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roumanie mon amie

  • Conduire en Roumanie

    Pépé.jpgUn des autres apprentissages de mon road-trip avec Boug'fut celui de la conduite hors de nos frontières. Si je n'ai pas grand-chose à dire des conduites autrichiennes et hongroises, sillonner les autoroutes en Allemagne et les routes en Roumanie fut source d'interrogations et d’apprentissage.

    En Allemagne, la vitesse modifie grandement le comportement au volant. Tout va vite et il m'est arrivé plusieurs fois, doublant un véhicule à plus de 150 km/h, d'apercevoir dans mon rétroviseur, surgie de nulle part, une puissante berline qui me poussait au cul. Tout cela sans appels de phares ni coups de klaxon.

    Les conducteurs allemands pratiquent à la perfection le dépassement. En fait, comme nous l’avons tous appris dans le code de la route : je double, je me rabats.

    On n’y voit pas, comme ici-bas, des véhicules isolés avalant les kilomètres sur la voie la plus rapide, se foutant éperdument de freiner plus rapide qu’eux.

    Et puis, sur les autoroutes allemandes, les décapotables sont souvent pilotées par des jeunes femmes sophistiquées, cheveux brillants et sourire ultrabright. Ça sent bon l’ordre et la discipline.

    En Roumanie, c’est bien différent. Les routes sont un spectacle permanent, théâtre d’un joyeux bordel, d’où surgissent mille surprises qui font tour à tour frémir et sourire.

    Frisson de dégoût à la vue des carcasses de chiens errants martyrisés sur le bas-côté, frissons fugaces de peur lorsqu’au détour d’un lacet de montagne, on est frôlé par un des nombreux poids-lourds qui sillonnent le pays.

    Sourire attendri au spectacle d’une mémé se tapant un petit roupillon, les mains sur le ventre, dans le foin de la charrette que conduit son mari, laquelle est menée par un cheval parfois coiffé de pompons rouges.

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    Sourire empreint de nostalgie en traversant des villages où posément installés sur les bancs de pierre qui ornent le perron de leurs maisons fleuries, des petits vieux, eux en vest,on, elles en foulard, papotent dans le jour déclinant. Pourquoi on n'a plus ça, en France ?

    Sourire encore à la vue des robes laiteuses des troupeaux de moutons en transhumance, menés par un fier berger sur le vert tendre des prairies, ou encore au détour d’un virage, la mine placide d’un pépé chapeauté qui promène sa vache au bout d’une corde.

    Sourire admiratif, aussi, au passage de la jupe virevoltante d’une belle et piquante gitane aux allures d’Esméralda.  

    Le premier soir, à l’assaut des routes sinueuses de la montagne noire, j’ai bien cru que jamais nous n’embrasserions Dana. Un type avait bien failli me balancer dans le ravin en voulant me doubler, me klaxonnant abondamment au passage. En l’insultant copieusement, je m’étais écrié « Ils roulent n’importe comment, ici, ça promet ! »

    Dix jours plus tard, j’avais compris mon erreur et louais l’étonnant esprit de solidarité des conducteurs roumains, rendu nécessaire par l’état déplorable des routes. J’avais noté avec surprise que les conducteurs signalaient à ceux qui les suivaient un rétrécissement de chaussée en faisant jouer leur clignotant gauche (oui parce que pour faciliter la chose, on roule à droite, certes, mais on se rabat sur la gauche, vous me suivez toujours ?)

    Ignorant cet usage (et d’ailleurs m’étant moi-même fait surprendre par cette voie qui se finissait brutalement sous mes roues), j’avais déclenché le courroux de celui qui entreprenait de me doubler parce que je ne l’avais pas averti que la deux voies se transformait en une.

    Une autre pratique qui m’a surprise, c’est la façon dont les Roumains pratiquent le dépassement.

    Dès qu’ils ont quelques dizaines de mètres de visibilité, ils déboitent et doublent plusieurs véhicules à la fois, se rabattant seulement lorsqu’un véhicule arrive en face. Parfois d’extrême justesse.

    Le premier qui se lance donne ainsi le signal du départ aux autres qui s’élancent à sa suite jusqu’à ce qu’il se rabatte, leur signalant l’arrivée d’un véhicule en sens inverse.

    Ce comportement risqué mais néanmoins inévitable, étant donné la densité de la circulation et les voies uniques, n’est possible que parce que le conducteur se faisant doubler ralentit et permet à tout moment une réinsertion rapide dans le flux de la circulation.

    Attention impensable sur les routes françaises où les conducteurs se comportent le plus souvent en coqs et où chacun se pose en donneur de leçons, quitte à accélérer pour empêcher plus rapides qu’eux de continuer leur route.

    Après quelques hésitations, Boug’ et moi avons vite adopté le comportement de nos hôtes.

    En Roumanie, on ne conduit pas, on pilote, zigzaguant prudemment entre les nids-de-poules et priant qu’un chien ne traverse pas sous notre nez (ni un ours, mais ça c’est une private joke).

    Et si les accidents sont nombreux, ce n’est pas à cause de l’alcool (tolérance zéro) ou de la vitesse mais de l’état des routes.

    Et longtemps après avoir franchi les frontières roumaines, on pouvait encore nous entendre nous écrier, dans un éclat de rire « On a fait la Roumanie, nous, monsieur ! »

    PS 1 : Qu’est qu’on s’emmerde, sur les route françaises !

    PS 2 : Ce billet n’intéressera sans doute que nous, Boug’, mais ça fait du bien, non ?

  • Jour 11 : En route pour Braşov, sur les traces de Dracula

    thumbnailCAMGU3AQ.jpgAujourd'hui, nous entreprenons un petit périple jusquà la ville de Braşov. La veille Sabin, notre guide pour la visite du musée du village, nous a indiqué notre trajet d'environ 200 kilomètres nous prendrait 2h30/3 heures et donné deux itinéraires : via Curtea de Arges ou via Pitesti.  Nous nous étonnons que l'une ou l'autre prennent le même temps, puisque Pitesti constitue clairement un détour, et comprendrons pourquoi une fois en route.

    Nous décidons d'emprunter la route nationale jusqu'à Curtea de Arges. Pas un poids lourd en vue, c'est la fête. Il fait 16°C, le soleil est radieux, les oiseaux gazouillent et très vite, droit devant nous, apparaissent les sommets enneigés des Carpates.

    Peu après Curtea de Arges, dans un virage sur la route de Câmpulung, je pile. La route est défoncée. Des nids de poule énormes, des trous, je dois zigzaguer et rouler au pas sur une bonne vingtaine de kilomètres. La Mégane cahote et souffre sur le bitume, sous le regard tranquille des chiens postés sur le bas-côté de la route. Je lance à Boug' « On aurait dû acheter des soutien-gorge de sport avant de venir en Roumanie ! » Les mains crispées sur le volant, je ne peux même pas admirer le paysage magnifique et les villages blottis en contrebas. Boug' mitraille depuis notre départ. Nous amorçons maintenant notre montée vers Campulung. Dans un virage, je profite d'une aire de stationnement pour m'arrêter et admirer le panorama.

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    Une vieille femme édentée qui vend ses produits sous une ombrelle s'approche de nous et entreprend de nous parler (en roumain). Elle désigne la ville en contrebas et répète « castel, castel ». Je lui fais comprendre que nous allons à Braşov. Elle pointe Boug' du doigt et demande « Mama ? ». « Elle croit que tu es ma mère », dis-je à Boug'. J'ai beau répéter « friend, », la femme n'en démord pas. « Soit je fais 20 ans, soit tu as pris un sérieux coup de vieux, ma biche », dis-je à Boug'. Nous repartons en rigolant et la vieille femme nous fait de grands signes d'au revoir.

    Nous sommes maintenant à presque 1300 mètres d'altitude et avons perdu plusieurs degrés depuis notre départ de Rm. Vâlcea. Nous traversons les villages de Fundata et Moieciu de Sus et sommes maintenant entourées de montagnes : à gauche, les monts Făgăraş, à droite le massif Bucegi.  

    Notre premier arrêt se fait à Bran où se trouve le château de ... Dracula. En chemin, munie d'un guide Roumanie-Moldavie que j'ai emprunté à ma bibliothèque municipale, Boug' m'a fait la lecture de la légende de Dracula. En fait, c'est un héros national, Vlad Ţepeş alias Vlad l'empaleur, prince de Valachie et ardent défenseur de sa principauté contre les attaques turques, qui aurait inspiré à Bram Stoker son roman sur le comte Dracula. Le nom de Draculea (fils du dragon) lui aurait été donné à titre honorifique, par son père. Vlad l'empaleur, à l'image de la société du 14ème siècle, particulièrement violente, faisait empaler ses prisonniers grecs et turcs sur un pieu, introduit dans l'anus, qui ressortait entre les épaules sans avoir touché aucun organe vital. L'agonie pouvait prendre jusqu'à 48 heures et la légende dit que Vlad aimait prendre ses repas à l'extérieur pour observer le supplice de ses victimes.

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    Le plus étonnant est que Stoker n'a jamais mis les pieds en Transylvanie et a écrit son roman à l'aide de livres. C'est d'ailleurs celui-ci qui a rendu le château célèbre et fait de Bran une ville ultra-touristique où nombre de gadgets à l'effigie du célèbre vampire sont vendus. On sent d'ailleurs très vite qu'ici les touristes sont des pigeons, sentiment que nous n'avons eu nulle part ailleurs. La moindre place de stationnement est payante, d'ailleurs à peine sommes-nous garées qu'un type se rue vers nous et semble mécontent que je ne veuille pas visiter le château et lui demande un ticket de stationnement pour une heure. Nous nous contentons de prendre des photos du pied du château car des gardiens barrent même l'accès au parc qui entoure le château. Prix de la visite 10 leu, ce qui est très cher, ici. Nous jetons un œil aux nombreuses boutiques de souvenirs et découvrons la spécialité du coin, le coajă, un fromage enveloppé dans de l'écorce.

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    En revenant à la voiture, alors que je m'apprête à dépasser une famille, j'avise le gamin qui bande son arc, prêt à décocher une flèche. Boug' essaie de me retenir. « Tant qu'il ne me la plante pas dans le cul, tout va bien ! » La famille éclate de rire. « Merde, des Français ! » me dis-je. Ce ne serait pas la première fois que je me ferais avoir, j'en ai quelques-unes comme ça à mon actif. En fait, non, ils ne sont pas français mais ont juste plus ou moins deviné la teneur de mes propos.  L'air est frais, il fait 11°C à Bran, soit 5 degrés de moins qu'à Rm. Vâlcea. Nous quittons vite la ville car après que Boug' m'ait mis l'eau à la bouche en me décrivant un chalet de montagne à une vingtaine de kilomètres de là, j'ai une dalle terrible. Et comme on sait, en Roumanie, mieux vaut mesurer les distances en temps plutôt qu'en nombre de kilomètres.

    Notre guide ne donne que peu d'indications sur l'adresse du restaurant, nous le cherchons donc d'abord à Răşnov avant que des habitants ne nous indiquent une route s'enfonçant en montagne. Après quelques kilomètres, j'arrête un garde-forestier, dubitative, mais il me fait des signes m'indiquant de continuer. En fait, la Coliba Haiducilor (cabane des Haïdouks)   se trouve au pied du téléphérique de la première station de ski roumaine, Poiana Braşov. C'est un chalet tout en bois absolument superbe, doté d'une grande terrasse. Nous entrons dans le chalet. J'ai rarement vu un restaurant plus chaleureux. Les murs de rondins sont couverts de peaux de bêtes, ours, renards et autres mammifères qui font la richesse de la faune transylvanienne. Des poteries, assiettes en céramique peinte, napperons brodés, guirlandes d'ail et d'épis de mais sont suspendus partout et un feu trône au milieu de l'immense pièce.  Les chaises sont recouvertes de peaux de mouton.

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    En revanche, nous sommes déçues par la nourriture. Si elle est bonne, elle est relativement chère et bien moins copieuse que ce à quoi nous sommes habituées ici. Le verre de vin rouge qui accompagne mon filet de sanglier est délicieux, comme tous les vins que j'ai bus en Roumanie, et les épaisses tranches de pain maison, servi chaud, un moment de doux réconfort. En revanche, quand la facture arrive, nous avalons notre salive car la carte de crédit n'est pas acceptée et il nous manque 4 leu. Nous découvrons ainsi que le prix indiqué l'est pour 100g de nourriture, détail que nous n'avions pas relevé, et que le pain est également payant. Le soir, Dana confirmera que cela est fréquent. Nous pouvons heureusement compléter par des euros.

    Nous pouvons maintenant poursuivre notre route jusqu'à l'ultime étape de cette journée : Braşov. Un jeune homme rencontré sur le site de la SPH, grand amateur de l'Europe de l'Est, m'en a dit le plus grand bien. Nous nous garons près du centre-ville et repérons sur notre guide, décidément très utile, le trajet jusqu'aux points d'intérêt. Fondée par les chevaliers Teutoniques au 13ème siècle, la ville de Braşov fut entourée de remparts destinés à la protéger des attaques des Tatars et Turcs. Nous remontons vers la ville en longeant ces remparts et repérons les Tours Blanches et Noires. Nous passons ensuite devant une étrange église sombre, c'est la Biserica Neagră (Eglise Noire) qui doit son nom à l'incendie de 1689 qui noircit sa façade. De là, nous rejoignons la Piaţa Sfatului où se dresse la Maison du Conseil, coiffée de la Tour des Trompettistes puis nous engageons dans la Strada Republicci, piétonne, et immortalisons la même scène.

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    Nous sommes ici en plein pays Saxon et l'architecture de la ville en est une parfaite représentation ; ici, pas de maisons roumaines mais des bâtisses imposantes et colorées. Après Bucarest, Braşov serait la deuxième ville la plus visitée du pays, nous la trouvons pourtant décevante. Et ce constat sera d'autant plus vif après la visite de Sibiu, le lendemain, sur la route du retour vers la France. Nous prenons toutefois plaisir à nous promener jusqu'à la porte Schei qui délimitait la ville, habitée par les Saxons, et maintenait les Roumains à l'extérieur de son enceinte, dans le quartier Schei. En route vers cette porte, j'avise, derrière des grilles, un très beau bâtiment qui est indiqué comme étant la synagogue. Elle n'a pourtant pas l'apparence de celles que j'ai pu voir jusque là.

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    Le contraste entre les maisons teutonnes, à l'intérieur de la ville, et les maisons roumaines, au-delà de la Poarta Schei, est saisissant. A droite se trouve la très jolie Poarta Ecaterinei, la seule datant de l'époque médiévale.

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    Il est 17 heures, nous devons reprendre la route pour passer notre dernière soirée avec Dana. Cette fois c'est Boug' qui s'y colle tandis que j'admire le paysage, tout en lui faisant, à mon tour, la lecture. A la sortie de Braşov, nous nous retrouvons derrière un véhicule crachant d'énormes nuages noirs. Impossible de le doubler dans les cols montagneux, Boug' trépigne derrière son volant "Il est en train de cramer son moteur, ce con !". Un peu plus bas, dans la vallée, des vaches errent sur le bord de la route. Tout à coup, je pose une question existentielle sur l'ours que j'ai failli bouffer le midi. Nous nous étranglons de rire et Boug' a mal aux abdos. "N'empêche, on a assuré jusqu'ici, on a pas écrasé un seul chien !" Boug' renchérit "Ouais, on n'a écrasé ni chien, ni mouton, ni vache, ni ours, pourtant l'ours, on aurait presque voulu, rien que pour vérifier ..."

    Nous décidons de prendre le second itinéraire jusqu'à Pitesţi car la carte routière de Boug' indique une route plus importante - et en meilleur état, on peut l'espérer -  que celle du matin. En route, Boug' me fait plaisir en s'arrêtant pour embarquer un auto-stoppeur. Ce n'est pas Brad Pitt mais le monsieur embaume le parfum dans son gilet de laine. Aucune chance de faire la conversation avec lui, je ne sais même pas où il va et me retourne régulièrement. A Campulung, il s'agite et après avoir refusé les billets qu'il nous tend (Dana nous apprendra le soir que l'auto-stop se pratique beaucoup en Roumanie et qu'il est normal de participer aux frais d'essence), il nous quitte en nous envoyant des baisers. Un peu plus loin, je repère un étrange convoi. « Stop, Boug' ! Photo ! ».

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    3 heures plus tard, à Pitesţi, nous prenons la direction de Rm Vâlcea. La route s'élargit soudain, nous nous retrouvons sur une quatre voies. « Mais .... C'est une autoroute ! » s'exclame Boug'. Malheureusement, avant même qu'elle ait pu prendre de l'élan, l'autoroute est déjà finie. Je scrute la carte routière ; en effet, c'était juste la fin de l'autoroute qui vient de Bucarest. La seule autoroute du pays, longue de 200 kms, dont Dana m'apprit que la réalisation de 5 kms prit 4 ans de travaux, ce qui fut une bonne source d'inspiration pour le caricaturiste roumain Mihai Stanescu.

    A 21h, Dana descend nous rejoindre. Ce soir, pour notre denière, Boug' et moi nous offrons la savoureuse Ciorba de Legume de la Casa Vâlceana.  Demain, c'est déjà le départ !

     

  • Le salut roumain ?

    Et bien ... ! en rédigeant le billet précédant celui-ci, je ne pensais pas que mon paragraphe sur le sentiment roumain d'être méprisé par d'autres pays, notamment la France, avait été illustré, il y a quelques jours, par un des guignols de Ruquier ...

    En fin de journée, alors que je réponds aux commentateurs de mon blog sur fond sonore de journal télévisé roumain, mon oreille est tout à coup tirée de sa léthargie par des mots dans ma langue maternelle. Je lève les yeux "Hey, Boug' c'est en français !"

    Nous fixons toutes deux l'écran et reconnaissons le plateau télé de Ruquier, son émission à la con que j'éxècre et ne regarde jamais. Un sinistre personnage est affublé d'un jupon criard. Il est question de salut romain, auquel il répond par sa version du salut roumain : il se lève, courbe le dos et plié en deux, tend la main en grimaçant "S'il vous plaît monsieur, madame". Et le public, magnifique troupeau de moutons bêlants, se lève à son tour et imite son geste..

    Edit du 25 avril 2010 : j'avais décidé ne pas insérer cette vidéo dans mon billet, pour ne pas faire de pub à cette émission mais la plupart des Français auxquels j'en parle ne sont pas au courant de ce sketch (ce qui est plutôt bon signe, entre nous). Je l'insère donc pour que vous puissiez juger du degré "d'humour" de M. Lambert :

    Quand on a rencontré des gens comme Dana, Costel, Andreea, Petre, Luminitsa ou Elisabeta, pour ne citer que quelques-uns de ceux qui m'ont accueillie avec chaleur et simplicité, on ne peut qu'être profondément choqué - et honteux - par l'image du peuple français que Ruquier et ses copains prétendent refléter. Ce n'est pas comme cela que j'aime entendre parler de mon pays à l'étranger. 

    Un peu plus tard, au restaurant, Dana découvre à son tour ce sketch puant qui provoque actuellement un scandale en Roumanie.

    Dana nous traduit le gros tittre "Comparati cu cersetorii" (comparés à des mendiants). Lorsque nous nous indignons que, au-delà de ce sketch qui n'est pas drôle, le public tout entier ait renchéri, elle demande "Mais ils sont payés pour ça, non ?".

    Et bien, non, ils ne sont pas payés. Ils sont juste très cons. Je crois qu'au delà de l'auteur de ce sketch, c'est vraiment l'image du public qui se lève à sa suite qui m'écoeure profondément.

    Dana secoue la tête : "Nous sommes habitués".

  • Jour 8 : Rendez-vous avec Petre à Târgu Jiu

    100_4044.JPGAujourd'hui, j'ai rendez-vous avec un de mes collègues de travail, roumain, le hasard ayant voulu qu'il séjourne en même temps que nous en Roumanie et à une centaine de kilomètres de Râmnicu Vâlcea. Lorsque j'avais annoncé à Petre que je retournais en Roumanie en avril, il s'était écrié « On doit se rencontrer là-bas ! ».

    Rendez-vous est pris dimanche pour midi trente dans sa ville, Târgu Jiu. Celle-ci, nichée au bord du Jiu qui lui donne son nom, abrite trois œuvres érigées à ciel ouvert et offertes à la ville par Constantin Brâncuşi, célèbre sculpteur roumain et élève de Rodin qu'il aurait quitté en déclarant « Il ne pousse rien à l'ombre des grands arbres ».

    Après un petit déjeuner ponctué des chants s'élevant de l'église qui se trouve de l'autre côté de l'avenue, nous prenons la route pour Targu Jiu sous un soleil magnifique (23°C au thermomètre). En chemin, nous visitons rapidement le monastère de Govora, un des préférés de Dana.

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    A Târgu Jiu, Petre nous attend au bord de la route, affublé de lunettes de soleil qui protègent ses yeux fatigués d'une nuit passée à faire la fête. Je saute de joie en l'apercevant et lorsque sa femme Daniela, que je ne connais pas, descend de voiture, nous achevons les présentations.

    Petre propose que nous découvrions avec eux les œuvres de Brâncuşi qui s'étalent à travers la ville sur un axe ouest-est commençant sur les rives du Jiu, traversant le parc municipal, continuant sur l'Avenue des Héros pour se terminer dans le parc entourant la Colonne sans fin. Nous commençons la visite par ce monument (en vignette) de près de 30 mètres de haut que les chars allemands et russes auraient tenté, en vain, de détruire pendant la seconde guerre mondiale.

    Nous rejoignons ensuite les rives du Jiu, traversé par un pont métallique « construit par les Français», où trône un ensemble de pierre, La Table du Silence, puis le parc municipal où nous suivons l'Allée des Chaises qui mène à la Porte du Baiser.

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    Petre prend presque plus de photos que nous, il s'en explique en faisant remarquer qu'il est devenu un touriste dans son propre pays. J'ai connu cette expérience aussi et nous convenons qu'on n'aime jamais mieux son pays que quand on en est éloigné.

    Le parc, très fréquenté en ce dimanche, est agréable et parfaitement entretenu. La ville de Târgu Jiu toute entière est d'ailleurs d'une propreté exemplaire grâce à la vigilance du maire. Daniela nous apprend que son vrai prénom est  Luminişa (un très joli prénom à prononcer Louminitsa et qui signifie «petite lumière») mais qu'elle a dû en changer parce que «c'était trop difficile pour les Français».  Elle nous promène dans le centre-ville, très plaisant, pendant que Petre s'absente pour aller chercher sa belle-mère qui veut poursuivre la visite avec nous. Comme dans la plupart des villes roumaines, les maisons anciennes ont été détruites et remplacées par des barres d'immeubles. D'après Dana, on laisserait volontairement les immeubles se dégrader pour les racheter à bas prix.

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    Nous retrouvons Petre sur le parking. De la voiture sort une femme plantureuse aux cheveux rouges et au maquillage improbable. C'est Elisabeta, la maman de  Luminişa, accompagnée de sa fille cadette. Après nous avoir embrassées comme du bon pain, elle me tend une bouteille de Coca-Cola de 2 litres, remplie d'un liquide jaunâtre. « C'est de la ţuika faite maison, pour toi»  dit Petre, hilare.  Nous éclatons tous de rire et Petre traduit ma réponse «Sophie ne boit jamais de Coca-Cola mais celui-là, elle va en boire !».

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    Il est près de 14 heures et Petre nous invite à déjeuner dans un restaurant traditionnel, le « Hanul Domnesc ». L'endroit est meublé de ce bois si chaleureux qu'on retrouve dans de nombreuses auberges roumaines et les pièces du restaurant décorées de costumes traditionnels, instruments de musiques, poteries et artisanat local. Des photos attestent de la splendeur du Târgu Jiu d'antan, avant les destructions. 

    Nous nous installons tous les 7 dans un patio fleuri. Comme souvent, la carte retrace l'histoire de l'auberge et regorge de légendes et anecdotes diverses sur les plats. Sur les conseils de Petre, je choisis un ragoût de bœuf servi dans un pot en céramique, Boug', un chou farci et Dana un plat, très goûteux, qui ressemble étrangement au rougail saucisses réunionnais. Le tout accompagné de l'incontournable mamaliga (polenta roumaine).

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    Le repas est très convivial et je m'amuse d'observer le sourire radieux de ma Boug' qui se fait tripoter la nuque et caresser les cheveux par Elisabeta qui la couvre de câlins. Lorsque nous ressortons du restaurant, Petre pointe du doigt des X5 BMW « Regarde, Sophie, ces pauvres Roumains : ici, une voiture à 70.000 €, là aussi. Il faut dire ça en France parce que tout le monde pense que nous n'avons rien à bouffer ici ». Pour preuve que les Roumains mangent, et bien, Luminişa se désole d'avoir pris 3 kilos en une semaine.  

    J'avais déjà senti à quel point les Roumains sont sensibles à l'image qu'on peut avoir de leur pays. Force est de reconnaître qu'en France, en tout cas, ce sont surtout des préjugés négatifs qui nous viennent en tête lorsqu'on évoque les Roumains et ceux qui vivent en France souffrent d'être assimilés aux gitans. Petre est fier comme Artaban de notre enthousiasme et Luminişa ne cesse de demander si nous aimons son pays. Je la rassure « Tu crois que je serais venue 2 fois en 6 mois si je n'avais pas aimé la Roumanie ? ».

    Après ce festin, nous reprenons les voitures et suivons Petre jusqu'au monastère de Tismana, un des plus anciens de Roumanie, construit au 14èmesiècle. Nous entrons dans le monastère au moment où une messe s'y tient. L'église est bondée car les Roumains sont très croyants. Les élises orthodoxes sont très sombres et par conséquent très intimistes et les fidèles sont debout ou à genoux. De rares chaises sont réservées aux personnes ne pouvant pas rester  debout.  Je me glisse dans un coin, juste à côté d'une vieille religieuse enserrée dans sa longue tenue noire, coiffée d'une sorte de calot noir tenue par un foulard épais, noir lui aussi. Ses joues flasques et rebondies débordent du tissu et se découpent dans l'obscurité de la pièce. A tour de rôle, dans chaque coin de la pièce, des religieuses entonnent des chants liturgiques particulièrement reposants. Nous visitons le petit jardin fleuri et le cimetière où reposent les religieuses.

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    Après m'avoir invité à me désaltérer à une fontaine d'où s'écoule l'eau de la montagne, Petre nous emmène à sa source, près d'une grotte. Elisabeta et Boug' sont toujours collées l'une à l'autre, elles se sont bien trouvées visiblement, ces deux-là, et la barrière de la langue n'en est pas une.  En remontant en voiture avec la carte postale que lui a offert Elisabeta, Boug' écrase une larme. Pour détendre l'atmosphère, je la charrie : « Hey, y'a pas de raison que je sois la seule à chialer ! »

    La dernière étape de notre promenade ensemble se trouve dans le village d'Hobita, à 25 kms au nord de Târgu Jiu.  C'est là que, derrière un portail en bois sculpté de toute beauté, nous découvrons la maison natale du sculpteur Brâncuşi. Au fond d'un jardin verdoyant, une vieille maison roumaine en bois est posée sur un socle de pierres blanches. La propriété a été conservée en l'état et se promener dans le jardin entre le puits et les cabanes attenantes est un voyage dans le temps très reposant.

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    Il est l'heure de se séparer et Elisabeta nous rebige comme du bon pain en nous demandant de revenir en Roumanie, chez elle. Petre et moi nous donnons rendez-vous à Paris et nous gratifie d'une invitation à venir dîner chez eux. Argument imparable, Luminişa sait faire les papanaşi et nous promet même la recette.

    Sur le chemin du retour, nous stoppons une dernière fois pour acheter quelques céramiques au bord de la route. Le repas du soir est léger, bouillon et légumes, ça nous repose l'estomac . Nous nous couchons la tête pleine des sourires irrésistibles d'Elisabeta et de cette nouvelle journée riche en rencontres humaines inoubliables.

  • Jour 7 : Râmnicu Vâlcea

    Premier petit-déjeuner sur la terre roumaine. Dana qui a maintenant révisé ce qu'on lui a enseigné des habitudes françaises - à savoir que tous les Français mangent des viennoiseries le matin - pose devant nous un plat de concombres, radis et tomates, du jambon fumé, fromage de brebis et des olives noires. Au programme ce matin : la visite de la mine de sel dont les photos entr'aperçues sur son blog m'avaient intriguée. A la sortie de la ville, Boug' prend la direction « Salina de Ocnele Mari ».

    Après nous être acquittées d'un droit d'entrée de 10 leu (2,5€), nous embarquons dans un bus qui s'engouffre en cahotant dans un tunnel sombre. Nous sommes samedi et le bus est rempli de familles qui emmènent leurs enfants passer la journée à la mine. A l'arrivée, l'endroit est assez étonnant. Outre une exposition de photos, on y trouve quantité de jeux et installations : une chapelle orthodoxe, un terrain de foot, des billards, des tables de ping-pong, un circuit de voitures dans lequel les enfants s'éclatent et même une salle de banquet où l'on peut organiser des réceptions. L'air de la mine est très bénéfique aux asthmatiques.

    Après cette visite, nous retournons vers le centre-ville où Dana nous emmène à la Casa Vâlceana, une maison réquisitionnée transformée en restaurant. Il fait un soleil magnifique et nous nous installons en terrasse, délaissant le salon intimiste où nous avions déjeuné ensemble en décembre dernier. La charmante serveuse, Tatiana, me reconnaît visiblement puisqu'elle nous salue d'un tonitruant bonjour.  La carte en papier journal est exhaustive : on y trouve les spécialtés de la maison, des plateaux de 3 kgs de grillades diverses judicieusement  baptisés « Pantagruel » et « Gargantua », des salades, soupes et plats de porc, volailles, poissons et mouton. Cette fois, je choisis une ciorba de burta tandis que Boug' qui en a rêvé devant mes clichés, déguste une ciorba de fasole in paîne.

    Nous nous promenons ensuite dans la très plaisante ville de Râmnicu Vâlcea qui signifie « Vallée aux loups ». Elle est bien plus belle que dans mon souvenir, il faut dire que je l'ai découverte en hiver et sous la neige. A cette période de l'année, les magnolias sont en fleurs. Nous visitons le lycée de Dana et grimpons à travers la forêt pour admirer le panorama sur la ville et l'Olt qui la traverse.

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    Après une petite pause, nous entrons à l'auberge des Haidouks, fort animée en ce samedi soir, pour l'incontournable papanasi. La salle est comble, remplie de jeunes et couples. Des musiciens jouent de la musique traditionnelle, le chanteur entonne des chansons mélancoliques et romantiques, aux accents orientaux et des femmes dansent en ronde dans un coin de la salle. Cristi, le serveur préféré de Dana (et on comprend pourquoi) nous installe en terrasse (qui est non-fumeurs, ça m'arrange). Et oui, car ici comme en Hongrie, on peut encore fumer dans les lieux publics. Boug' et moi calons devant nos papanasi mais pas assez pour ne pas goûter au dessert de Dana, des crêpes gratinées fourrées au fromage blanc et raisins secs.

    Après ce festin, nous ne pouvons qu'aller nous coucher.