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2yeux2oreilles - Page 181

  • Couleur aubergine

    Elle surgit au coin de ma rue, appuyée sur une canne. Silhouette voûtée mais digne.

    Je m'amuse de ses brindilles arquées, habillées de chaussettes hautes couleur aubergine d'ou jaillissent des genoux pointus. J'aime bien les petites mémés. Je leur trouve souvent une élégance qui manque aux femmes plus jeunes. Celle-ci vient à ma rencontre et je pressens déjà que nous allons nous parler. C'est un phénomène dont je n'ai pris conscience que récemment mais auquel je m'abandonne à chaque fois avec délice. Comme si j'étais une sorte d'aimant à la fois apaisant et vivifiant qui fait du bien aux gens. Un puits de vie, comme l'a si joliment écrit Olivier.

    Parvenue à ma hauteur, elle ralentit, cherche mon regard et s'exclame:"Ah! J'ai eu une frayeur un instant, je me demandais ou était passée ma canne". Je m'arrête et laisse échapper un rire attendri tout en l'observant avec un intérêt non dissimulé.

    Sa peau distendue tombe sur ses joues et de fins cheveux grisonnants s'échappent de la toque en fourrure enfoncée sur son crâne. Son maigre cou de volatile dégarni est couvert d'une écharpe en laine jaune. Du tricoté main sans doute.

    Encouragée par mon sourire, elle continue "C'est pareil des fois avec mes lunettes, je les cherche alors que je les ai sur le nez!"

    Je débite des niaiseries "Ben oui, c'est drôle". "C'est pas facile vous savez!" dit-elle en souriant. "En tout cas, lui dis-je, vous êtes très élégante". "C'est vrai ?, minaude-t-elle comme une adolescente. J'ai 82 ans, ma chérie! "

    "Et bien vous êtes une très belle femme".

    " Vous aussi, vous êtes très mignonne".

    Un silence gêné a suivi. Instant furtif et magique de tendresse entre deux inconnues que 46 années séparent. J'ai eu envie de lui proposer un chocolat chaud dans un café proche. Je l'ai sentie hésitante aussi, comme me quittant à regret, chacune prisonnière de ses pudeurs respectives.

    En la regardant s'éloigner d'un pas mal assuré dans la lumière blafarde des lampadaires, seule et vulnérable, j'ai aimé penser qu'elle avait moins froid.

     

     

  • Cacao

    40fa75e2acac5ee5e3b92af67e9efcc9.jpgLa morsure du froid m'a donné des envies de ... chocolat chaud. Mmmmm ! Un bon chocolat crémeux et parfumé ! J'ai fouillé dans mes placards et ai extirpé de ma boîte à épices un trésor rare et précieux : une tablette de cacao de Chuao, souvenir de mon séjour au Venezuela. Une tablette épaisse, enveloppée dans un papier aluminum, cachée dans un pochon en coton noué d'une cordelette. Je l'ai laissée fondre dans du lait entier, avec un bâton de canelle. Le breuvage a épaissi lentement, dégageant des arômes puissants. Une pincée de sel, un peu de Maizena (c'est la recette !) et la casserole se nappe d' une texture proche du chocolat "L' Africain" de chez Angélina, pour ceux qui ont eu la chance d'y goûter (j'y ai promis une après-midi à 1000 calories à Olivier et Igor)

    Dixit le "Choco-Club" :

    Le Chuao, surnommé " la Romanée-Conti des chocolats " est le plus puissant des cacaos, il est intense. Comme un grand vin, la " persistance aromatique " de ce chocolat est d'une extraordinaire longueur.

    Et quand j'aurai fini ma tablette, je râperai le bâton lisse et parfumé de Tonnégrande ... oui, oui, le bâton de cacao qu'il m'a gentiment rapporté de Guyane !

    A venir, pour une mise en bouche avant mon départ pour le Mexique (dans moins de 15 jours), le récit de mon séjour à Puerto Columbia, sur la côte caraibe, à quelques kilomètres de Chuao, justement !

  • Monopole pharmacien

    La semaine dernière, j'assistai à une convention de mon entreprise durant laquelle était évoqué un sujet fort intéressant et sur lequel je ne m'étais jamais interrogée. Le monopole pharmacien et l'auto-médication, plus largement.

    Un bras de fer est engagé depuis longtemps entre les grandes surfaces et les pharmaciens, sur la vente non pas de médicaments mais de produits dits "de confort". A une époque que je n'ai pas connue, le coton, les coton tiges, l’eau minérale, les crèmes solaires étaient exclusivement vendus en pharmacie, au prix fort.

    J'y ai appris beaucoup de choses sur le statut qui régit les pharmaciens. Qu'un pharmacien diplômé ne peut s'installer librement, le nombre de pharmacies dépendant de la population de chaque commune. Que pour être titulaire, un pharmacien doit être propriétaire de son officine. Qu'il n'y pas de concurrence possible, le prix des médicaments remboursés étant fixé par l'Etat. Et puis, les prix des médicaments ne sont pas affichés en pharmacie. Pour le consommateur, aucune transparence. Quand vous demandez un médicament, le pharmacien peut vous tendre celui sur lequel il se fait le plus de marge, sous le prétexte qu'il n'a pas celui qui vous a été prescrit.

    Pourquoi existe-t-il un monopole des pharmaciens sur l’alcool à 90° et 70°, les auto tests de grossesse, les pansements, les vitamines, les produits anti-poux ou les produits d’entretien des lentilles de contact ? Selon l’article L4211-1 du code le la santé publique, la vente de ces produits en dehors des officines est strictement interdite. Prenons le cas du dentifrice. Les grandes surfaces n'ont pas le droit de vendre le même Fluocaril que celui qui est en pharmacie. Le leur a un excipient différent car à partir d’un certain taux de fluor, la vente est réservée aux officines (il y aurait danger pour nos quenottes !). L'eau du robinet de certaines villes de France contient pourtant cinq fois plus de fluor qu'une pâte dentifrice que, de toute façon, on n’avale pas.

    On trouve certains de ces produits en grande surface, mais les commerçants les vendant sont dans l'illégalité. La France est le seul pays d'Europe, avec le Portugal, où ces produits font l’objet d’un monopole.

    Qui est pénalisé ? Evidemment le client, car une enquête de la direction générale de la concurrence et de la répression des fraudes montre que, sur ces produits à la frontière du médicament, les écarts de prix peuvent varier de 20 à 30% en faveur des grandes surfaces.

    Il est temps d'en finir avec cette nouvelle exception française, non ?

  • Mon cheval est mort

    Ben voilà ... Ce soir je suis en deuil. On m'a piqué mon vélo, la prunelle de mes yeux, mon plus fidèle compagnon depuis 4 ans !!!

    J'y croyais pas quand je suis sortie de la piscine, à 19h45 ... Et puis, j'ai ramassé mon casque sur le trottoir avec mon antivol coupé enroulé dedans. La misère, vous auriez vu ma tête ! Comment j'allais rentrer chez moi, un jour de grève des transports ?

    J'ai appelé O. qui n'y croyais pas. J'ai rejoint les maréchaux et ai commencé à faire du stop, comme une pov' malheureuse, toute dépitée avec mon casque à la main (et mes munsters coulants dans le sac, je vous le rapelle, cf. billet précédent).

    Un jeune m'a prise en stop tout de suite et m'a déposée porte d'Italie. J'ai même pas attendu 3 minutes pour qu'un autre m'emmène jusqu'au stade Pierre de Coubertin. Et puis, là, une femme m'a récupérée pour me déposer au coin de ma rue. Dans mon malheur, j'ai eu de la chance. Arrivée à la maison, je me suis fait plaindre par mon coloc' et ses 2 potes, dont Mac qui m'a proposé direct de me prêter le vélo de sa meuf. J'ai rappelé O. pour le rassurer comme quoi j'étais à bon port, appelé ma quinqua pour qu'elle passe me chercher demain matin et appelé Nico pour lui dire que la soirée Beaujolais était compromise pour moi. Il m'a passé Jacky, le gros Loïc, M. Jean qui m'ont tous présenté leurs condoléances. Heureusement que les copains sont là !

  • Munster

    Depuis lundi, la porte de mon bureau est grande ouverte bien qu’il caille sérieusement. Ma pauvre collaboratrice, une sympathique quinqua ultra frileuse souffre par ma faute. Est-ce que je suis une méchante chef qui martyrise son personnel ? Ceux qui me connaissent crieront d’une seule voix : « Non ! »

    C’est que lundi, cette sympathique quinqua m’a ramené 2 munsters que sa fille a récupéré du fromager pour lequel elle bosse le dimanche. Le munster étant un frometon parfumé, pour ne pas dire puant, j’ai préféré ne pas squatter l’unique frigo du service, qui se trouve dans le bureau de L. mon collègue préféré. La patience a des limites. J’ai plusieurs fois réquisitionné son frigo pour y stocker des denrées « odorantes », c’est le moins qu’on puisse dire.

    Une fois, j’étais allée acheter du poisson et des crevettes chez Carrefour et je les avais planqué en louzedé, sans lui dire. Manque de pot, ces couillons boivent leur eau glacée ça fait qu’en fin de journée, à force d’ouvrir le frigo, ça puait la marée. Quand il m’a demandé « Dis donc, toi, qu’est ce que t’as foutu dans mon frigo qui pue la mort ? », j’ai répondu innocemment comme je sais si bien le faire "Ben, du poisson, pourquoi, ça sent?". "Mais t'es une grande malade !" qu'il m'a dit, avec ce regard mi-réprobateur, mi-amusé qui veut dire « T’es folle mais qu’est ce que tu nous fais marrer avec tes conneries ».Du coup, il a passé la journée à s’excuser à chaque fois que quelqu’un entrait dans son bureau. Moi je l’ai évité ce jour-là aussi mais pas pour les mêmes raisons. Son oeil noir me faisait piquer un fou rire immédiat. Du coup, après, je me la suis joué sale gosse qui se croit tout permis et j’ai régulièrement squatté son frigo pour y entreposer les crottins de Chavignol, que je ramenais pour les copains, de mes week-ends à la campagne. J’ai bien cru qu’il allait s’énerver la fois où y’en a qui a mûri pendant 2 semaines parce que son propriétaire avait eu la mauvaise idée de partir en vacances…

    Lundi soir, donc, j’ai eu pitié de lui. Je ne pouvais pas lui faire ça, pas du munster, le frometon le plus radioactif après le maroilles ! J’ai gardé mes munsters dans le placard de mon bureau toute la journée. Seulement le soir, O. passait me chercher pour aller à la piscine. J’ai donc « oublié » mes fromages. Le lendemain matin, quand j’ai débarqué, ma quinqua, au bord de l’apoplexie, m’a jeté un coup d’œil affolé. « Je les ai oubliés hier soir », ai-je effrontément menti. Mais ce soir, je les prend, promis ! »

    Seulement hier soir, j’allais à une conférence sur l’augmentation de la pollution dans l’atmosphère. Les catastrophes annoncées n’étaient rien en comparaison de ce qui aurait frappé le public si je m’étais pointée avec mes munsters dans le dos. J’ai donc lâchement abandonné les sympathiques produits du terroir pour une deuxième nuit. Ce matin, je me pointe la bouche en cœur, en me gardant bien de faire la moindre remarque sur l’odeur nauséabonde qui me fouette sitôt passé la porte. A. me dit "Je laisse la porte ouverte, c'est intenable. Y’a le chef qui est venu passer un fax, en plus, juste au-dessus des frometons. Il a pas fait de commentaires mais il est pas resté longtemps … ».

    Ca n’étonnera personne si je vous dis que cette vision m’a remplie d’une bonne humeur difficilement contenue. Un fromage qui pue oublié dans un placard, ça a l’avantage de vous garantir un peu de tranquillité au boulot. Et comme on est 2, ça laisse planer le doute. 

    Ce soir, je vais à la piscine en vélo. Ca va les ventiler un peu et ça évitera qu’on m’envoie les services sanitaires. En revanche, je ne suis pas sûre que ma collègue me ramène des frometons de sitôt.