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Gens (d'ici et d'ailleurs) - Page 14

  • Enfant de coeur

    Devant un pot de café et un feu de tourbe, je l'écoute égrener quelques souvenirs d'enfance et je ris.

    "On a jamais beaucoup regardé la télé, étant mômes. Le samedi après-midi, t'étais tranquille devant "Les mystères de l'Ouest" et en plein milieu, clic, extinction de la télé, on va à la messe. De toute façon, c'était ça ou la messe le dimanche matin à 9h. T'imagines ? Dimanche matin, 9h, t'es à peine réveillé et tu te pèles le cul à écouter des vieilles pies qui chantent faux. Debout, assis, à genoux, couché, et merde, allez vous faire foutre !"

    Bien sûr, je pleure de rire dans mon café. Ça fait des années que ce mec me fait écraser mes larmes de rire, en privé et sur ce blog. Il continue, ravi de son petit effet.

    "Le frangin, il imitait le curé derrière son dos et moi j'étais préposé à la cloche que je secouais comme un taré et jamais au bon moment, ce qui me valait les yeux noirs du curé. Le meilleur souvenir, c'est vraiment quand on sonnait les cloches et qu'on montait à des mètres au-dessus du sol à la vitesse grand V. J'adorais ça !"

    Sa soeur débarque dans la cuisine. "Quoi, vous parlez religion à 9h du matin ?"

    "Non mais t'inquiètes. On pense la même chose, moi et Fiso"

    Le week end ne fait que commencer. Ce soir, je vais me teindre les cheveux en vert, enfiler un tee-shirt taille XXL irlandaise, c'est à dire un bout de coton bien étriqué avec nombril à l'air et seins qui passent par-dessus bord, et je vais boire des pintes de Guinness en espérant que son fils ne sorte pas un pistolet à eau pour m'arroser, version tee-shirt mouillé.

    Pour l'instant, je rigole. Espérons que ça dure et que la musique irlandaise ne me titille pas trop méchamment les glandes lacrymales. J'aurai tout le loisir de me laisser aller à la mélancolie avec ma Boug' en avril (ben, oui, on se barre 15 jours dans l'ouest irlandais et je peux vous dire que j'attends ça avec grande impatience)

  • 8 mars, journée d'une femme ... et quelle femme !

    Quelle est donc cette pudeur qui me fait chercher les mots au moment de vous parler d'elle ?
    Elle est une de ces rares et très chères amitiés née du virtuel. Elle vit loin mais nous nous retrouvons souvent.
    J'aime ses amies. Son bon coup de fourchette. Sa sensibilité. Et par dessus tout son franc-parler, ses éclats de rire et son naturel très travaillé.

    C'est ton anniversaire aujourd'hui. Je n'ajouterai pas ce surnom dont je t'affuble désormais et qui te va comme une boule de glace à son cornet.
    Bon anniversaire. Je t'aime.

  • La formatrice de retour sur les bancs de l'école

    Cette année, je suis retournée en classe. En préparation d'une formation en Espagne - et en espagnol - je me suis inscrite à un cours de perfectionnement, histoire de refaire un peu mon vocabulaire et de récupérer de la spontanéité dans cette langue que je n'ai pratiquée que périodiquement.

    Je vous reparlerai de cette association que je connais depuis plus de 15 ans, et que j'affectionne beaucoup, au moment des inscriptions pour la prochaine rentrée scolaire.

    Dans ma classe de 28, la moyenne d'âge est 50 ans et l'on compte seulement 3 hommes. J'aimerais connaître le lien de chacun avec l'Espagne et la raison pour laquelle ils suivent ce cours. Comme lorsque j'étais au lycée, je m'assied au fond de la classe, ce qui m'a permis de constater que ces dames faisaient mentir mes statistiques personnelles, à savoir que plus une femme vieillit, plus ses cheveux raccourcissent. Je le dis de façon beaucoup moins raffinée mais le constat est encore plus flagrant aujourd'hui : la quasi-totalité des jeunes filles et femmes ont les cheveux longs et les femmes de plus de 50 ans ont les cheveux courts (et colorés et permanentés donc grillés, l'horreur). Bref. Dans ma classe, donc, les vieilles font de la résistance et ont les cheveux longs ou mi-longs. Ben je trouve ça vachement joli. Comme Zorg est séduit par les femmes "qui assument la neige dans leurs cheveux" (ah, ce Zorg, quel esprit chevaleresque !), je suis touchée par ces femmes qui s'accrochent à cet attribut de la féminité, dans une société qui voudrait convaincre que seule la jeunesse peut séduire.

    Je suis les cours avec l'oeil de la professionnelle, repérant les "je sais tout", les cancres et les contradicteurs. Pour tenir un groupe aussi dissipé que le notre, il faut bien la poigne de fer de Marisa, ma prof. Fausse blonde au carré, jupes patchwork bariolées, elle paraît sèche au premier abord mais en fait, c'est une marrante qui mène son cours d'une main de maître. Elle profite d'un texte sur le partage des tâches domestiques dans les couples espagnols pour nous confier que son mari, français, était un vrai macho; et la semaine dernière, nous montrant sur son ordinateur ce qu'est la jota, elle a commencé à chantonner et à esquisser des pas de danse. Ses cours sont vivants, les thèmes choisis intéressants et elle donne sa place à chacun, rabrouant parfois vertement les mauvais élèves. "Il faut que je te baillônnes?" a-t-elle demandé l'autre jour à la vieille dame qui porte un nom de crêpe et empeste la cocotte, ce à quoi j'ai échappé jusque là parce qu'elle était au premier rang (où elle va retourner vite, j'espère).

    C'est étrange de constater que dès qu'on les remet en situation d'apprentissage en groupe, ces grands adultes reprennent la peau des ados qu'ils furent, il y a des années. Ils font des commentaires à voix haute, elles gardent la place de leur copine, comme à l'école. La seule fois où j'ai voulu m'assoir sur un siège libre, dans les premiers rangs, je me suis fait fusiller du regard. Le métier de chacun explique sans doute aussi certains comportements. A ce titre, celui que l'on entend le plus, c'est C., le médecin à la barbe grise et costume en tweed. Il ne se contente pas de répondre à la place de celui qui est interrogé, ou de souffler, comme madame la crêpe, il corrige carrément la prononciation lors des lectures à voix haute. Le parfait "monsieur je sais tout" est aussi un joyeux farceur : à la question de Marisa "Qui fut le libérateur du Chili ?" il répond "Pinochet" !

    Dans ceux qui sortent du lot, il y a Françoise, une très belle femme aux cheveux courts blonds cendrés et aux yeux d'un bleu transparent, qui porte des pulls légers à col V et rappelle tout à fait Françoise Hardy. Et puis aussi Virginie, dont le prénom jeune, les tenues adolescentes et les cheveux longs et gris brouillent mes capacités à lui donner un âge. Et l'élancé Jacques, lunettes sur le nez, visage osseux, crâne couvert d'un duvet ras, à la voix délicate.

    Et moi ? Ben moi, j'ai retrouvé aussi la jeune Sophie de ma jeunesse. Celle qui avait l'art de mémoriser un texte en le lisant une fois. Comme je m'acquitte rarement des textes à lire et des devoirs à faire à la maison, je calcule rapidement, en fonction du nombre de lignes que chacun lità à tour de rôle, quelle partie du texte j'aurai à lire et à expliquer. Munie de mon dico, je parcours le texte en diagonale et note rapidement la traduction des quelques mots qui me sont inconnus. Après quelques loupés, la dernière fois, je suis tombée pile poil : ni vu ni connu Fiso la cancre !

    PS : Je vous rassure, ma maîtrise de l'espagnol s'améliore malgré que je fasse ma maligne avec Marisa. Lorsque je suis chez moi, ma télé est branchée en permanence sur les chaînes espagnoles et au bureau, nous organisons chaque vendredi des ateliers de discussion.

     

  • L'allumeur de métaux

    Comme une femme coquette, elles se dérobent pudiquement à nos regards et jouent à cache-cache, un coup par ici, un coup par là, pour finalement offrir, baignées de lumière, leurs courbes anguleuses.

    Ainsi donc, le marin a aussi l’âme d’un poète, et ses histoires courtes ont stimulé mon imaginaire. J'y ai aussi reconnu le peu que je sais de lui. 

    Mes préférées ? Ville en attente, la basilique Sainte-Sophie et l’arbre de cuivre.

    Curieux(se) ? C'est ici qu'on éclaire le monde. Et aussi, tiens.

  • Shopping et fraternité avec Ibrahim le Berbère

    Ce matin, je m’installe en plein soleil pour mon dernier petit déjeuner. Une femme, élégante dans sa tenue à carreaux noirs et blancs, est assise quelques tables plus loin avec ses deux petits enfants. « Laissez passer la dame » dit-elle aux deux petits qui jouent au bord de la piscine. « Je profite du soleil car je rentre à Paris  ce soir » lui dis-je. « Vous avez raison » dit-elle avec un charmant accent du sud-ouest de la France. Elle est originaire de Fès, vit à Toulouse et est en vacances ici. « J’ai une cousine à Marrakech, mais nous préférons être à l’hôtel » dit-elle. « Pas facile d’être un touriste dans son propre pays », dis-je.

    Je confie ma valise et mon ordinateur au jeune homme de l’accueil et lui lance « Je n’ai pas aimé le spa hier. C’est pour les touristes ». Il est surpris. Je lui demande s’il se fait gommer par des femmes quand il va au hammam et s’il n’y passe que 45 minutes. « C’est parce que nous pensons que les  touristes ne supportent pas la chaleur comme nous » objecte-t-il. J’évoque aussi le prix excessif d’une séance de hammam de 45 minutes. « Vous avez payé pour 2 personnes. Cela coûte cher de chauffer un hammam pour une seule personne. C’est pour cela que la femme insistait pour que vous le fassiez ensemble ». Il semble sincèrement désolé et dit qu’il va transmettre mon mécontentement. « C’est la première fois que nous avons une réclamation à leur sujet » assure-t-il. « C’est parce que les touristes ne connaissent pas les hammams traditionnels alors ils sont contents. Mais moi je connais et je sais que dans les hammams, les hommes ne sont jamais gommés par des femmes, ni l’inverse et que cela prend plus que 20 minutes pour que les pores de la peau se dilatent ». Je m’apaise car je commence à comprendre, d’une part, qu’ils m’ont crue en couple avec J., le touriste teuton, bien que je le leur aie présenté comme un ami, et d’autre part qu’ils ont pensé qu’un hammam privatif nous plairait.

    Je quitte l’hôtel et prend la direction de la Koutoubia. J’envoie un sms à Ibrahim « Je suis en route. Si tu es dispo, on peut boire un thé dans l’après-midi ». J’ai promis de le contacter mais n’ai pas envie de passer la journée avec lui. Laissant à ma gauche la place Jemaa el Fnaa, je chemine sur l’avenue Houmane El Fatouaki. Je tourne à gauche et passe devant un café quand j’entends crier mon prénom. Ibrahim me rattrape. « Tu ne m’as pas contacté ? » « Si, je t’ai envoyé un sms il y a 30 minutes ». Il scrute son téléphone, je lui montre le mien. « C’est quoi ton programme ? » « Je dois acheter quelques cadeaux, un plat à tajine pour ma petite sœur, et puis je rentrerai récupérer ma valise à l’hôtel. Je prends l’avion à 18h15 ». « Nous n’avons pas beaucoup de temps » dit Ibrahim.

    Nous convenons de faire les emplettes en fin de journée. Ibrahim m’emmène  devant l’entrée de la Kasbah de Marrakech. En cheminant, je lui raconte la soirée de la veille et ma colère après le spa et le jeune homme dans la rue qui ne demande pas d’argent mais en demande quand même. Ibrahim ne semble pas comprendre la raison de mon agacement. « Toi tu n’aimes pas ce qui est traditionnel, dit-il. Tu n’aimes pas la charité ? » Je ne comprends pas ce qu’il sous-entend mais n’insiste pas. Ibrahim voudrait que nous prenions des photos et je sollicite un Français à lunettes rondes et rouges, assis sur un banc dans les jardins entourant la mosquée, que je soupçonne d’être à la recherche de jeunes garçons. « Tu me les enverras ? » demande Ibrahim.

    Il propose un thé à la terrasse du café Al Maghrib. Ibrahim s’étonne que mes amis musulmans en France ne me parlent pas de religion. « Ils m’en parlent si je leur pose des questions ». Après quelques minutes, Ibrahim se lève « Je vais devoir te laisser pour aller à la prière, dit-il. Tu veux bien m’attendre ? »

    Ibrahim vide son verre de thé et s’éloigne, son tapis de prière roulé sous le bras. Comme lui, des dizaines de personnes envahissent les jardins et convergent vers la Koutoubia. Lorsqu’il réapparaît, j’ai un peu la nausée. J’ai bu beaucoup de thé, les baghrirs du petit déjeuner sont digérées depuis longtemps et le soleil cogne fort, je me sens un peu faible. « Il faudrait que je mange » dis-je à Ibrahim. Il m’emmène dans le restaurant berbère où, plus tôt, j’ai pris en photo les tajines alignés sur des braises. La terrasse ne compte que des hommes. Nous nous installons sous la télé. « Je n’aurais jamais osé venir là seule », dis-je à Ibrahim. « Pourquoi ? Il n’y a pas de problème, tu t’installes où tu veux » assure Ibrahim. Le patron, un moustachu aux yeux de braise, pose devant moi un plat à tajine brûlant et noirci, rempli de pommes de terre, tomates, carottes, petits pois et oignons, sous lesquels se cachent des morceaux d’agneau que je finis aux doigts. Il échange quelques mots avec Ibrahim, je suppose qu’il veut savoir d’où je viens. « Il veut faire une photo avec toi avant que nous partions » dit Ibrahim qui n’a pas faim et me regarde manger.

    A la télé, on annonce une température entre 2 et 8° à Paris, contre 28 ici. Le réveil demain matin, à Paris, promet d’être maussade …

    Derrière nous, un homme se retourne et dit quelques mots à Ibrahim. « Fais attention à ton sac, dit Ibrahim » « Il n’y a pas de problèmes de sécurité, ici », di-je. « Tu vois, les Berbères sont gentils » ajoute Ibrahim. « Vous vous reconnaissez facilement ? » demandé-je. « Bien sûr. Les cireurs de chaussures, là, dans la rue, ce sont des Arabes, par exemple ».

    Nos voisins se lèvent, nous saluent et quittent l’endroit. « Je vais t’expliquer quelque chose, dit Ibrahim en baissant la voix. Tu vois, le monsieur derrière nous, qui t’a dit de faire attention à ton sac à main. Et bien, lorsqu’il s’est levé, il a poussé le plat de tajine qu’il n’a pas fini pour que l’homme assis face à lui puisse le manger ».

    «  Manges le pain » dit Ibrahim en désignant la corbeille que je n’ai pas touchée. « Non, ça va, il y a des pommes de terre dans le tajine, c’est assez ». Il insiste. Au moment de nous lever, il appelle un des jeunes cireurs de chaussures postés devant les grilles du restaurant et lui tend le pain rond que j’ai à peine entamé. Le jeune se saisit du pain en nous décochant un grand sourire qu’Ibrahim lui rend en l’accompagnant de quelques mots. Il n’y a visiblement aucune gêne, ni d’un côté ni de l’autre. En France, les regards sont souvent fuyants et la gêne palpable entre celui qui tend la main et celui qui donne une pièce.

    En me levant, je suis songeuse. Ce déjeuner avec Ibrahim m’a appris beaucoup sur les rapports entre les Marocains. Je commence à comprendre ce que voulait dire Ibrahim ce matin en évoquant mon rapport à la charité.

    Alors que nous nous éloignons, le patron du restaurant surgit de l’arrière du restaurant, agitant les bras. Je me plie avec plaisir à une séance photo avec lui devant son barbecue de plats à tajine.  

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    Ibrahim m’invite maintenant à visiter le marché artisanal puis il m’entraîne dans le vieux marché juif. Ca pue le poulailler et pour cause, des dizaines de volatiles vivants sont enfermés derrière des grillages. On y vend aussi des poissons et des fruits et légumes. Ibrahim montre une plante d’un vert-grisâtre. « Ca c’est interdit chez vous, je crois ? C’est de l’absinthe» Je ressors le mot appris d’Omar, le stagiaire du premier jour. « Ah, ça s’appelle flio en arabe, c’est ça ? » « Ah non, ça c’est chiba. Flio, c’est une variété de menthe, c’est autre chose ». Ben merde alors.  

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    Ibrahim me fait visiter une boutique artisanale sur la place des Ferblandiers puis il m’emmène dans une pâtisserie où j’achète un kilo de cornes de gazelle et autres douceurs, que j’offrirai en France.

    L’heure du départ se rapproche. Ibrahim m’entraîne dans les passages étroits de la médina, sillonnée par des mobylettes. Je suis surprise de n’y croiser aucun touriste. Il négocie pour moi 3 pots de savon noir à l’huile d’argan et 2 gants de gommage pour 32 drh ( !). Et dire que j’ai payé un pot de savon noir 24 drh à Casa, ce qui était déjà très peu cher. Maintenant, Ibrahim m’emmène acheter un plat à tajine « Pas là, ce n’est pas de la bonne qualité » dit-il. Il s’arrête devant un étal proche de la Kasbah. Je montre les plats vernis décorés d’arabesques « Mauvaise cuisson, dit-il. Prends plutôt celui-là ». Il essaie différents couvercles, s’assurant d’une fermeture étanche, et j’emporte un plat emballé dans du papier journal pour 30 drh. « Si je n’avais pas été avec toi, il t’aurait vendu un couvercle ébréché. Fais attention, à la première utilisation, il faut que tu chauffes progressivement l’argile ».

    Dans la rue Riad Zitoun El Kedim, Ibrahim cache le plat à tajine sous son bras. « Regarde discrètement à gauche et dis-moi si le vendeur nous regarde. Je cache le plat parce que c’est un ami et qu’il serait vexé que je t’aie emmenée acheter ailleurs que chez lui ».

    Nous prenons un dernier thé sur un trottoir, à l’ombre de camionnettes garées. Il a fait très chaud toute la journée. Ibrahim me donne son adresse pour que je lui expédie les photos prises car il tient visiblement à les avoir sous format papier. « Qu’est ce que je peux offrir à un jeune homme marocain ? Et à une femme ? » Tu veux offrir un cadeau à la noire du hammam de Casablanca, c’est ça ? demande Ibrahim. J’acquiesce. « Ce n’est pas comme vous, nous n’offrons pas des fleurs ou des parfums. Les vêtements, c’est bien » dit-il.  

    Ibrahim hèle un taxi et m’accompagne jusqu’à l’hôtel. Sur le trajet, je savoure une dernière fois le spectacle de la circulation marrakchi.

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    A l’accueil, il y a un africain en costard-cravate. Le flambeur typique. « J’étais avec mon couturier Thierry Mugler et bla bla bla… » Je suis occupée à essayer de caser mes derniers achats dans ma valise, aidée du portier et l’ignore. Le cousin africain essaie tant bien que mal d’entamer une conversation avec moi mais j’élude ses questions alors il sort l’artillerie lourde. « Madame, vous avez une morphologie d’africaine. Une très belle africaine, c’est incroyable ! ». « Incroyable mais vrai » dis-je en levant les yeux au ciel et en lançant un clin d’œil complice au jeune garçon de l’accueil. Le patron semble surpris du discours sans équivoque que me tient l’homme. C’est fait que le frère ne fait pas dans la dentelle, il y va franco et insiste : «  Madame, quel dommage que vous partiez, je vous aurais conviée à partager un repas avec moi». 

    Je salue tout le monde, les remercie de leur accueil. « Un bisou » dit Mohammed en saisissant ma main pour y déposer un baiser courtois, réitéré par le patron. Je plante le cousin africain et monte dans un taxi avec Ibrahim qui m’accompagne jusqu’à l’aéroport. Sur la route de l'aéroport, les promeneurs sont nombreux dans le jardin exotique de La Menara.

    Devant l’accès aux salles d’embarquement, j’embrasse Ibrahim. Je ne lui dis pas qu’il a illuminé mon séjour à Marrakech et que j’ai honte de m’être méfiée de lui. Je ne lui dis pas que j’ai appris plus en sa compagnie qu’en visitant des monuments, seule.