom de "Mont des martyrs", en référence à celui subi par Saint-Denis, décapité par les Romains au 3ème siècle. La légende dit qu'il aurait trempé ici sa tête dans une fontaine et qu'après l'avoir prise sous son bras, il aurait continué son périple jusqu'à l'actuelle ville de Saint-Denis.

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    Au bout du square, nous rejoignons l'avenue Junot où j'entraîne mes compagnons jusqu'à la villa Léandre (G). Puis nous remontons jusqu'au moulin Radet et la rue d'Orchamp (H) où Yo se recueille quelques instants devant la maison de Dalida. Au Studio 28, rue Tholozé (I), nous nous réchauffons quelques minutes et mes deux titis profitent de la fin d'une séance pour se faufiler dans la salle 1 jeter un oeil aux lustres dessinés par Cocteau.

    Nous descendons la rue, croisons celle des Abbesses et continuons la descente de la rue Lepic. Je suis contente de constater que je me repère désormais plutôt bien dans les rues de Montmartre.

    Juste avant le café des deux moulins, nous prenons à droite dans la rue Constance et jusqu'au bout de l'impasse Marie-Blanche (J), plongée dans l'obscurité. On y distingue encore pourtant très nettement la belle façade de la maison de l'Escalopier et à travers ses fenêtres, de magnifiques escaliers. J'ai hâte d'être à l'été prochain pour visiter cette belle demeure, dont je peux déjà admirer quelques photos ici et .

    Je crois que je peux désormais prétendre à servir de guide dans le village montmartrois. Vers 17h30, nous reprenons le métro à Pigalle (K). Mes deux flâneurs m'accompagnent dans le centre de Paris, rue de Rivoli, où j'ai rencard devant le BHV avec un homme de 29 ans croisé sur le site de la Société Protectrice des Hommes ...

  • Fiso entre en scène (une première !)

    Impro.jpgUn vendredi soir, 18h30, je franchis les grilles d'un lycée parisien et pousse la porte de la salle 15, une pièce sombre occupée au tiers par plusieurs rangées de chaises en bois sur lesquelles sont assises une vingtaine de personnes. Les cours que j'avais choisis cette année - allemand, chant et tango - parmi la liste de ceux proposés par la formidable Association Philotechnique, que je connais depuis plus de 20 ans, avaient lieu en semaine ou étaient déjà complets. Après avoir converti quelques-uns de mes amis et collègues, j'avais finalement jeté mon dévolu sur un cours de théâtre "Jeux d'expression, créativité, improvisations  - Travailler ensemble à définir l'espace scénique, à occuper individuellement et collectivement la scène pour jouer et interpréter à travers des improvisations." J'y avais également vu un intérêt professionnel.  

    Un homme d'une cinquantaine d'années, imposant, cheveux gris, me fait face derrière un bureau d'écolier. Je le salue, me présente, m'excuse de n'avoir pas été présente au premier cours. "Assieds-toi Sophie" dit-il d'une voix puissante.
    Je balaie le public du regard, tandis que tout le monde s'installe. Un public disparate, un homme, la quarantaine, en survêtement et coupe mousquetaire, cheveux mi-longs bouclés, une belle quinqua en tailleur et rouge à lèvres vif, deux jeunes africaines, trois jeunes garçons proches de la trentaine - charmants -  et tout un panel d'hommes et femmes s'étageant entre 20 et 60 ans.
    Le prof interrompt mon analyse : "Fiso, en scène !"
    [Ah ben merde, je viens juste d'arriver, moi, je ne sais même pas de quoi on cause !!!]
    Me voilà sur le lino noir, face à un des charmants jeunes hommes, avec comme mission d'improviser un sketch dont je ne connais même pas le thème. Le prof souffle "Tu lui apprends que Chloé ne viendra pas ce soir, elle a trop de boulot". Le dialogue s'enclenche et très vite, je m'amuse. Quelques minutes plus tard, me voilà en train de caresser la joue veloutée du jeune homme (cougarpower !)

    christineter.jpg

    Pendant les 2 heures qui suivent, nous faisons joyeusement les cons sur scène. Le prof nous donne par exemple l'exercice suivant. Vous formez un cercle et marchez les uns derrière les autres, en rond, les yeux fermés (rien que ça, c'est déstabilisant). L'un d'entre vous sort du cercle et effleure le cou d'un des participants. Celui-ci doit hurler et se mettre en quête de la prochaine victime et ainsi de suite. Certains poussent des rugissements, d'autres glapissent, on se marre bien. Moi je couine avec difficulté, mine de rien, c'est pas évident d'hurler, on n'est pas habitués.
    Clou du cours : 3 scénariis de sketches que nous devons préparer et éxécuter en 10 minutes. Notre groupe choisit :"Une future mariée va récupérer la robe qu'elle a achetée dans un magasin. N'oubliez pas l'élément perturbateur, la chute et surtout, n'oubliez pas d'être drôles."

    On me désigne comme étant la future mariée. Mon mari est le quadra à la coupe de mousquetaire, ce qui dans la vraie vie, est tout simplement inenvisageable. En effet, mon "mari" a un goût vestimentaire à chier et quelques soucis d'hygiène ou quelques chats, voire les deux, en témoignent son sous-pull taché et décousu, son parfum "litière" et son jogging distendu retenu par une ceinture en cuir bouclée haut sur le ventre. Devant nos camarades, nous jouons un sketch où j'essaie d'enfiler une robe trop petite pour moi, sous les quolibets de ma mère, qui se termine par mes fesses à l'air (pas en vrai, bien sûr). Le prof évalue notre prestation. Bien sûr, nous parlons parfois tous ensemble, nous tournons le dos au public, il a y des "blancs", la chute cafouille, bref, on a du boulot. Il s'adresse à moi "Fiso, pour quelqu'un qui se retrouve les fesses à l'air, tu n'as pas l'air très paniquée". Ma spontanéité légendaire me fait répondre "Oh, je ne suis pas très pudique. Et puis, vous savez, mon mari connaît mon cul et ma mère aussi !". Le prof reste sans voix. Bon, ben voilà, Fiso, ça c'est fait, le ton est donné.

    Le cours est terminée, je suis enchantée et me suis bien marrée. Le prof propose de poursuivre la soirée dans un café voisin pour le pot de l'amitié, premier d'une longue série.

  • "Cougarhunter

    ... a visité votre page". C'est le monde à l'envers.