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Femme active - Page 5

  • Période d'essai : non mais allo quoi !

    Certains savent que j'ai changé d'employeur il y a presque 4 mois.
    L'analyse et les leçons que j'ai tirées de ma dernière expérience m'ont permis de définir un projet professionnel et de savoir exactement pour quel genre d'entreprise je voulais travailler :
    - française : question d'éthique, en temps de crise, j'ai choisi de participer à la croissance des entreprises françaises plutôt que d'aider des concurrents (américains, en particulier) à les enterrer. Mais franchement ... il y a des jours où je me demande pourquoi je persiste, tant les employeurs français sont à la ramasse en terme de management d'humains. Ca fait 10 ans que je ne bosse que pour des boîtes françaises et je suis aterrée par leur incapacité à détecter, rétribuer, exploiter (dans le bon sens du terme) et garder les pépites qu'ils ont la chance d'avoir embauchées.
    - détenue par un entrepreneur : un vrai. Pas un financier, ni des actionnaires, ni des fonds de pension américains (cf. ceci)
    - en bonne santé financière : en temps de crise, ça a son importance ! Et puis, pour moi qui fais de la formation et donc de la qualité, le CA et le taux de croissance d'une boîte en disent long sur l'efficacité de sa stratégie de développement (si elle en a une), la qualité de ses services et la satisfaction de ses clients.
    - internationale : marre de ces annonces qui exigent l'anglais par pur snobisme. Après 2 ans à former en espagnol, je veux travailler dans les langues que je parle.

    Peut-être que vous ricanez déjà : Ben dis donc, elle se la raconte la Fiso ! Elle croit qu'elle peut se payer le luxe de faire la fine bouche, en période de crise ?

    Ben oui. Je prends ce droit. J'ai surtout décidé de choisir des employeurs qui me méritent. Et j'ai fait mienne, il y a déjà quelques années, cette provocation écrite sur le tee-shirt offert par mon ex-DG :

    Fuck la crise.jpg

    Pendant les fêtes de fin d'année 2012, j'ai répondu à une annonce pour un poste de consultante formatrice dans une boîte française, mais internationale, et pionnière du SaaS (Software As A Service). J'écrirai d'ailleurs très prochainement un billet sur le SaaS, ma révélation de l'année.

    Leur domaine d'expertise n'était vraiment pas ma tasse de thé (la finance, un comble!) et encore moins ma compétence, mais j'ai obtenu un premier entretien. Ma future boss, une grande blonde aux yeux bleus perchée sur des échasses, était le contraire exact de ma boss. Et si je n'ai pas eu avec elle le feeling immédiat que j'avais pu avoir avec l'autre, tout concordait. Je correspondais à ce qu'elle cherchait : formatrice sénior sur logiciels, langues étrangères, mobilité. Mon futur poste était un calque de celui que j'avais dans ma boîte (collaboration avec des chefs de projets, audits d'intégration, formations au paramétrage et à l'utilisation).
    Au fil des rencontres avec eux, mon intérêt est allé grandissant. J'ai eu un entretien de grande qualité avec mon futur N+2 qui m'a vraiment "vendu" la boîte : celle-ci appartenait à son fondateur, toujours aux commandes, la société n'avait aucune dette et une trésorerie telle qu'elle pouvait financer n'importe lequel de leurs projets. Ajoutez à ça des déploiements annoncés aux 4 coins de la terre, une vision à long terme, une stratégie de développement agressive et à titre personnel, des primes et participation ... j'ai dit banco ! De tiède, j'étais passée à chaude bouillante.
    La dernière étape ne fut pourtant pas la plus facile : je devais former mes futurs responsables pendant 1 heure sur un sujet de mon choix (Word ou Powerpoint). Leurs retours n'ont pas fait de doute sur l'efficacité de ma prestation. Quand à moi, si l'exercice m'avait amusée, c'est surtout le sérieux de leur processus de recrutement qui m'avait définitivement séduite.

    J'ai déchanté dès la première journée. Ma boss était au téléphone avec un client et a chargé un formateur de m'accueillir, ce qu'il fit, et très bien. Ce jeune et jovial batave m'a présentée à l'autre formatrice du trio, laquelle m'a consenti un bonjour du bout des lèvres et ne m'a plus calculée de la journée de la semaine. 30 minutes plus tard, ma boss se libère et sans même m'offrir un café, attaque ma formation interne. Sur un coin de table, elle m'offre une visite de l'intranet, du réseau (un beau bordel!), des outils internes. Quand je demande s'il y a un livret d'accueil, quelque chose qui m'éviterait de tout noter, elle répond non. Je note donc tout. A midi, elle part déjeuner. Heureusement mes futurs collègues me prennent en charge et m'emmenent déjeuner avec eux.

    L'après-midi est tout aussi studieux. Le lendemain, elle me refourgue au gentil hollandais qui commence à me former sur le logiciel. Et chaque jour, elle arrive avec une tête de déterrée, comme si elle avait passé la nuit en boîte (ce dont je doute), dit bonjour les dents serrées, s'installe à son ordinateur et ne décroche quasi plus un mot de la journée.

    Idem pour la porte de prison anorexique à ma droite, et même pire : elle arrive et s'installe à son bureau sans saluer qui que ce soit. Elle ne répond pas plus à ceux qui la saluent. Et puis, en fin de journée, elle disparait. Tu crois qu'elle est partie pisser ? Ah ben non, elle est rentrée chez elle. Jamais croisé une formatrice aussi éteinte et asociale. Je m'interroge : mais qui l'a embauchée ?? Droopy ? Gargamel ? Frankenstein ?

    Heureusement le formateur hollandais est super sympa, ainsi que la chef de projet roumaine, fraîchement débarquée elle aussi. Pas une seule fois au cours de cette première semaine d'intégration ma boss n'a pris de mes nouvelles, demandé comment ça se passait ou si j'avais des questions. J'apprends qu'avant moi, un formateur est venu et reparti au bout d'un mois. L'ambiance est loin d'être aussi conviviale que ne l'avaient laissé supposer les entretiens d'embauche. Je repense avec nostalgie à mon ex-boss, une vraie mère poule, et regrette amèrement mon équipe de formateurs, si sympas et charismatiques.

    Pendant le mois qui a suivi, j'ai été littéralement abandonnée devant mon ordinateur. Ca s'appelait "travail personnel" sur mon agenda. "Si tu as des questions, tu n'hésites pas, hein ?" m'avait lancé ma boss, le nez sur son PC. Tu parles.

    Comme je m'ennuie un peu et que les supports que j'utilise pour me former sont obsolètes, je propose de les remettre à jour. Ma boss accepte. Quand je lui montre mon travail pour savoir si je suis sur la bonne voie, elle se contente de m'indiquer les infos à ajouter. Pas d'encouragements, pas de remerciements. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle n'est pas expressive.
    Après un mois, enfin un peu d'action : je participe, avec 7 autres nouvelles recrues, à un parcours d'intégration de 2 jours orchestré par mon PDG et les principaux responsables de la boîte. Mon PDG a une énergie et un charisme incroyables, les intervenants sont tous d'un très haut niveau de compétences. Je reprends espoir devant le punch planteur du pot de bienvenue, où il présente le plan d'actions 2013. Et de retour devant mon ordinateur, je replonge aussi vite. Ah ça, on ne peut pas dire que je sois fliquée ... C'est plus de l'autonomie, à ce stade, c'est un abandon pur et simple ! ...

    Cernée par ma boss qui tire la gueule et l'anorexico-lunatique qui passe sa journée à pester, je me rapproche de la chef de projet roumaine, nouvelle comme moi, et nous partageons nos impressions, qui sont exactement les mêmes. L'idée de relancer sa recherche d'emploi et de profiter de la disponibilité qu'offre la période d'essai la chatouille sérieusement aussi.

    Fin juin, un clash avec Droopy est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Ma décision est prise : je me casse. De retour chez moi, je réactualise mon CV et balance ma candidature à 5 sociétés. Je me promets aussi, pour la prochaine fois, de rester en veille même après avoir trouvé un poste. Cette fois, si je pars, je choisis un secteur qui me passionne et qui, à priori, m'évitera de telles déconvenues : le monde merveilleux des éditeurs de solutions de gestion des RH. Et je jette mon dévolu sur les spécialistes en gestion des talents. Faut dire qu'il y a visiblement urgence en France, et un sacré marché !  

    Période de congés d'été oblige, j'ai un entretien téléphonique avec un éditeur en gestion des talents qui oublie de me rappeler, comme promis, au bout de 7 jours (et ça se dit expert en gestion des RH, je ris doucement) et un autre que je vous raconterai bientôt. Entre temps, ma boss, en panique après la démission sur un coup de colère du gentil formateur hollandais, m'a invitée dans la foulée à un déjeuner et un entretien de fin de première période d'essai. Cette étape opportune mais à mes yeux inutile me gonfle; dans ma tête, je suis déjà partie. Pourtant, après réflexion, je fais le choix de jouer cartes sur table, sans lui laisser soupçonner que je cherche ailleurs. Come ça au moins, si je pose ma dém dans les semaines à venir, elle saura pourquoi et pourra en tirer des leçons pour les suivants, et si je reste (hélas), je lui donne au moins l'occasion de rectifier le tir.

    J'ai noirci le formulaire préparatoire à l'entretien de mes doléances et assise face à elle, je suis prête. Elle balaie chaque critère d'évaluation et exprime sa satisfaction, même s'il est encore trop tôt pour juger de mes capacités. A mon tour.

    "Comment tu te sens dans l'équipe ?" demande-t-elle.

    - Ben ... comment te dire ... je n'ai pas l'impression de faire partie d'une équipe, en fait ... Je ne sens pas de solidarité, chacun bosse dans son coin, garde ses bonne idées pour lui. J'ai même parfois l'impression qu'on te met des peaux de bananes sur le chemin pour voir si tu vas te casser la gueule.

    Elle tombe des nues, s'excuse, m'assure que ce n'est pas du tout l'esprit de la boîte.
    De son côté, ma boss s'étonne que je reste dans mon coin.

    "Est-ce que c'est parce que tu n'oses pas, ce qui m'étonnerait de toi, vu ton tempérament (NDLR : bien vu) ou alors c'est parce qu'on te parait peu disponibles ?

    Je confirme : elle a l'air débordée et ça n'incite pas vraiment à la solliciter. Quand à la porte de prison anorexico-lunatique, elle m'a envoyée chier une fois et je n'y suis pas revenue.
    "Elle a senti que tu avais pris de la distance et elle en souffre car contrairement aux apparences, elle aime qu'on la sollicite".

    Ah oui ? En effet, c'était loin d'être une évidence ... J'en profite pour faire part de mon étonnement quand à sa manie de ne pas dire bonjour ni au revoir. Elle doit être lunatique ?

    "Elle n'est pas lunatique, elle est bipolaire" répond ma boss. Je me retiens de rire. C'est plus grave que je ne le pensais !

    Ma boss revient sur mon parcours d'intégration. Je dis à quelle point j'ai apprécié les 2 jours avec les responsables de service qui m'ont permis de comprendre très vite comment était organisée la boîte et les rôles de chacun. Mais qu'à la suite des formations sur le logiciel, j'aurais aimé des mises en situations pour vérifier mes acquis et identifier les progrès à faire.  Elle invoque le manque de temps et des agendas surchargés.

    De son côté, elle émet le souhait d'avoir plus de retours de ma part. Je lui oppose le fait que j'attendais des points réguliers avec elle sur mon avancée, au cours desquels j'aurais pu poser mes questions, mais que ça n'était pas arrivé. Je n'argumente pas sur le fait que lors de l'intégration d'un nouveau collaborateur, c'est au manager d'aller vers lui, pas l'inverse. Elle fait preuve d'une écoute qui me surprend. Elle comprend mon ressenti et s'en excuse. Et surtout, elle me donne enfin l'explication de cette ambiance délétère : je suis arrivée dans un contexte difficile qui s'éternise depuis plusieurs mois, ce qui explique qu'elle soit stressée et si peu disponible. Elle promet des jours meilleurs, bientôt. Elle m'apparaît humaine, pour la première fois depuis 3 mois.

    J'ai envie de lui demander pourquoi elle ne m'a pas dit ça depuis le départ, au lieu de me laisser dans mon coin comme si je ne comptais pas. Que ça m'aurait permis, à défaut d'accepter, de comprendre pourquoi l'atmosphère était si pesante. J'ai failli lui dire que le ver était dans le fruit, qu'elle aurait pu et pouvait encore me perdre par négligence et manque de communication. J'ai envie de lui demander si elle a conscience de la perte de temps, de ressources compétentes (et d'argent, accessoirement) à investir sur des collaborateurs qui se cassent en cours de période d'essai . Mais je ne dis rien, bien sûr. Et en sortant de l'entretien, positivement surprise par la tournure qu'a pris notre échange, je me projette de nouveau parmi eux. Mais mes candidatures sont toujours en cours, alors ... on verra ...

    Depuis cette entrevue il y a 2 semaines, les choses ont beaucoup changé. J'ai donné ma première formation et ça s'est bien passé. Il me semble que le plus dur est derrière moi et qu'en commencant à voler de mes propres ailes, je vais enfin pouvoir apprécier l'extraordinaire autonomie dont je jouis dans mon poste. La porte de prison est devenue charmante, comme quoi elle n'est pas si bipolaire que ça. Ma boss s'est beaucoup détendue et nous sommes même allées déjeuner entre filles cette semaine.

    Je suis contente de moi. Je me rends compte que j'ai beaucoup appris ces dernières années, que ce soit par mes expériences ou mes lectures et auto-formations, en m'intéressant à la communication et au management. J'ai un regard différent sur le travail, beaucoup plus exigeant mais aussi plus constructif. J'ai acquis la capacité d'analyser des situations, d'en tirer des leçons et de les appliquer. Cet entretien salvateur avec ma boss et ses effets immédiats m'ont convaincue qu'il ne faut pas disqualifier mais dire les choses.

    Après un dernier entretien d'embauche cette semaine, la découverte d'une belle prime sur mon bulletin de salaire de juillet et de 2 semaines de formation en Thailande (en novembre) sur mon planning, ma décision est prise : je reste ! Mais il s'en est fallu de peu que je mette fin, pour la première fois de ma vie, à une période d'essai...

    Et quand je lis qu'une étude de Mercuri-Urval révèle qu'1 salarié sur 2 envisage de quitter son employeur pendant la période d'essai, je me dis que les entreprises françaises ont beaucoup à apprendre, ne leur en déplaise, de leurs homologues anglo-saxons en terme d'intégration des nouvelles recrues.

    Je déplore surtout la situation du marché du travail en France, depuis 30 ans, qui a déséquilibré les relations entre employé et employeur, donnant à ce dernier une arrogance qui le prive d'une remise en question pourtant nécessaire, et désormais urgente. Car en temps de crise, investir temps et argent pour laisser partir à la concurrence des collaborateurs difficilement sélectionnés et compétents est-il signe d'intelligence ou de stupidité ?

    Et vous, quelles sont vos bons et mauvais souvenirs d'intégration ? Et à quoi êtes-vous le plus sensible ?

  • Le harcèlement ne connaît pas la crise

    harcèlement,travail,nouvel observateurPourquoi ai-je trouvé dans ma boîte aux lettres, il y a 2 jours, un exemplaire du Nouvel Observateur, auquel je ne suis pourtant plus abonnée depuis longtemps ?

    Lorsque j'ai ouvert l'emballage et découvert le titre du dossier spécial, j'ai souri : " Stress, harcèlement, souffrance au travail : mon chef me rend fou ! " Voilà qui tombe à pic, alors que je multiplie les billets sur les ravages et bienfaits de la communication. La coïncidence est troublante.

    Extraits :
    Le mal se banalise. Nombre d'études l'affirment, les personnalités difficiles s'épanouissent au boulot, où elles grimpent sans peine l'échelle hiérarchique, jusqu'à régner en despotes. (...) Ce tyran séducteur s'arrime partout où le pouvoir, le statut social et l'argent sont des enjeux. D'aspect aussi normal que vous et moi, le SOB (Seductive pOperational Bully) se caractérise par son absence d'empathie, de sentiment, de culpabilité et de remords, mais aussi par des qualités d'adaptation hors du commun. Aucun scrupule à faire des crocs-en-jambe, une vraie propension à doubler par la droite. Le ticket gagnant pour atteindre le haut de la pyramide.
    "Les entreprises les aceptent parce qu'ils sont très rentables : comme ils n'ont pas d'états d'âme, ils font merveille pour dégraisser", décrypte le psychiatre Dominique Barbier, auteur de "La fabrique de l'homme pervers".
    (...)
    Le chef tyrannique s'attaque toujours à des employés dévoués, soucieux de bien faire. Des proies sensibles aux critiques, jamais des je-m'en-foutiste. Plus que la psyché dérangée des chefs, ce sont les méthodes de management à la hussarde qui sont la clé de voûte de cet édifice en péril. Partout où la souffrance se déploie, les boîtes sont en sous-effectif chronique. Les objectifs, irréalistes. A moins de sortir la cravache. Ils sont amenés à se muer en harceleurs en mettant la pression, en véhiculant la peur, en clamant : "Si tu n'es pas content, tu t'en vas!" Jusqu'au jour où ils deviennent à leur tout des victimes du système. Arrêts maladie qui se multiplient, productivité en baisse. L'élastique trop souvent tendu vous revient inéluctablement en pleine figure.  
    (...)
    Les recruteurs cherchent désormais à repérer les apprentis tyrans. Un test en 111 points, le Business-Scan (B-Scan) a été élaboré pour traquer ces personnalités à problèmes. Et éviter de les embaucher.

    (source Le Nouvel Observateur, édition du 16 au 22 mai 2013; réactions ici)

    J'ai croisé une seule fois dans ma carrière une chef perverse. Entrée dans la boîte en tant qu'assistante, elle avait vécu une histoire d'amour aussi passionnée que tumultueuse avec son patron, lequel s'était fait virer manu militari après avoir menacé de casser la gueule de son N+1 qui commençait à tourner autour de la jolie blonde. Moins de 2 années après son arrivée, elle prenait le poste de son responsable. Ça vous fait sourire tellement c'est gros ? Et pourtant c'est du véridique. Elle m'a raconté l'histoire d'amour, du temps où elle était en mode séduction/copinage, et ses collègues ont complété la suite de l'histoire.
    Moi je déboule dans le service au moment où son adjoint démissionne en l'assignant aux prud'hommes pour harcèlement moral, et son assistante, en arrrêt maladie, pour harcèlement moral et physique. J'ai eu la présence d'esprit de décliner, quelques mois plus tard, sa proposition de devenir son adjointe, au vu de "mes excellents résultats". Au bout d'un an, nos rapports se durcissaient et 2 ans plus tard, je commençais à perdre pied, prise entre le marteau et l'enclume : mes collaborateurs avec lesquels j'entretenais de bons rapports et elle, qui me reprochait un management trop humain, illustré par ma fâcheuse manie de boire des cafés avec mes collaboratrices, à ses yeux de vulgaires subalternes, au lieu de viser les cadres supérieurs.
    Conseillée par mon ami JM, j'avais alors entrepris un bilan de compétences et sorti l'artillerie lourde : la panoplie de protection du harcelé. Ma consultante m'a fourni le portrait du harceleur et les mesures à mettre en place pour la contrer. Désormais ses instructions systématiquement verbales, auxquelles bien sûr je ne comprenais jamais rien, furent suivies d'un mail de ma part qui résumait la tâche demandée. Elle est allée jusqu'à me faire convoquer par mon N+2 pour me dissuader d'utiliser ces méthodes, dont elle avait parfaitement compris le but.  Je n'ai rien lâché, un véritable bras de fer. Elle en avait usé d'autres mais moi, elle ne m'aurait pas. J'étais apprécié des gens que je servais et irréprochable : même pas un arrêt maladie en 6 ans.

    Après quelques mois j'ai demandé un changement de service et répondu aux questions de la DRH (qui était chapeautée par l'éxécutif, en l'occurrence mon N+2) : j'ai dénoncé les insultes, les abus de pouvoir (elle avait exigé et obtenu de tout son service, sauf moi, les mots de passe de leurs messageries et connexion au SI-RH). Quelques mois après s'être faite élire membre du CE, elle quittait l'entreprise pour un poste de responsable chez LVMH. Sa belle réussite professionnelle confirme le constat du Nouvel Obs : les salopards réussissent, en tout cas pendant quelques années, le temps de briser quelques travailleurs (en France, 400 suicides par an sont directement liés au travail)

    Quand à moi, j'ai beaucoup appris de cette expérience. D'abord, que j'étais moralement forte. Ensuite, que j'avais des valeurs qui n'étaientt ni l'argent, ni la réussite sociale, en tout cas pas de cette façon-là. Et puis j'ai appris à faire confiance à mon intuition, celle-là même qui m'avait fait décliner la promotion apparente qu'elle m'offrait, en dépit des conseils de mes amis. Enfin, j'avais désormais une idée assez précise du profil type de la suspecte (ben oui parce qu'à mon grand regret, les seuls arrivistes avec lesquels j'ai été contrainte de travailler dans ma carrière étaient de sexe féminin) :
    - douce (en apparence)
    - rarement moche et bien consciente de son pouvoir de séduction
    - apparemment ambitieuse mais en fait arriviste, la réserve et l'humilité ne sont pas ses meilleures qualités. Elle prend soin de faire savoir, de préférence à sa hiérarchie, tout les merveilleuses choses qu'elle fait pour la société (le mail et la touche "cc" sont ses meilleurs alliés).

    Et vous, vous avez déjà eu à faire avec des chefaillons, harceleurs et assimilés ? Quel était leur portrait ? Et comment vous en êtes-vous sorti ?

    A venir, le test : "Votre boss est-il psychopathe ?"

  • Ma nouvelle boîte

    Dès la première journée chez mon nouvel employeur, je me suis marrée en relevant quelques similitudes avec mon ex-boîte :

    - le badge obligatoire pour circuler (même dans l’ascenseur)

    - les salariés répartis sur 2 étages dans 2 bâtiments (juste séparés par une passerelle, cette fois)

    - la femme du PDG (mais c'est loin d'être un emploi fictif ici, elle abat un boulot monstre)

    Et aussi :

    La moquette fatiguée

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    Le babyfoot dans la salle de pause (et j'y joue, ici !) :

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    Trève de plaisanterie; j’ai gagné sur pas mal de points.

    Le premier, et pas des moindres en région parisienne, le temps de trajet pour rejoindre nos bureaux. J’ai ainsi troqué mes 1h10 minimum avec 2 correspondances (Châtelet puis Saint Lazare) contre 45 minutes de porte à porte (et assise puisque je prends le bus dès le départ de la ligne). Depuis la semaine dernière, j’ai même retrouvé les vieilles habitudes de l’époque où je travaillais pour un groupe de la grande distribution et j’ai tenté le trajet en vélib’ : 6,9 kms en 31 minutes et 126 calories grillées (merci la super appli Runtastic). Pour l’instant, je me contente de pédaler sur le trajet aller 1 jour sur 2. Dans peu de temps vous allez pouvoir m’appeler « Cuisse de mouche fleur de banlieue » ;)

    Le deuxième point fort agréable, c’est le quartier dans lequel je travaille. A 200 mètres d’une station de métro, il fourmille de restaurants, terrasses et boutiques. Il y a même un centre commercial, un bureau de poste et une médiathèque à 2 pas. Ca me change du quartier Charlebourg de Colombes avec ses 3 pauvres restos, sa boutique Grobill et son dépôt de pain. D’ailleurs maintenant que j’y pense, c’est la première fois, depuis 10 ans que je suis revenue en France, que je bosse dans un quartier sympa (j’ai fait successivement Issy Val de Seine, les quais d’Ivry et Colombes). En revanche, il ne faudra pas que j’aille trop souvent faire du lèche-vitrines entre midi et 2 (60€ claqués en 20 minutes la semaine dernière)

    Enfin, les bureaux eux-mêmes. Dans un bel immeuble en verre, sur un plateau baigné de lumière d’environ 50 m² où on n’est que 10 (mes ex-collègues comprendront), j’ai MON bureau, MON caisson, MON téléphone et surtout, comble du luxe : MA poubelle.

    Et on a des fauteuils de compèt' ici ('tention vos cervicales !) :

     

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    Et puis, détail très apprécié de la réfractaire à la montre que je suis : dès le lendemain de mon arrivée, ma boss a devancé mes craintes : « Normalement on arrive entre 9h et 9h30 mais si tu rentres de déplacement, tu peux arriver jusqu’à 10 heures sans problème. Et si tu besoin d’arriver plus tard ou partir plus tôt, tu te mets en indispo dans ton agenda pour que je ne te colle pas de rendez-vous, il n’y a aucun problème. »  Aaaaah !  

    Au niveau du périmètre hiérarchique, pas de flou : j'ai une seule chef, c'est ma chef. Dans mon ex-boîte, elle avait délégué une partie de son management aux chefs de projets dont certains, en mal de pouvoir, souffraient de sérieuses lacunes en communication (verbale).  

    Et enfin, l'outil sur lequel je forme : beau, stable, convivial, intuitif. Malgré le fait que j'aborde un secteur d'activité qui m'est totalement inconnu, je n'ai pas d'inquiétudes sur ma prise en main rapide (et ma boss non plus d'ailleurs, à l'entendre).

    Il y a aussi des choses qui me manquent. Pas mon ex-PDG, ça c’est sûr. Mon nouveau PDG, lui, n'est pas un actionnaire mais un véritable entrepreneur. Cette boîte, il l'a fondée et son oeil pétille quand il retrace son parcours et ses débuts difficles. Souriant et charismatique, la formule « Ma porte est ouverte » n’est visiblement pas qu’une formule chez lui. Mon N+2, quand à lui, est aussi sympa et avenant que mon ex N+2; il y a de l’intégrateur en lui aussi, c’est sûr.

    En revanche, le sourire, la bonne humeur, l'écoute, en un mot l'humanité de mon ex-chef me manquent. Ma nouvelle boss ne s’est pour l’instant quasi pas occupée de moi. Le premier jour, au téléphone, elle a envoyé un formateur m’accueillir. Enfin disponible, elle ne m’a même pas offert le café avant d’attaquer ma formation ni n’est venue déjeuner avec moi de toute la semaine. Mon agenda a été rempli en 2 temps 3 mouvements de réunions et présentations dont j’ignorais le contenu. Et depuis 1 mois, je bosse dans mon coin ; elle ne s’est pas enquise une seule fois de mon avancement ou mes questions éventuelles. «Ca fait déjà 1 mois que tu es là. Il faudra quand même qu’on se voit » a-t-elle dit hier. A sa décharge, elle a plusieurs casquettes dans la boîte et est visiblement surchargée de travail.

    Certaines de mes collègues formateurs me manquent cruellement. D'ailleurs je les ai tous les jours au téléphone. Anciens managers, ils avaient un dynamisme et un relationnel que je ne retrouve pas chez les 2 formateurs avec lesquels je bosserai désormais. D'ailleurs, je n'ai pas tellement l'impression qu'ils bossent ensemble. D’une équipe de 11 formateurs parfois dissipés mais pros et surtout proactifs, je suis passée à un trio dont je serai sans doute la plus agitée.

    L’homme de notre trio, un pur batave au nom imprononçable qui m’a accueillie le premier jour, est vraiment jovial et très sympa. Il a même réussi à me faire entrer dans un café Starbucks. D’ailleurs je l’ai déjà présenté à mon frère qui bosse à 2 pas (une autre bonne surprise).

    Ma voisine de gauche, la plus ancienne de l’équipe, ne m’a pas calculée pendant 1 semaine ; même répondre à mon bonjour lui arrachait visiblement la gueule. J’ai questionné mon collègue qui m’a laissé entendre qu’elle était très compétente mais aussi très lunatique et étiquetée « râleuse ». Et puis un matin, j’ai entendu « J’adore tes chaussures ! ». Je n’ai pas levé la tête, persuadée qu’elle ne s’adressait pas à moi, et puis elle m’a fait un exposé de 30 minutes sur mes pompes. Depuis elle me tient la jambe à chaque fois que je lève le nez de mon écran. La technique du « laisser venir » marche toujours, avec les humains comme avec les animaux ... 

  • Liège a un centre-ville, dis donc!

    Je ne devais plus revenir à Liège. « Tu vas éteindre le feu », m’a-t-on donné comme mission. Vachement motivant, surtout quand je dois « éteindre le feu » chez 4 clients en 2 jours.

    Le premier jour, mon réveil sonne à 5h et mon train quitte la gare du Nord à 6h01. [Ah ouais, tout de suite, vous m'enviez moins, hein ?]

    A 8h20, j’avale une gaufre aux cerises et un café, dépose mon sac de voyage et récupère un plan de Liège à l’hôtel HUSA de la Couronne, où j’ai mes habitudes. « 20 minutes de marche » entre la gare des Guillemins et la place Saint-Lambert, m’avait-on indiqué. Après 20 minutes de marche sur le boulevard d’Avroy, je consulte un plan de la ville ; je suis à mi-parcours. Je saute dans le premier bus et sonne chez mon client à 9h10, juste après avoir envoyé un sms à mon chef de projet en ces termes « 20 minutes de marche, mon cul ! C’est au moins le double. J’ai marché tant que j'ai pu et j'ai fini en bus. »

    J’ai un peu plus de 3 heures pour « éteindre l’incendie ». Le plus âgé de mes clients est très stylé. Petit mais longiligne, la cinquantaine, une envahissante calvitie, chemise noire et cravate gris perle, il porte des anneaux d’argent sur plusieurs doigts et un très joli bracelet gansé de cuir. J’aime beaucoup les bijoux sur les hommes.  

    A 13h, je m’attable dans une brasserie voisine, spécialiste ès pâtes maison, où je commande des penne arrabiata. Le serveur dépose sur ma table une cocotte en fonte orange dont il me sert de belles louchées avant de me la laisser à disposition. J’ai au moins de quoi me faire trois assiettées de pâtes (je m’arrête à deux, réfrénant ma gourmandise). Est-ce que quelqu’un peut me dire, parmi mes lecteurs Belges, si « cocotte » est un mot d’une quelconque ambigüité en français belge ? Je demande ça parce que mon serveur n’a cessé de répéter ce mot en rigolant, à partir du moment où je l’ai prononcé. Et comme je suis impayable pour sortir de grosses conneries, je deviens parano …

    Au point de vue

    10 place Verte à Liège (04/223.64.82)

    Vers 14h, je monte dans un taxi. « Française ? » demande le chauffeur, à quoi il répond « Personne n’est parfait ». En route pour Embourg, dont je ne sais même pas si c’est au nord ou au sud de la ville, nous longeons un bras de la Meuse et discutons. Oscar est d’origine espagnole et m’explique qu’en Belgique, on ne hèle pas les taxis dans la rue, « comme chez vous ». Il ne travaille, pour sa part, qu’avec des habitués.

    A 18h, c’est Oscar qui m’attend devant la porte. « On nous a dit qu’il y avait une Parisienne à aller chercher et personne ne voulait y aller, je me suis dévoué », explique-t-il. C’est un taquin, Oscar. J’en profite pour lui demander où je pourrais dîner ce soir, car le quartier de la gare est un peu glauque, seule. C’est là que mes neurones se reconnectent et que je me souviens que l’hôtel HUSA de la Couronne était complet ce soir et qu’on m’en a réservé un autre. Ni vu ni connu, je récupère mon sac qu’ils ont gracieusement stocké toute la journée, et Oscar me dépose à côté du Palais des Congrès, juste au-dessus de la Meuse et à quelques enjambées du parc de la Boverie. Ca tombe bien, j’ai pris mes baskets, il fait un beau soleil et une brise idéale et malgré mon réveil à 5h, je ressens le besoin de me dégourdir les jambes.

    Après une heure dans le parc, une douche et un saut sur Skype, j’ai la flemme d’aller dans le centre. Tiens, et si j’allais manger chez Frédéric Maquin, rue des Guillemins ? Et bien non. Car lorsque je pousse la porte du restaurant, je n’ai droit qu’à un hochement de tête par la négative du serveur (ou patron ?), toujours aussi jovial (c’est ironique, hein) qui me signifie que le restaurant est complet. Au Duc d’Anjou, ils sont vachement plus sympas. Le serveur a la gueule de Lino Ventura en plus blond et une carrure impressionnante, la patronne est mignonne comme tout dans son carré cuivré, sa robe blanche courte et ajourée et son collier de perles de couleurs. Une vraie gamine d’au moins 5 décennies. Comme quoi, la jeunesse … J’y mange une truite à la crème de persil, plus crème que persil (on est en Belgique, je vous le rappelle) avec un petit verre de blanc. Vous remarquerez qu’en ce moment, je suis plutôt raisonnable. A tous les niveaux, d’ailleurs, mais quand ça va péter …

    Le lendemain, mon client du matin passe me chercher et m’emmène à quelques kilomètres de la frontière allemande. Ici, on oublie le flamand et tout est écrit en bilingue français-allemand. En début de matinée, ses remarques ironiques me tapent sérieusement sur les nerfs et puis je lui mets 2 ou 3 tapes (je suis aussi là pour ça, fallait pas mettre le feu, monsieur !) et il se calme.  12h12, je saute dans un train de retour vers Liège. Le restaurant conseillé par Oscar, la veille, est sur la route de mon dernier client, je m’y arrête donc et découvre enfin Liège : la place de la Cathédrale, la rue de la tête de mouton, celle de l’auberge du cul tourné (j’déconnne !).

    J’ai dû passer une dizaine de nuits à Liège en 2011 mais n’en ai rien vu d’autre que la gare et son quartier. Hé oui, je fais un boulot formidable, je me tape des bonnes bouffes mais pour le tourisme, on repassera. Après une ventrèche et ses pommes de terre saupoudrées de piment d’Espelette, avalées dare-dare, Oscar passe me chercher. Si personne ne savait que je suis parisienne, Charles et sa barbe blanche m’affiche devant tous les clients : « C’est pas comme à Paris ici, vous attendez votre taxi tranquillement à l’intérieur. » J’ai comme qui dirait l’impression qu’ils ont une super image des Parisiens, dans le coin, non ? Ah oui, c’est vrai, c’est comme ça partout. N’empêche, avec une grappa, l’attente serait plus agréable, enfin, j’dis ça, j’dis rien …

    Autour du monde, (restaurant basque)

    22-24 rue du Méry (04/223.08.30)

    [NDLR : Le restaurant est décrit par les dîneurs, sur internet, comme proposant de la cuisine " belge voire française" ... Il me semble pourtant que la carte affiche clairement la couleur, non ?

    belgique,liège

    Allez Fiso, un petit tour à Longdoz et tu rentres à Paris. A 17h15, j’envoie un sms à Oscar pour qu’il vienne me chercher. Il rappelle « Moi je serais en retard, je vous ai envoyé un collègue. Vous n’avez rien contre les personnes de couleur ? » Je me retiens de rire.

    17h35, je suis sur le parvis de la gare de Liège, 17h49, youpi, le Thalys est à l’heure ! 18h47, je finis ce billet sous les coups d’œil indiscrets de mon voisin qui ferait mieux de m’offrir une Duvel au lieu de se la siffler tout seul (tiens, je te la mets en police 14 pour que tu la voies bien celle-là ! )

    20h00, mon moto-taxi me coiffe d’un casque et s’enquiert de ma vie en sillonnant les rues de Paris. 20h30, aaaaaaaaahhhhhhh, ma chaise longue !   

  • Retour chez les Belges

    Presqu'un an que je n'avais pas travaillé avec mon client belge. J'appréhendais un peu de reprendre en main un projet qui avait mûri sans moi. Le premier jour, lorsque nous ouvrons la porte de la salle de formation, 15 paires d'yeux se tournent vers nous. Pression.

    Un tour de table pour faire les présentations et briser la glace. Ma cliente sort des dossiers "Si vous allez au restaurant avec Fiso, sachez qu'elle prend des photos des plats". Dans le groupe, il y a des wallons et des flamands, chacun avec le logiciel et le guide d'utilisation, dans sa langue natale, sous les yeux.

    Nous formons 13 managers; le plus jeune à 28 ans et le plus âgé, 37 ans de boîte. C'est ma première formation de groupe, un vrai challenge. Le plus délicat, en dehors d'un timing très serré, est de ne pas perdre nos stagiaires flamands pour lesquels, à la difficulté d'appréhender un nouveau logiciel s'ajoute celle de suivre une formation dispensée en français. Ils décrochent parfois et s'égarent sur leurs mails mais je veille au grain. Nos stagiaires sont pleins de bonnes volontés et particulièrement disciplinés. Nous nous faisons la réflexion des difficultés que nous aurions eues avec un groupe français. Ici pas de sonnerie de téléphone intempestives, pas besoin de les tirer par la manche au retour de pauses, pas de soupirs ou de ronchonnades. Ils nous attendent devant leur ordinateur et se plient de bonne grâce aux exercices et mises en situation. Un vrai plaisir qui nous console du réveil à 6h30 et de notre épuisement.

    Au fil des jours, j'ai enregistré leurs prénoms et enrichi mon vocabulaire néerlandais. Je sais désormais comment dire boucherie et crèmerie, par exemple. Ca épate mon chef de projet. Au traditionnel "je sais" pour "je peux", "ça va" pour "OK" et le franglais bâtard qu'ils parlent (efficience par exemple) s'est ajoutée la version flamande de "vas te faire foutre", que m'apprend Stephen, le sympathique brun aux yeux bleus sur lequel ma collègue a flashé, à l'occasion d'une pause. J'ai hâte de voir la tête de mes interlocuteurs lorsque je placerai un "Vas planter les moules" sans appel.

    Chaque soir, nous prenons le train jusqu'à la gare du Midi puis le métro jusqu'à la place Sainte-Catherine. Tellement fatiguées qu'après avoir jeté nos ordinateurs à l'hôtel vers 19h30, nous allons dîner puis dormir. Je n'ai même pas pu acheter de chocolats chez Frédéric Blondeel mais j'ai enfin goûté le magnifique plateau de fruits de mer du Belga Queen, mangé viet' au Hông Hoaet bu de la Rodenbach.

    Le dernier jour, après avoir trinqué à deux anniversaires autour d'une coupe de rosé et m'être fait charrier (mes stagiaires ont bonne mémoire et me proposent de prendre en photo les chips au wasabi que je dévore), le planning des semaines à venir est dévoilé. Je ne partirai pas avec Alain, le déconneur bon vivant à moustaches, mais je formerai deux de mes chouchous. Après Bruxelles, je vais maintenant sillonner la Belgique, en commençant par la capitale wallonne de l'eau, au coeur de l'Ardenne bleue.

    D'ailleurs, pour les 3 mois à venir, je ne travaillerai plus en France. Après 1 mois et demi en Belgique, je partirai à Salamanque (donner une formation en espagnol, p'tain la flippe) puis je m'offrirai 15 jours de vacances en Irlande avant de repartir former à Séville.Sacré programme !