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Gens (d'ici et d'ailleurs) - Page 17

  • Elle est très chouette !

    Photo062.jpgJ'ai rendez-vous avec elle place Sainte-Opportune. A l'heure convenue, elle m'appelle et annonce être à l'angle du boulevard de Sébastopol et la rue de Rivoli. Je la retrouve, particulièrement belle sous les cheveux blonds qui caressent ses épaules et lumineuse dans son trench rouge vif. La dernière fois que je l'ai vue, elle portait, comme nous, une perruque rousse.

    Elle est sans aucun doute la personne de ma famille dont je suis la plus proche, en dehors de ma tribu directe. C'est une marrante, ma tante. Quand j'étais enfant, aux fêtes de famille, elle chantait "La bonne du curé" comme personne. Plus tard, ado, j'empruntais ses nombreux produits de beauté et chez ma grand-mère, j'écoutais les 45 tours de sa jeunesse et chantais à tue-tête "Les rois mages" de Sheila. Chez elle, pas de chichis, je me sens à l'aise, comme chez moi, et sa porte m'a toujours été ouverte, seule ou accompagnée. Ce vendredi soir, c'est la mienne qu'elle franchit, pour la première fois.

    Après avoir posé sa valise, je lui demande de quoi elle a envie "j'aimerais bien aller voir les bouquinistes". Je l'ai toujours connue et voilà que je découvre qu'elle aime l'odeur des vieux livres. Je l'emmène dîner chez Félicie et nous savourons de concert un goûteux carpaccio de boeuf aux légumes grillés.

    Au métro Cité, je la prends en photo sous les porches sculptés de Notre-Dame et nous traversons la Seine au-dessus de laquelle des couples d'amoureux s'enlacent.

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    Les quais sont bondés, des groupes de gens improvisent un apéro et sur les bateaux-mouches, les touristes agitent la main.

    Plus loin, sur le Pont Neuf, la statue équestre d'Henri IV est emprisonnée dans une construction lumineuse de Castelbajac et sur la passerelle du pont des Arts, on a déplié les couvertures pour un pique-nique nocturne. Je n'ai jamais compris l'engouement dont bénéficie ce pont auquel je trouve peu de charme.

    C'est agréable de redécouvrir Paris avec des touristes, mais c'est parfois embarrassant. Ainsi, j'hésite à plusieurs reprises lorsqu'elle désigne un bâtiment, un monument, et demande "Et ça, c'est quoi ?"

    Devant l'Institut de France, par exemple, je ne peux rien ajouter aux caractères gravés sur la façade. Je me suis renseignée, depuis : "Quatre Académies - française, des sciences, des beaux-arts et des sciences morales et politiques - reçoivent leurs nouveaux élus sous la Coupole."

    Nous bifurquons à gauche dans l'étroite rue Bonaparte et après un bref arrêt devant la boutique Ladurée, pour le plaisir des yeux, elle prend la pose devant Les Deux Magots. Plutôt que d'emprunter la rue de Rennes, déserte, je l'entraîne jusqu'à la place Saint-Sulpice. Hélas, l'église est défigurée par des travaux. Devant l'Institu Hongrois, une jeune femme est assise, le menton dans les mains.

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    Remontant le boulevard Raspail, les pieds douloureux, nous approchons de mes lieux de villégiature préférés, qu'elle ne connaît que par mon blog. Je pointe du doigt la devanture verte du Shannon, puis les fenêtres du Rosebud, grandes ouvertes sur la rue en cette douce soirée. Nous nous installons sur la place Joséphine Baker, en terrasse du Paradis du Fruit où l'on me sert une énorme coupe glacée piquée de tranches de coco fraîche et arrosée de chocolat chaud.

    Le lendemain, nous sortons, hilares, d'un minuscule théâtre du 20ème arrondissement. Après nous avoir fait piquer du nez, une comédienne maigrichonne déroule ses os sur un flamenco prétendument sensuel, puis martèle à plusieurs reprises "Qui m'aime me prend". Elle s'accroupit ensuite derrière une chaise, bouge sa jambe d'avant en arrière et nos oreilles incrédules l"écoute gémir pendant de longues minutes jusqu'à l'orgasme final. C'est d'un tel ridicule - et mauvais goût - que nous rions aux éclats en descendant la rue de Charonne jusqu'à la Bastille.

  • D'un autre temps

    Un matin, sous la lumière blafarde du métro parisien. Assise au chaud dans ma bulle musicale, les paupières alourdies de la mienne, trop courte,  je rêve, les yeux perdus dans la nuit du tunnel.

    Mon regard s'écarte de la fenêtre et balaie le wagon bondé, s'arrêtant sur le profil d'un homme debout, appuyé contre la porte, la main négligemment posée sur la barre métallique. Hypnotisée, je profite du fait qu'il ne me regarde pas pour le détailler à loisir.

    Grand et mince, je lui donne une vingtaine d'années. Son visage est mangé de moitié par une casquette de laine posée sur des boucles soyeuses qui lui caressent la nuque. Le velours imberbe de ses joues et ses lèvres roses et pleines, fermées sur une moue frondeuse comme celle que se donnent les jeunes garçons pressés de devenir des hommes, trahissent sa jeunesse. Il est magnifique.

    Je passerai les vingt minutes de mon trajet à dévorer du regard ce jeune homme aux allures de titi parisien. Les hommes à chapeaux, qu'ils soient vieux ou jeunes, m'ont toujours fait de l'effet. Ah comme j'aurais aimé être femme des années 50 et me laisser enlacer, sous les lilas, par un homme coiffé d'un feutre et parfumé à l'eau de Cologne, qui aurait promené sa main gantée sur moi !

    Le signal sonore me tire brutalement de ma rêverie. Femme des années 2000, je saisis ma sacoche d'ordinateur, relève le col de mon court blouson, ajuste les écouteurs de mon MP3 et me lève d'un bond. Me voici à un mètre de l'éphèbe aux boucles sauvages qui s'apprête à descendre lui aussi. Nos regards se croisent, j'hésite un instant, ôte les caoutchoucs de mes oreilles et laisse libre court à ma spontanéité : « La casquette vous va à merveille, vous êtes très beau » lui dis-je en sautant sur le quai. Surpris mais pas désarçonné, il me remercie et me décoche un sourire qui me réchauffe pendant de longues minutes alors que je m'éloigne dans les couloirs glacés.

  • Jour 8 : Rendez-vous avec Petre à Târgu Jiu

    100_4044.JPGAujourd'hui, j'ai rendez-vous avec un de mes collègues de travail, roumain, le hasard ayant voulu qu'il séjourne en même temps que nous en Roumanie et à une centaine de kilomètres de Râmnicu Vâlcea. Lorsque j'avais annoncé à Petre que je retournais en Roumanie en avril, il s'était écrié « On doit se rencontrer là-bas ! ».

    Rendez-vous est pris dimanche pour midi trente dans sa ville, Târgu Jiu. Celle-ci, nichée au bord du Jiu qui lui donne son nom, abrite trois œuvres érigées à ciel ouvert et offertes à la ville par Constantin Brâncuşi, célèbre sculpteur roumain et élève de Rodin qu'il aurait quitté en déclarant « Il ne pousse rien à l'ombre des grands arbres ».

    Après un petit déjeuner ponctué des chants s'élevant de l'église qui se trouve de l'autre côté de l'avenue, nous prenons la route pour Targu Jiu sous un soleil magnifique (23°C au thermomètre). En chemin, nous visitons rapidement le monastère de Govora, un des préférés de Dana.

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    A Târgu Jiu, Petre nous attend au bord de la route, affublé de lunettes de soleil qui protègent ses yeux fatigués d'une nuit passée à faire la fête. Je saute de joie en l'apercevant et lorsque sa femme Daniela, que je ne connais pas, descend de voiture, nous achevons les présentations.

    Petre propose que nous découvrions avec eux les œuvres de Brâncuşi qui s'étalent à travers la ville sur un axe ouest-est commençant sur les rives du Jiu, traversant le parc municipal, continuant sur l'Avenue des Héros pour se terminer dans le parc entourant la Colonne sans fin. Nous commençons la visite par ce monument (en vignette) de près de 30 mètres de haut que les chars allemands et russes auraient tenté, en vain, de détruire pendant la seconde guerre mondiale.

    Nous rejoignons ensuite les rives du Jiu, traversé par un pont métallique « construit par les Français», où trône un ensemble de pierre, La Table du Silence, puis le parc municipal où nous suivons l'Allée des Chaises qui mène à la Porte du Baiser.

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    Petre prend presque plus de photos que nous, il s'en explique en faisant remarquer qu'il est devenu un touriste dans son propre pays. J'ai connu cette expérience aussi et nous convenons qu'on n'aime jamais mieux son pays que quand on en est éloigné.

    Le parc, très fréquenté en ce dimanche, est agréable et parfaitement entretenu. La ville de Târgu Jiu toute entière est d'ailleurs d'une propreté exemplaire grâce à la vigilance du maire. Daniela nous apprend que son vrai prénom est  Luminişa (un très joli prénom à prononcer Louminitsa et qui signifie «petite lumière») mais qu'elle a dû en changer parce que «c'était trop difficile pour les Français».  Elle nous promène dans le centre-ville, très plaisant, pendant que Petre s'absente pour aller chercher sa belle-mère qui veut poursuivre la visite avec nous. Comme dans la plupart des villes roumaines, les maisons anciennes ont été détruites et remplacées par des barres d'immeubles. D'après Dana, on laisserait volontairement les immeubles se dégrader pour les racheter à bas prix.

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    Nous retrouvons Petre sur le parking. De la voiture sort une femme plantureuse aux cheveux rouges et au maquillage improbable. C'est Elisabeta, la maman de  Luminişa, accompagnée de sa fille cadette. Après nous avoir embrassées comme du bon pain, elle me tend une bouteille de Coca-Cola de 2 litres, remplie d'un liquide jaunâtre. « C'est de la ţuika faite maison, pour toi»  dit Petre, hilare.  Nous éclatons tous de rire et Petre traduit ma réponse «Sophie ne boit jamais de Coca-Cola mais celui-là, elle va en boire !».

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    Il est près de 14 heures et Petre nous invite à déjeuner dans un restaurant traditionnel, le « Hanul Domnesc ». L'endroit est meublé de ce bois si chaleureux qu'on retrouve dans de nombreuses auberges roumaines et les pièces du restaurant décorées de costumes traditionnels, instruments de musiques, poteries et artisanat local. Des photos attestent de la splendeur du Târgu Jiu d'antan, avant les destructions. 

    Nous nous installons tous les 7 dans un patio fleuri. Comme souvent, la carte retrace l'histoire de l'auberge et regorge de légendes et anecdotes diverses sur les plats. Sur les conseils de Petre, je choisis un ragoût de bœuf servi dans un pot en céramique, Boug', un chou farci et Dana un plat, très goûteux, qui ressemble étrangement au rougail saucisses réunionnais. Le tout accompagné de l'incontournable mamaliga (polenta roumaine).

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    Le repas est très convivial et je m'amuse d'observer le sourire radieux de ma Boug' qui se fait tripoter la nuque et caresser les cheveux par Elisabeta qui la couvre de câlins. Lorsque nous ressortons du restaurant, Petre pointe du doigt des X5 BMW « Regarde, Sophie, ces pauvres Roumains : ici, une voiture à 70.000 €, là aussi. Il faut dire ça en France parce que tout le monde pense que nous n'avons rien à bouffer ici ». Pour preuve que les Roumains mangent, et bien, Luminişa se désole d'avoir pris 3 kilos en une semaine.  

    J'avais déjà senti à quel point les Roumains sont sensibles à l'image qu'on peut avoir de leur pays. Force est de reconnaître qu'en France, en tout cas, ce sont surtout des préjugés négatifs qui nous viennent en tête lorsqu'on évoque les Roumains et ceux qui vivent en France souffrent d'être assimilés aux gitans. Petre est fier comme Artaban de notre enthousiasme et Luminişa ne cesse de demander si nous aimons son pays. Je la rassure « Tu crois que je serais venue 2 fois en 6 mois si je n'avais pas aimé la Roumanie ? ».

    Après ce festin, nous reprenons les voitures et suivons Petre jusqu'au monastère de Tismana, un des plus anciens de Roumanie, construit au 14èmesiècle. Nous entrons dans le monastère au moment où une messe s'y tient. L'église est bondée car les Roumains sont très croyants. Les élises orthodoxes sont très sombres et par conséquent très intimistes et les fidèles sont debout ou à genoux. De rares chaises sont réservées aux personnes ne pouvant pas rester  debout.  Je me glisse dans un coin, juste à côté d'une vieille religieuse enserrée dans sa longue tenue noire, coiffée d'une sorte de calot noir tenue par un foulard épais, noir lui aussi. Ses joues flasques et rebondies débordent du tissu et se découpent dans l'obscurité de la pièce. A tour de rôle, dans chaque coin de la pièce, des religieuses entonnent des chants liturgiques particulièrement reposants. Nous visitons le petit jardin fleuri et le cimetière où reposent les religieuses.

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    Après m'avoir invité à me désaltérer à une fontaine d'où s'écoule l'eau de la montagne, Petre nous emmène à sa source, près d'une grotte. Elisabeta et Boug' sont toujours collées l'une à l'autre, elles se sont bien trouvées visiblement, ces deux-là, et la barrière de la langue n'en est pas une.  En remontant en voiture avec la carte postale que lui a offert Elisabeta, Boug' écrase une larme. Pour détendre l'atmosphère, je la charrie : « Hey, y'a pas de raison que je sois la seule à chialer ! »

    La dernière étape de notre promenade ensemble se trouve dans le village d'Hobita, à 25 kms au nord de Târgu Jiu.  C'est là que, derrière un portail en bois sculpté de toute beauté, nous découvrons la maison natale du sculpteur Brâncuşi. Au fond d'un jardin verdoyant, une vieille maison roumaine en bois est posée sur un socle de pierres blanches. La propriété a été conservée en l'état et se promener dans le jardin entre le puits et les cabanes attenantes est un voyage dans le temps très reposant.

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    Il est l'heure de se séparer et Elisabeta nous rebige comme du bon pain en nous demandant de revenir en Roumanie, chez elle. Petre et moi nous donnons rendez-vous à Paris et nous gratifie d'une invitation à venir dîner chez eux. Argument imparable, Luminişa sait faire les papanaşi et nous promet même la recette.

    Sur le chemin du retour, nous stoppons une dernière fois pour acheter quelques céramiques au bord de la route. Le repas du soir est léger, bouillon et légumes, ça nous repose l'estomac . Nous nous couchons la tête pleine des sourires irrésistibles d'Elisabeta et de cette nouvelle journée riche en rencontres humaines inoubliables.

  • L'inconnu du TGV

    Presque 7h10 du soir.

    Je me hisse à bord du TGV qui m'emporte aux confins de frontières enneigées. Pour accéder à ma place côté fenêtre, je dois déranger un homme qui tapote déjà sur son ordinateur. Brun, cheveux courts, la quarantaine, en chemise blanche et jean, il semble plutôt bel homme. Il referme hâtivement son ordinateur, se lève d'un bond et me laisse prendre place. Je repense en souriant à un billet de mon amie Gicerilla. Et si elle me portait chance et que j'avais rencontré, moi aussi, mon inconnu du TGV ?

    Je m'absorbe dans un roman de Faulkner tandis que le béton se fait plus rare. Je constate avec amusement d'abord, puis un peu d'irritation, que mon voisin de droite prend ses aises. Jambes et coudes largement écartés, son genou touche ma cuisse et je suis obligée de continuer ma lecture coudes plaqués au corps. Si c'est une tentative de rapprochement, elle est plutôt grossière. Rien à voir avec l'adoration discrète dont avait joui Gigi.

    En termes de discrétion, mon voisin est à l'amende. Il frappe rageusement les touches noires de son clavier et bientôt, souffle bruyamment. La curiosité l'emporte et m'interrogeant sur ce qui peut déclencher ainsi son irritation, je jette un coup d'œil qui s'espère discret sur l'écran. Un mail dont l'objet en gros caractères me facilite la tâche, je déchiffre : "Secrets d'alcôve d'une femelle à Central Park". Mon sang de blogueuse adepte d'érotisme ne fait qu'un tour. "Mmmm, tout à fait un titre de billet, et si c'était un blogueur ?".  Mon imagination s'envole. Serais-je assise à côté d'un de ces sulfureux mâles de la blogosphère coquine ? Animal décadent, maître en quarantaine, mari au net, sage comme une image ?

    Je ne peux m'empêcher de tenter d'en savoir plus et plissant les yeux, je parcours les premières lignes dudit mail : "J'ai rêvé de toi cette nuit, de cette osmose naturelle entre nous". Chouette, du cul, me dis-je mais craignant de me faire griller en flagrant délit de voyeurisme, j'abandonne la lecture à regret et ferme un peu les yeux.   

    Difficile de se détendre avec un mammifère aussi bruyant à côté de soi. A croire qu'il veut m'empêcher de dormir. Il lâche un à peine étouffé « Putain fait chier bordel ». J'ouvre un œil courroucé sur son écran Facebooké. De potentiellement sexy le quadra est devenu vulgaire. Je parierais qu'il a du poil au nez.

    Je reprends mon roman en marquant ma désapprobation d'un soupir. A chaque coup d'œil sur son écran, je constate qu'il est bloqué sur le mail de la femelle lubrique à laquelle il tente laborieusement, semble-t-il, de faire une réponse. Je n'ai pas l'intention de passer les 2 heures restantes repliée comme un éventail et lui mets un coup de coude bien senti pour marquer mon territoire.

    Par deux fois il se lève et quitte sa place où il se rassoit lourdement après quelques minutes.

    Sur mon téléphone en mode silencieux, les SMS se succèdent dont un de celle qui m'attend à destination « Salut les gonz', vous êtes dans le même train, ne mangez pas trop, on grignotera et boira du champagne chez M. »  Je lui réponds « J'ai hâte ! Faudra que je te raconte, je soupçonne mon blaireau de voisin d'être un blogueur ».

    La nuit est tombée maintenant. Mon voisin a enfin refermé son ordinateur et s'appuyant sur sa main droite, a fermé les yeux. Je constate qu'il n'a pas de poils au nez. Mauvaise langue, Fiso.

    A dix minutes de l'arrivée, les voyageurs commencent à se lever et à se rapprocher des portes de sortie. Mon voisin est immuable comme statue de marbre.  

    "Putain quel abruti ! Après m'avoir emmerdée pendant 3 heures, il faut qu'il s'endorme 5 minutes avant l'arrivée !" constaté-je. Je le bouscule un peu, le bougre ne bouge pas un sourcil. « Tant pis mon pote, va falloir te bouger le cul » me dis-je en me levant et lançant « Excusez-moi, je dois descendre ». Il sursaute, ouvre un œil hagard et demande « On est où, là ? »

    Ttandis qu'il se lève prestement, je lui annonce la gare d'un ton sec. Dans le sas, juste avant de descendre, je jette un dernier regard, glacial, vers lui. N'est pas la Joconde qui veut.

    Planté au milieu de l'allée, les bras ballants, il me fixe d'un œil stupide. « Blaireau ! » pensé-je en me hâtant vers ma jolie brune qui saute de joie en m'apercevant.

  • The Gate

    C'est une maison baignée de lumière, dans laquelle je me sens comme chez moi, entre eux deux. L'été, on papote dans la piscine. L'hiver, on mate des DVD, allongés sur le canapé, jusqu'à ce que je regagne « ma chambre », à l'étage. Et en toute saison, c'est dans la cuisine qu'il officie. Je m'assieds devant le plan de travail et je discute avec lui, tandis qu'il jongle avec ses recettes de cuisine et virevolte entre le four et un frigo plein à craquer.

    La première fois que je suis venue, je l'avais entendu s'époumoner sur du Lalanne. J'avais trouvé ça charmant. Il est la générosité incarnée. Ses coups de sang me font rire, sa sensibilité à fleur de peau me touche, sa susceptibilité m'agace. J'aime la force tranquille de l'autre, son impassibilité, sa patience.  Je suis apaisée quand je franchis le pas de leur porte.

    C'est une maison toute en hauteur, dans laquelle je me sens comme chez moi, entre eux deux. L'été on mange dans le jardin, pendant des heures. L'hiver, on mate des DVD, allongés sur le canapé jusqu'à ce que je regagne « ma » chambre, au sous-sol. Je m'assieds à la grande table de bois tandis qu'il officie dans sa minuscule cuisine. Ils sont tous les deux mes amis alors je virevolte entre l'un et l'autre.

    La première fois que je suis venue, j'avais été troublée par sa main sur la mienne. Je n'étais pas habituée à des contacts sans ambiguité entre un homme et une femme. Sa tendresse me console, ses bras me réconfortent, son regard me magnifie. J'aime les éclats de colère de l'autre, sursauts de révolte contre l'indifférence, ses éclats de rire enfantins, puissants, quand je lui raconte des bêtises. Son côté fleur bleue m'étonne.  

    Jeudi matin, lorsque percluse de douleur, je montais les marches de bois, ma tasse était posée sur la table, le café était chaud et le beurre tendre à souhait. Un petit mot commençant  par « ma puce » m'attendait.